MURAT A FRA\CKSCO RICCI ARDI
Monleiroue, le 2" mai ISIO.
A monsieur le niiiiislre, Grand-Juge.
Monsieur le ministre, je me suis convaincu que les cliangemonts que vous m'avez proposés pour les tribunaux de Cosenza et de Monteleone sont plus que jamais indispensables; adressez-moi, en conséquence, le projet de décret que j'avais ajourné.
Vous m'avez souvent répondu que le nouveau catéchisme avait été envoyé et était enseigné dans toutes les provinces ; il n'est pas encore parvenu dans les deux provinces de Calabre; j'ordonne qu'il y soit envoyé, sur-le-cbamp, avec injonction à tous les évêques et grands-vicaires de le faire apprendre; je vous rends personnellement responsable de cet envoi. Je ne conçois pas comment on peut se permettre de ne pas faire exécuter une mesure à laquelle j'attachais tant d'intérêt. J'ai reçu votre dernier rapport sur l'administration de votre ministère, j'en prendrai connaissance.
KOYAIME DK X'APLES. — 1810 313
Je vais prendre une détermination relativement aux commissions militaires, il est temps que tout rentre dans l'ordre.
Archives du prince Murât. R. Wll, p. 1.
Monteleone, 27 raai 1810.
Au ministre de la Guerre.
Monsieur le ministre, je reçois votre lettre du 22, je persiste à ne faire payer à la municipalité les deux mille cin(| cents ducats qu'à compter du 1" juin et d'après l'impossibilité où elle se trouve de faire payer les dix mille ducats à la jjarde municipale, je consens à ouvrir un crédit de cette somme sur le Trésor public; adressez-moi un projet de décret à cet égard.
J'approuve votre projet de réponse cà la lettre du ministre de la Police générale de l'Empire; il faut ajouter que je désire fortement qu'on veuille me rendre tous les détenus qui se trouvent en France, et qu'à l'avenir il n'y en sera plus envoyé, ayant pris des mesures pour mettre en sûreté toutes les personnes qui nécessiteraient contre elles, à l'avenir, des précautions de la part du Gouvernement; insistez surtout pour qu'on mette à ma disposition tous ceux qui se trouvent employés aux travaux d'Alexandrie.
J'ai reçu par vos deux officiers les dépêches de Corfou et celles du ministre de la Guerre; il est inutile de m'ccrire à l'avenir par des officiers; il faut confier vos dépèches à l'estafette ; je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous preniez connaissance des dépêches du ministre de la Guerre, bien entendu que le plus grand secret devra être gardé sur tout le contenu.
Je consens à ce que vous fassiez |)ayez à Rorni et à ses employés cent vingt-six ducats par mois, mais ces agents doivent recevoir directement des instructions de votre ministère. Vous ferez accorder à Borni quarante ducats par mois. Quant aux dépenses qu'il réclame, il lui a été déjà |)ayé à mon départ six cents francs, faites compléter le reste.
Ainsi que je vous l'ai écrit hier, la plupart des brigands ne sont en campagneque pour se soustraire aux vengeances particulières; ainsi je n'approuve point les mesures que vous avez prises relativement
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à Joseppello et Codrio di Cane ; au lieu de faire arrêter la personne que vous soupçonnez d'intelligence avec eux, il faut s'en servir pour tâcher de les faire se présenter, en leur assurant pour l'avenir protection contre leurs ennemis particuliers. Ces hommes qui servent ainsi d'instrument aux haines et aux vengeances particulières ont renoncé depuis longtemps à tout sentiment dhnmanité et ce serait en vain qu'on ferait arrêter leurs pères et leurs mères, leurs femmes et leurs enfants.
Je ne vois pas arriver le second convoi qui m'a été signalé hier, partant de Dino, j'espère en avoir des nouvelles dans la journée. Je vous avais ordonné de faire établir la réserve des vivres à Scilla. Pourquoi avait-on ordonné de décharger ceux qui arrivaient de \aples au Pizzo?Je viens de les faire filer sur Tropea d'où ils seront ensuite expédiés pour leur destination.
Les nouvelles de la Sicile sont très favorables; il paraît que le général Stuart se décide à prendre une position centrale sur Ciistrogiovanni et que des \ivies, des munitions et des troupes se dirigent en ce moment sur ce point.
Le service de la marine est absolument en souffrance; il y a cinq à six mois que votre ministère n'a expédié aucun fonds |)our ce service. Je vais faire conclure un marché avec des gens du j)ays pour les services de terre et de mer, faites payer à l'avenir, exactement, le service des transports et des vivres.
La conscription n'est pas activée dans toutes les provinces du Royaume; elle a été ajournée dans quelques-unes; j'ordonne qu'à l'avenir il ne soit pris aucune détermination importante sans qu'elle ait reçu mon approbation.
Continuez à faire filer tous les convois et dites hautement aux incrédules que l'expédition de Sicile aura un heureux résultat.
Je suis arrivé hier soir à Monteleone; j'y ai été reçu comme partout avec la démonstration de la plus vive allégresse; je suis bien plus satisfait de l'administration de cette province que de celle de la Calabre Citra, mais j'y mettrai bon ordre. Il faut qu'on cesse d'égorger mes peuples en mon nom ; il faut que tous puissent à l'avenir vivre tranquilles à l'abri de mes lois. Je ne veux plus entendre parler de patriotes et de brigands; la Révolution est faite; il est plus que temps que tout rentre dans l'ordre et que les factions disparaissent.
Archives du prince Murât. R. \VI, p. 236.
Moiiteleone. 27 mai 1810.
Ai( mi ni S Ire de la Guerre.
Monsieur le ministre, je viens de recevoir la lettre par laquelle vous me demandez un troisième crédit de cent mille ducats, quand vous n'en avez dépensé que quarante et un mille sur les derniers cent mille que j'avais mis à votre disposition. Vous joignez a votre lettre une évaluation des approvisionnements extraordinaires que j'ai ordonnés et que vous faites monter à cent quarante trois mille cinq cent quarante-cinq ducats. Comme vous l'observez fort bien, cette dépense doit être supportée par le budget mensuel, et ensuite vos demandes ne sont pas toutes exactes : 1" Je vous ai ordonné de compléter le biscuit existant dans les magasins à 500 000 rations, et vous me demandez des fonds pour ce nombre de rations, tandis qu'il devait en exister au moins la moitié en dépôt dans les magasins; 2° Vous me demandez deux mille quatre cents ducats pour les équipages militaires à 106 cbevaux; ce service n'est pas encore organisé et ne le sera vraisemblablement pas, et comme vous me parlez de la seconde quinzaine de mai, je suis autorisé à penser que vous avez déjà fait des fonds pour la première ; éclaircissez-moi sur ce point; 3" Vous réclamez cinq mille ducats pour supplément de médicaments, mais le nombre des malades n'est nullement augmenté; 4" Vous portez en compte pour quinze mille ducats d'effets d'ambulance d'Iiôpitaux : tous ces effets devaient exister; il n'y a point de trans|)orts extraordinaires à faire par mer : le budget mensuel doit suffire à cette dépense, puisque s'il arrive qu'on transporte des effets par mer, ce sera autant d'épargné pour les transports par terre.
Je vois que vous avez affecté des fonds pour les subsistances des différents é([uipages des bâtiments de transport, je vous déclare qu'il n'est pas encore arrivé un sol et qu'on serait dans le plus grand embarras, si je n'avais autorisé l'intendant et le commissaire de la marine <à traiter particulièrement pour ce service. Ne perdez pas un moment pour faire passer des fonds à ces commissaires, c'est un article de la dernière importance.
Vous avez nommé quelques commissaires-adjoints provisoires, ils ne jouissent point d'une grande réputation ; vous deviez vous attacher à faire de meilleurs choix et n'attacher en général à l'ad-
ministration que des personnes que vous connaissez personnellement et desquelles vous pouvez répondre vous-même. Je vous préviens que c'est à Tropea que devront être dirijjés dorénavant les différents convois, le Pizzo ne leur offre point la même sûreté et est trop éloigné du point de mes opérations ; c'est à Scilla et non au Pizzo que j'avais ordonné l'établissement de tous les dépôts de réserve. Ce commissaire de marine que vous avez envoyé ici peut être un très brave homme mais il ne me parait pas avoir de grands moyens d'activité.
Archives du prince Murât. II. XVI, p. 238.
Monleleone, 27 mai 1810.
Au mini.slrc des Finances,
Monsieur le ministre, je suis arrivé hier ici ; dans tous les endroits de mon passage, j'ai recueilli les témoignages du plus sincère dévouement : partout l'allégresse commune m'a annoncé combien les Calabrais fondent d'espérances sur mon arrivée parmi eux. Il vous a été renvoyé ainsi qu'au ministre de l'Intérieur une grande quantité de pétitions. Mettez-moi le plus promptement possible <à même d'y répondre. J'ai le projet de faire tout ce que les circonstances me permettront. Envoyez-moi le plus tôt possible l'état des biens des émigrés, ordonnez que celui relatif à la Calabre Ultra soit promptement dressé. Je veux, faire la distribution de ces biens à ceux de mes sujets qui ont le plus souffert pour notre cause depuis la Révolution.
Faites arriver promptement à Monteleone les 300 000 ducats qui doivent se trouver à Coscnza et prenez des mesures pour assurer le service des armées en Calabre, indépendamment de cette ressource.
Je suis bien plus content de l'administration de cette province ; il s'en faut de beaucoup que les brigands soient en aussi grand nombre et les partis n'y exercent pas une influence aussi désastreuse, mais on y réclame en général contre la mauvaise répartition des impôts ; prenez de promptes mesures pour la faire rectifier. Je n'ai pas encore reçu de vos nouvelles, cependant j'aurais dû en recevoir tous les jours. 150 bâtiments de transport sont déjà arri-
ROYAUME DE \APLES. — 1810 317
vés au Pizzo et d'autres convois sont annoncés ; les nouvelles de la Sicile sont bonnes. Je resterai encore deux jours à Monteleoue. Quelques brigands se sont présentés et je sais que d'autres ont le projet de se présenter aussi.
Sur ce...
Archives du prince Murât. U. XVII, p. 8.
Monteleone, le 27 mai I8I0.
A monsieur le chef de l'étal-mojor général.
Monsieur le chef de l'état-inajor général, je viens de rendre un décret qui fait rentrer toutes les provinces de mon Royaume sous le régime constitutionnel, supprime les commissions militaires et confie la haute police à l'autorité civile ; en conséquence je désire que vous mettiez à l'ordre du jour de l'armée les dispositions suivantes :
La haute police est rendue aux autorités civiles ; les commissions militaires sont supprimées, et les délits du ressort de ces commissions seront portés devant nos cours spéciales, les généraux commandant les divisions territoriales et les généraux commandant les divisions de l'armée ne pourront donner que des ordres militaires relatifs à leurs commandements respectifs. Aucun militaire, de quelque grade qu'il soit, ni aucun officier des gardes provinciales, ne pourra faire arrêter aucun de nos sujets, ni donner aucun ordre à l'autorité civile ; ils devront dénoncer les abus, signaler les coupables, solliciter leur arrestation, et prêter main-forte à l'autorité civile toutes les fois qu'elle requerra de mettre la force armée à sa disposition pour quelque mesure de sûreté publique, ou l'exécution de nos lois.
Ces dispositions ne sont j)as applicables à la police militaire du commandement de \aples, ni à la gendarmerie.
Je désire que vous donniez l'ordre cà monsieur le conseiller d'État de Simone, qui se trouve à Scilla, de suspendre tout départ de barques pour Na|)les et pour quelqu'autre point du Royaume.
Archives du prince Murât, \\. XV, p. 26.
4938. — MURAT AU GIÎMFÎRAL LAXUSSE
Moiitcleone, le 2" mai 1810.
A monsieur le (jnniil-manchal du Palais.
Mon.sieur le grand-maréchal, j'ai reçu vos différents rapports. Continuez à me tenir au courant. 150 bâtiments sont déjà arrivés; les autres sont annoncés ; dites aux Princes et Princesses, mes enfants, que je me porte bien.
Archives du prince Mural. R. \V, p. 'l~i .
4939. — MIRAT Wi M« \m GALLO
Moiiteleoue, le il mai 1810.
A monsieur le ministre des Relations Extérieures.
Monsieur le ministre, j'ai reçu vos différentes dépêches. J'attends avec impatience le résultat des négociations de Campochiaro ; je désire qu'on ne fasse aucune ouverture à aucune Cour pour l'envoi des ministres plénipotentiaires. Mon ministre des Relations Extérieures et mon ambassadeur à Paris doivent se borner à recevoir celles qui leur seront faites ; alors seulement je prendrai une détermination ; mais je ne veux pas avoir l'initiative.
Je suis on ne peut pas plus satisfait de l'esprit de mes peuples de Calabre, l'allégresse m'a paru générale, je ferai tout pour réaliser l'espérance qu'ils ont fondée sur mon arrivée au milieu d'eux.
Archives du prince Murât K XVII, p. 9.
MoDteleoiie, le il mai 1810.
A monsietir le ministre de l'Intérieur.
Monsieur le ministre, je n'ai pas encore reçu de vos nouvelles ; j'espère en avoir par l'estafette d'aujourd'hui; il me tarde d'apprendre le résultat de mon décret sur les brigands et celui du Con-
ROYALMIi DE NAPLES. — 1810 319
seil d'administration de rinteudance que vous avez dû présider. J'espère que vous vous êtes occupé d'exécuter les différentes mesures que je vous ai prescrites ; je suis plus que jamais dans l'intention d'éloigner de la province les premières autorités. Leur division est la cause manifeste de tous les maux qui l'ont affligée, il s'en faut de beaucoup que la province de Calabie ultra soit dans le même état; j'ai bien plus lieu d'être satisfait de la marche de son administration; j'ai trouvé ici la loi sur les prisons exécutée. Pourquoi in'a-t-on dit qu'elle n'était pas encore arrivée à Cosenza? Je vais étendre sur cette province le décret d'amnistie pour les brigands ainsi que celui sur la formation des quatre compagnies de gardes provinciales ; j'en attends les plus heureux résultats ; terminez bien vite dans la ])rovince Citra, afin que je puisse vous appeler dans celle-ci; occupez-vous surtout du travail d'indemnité à accorder sur les biens des émigrés.
Archives du prince Murât. R. XVII. p. 9.