MURAT AU COLO.VEL DEDOX
Scilla, le 7 juin ISIO.
A monsieur le colonel Dedon, à Scilla.
Monsieur le colonel, je suis informé qu'il n'y a pas à Tropea d'officier ni de canonnier en état de servir le mortier qui s'y trouve en batterie et qu'un affiit d'une pièce est hors d'état de service. Comment se fait-il qu'un poste aussi important pour le moment se trouve pour ainsi dire sans défense? Ordonnez de suite qu'il soit envoyé un officier, par exemple celui du Pizzo : il me semble que les deux pièces de 16 qui étaient destinées au Pizzo pourraient être dirigées sur Tropea pour compléter son armement.
Je suis informé que vraisemblablement l'artillerie de Bagnara arrivera cette nuit; prenez les mesures nécessaires pour qu'elle soit le plus promptemeut possible mise en batterie; vous en sentez toute l'importance.
R. XV, p 37.
ROYAU.ME DE XAPLES. — 1810 341
Scilla, le 7 juin 18!0.
A monsieur le grand-maréchal du Valais.
Monsieur le grand-maréchal, j'ai accepté l'offre que m'a faite M. rarchevêqiie de Tarente de son médaillier. Désirant qu'il soit placé au palais occupé par le Prince royal, je vous invite à y faire préparer un local convenable. L'inventaire en sera dressé en présence de l'intendant général de notre Maison que je préviens à cet effet, et la garde en sera conGée au sieur Avellino, l'un des instituteurs du Prince.
R. XV, p. 37.
4977. — AI U RAT A D'ARC AilBAL
Scilla, le 7 juiu 1810.
A monsieur l'inlendanl cjéuéral de la Maison royale.
Monsieur l'intendant général, ayant agréé l'offre que M. l'archevêque de Tarente m'a faite de son médaillier, je viens de faire connaître à AP le grand-maréchal de mon Palais que mon intention est qu il soit déposé au palais occupé par le Prince royal.
I/inventaire de ce médaillier devra être dressé en votre présence et en celle de M. de Tarente, et vous signerez conjointement les deux expéditions qui en seront dressées. L'une lui sera remise, revêtue d'un reçu de vous, l'autre restera entre vos mains et vous en délivrerez une ampliation au sieur Avellino, l'un des instituteurs du Prince, qui sera chargé de la garde du médaillier. Il vous en donnera sa reconnaissance au bas de l'expédition que vous devez garder.
R. XU, p. .37.
4978. — AIUR.YI" A M'^ CAPECELATRO
Stilla, le 7 juin i8IO.
A monsieur V archer è que de Tarente.
Monsieur l'archevêque, je vous préviens que je fais coimaître à
monsieur le grand -maréchal de mon Palais que le médaillier que vous m'avez offert et que j'ai agréé, devra être déposé au palais occupé par le Prince royal. Il sera mis sous la yarde de monsieur Avellino, et l'inventaire en sera dressé en présence de l'intendant général de notre Maison, u. XV, p. 38.
Scillu. le S jiiia ISIO.
Au mvihtrc des Finances.
Monsieur le ministre, je vous ai écrit de faire payer ma garde, faites payer aussi toutes les compagnies d'élite de la Tour d'Auvergne, de mon 2' d'infanterie légère, de mon 3' et A" de ligne; cette mesure est de rigueur, puisque ces bataillons ne touchent pas les vivres de campagne, ni la solde des régiments, il leur serait impossible de pouvoir vivre. Je vous le répète, il y a 25 000 hommes en Calabre, c'est à vous à prendre vos mesures et à assurer les fonds pour tous les services de celte armée. Xous mourons de faim ici, tandis qu'on nous retient depuis 20 jours, je ne sais pourquoi, 10 000 tonnes de grain et 500 000 rations de biscuit au Pizzo et <à Tropea. Je n'ai pas de quoi faire faire la distribution de pain demain, malgré toutes ces ressources. Je vous autorise à appeler chez vous M' Vauchel et à lui dire qu'il est bien coupable de nous laisser dans cet état-là, puiscju'il connaît notre position et que voyant le mauvais temps, il aurait dû nous faire venir des grains (In Pizzo avec des mulets; qu'il prenne surtout bien garde de ne pas compromettre le service par sa faute! I^es bâtiments s'encombrent à Tropea et au Pizzo et je ne sais par quelle fatalité, il n'arrive rien, malgré le vent favorable qui souffle depuis 48 heures.
Sur ce
Archives du prince Murât. R. XV'Il, p. 15.
4980. — LA REIXFÎ CAROLIYE A SOX MARI
.\ Sairit-Cloud. 8 jiiJQ 1810.
Mon cher ami, j'ai reçu ta .-econde lettre de Cosenza et je vois
HOYAIMK l)K XAPLKS. — 1810 3V3
avec plaisir que tu es content de l'esprit des Calabrais, tu m'annonces ton rapprochement de Messine et cela me cause un peu d'inquiétude, mais j'ai tant de confiance dans tes inoyensque je devrais être un peu rassurée. Je suis inquiète aussi de la chaleur et que tu n'attrapes la fièvre. Soigne-toi, je t'en conjure, car je n'y tiens plus lorsque je te sais malade. Ta lettre est si bonne pour moi et si remplie de tendresse que je ne doute plus que je ne sois avec toi la plus heureuse des femmes comme je te suis la plus attachée.
Je suis venue hier à Paris avec l'Empereur et l'Impératrice, il y avait grande parade et nous sommes retournés dîner à Saint-Cloud. L'Empereur est toujours fort bien et nie demande de tes nouvelles ainsi que l'Impératrice, qui me parle bien souvent de toi et de nos enfants. Achille m'écrit qu'il a reçu de tes lettres et il est bien content et bien fier de ton souvenir. Je ne te parle pas de mon envie de vous rejoindre, car ce serait toujours répéter la même chose; ce que je puis l'assurer, c'est qu'à la fin des fêtes, j'espère toujours aller vous rejoindre.
Je t'envoie deux mots du duc de Lorenzani pour le grand-juge et le conseiller d'État Dumas. Je ne veux pas me mêler de ces aflaires parce que c'est à toi à décider. Fais ce que tu pourras pour le dédommager de ses pertes. Je t'envoie une autre note que t'adresse la Princesse Avellino ; celte famille est bien malheureuse et attend tout de ta bonté, je te la recommande beaucoup.
Adieu, mon cher ami, il fait bien chaud ici, mais on m'écrit de X^aples que les chaleurs sont excessives; heureusement cela n'inconmiode pas les enfants.
Il y a ce soir spectacle à Saint-Cloud et dimanche la fête à la ville et la fête de Pauline aura lieu jeudi prochain. Dans (juinze jours toutes les fêtes seront terminées.
Adieu encore, crois à la tendresse de celle qui t'aime bien tendrement.
Je souffre toujours un peu.
Archives du prince Mural. D. .")(j6. 45.
V981. — MLR-^T A ZURLO
Siilla, 9 juin ISIO.
A monsieur le miii/.s/rc de l'Iiilérieur. Monsieur le ministre, j'ai reçu vos différents rapports; je suis
bien aise de vous savoir à Montcleone. Tennincz-y bien vite ce que vous avez à y faire, afin que je puisse vous avoir bientôt auprès de moi.
L'ennemi a complètement écboué aujourd'bui sous Bagnara contre un de mes convois qu'il a attaqué.
Archives du prince Murât. R. XVII, p. 16.
Scilla, le 0 juin 1810.
Au ministre des Finances.
Monsieur le ministre, faites remettre à M. le colonel Pcpe, notre officier d'ordonnance, mille ducats; cette somme sera imputée sur les fonds destinés aux frais de transport de la marine, c'est-à-dire sur les crédits extraordinaires.
Archiies du prince .Murât. Papiers de Mosbour,<].
Au minisire des Fi/iaiices.
Scilla. 9 juin IKIO.
Monsieur le ministre, je vous préviens que l'armée touchera les vivres de campaj]ne à compter du 15, ainsi les 20 centimes qui devaient servir d'indemnité de vivres de campagne devront être employés à l'achat de viandes et autres objets. J'en ai prévenu le ministre de la Guerre, entendez-vous avec lui à cet égard.
Aujourd'hui l'ennemi a complètement échoué dans l'attaque qu'il a faite contre un de mes convois à Bagnara; quinze canonnières ennemies ont été complètement battues par cinq des miennes et une chaloupe anglaise qui était restée en arrière a failli être prise à l'abordage par des canonniers embarqués sur des barques de pêcheurs, elle n'a dû son salut qu'au détroit du canal et à la rapidité des courants qui auraient entraîné les barques sous le Phare.
Archives du prince Murât. Papiers de Mosbonrg.
ROYAUMK DE XAPLFCS. — 1810 345
Scilla, 9 juin 1810.
Au minialrc de la Guerre.
Monsieur le ministre, les bâtiments de Bagnara sont arrivés ce matin, vers 10 heures. Ce convoi était parti au jour de Pictra Nera; la flottille ennemie est venue l'attaquer à son atterrage avec douze ou quinze canonnières ; elle a été si bien reçue par le feu de mes cinq canonnières qu'elle a été obligée de gagner honteusement le large, après avoir reçu quelques boulets à bord. Voilà une réponse à donner à ceux qui avaient voulu prédire que tous mes convois seraient détruits en route, et qui ont avancé, quand ils ont vu le moment de les voir réunis, que l'ennemi attendrit ce moment pour les brûler. Assurez hautement que l'expédition de Sicile aura son plein succès. Au reste, laites insérer dans les gazettes un article que j'ai dicté à monsieur d'.Azzia.
Je vous préviens que l'armée d'expédition sera mise sur le pied de guerre à compter du 15; prenez vos arrangements en conséquence : les troupes qui ne font pas partie de l'expédition continueront à toucher l'indemnité des vivres de campagne et les dépôts seront sur le pied de paix. Je vous adresse ci-joint le nouveau crédit de cent mille ducats. Envoyez-nous encore des blés et autant de munitions que vous pourrez. Ecrivez aux intendants et aux généraux des provinces qu'il m'est impossible de leur donner plus de troupes qu'ils n'ont, mais qu'il faut ne pas rester dans les quartiersgénéraux mais être toujours eu campagne. J'ai fait encore amnistier aujourd'hui de nouveaux brigands. Je suis très content de l'esprit de cette province.
.^rchices du prince Murât. R. XVI, p. 252.
4985. — MURAT A XAPOLEO.X
Scilla, a juin 1810.
Sire,
J'ai reçu ici la lettre de V. M. du 19 mai. Un vaisseau et une frégate seront en mer au 1" octobre prochain et je ferai tous mes efforts pour que les autres qu'EUe désire que je fasse construire
soient terminées aux. époques qu'elle a fixées. Mes marins me donnent chaque jour de nouvelles preuves de leur courage et de leur dévoueiucnt.
Avant d'instruire V. M. de mon arrivée en Calahre, je voulais avoir reconnu le détroit de Scilla dans toute sa longueur et mètre mis à même de pouvoir vous présenter sur l'expédition de Sicile des données qu'il m'était impossible d'indiquer à V. M. dans le plan d'opérations qui lui fut remis à (^ompiègne. Sire, je persiste à penser (et Texpérieuce ne tardera pas, j'espère, à justifier mon opinion) que l'expédition de la Sicile n'offre aucun obstacle maritime. Je franchirai le canal sous la protection de ma flottille, avec des parenzelles et des bâtiments de transport. Je ne sais pas même, si, vu la nature des courants et la variété des vents, il ne me serait pas possible d'y passer sans flottille, tant il est vrai que lorsque la côte sera fortifiée par 25 ou 30 pièces de canon, depuis Torre del Cavallo jusqu'à la pointe du Pizzo, je serai maître de la navigation du canal, au moins par rapport aux gros bâtiments, car dans l'intervalle de ces deux points, les boulets de 36 arrivent sur la rive opposée. Sire, déjà un grand résultat a été obtenu par les menaces que j'ai dirigées contre la Sicile : Corfou a été dégagé, réapprovisionné et les troupes qui avaient fait le siège de Sainte-Maure sont rentrées en Sicile. La croisière ennemie de cette île a dû s'en éloigner pour venir chercher à intercepter les barques que je fais diriger de la Fouille vers les Calabres, elle a déjà eu deux engagements honteux pour elle. 80 parenzelles sont en sûreté dans le port de Cotrone ; 130 y arriveront, j'espère, aussi heureusement; les mesures sont prises pour que, de ce point, elles puissent aborder sans accident à Reggio.
A mon retour de Paris, je m'empressai d'ordonner toutes les dispositions nécessaires à l'expédition de Sicile. Il fallait réunir 000 parenzelles, pouvant toutes être tirées à terre, et faire parvenir à Scilla 130 bouches à feu avec toutes leurs munitions, tous les effets d'artillerie et du génie, des vivres pour 25 000 hommes pendant deux mois, et armer toute la côte depuis Salerne jusqu'à Reggio. Sire, le 8 mai, les premiers canons ont été embarqués à Gaeta, et depuis le 10, il est parti cliacjue jour deXaples un convoi de 25 à 30 bâtiments. Malgré la présence d'une nombreuse croisière anglaise, j'ai la satisfaction d'annoncer à V. M. que presque tous mes convois sont arrivés à Tropea où ils .se trouvent hors de danger, sans avoir perdu un seul bâtiment. Toutes les batteries sont armées en ce moment jusqu'à celle de Ragnara qui le sera dans la journée ; les
ROYAUME DE NAPLES. — 1810 Si-
autres batteries seront successivement armées. Les vivres, dont la pénurie commençait à se faire sentir, marrivent en abondance; onze bâtiments cbargés sont entrés ce matin à Bagnara,où l'ennemi prévenu de leur départ de Pietranera les a envoyés attaquer, au moment de leur attérage, par quinze canonnières, mais déjà on avait eu le temps de débarquer et de mettre en batterie un mortier, li'enuemi a commencé à faire un feu épouvantable, mais il a été si bien reçu par cinq de mes canonnières qui servaient d'escorte a ce premier convoi, qu'il a été forcé à prendre honteusement le large, en nous laissant une nouvelle preuve de l'impuissance où il est dempécber la réunion de tous les moyens qui doivent servir à l'expédition. Sire, j'ose garantir plus que jamais à V. M. la prise de la Sicile, je vous prie surtout de ne faire aucun sacrifice pour elle dans \otre traité de paix.
Les forces de l'ennemi sont toujours à peu près les mêmes, c'està-dire de 10 à 12 000 hommes, il n'y a pas eu en Sicile de mouvement décidé jusqu'à ce moment-ci, seulement on y travaille depuis deux jours, même pendant la nuit, à de nouvelles batteries sur la pointe du Phare. Je ne crois pas le général Stuart en mesure, ni en force, parce qu'il n'a jamais cru sérieusement à l'exjjédition. Au reste, cette opinion est générale chez tous ceux qui ne connaissent point le détroit de Scilla. Il n'a pu d'ailleurs se persuader que dans un mois de temps les moyens inmienses pour une expédition de 25 000 hommes pourraient être réunis en face du Phare et que, sans marine, j'aie pu concevoir l'idée de les faire tous venir de Xaples.
Jai la certitude que le pays restera tranquille spectateur de la lutte qui va s'engager et que le (jouvernenient de Palerme parait décidé à ne pas réunir ses troupes à celles des Anglais. Tous les Calabrais, tout le Royaume fait des vœux pour la réussite de cette expédition qui doit rendre à son commerce toute son ancienne activité et assurer sa tranquillité.
Il était bien temps. Sire, que je vinsse visiter ce malheureux pays que j'ai trouvé en proie à l'anarchie, aux factions et au plus affreux brigandage. J'espère remédier à ces maux par les mesures énergiques que j'ai prises. La plus salutaire de toutes est sans doute celle d'avoir rendu la haute police à l'autorité civile. Depuis quatre ans les deux provinces de Calabre étaient absolument gouvernées militairement et la contrebande de détail s'y faisait d'une manière effrayante par tous les militaires et par tous les pécheurs. Je dirai même franchement à V. M. qu'il est impossible de l'empè-
348 JOACHLM MURAT
cher entièrement et qu'il n'y a (|ue la |)ris(' de la Sicile qui puisse y mettre un ternie.
L'année sera toute rcnnie et prête à être embarquée d ici au 15; les soldats se portent très bien ; l'armée n'a presque pas de malades et le vin des Calabres est excellent.
Archives du prince Murât. R. XVIII, p. 2.
4980. — MUR.\T A XAPOLEON
Srilla, 9 juin I8I0, à miauir.
SiBE,
La lettre de V. M. ' m'a rendu bien heureux, puisqu'elle me témoigne sa satisfaction sur la conduite de ma marine. V . M m'a rendu d'autant plus heureux que j'ai la cerfilude qu'il y a des gens qui ont appelé imprudence l'ordre que j'avais donné de faire chasser vos plus cruels ennemis du <]olfe de Naples. Sire, c'est à Paris qu'on m'a accusé, mais j'étais bien sur que j'aurais l'apiirobation de V. M.. Sire, il est cruel pour moi qu'à Xaples ce soient les Français, et je dirai mèuie la Légation, qui tournent eu ridicule les efforts que je fais contre la Sicile, efforts qui me ruinent et que je ne fais que pour seconder vos intentions.
Sire, je suis bien malheureux depuis vos menaces de Compiègne ; je suis encore à rêver que vous ayez pu les proférer contre celui qui a donné à V. M. tant de preuves d'attachement et qui ne sera heureux que quand il pourra vous en donner de nouvelles preuves, et il est sur le point de le faire : car ne croyez pas que ce soit tout-à-fait pour moi que je vais passer en Sicile. Je sais que je ne puis rien faire de plus agréable à V. .\L que de battre les .anglais. Eh bien! la Sicile sera conquise, les Anglais seront battus ou vous aurez perdu votre meilleur ami. Quand V. M. recevra cette lettre, l'entreprise sera tentée.
Je suis aux pieds de l'Impératrice. Je désire bien qu'Elle vous donne bientôt un Uoi des Romains, .^imez-moi comme en Prusse, comme en Pologne, et je chérirai encore la vie.
Votre très dévoué et très humble frère.
Archives du prince Xliirat. K. XVIII, p. 6.
' Napoléon à Murât. Briijjes, 19 mai 1810. [Correspondance de Xapotéon, 11° 16490.)
ROYAUME DE \APLES. — 1810 349
4987. — MURAT A XAPOLÉOX
Seilla, le 10 juin 1810.
Sire,
Il y a eu aujourd'hui un engagement avec toute la flottille ennemie composée de 33 canonnières, 2 bombardes, 6 obusiers et quelques scoridors. Après avoir échoué hier dans sa tentative, le général Stuart ordonna au commandant de la flottille de se porter en toute hâte au Phare, elle y était toute réunie à la pointe du jour ; (le là elle a fait voile vers le convoi qui avait été signalé hier vers le,travers de Piètre Xere. A huit heures, les canonnières de la tête ont engagé l'action avec la queue du convoi par le travers de Palmi. Deux canonnières se sont embossées pour la protéger et ont fait un feu si bien nourri et si bien dirigé qu'elles ont coulé une canonnière ennemie et endommagé plusieurs autres. Cependant le restant de la flotille est arrivé et a dirigé tous ses efforts contre elles. Le commandant s'est sacrifié pour sauver le reste du convoi qui, par ce moyen, a eu le temps de prendre terre à Bagnara. Alors toute la flottille, ennemie s'est dirigée sur ce point où l'on n'avait pu encore mettre en batterie que deux mortiers, une pièce de 33 et deu\ pièces de 8. L'engagement est devenu terrible et a duré environ quatre heures, mais comme hier, l'ennemi a eu la honte de se voir forcé à regagner le large, après avoir endommagé quatre de nos canonnières, qui, j'espère, pourront être réparées, et nous avoir tué ou blessé une vingtaine d'hommes. Toute la plage était couverte de mitraille à chaque décharge, car on s'est constamment battu à une demi-portée de fusil. L'ennemi doit avoir beaucoup souffert puisqu'il a abandonné l'action sans avoir atteint le but qu'il s'était proposé. Cependant une canonnière portant du 24 était restée en observation à l'entrée du canal. J'ai ordonné à deux scoridors et à deux de mes canots, le Joachhn et la Cf/roline, de prendre à bord des voltigeurs de ma garde et quelques grenadiers du 10' et de courir à l'abordage. Cet ordre a été littéralement exécuté. La canonnière ennemie a été abordée à deux portées de canon du fort de Seilla, en présence de toute la flottille ennemie et sous les yeux du général Stuart qui, de la lanterne du Phare, attendait le résultat de l'expédition qu'il avait ordonnée. Cette prise est «■ntrée à Seilla, poursuivie par 25 canonnières qui toutes tiraient à mitraille sur elle et accueillie par les applaudissements de tous les habitants de Seilla et de tout le quartier général.
350 JOACHIM MLRAT
Pendant cet engagement, un second convoi de G2 voiles était en vue par le travers de Gioja. J'avais tout <à craindre pour lui si la flotlille ennemie eût dirigé tous ses efforts contre le général Caracciolo qui l'escortait seulement avec sept canonnières. Ce convoi, au moment où j'ai llionneur d'écrire à V. M., est entré ri Hagnara. <]ette nuit, je ferai arriver la batterie de Scilla qui, je l'espère, sera parfaitement armée dans trois jours, temps absolument nécessaire à l'ennemi pour aller reprendre de nouvelles munitions. J'ai beaucoup à me louer de tout le monde, la marine a fait des prodiges, puisque sept canonnières ont essuyé à elles seules tout le feu d'environ 55 bâtiments armés, dont 3:i portaient du 24, et de deux bombardes.
J'apprends à l'instant (|ue deux bâtiments de transport qu'on croyait pris sont rentrés. Le vent du \^ord-Kst a passé tout d'un coup au Sud, ce qui, selon toutes les apparences, empècliera l'ennemi de rien tenter avant trois jours. J'ai déjà 200 bâtiments de transport réuni» à Scilla, j'en ai 200 encore dans les ports du IHzzo et de Tropea, d'où je les ferai venir par le premier beau temps. Si donc l'ennemi m'a pris deux canonnières, je lui en ai pris une et coulé une autre. Les siennes portaient du 2i et les miennes seulement du 12.
Suivant la déposition de tous les |)risonniers de la canonnière prise, tous les Siciliens verront avec plaisir mon débarquement chez eux.
Archires du prince Murât. II. .WIII, p. 7.
4988. — -MUR.AT A U.ALKK
Scilla. 10 juin ISIO.
A II iiiiiu'strc (le lu Guerre.
Monsieur le ministre, je vous fais parvenir, ci-jointe, copie du rapport que j'adresse à l'L'mpereur. Formez-en un article pour les journaux, mais absolument dans le même sens : vous ajouterez que j'ai nommé l'enseigne provisoire Calamella, lieutenant de vaisseau, comme ayant abordé le premier la canonnière ennemie, cbef d'escadron le capitaine Caraffa, mon officier d'ordonnance embarqué à bord de mon scoridor, et deux de mes pages officiers, pour avoir fait partie de cette expédition, et que j'ai donné la croix de
ROYAUMI-: DE NAPLES. — 18J0 3)1
l'ordre des Deuv Siciles aux deux frères Lopresli. L'enyagement (Taujourd'lnu est d'un très bon augure pour moi. Quel résultat ne dois-je pas attendre de la bravoure de tous les marins réunis de ma flottille, si sept canonnières ont paralysé deux fois de suite tous les efforts de l'ennemi. Knvoyez-nous à foice des munitions et des vivres de marine. Je vous écrirai plus longuement demain.
.Archives du prince Mural. R. XVI, p. 253.
W89. — ilURAT AU GE.VERAL GREMER
Scilla. 10 juin 1810.
.-} monsieur le (jé lierai chef de l'Elal-major général.
Monsieur le général, je désire que vous ordonniez au général (lavaignac de faire occuper par un bataillon d'élite le camp de la Corona, en lui donnant pour instructions de se porter prompteinent sur le rivage au secours des convois qui doivent passer, s'ils venaient h être attaqués. J'écris au colonel Dedon de faire préparer ici tous les moyens nécessaires pour le débarquement de l'artillerie des batteries de Scilla et de multiplier ceux (pii existent déjà à Hagnara. Demandez-lui s'il ne lui serait pas possible de faire construire ici quelques affûts ou chevrettes pour pouvoir débarquer promptement les canons et les porter dans les batteries, cela nous avancerait beaucoup.
Ordonnez <à .\I. Maret de s'assurer sur-le-cbamp de la quantité (les vivres arrivés par le convoi d'hier, d'aujourd'bui et par celui (|ui se trouve à Pietra Nera. Il doit s'assurer aussi si les fours qui existent <à Bagnara et à Scilla sont suffisants pour les troupes qui doivent en tirer leur subsistance; s'il n'y en avait pas en assez ;;rand nombre, il faudrait en faire construire sur-le-cbamp. Donnez-lui des ordres en conséquence.
Faites connaître de ma part <à M. de Simone (|ue, si le temps le ])ermet, je désire (pi'il fasse arriver à Scilla dans la nuit l'artillerie qui est destinée pour cette place, car on profiterait du mauvais temps pour la faire monter, et pouvoir |)ar ce moyen y recevoir les autres convois que j'y crois plus en sûreté qu'<à Hagnara. Donnezlui l'ordre également de l'aire ré|)arer, sur-le-cbamp, les canonnières qui ont souffert dans l'engageiiienl d'aujourd'hui. Si les calfatiers
qui sont partis de IVapIes, n'étaient pas encore arrivés, il faudrait en faire venir de Reggio.
L'ordonnateur doit également prendre les mesures nécessaires pour assurer le service de la viande <à compter du 16. Je sais que des fonds ont été donnés par le ministre des Finances à Monleleone à l'ordonnateur Vaucliel; j'inuigine qu'il y a harmonie et intelligence entre l'ordonnateur en chef et le commissaire, c'est-àdire qu'il le tient au courant de toutes ses opérations.
I/ordonnatcur doit faire décharger et emmagasiner le hiscuit à Scilla, ainsi que les grains et avoines, en ayant soin cependant de laisser à Hagnara les quantités qui sont nécessaires.
Les commandants de l'artillerie et du génie doivent également faire décharger et emmagasiner à Scilla tout ce qui a|)parti('nt à cette arme, avec la précaution de faire mettre autant que possihle la poudre dans des endroits à l'épreuve de la homhe.
Il faut recommandera M. de Simone d'ordonner aux commandants des convois de les faire marcher plus serrés; si on avait eu cette précaution pour celui d'aujourd'hui, je n'aurais pas éprouvé de pertes.
Ordonnez qu'on traduise à une commission militaire le chef d'équipage de ma marine qui, dit-on, a l'ait révolter les marins de son bâtiment.
Arcliives du prince Murât. R. XV', p. 40.
4990. — MURAT AU GE.\ERAL LAXUSSE
Scilla, 10 juin 1810.
A monsieur h- Grand-Maréchal du Palais.
Monsieur le grand -maréchal, hier et aujourd'hui toute la flottille ennemie réunie a échoué dans ses tentatives contre Bagnara, sept de mes canonnières et une hatterie de deux mortiers, d'une pièce de 33 et de deux pièces de 8, l'ont forcée à regagner honteusement le large. Une canonnière a été prise à l'ahordage en face de Scilla par les canots de ma garde; mes deux pages ont voulu être de la partie; je les ai nommés offlciers; ces deux affaires font le plus grand honneur à ma marine et me donnent les plus grandes espérances pour la suite, mes canonnières en ont coulé une à l'ennemi, mais j'en ai perdu deux, et quelques autres ont
été légèrement endommagées; j\ii environ deux cents barques réunies.
Archives du prince Murât. R. XV, p. 42.
4991. — MURAT AU COLOiVEL DEDO.\
Scilla, 10 Juin 1810.
Al/ colonel Dedon.
Monsieur le colonel, j'ai le projet de faire arriver ici toute l'artillerie qui est destinée pour l'armenient de Scilla; faites préparer tout ce qui est nécessaire pour son prompt débarquement. Je ne conçois pas le peu de précautions que l'on avait pris (à cet égard, puisque, malgré tous les secours qu'on a trouvés à Bagnara dans les troupes, les batteries ne sont pas encore armées. Il faut que vous ayez à Bagnara un officier d'artillerie pour y commander à poste fixe; envoyez-moi le nom de celui que vous aurez désigné.
Archives du prince Murât. R. XV, p. 43.
Scilla, 10 juin 1810.
Au général Campredon.
Monsieur le général, faites travailler sans relâche aux batteries qui doivent être construites depuis Torre del Cavallo jusqu'au Pizzo. Faites-moi connaître quand vous croyez qu'elles pourront être terminées. Si le temps le permet, j'ai le projet de faire venir cette nuit l'armement de Scilla, assurez-vous que toutes les batteries qui sont destinées à les recevoir sont prêtes.
Archives du prince Murât. R. XV, p. 43.
4993 — MIRAT AU GKXÉRAL GRIÎXIHR
Scilla, 10 juin ISIO.
.-} monsieur le (jénèral chef de l'Etal-tnajor (jéiural.
Monsieur le général, je suis informé (]ue le réjjiment suisse occupe le camp de la Corona; je désire qu'il y reste juscpi'à nouvel ordre pour ne pas trop encombrer pour le moment Haynara. (^e corps prendra ses subsistances de Bajjnara ou de Falmi, suivant les ressources (|ue le commissaire ordonnateur a dans ces deux places, ce sera à lui ta décider.
Ordonnez à \\. le colonel Dedon de faire venir de la Mon,q[iana le plus de mitraille qu'il lui sera possible; il paraît qu'on n'en a point envoyé de \a|)l<'s pour les pièces de batteries; il fatulrait qu'il fit venir aussi tout ce qu'il pourra, en projectiles et boulets creux. Les tentes ont dû être envoyées sur les ])laines de la Melia. Avezvous envoyé quelqu'un pour tracer le camp?
Artliivos (In prince Mural. K. W, p. 44.
4994. — MIRAT A DK SIMOXK
Stilla, 10 juin 1810.
A monsieur de Simone, conseiller d'Elal.
Monsieur le conseiller d'État, je viens du port où plusieurs marins m'ont adressé leurs réclamations; je désire que vous vous fassiez rendre compte de tous leurs besoins, aGn que je puisse prendre des mesures |)our y satisfaire en tout ou en partie. Tout le monde se loue beaucoup de la marine. Je désire qu'on prenne l'état nominatif de tous les marins qui montaient hier trois canonnières et qui peuvent avoir perdu leurs effets, ainsi que les noms des patrons des bâtiments de transport qui ont été jiris.
P'aites former sur-le-champ l'équipage de la canonnière prise par nos marins qui furent forcés hier d'abandonner leurs canonnières.
Archives du prince Murât. R. XV, p. 44.
HOYAUMI'] DE AIAPLES. — 1810 355
W95. — MURAT AU GÉMÉRAL GRIiMIER
Scilla, 11 juin I8i0.
A moiisicitv le. (jéncral chef de l'Klat-majoi' (jrncral.
Ecrivez <à M. de Simone de faire faire des provisions pour la marine à Kejjgio et dans tous les autres endroits où il pourra s'en procurer, puisqu'ici, même avec de l'argent, on ne serait pas assuré d'en trouver.
Donnez une autorisation à M. le baron de Nohile pour pouvoir faire charger du grain et des avoines sur les bâtiments qui se trouvent à Cotrone et qui doivent se rendre k Scilla.
Archives du |)r-iiice Mural. K. \V, p. 45.
4996. — MURAT A XAPOLEON
Scilla, le II juin 1810.
SlRE,
Je viens de recevoir une lettre du ministre de la Guerre de Votre Majesté, qui m'annonce votre volonté relativement à l'expédition de la Sicile. Vos ordres vont être exécutés, et je regrette de ne pas me trouver à Naples pour y seconder la mission de l'aide-de-camp du ministre que vous y avez envoyé pour y prendre des renseignements secrets. Sire, personne ne vous en fournira jamais d'aussi vrais que moi. Le ministre, en me parlant de l'expédition, s'explique en ces termes : « L'Empereur ordonne que vous ne tentiez l'expédition qu'avec la certitude du succès, et si vous ne [sic) pouvez passer quinze mille hommes à la fois. ' Sire, quand je possédais votre confiance; quand je pouvais compter sur vos bontés, cette double condition ne m'aurait pas arrêté, mais aujourd'hui tout m'annonce que tout est changé pour moi et je prévois à quoi je devrais m'attendre, si la Fortune venait à m'abandonner dans cette circonstance.
Sire, l'expédition ne sera pas tentée, parce qu'il y a toujours quelque chance à courir, et qu'aucune expédition maritime surtout n'en est exempte. La place de Gaeta et les forts de Naples seront armés et approvisionnés. .le pense qu'il y a fort peu ta faire à cet égard, V. M. aura pu s'en convaincre, si l'état de cette place lui a
356 JOACHni MURAT
été mis sous les yeux par son ministre de la Guerre. Tous les soldats français que V. M. ordonne de renvoyer de ma j^arde vont recevoir l'ordre de rentrer à leur ancien corps. La convention passée avec Broaducnt n'a jamais eu son effet, et cet Américain n'a pas pu introduire de mousseline dans le Royaume; il faut être bien méchant pour avoir fait connaître de semblables faussetés. L'aurais-je écrit à V. M., si j'avais voulu vous laisser ijjnorer ce que j'aurais pu faire avec cet homme? Tout ce que vous demandez pour ma marine sera exécuté, et,- en un mot, commandez à Naples et vous y serez obéi, peut-être mieux qu'à Paris.
Quant à la mission secrète de M' le colonel Leclerc, je regrette de ne pas me trouver à Naples pour lui faire faciliter les moyens de bien la remplir, mais j'ose assurer que mes ministres (pii connaissent mes sentimens pour tout ce qui vient de V. M. procureront à cet officier tous les renseignements dont il aura besoin. Qu'il consulte l'opinion publique, je n'en redoute pas le jugement!
A Compiègne, je priai V. M. de me dire si elle voulait faire l'expédition de Sicile ; je la lui présentai comme nécessaire pour le repos de l'Italie et pour empêcher la contrebande des Anglais, et un projet fut donné et approuvé, car le duc de Feltre m'écrivit en ces termes : " L'Empereur approuve votre plan d'opération contre la Sicile dans toute son étendue " . Je dus donc préparer les moyens de son exécution, les barques paranzelles de presque tout le Royaume furent requises, réunies sur différents points et chargées de tout ce qui devait concourir à l'expédition, et les convois se sont succédé depuis le 8 mai, de manière qu'au moment où j'écris, tout ce qui devait en faire partie a quitté Xaples et se trouve dans les mouillages de Pizzo, Tropea, Bagnara et Scilla. Les convois de l'artillerie de siège ne sont pas si avancés, je les crois dans les golfes de Policastro ou à Palinuro ; toutes les troupes sont cantonnées ou campées depuis Monteleone jusqu'à Rcggio; toutes les batteries sont armées de manière à pouvoir les protéger; et je n'attendais que mon artillerie de siège pour tenter le passage, de la réussite duquel personne ne doutait, pas même les Anglais. Telle est ma position, Sire, au moment où je reçois la lettre du duc de Feltre, et je vais prendre des dispositions en conséquence.
Cependant, Sire, qui a pu amener un changement qui me rend si malheureux? Qu'ai-je fait pour perdre en un instant tant de droits à vos bontés? Comment mes ennemis, qui sont encore plus les vôtres, sont-ils parvenus à briser un instrument qui n'eût jamais cessé de vous servir fidèlement et quels sont mes torts? Je
les ignore et ou ne m'en trouvera jamais d'autre que celui de vous avoir chéri comme un père, comme mon bienfaiteur. Ne suis-je pas votre créature, votre élève, n'étes-vous pas l'auteur de mon élévation? Ont-ils espéré, mes ennemis, me révolter contre V. M. et parvenir à faire de l'Italie une nouvelle Espagne et à renverser vos vastes projets? Ah! périssent plutôt et ma fortune et mon bonheur, et que vos brillantes destinées s'accomplissent! Sire, voilà, voilà mes sentiments; ils sont immuables, ils sont sincères, et vou3 y croirez sans peine, si vous voulez vous rappeler toute ma conduite passée. M'avez-vous jamais vu changer? Ne vous ai-je pas entendu dire : Murât est le seul de ma fainille qui ne m'a jamais donné lieu de me plaindre de lui. L'opinion générale ne m'a-t-elle pas toujours montré comme votre séide, n'en ai-je pas encore la réputation? Et quelle est celle de mes actions qui ait pu faire naître des soupçons sur ma fidélité? Sur ma reconnaissance? Il n'y en a qu'une : mon opinion sur votre mariage ; encore fut-elle dictée par mon attachement, je pus me tromper, mais mon cœur seul fut coupable, car il pensait agir dans vos intérêts. Que me faisait à moi que V. M. épousât une Russe ou une Autrichienne? Qua voulais-je? Votre bonheur et des enfants, et j'espère et je suis sûr que l'Impératrice actuelle vous donnera l'un et l'autre ; aussi fus-je pleinement rassuré, lorsque je fus à même d'apprécier ses brillantes qualités. Je n'avais donc plus rien à désirer que la conservation de vos bontés et des occasions de pouvoir vous prouver mon zèle, je les ai perdues, et il ne me reste plus d'espoir d'être heureux, puisqu'une lettre d'un ambassadeur qui a voulu faire sa cour à son maître m'a rendu suspect et m'a fait perdre votre amitié pour toujours. Cependant vous m'avez aimé, j'en suis sur, et peut-être m'aimez-vous encore dans le fond de votre cœur. Sire, n'est-ce pas malgré moi que je suis venu et retourné à Naples? Ne vous ai-je pas écrit à Vienne que si vous vouliez réunir le Royaume de Naples, je le ferais demander et je travaillerais en conséquence? Ne vous ai-je pas prié en grâce à mon avant-dernier voyage de me garder près de vous? Et pourquoi ne pas réunir aujourd'hui Naples? Rappelez-moi auprès de vous. Vous m'avez parlé à Compiègne d'une dignité de général de la cavalerie de l'Empire, créez-la pour moi; Sire, à la première bataille, sous vos yeux, je justifierai tant de bontés, je regagnerai votre amitié, votre affection dont je suis toujours digne. Sire, pourquoi voudriez-vous me déshonorer aux yeux des peuples que vous m'avez destiné à commander? Pourquoi envoyer des officiers subalternes jusque dans ma capitale où il fsicj
a commencé à dire : -t L'Empereur ne veut pas l'expédition. " Des lettres particulières vont bientôt l'apprendre à l'armée et à la Sicile, et Stuart, que je vois d'ici fort embarrassé, va reprendre son attitude première. Comment pallier l'abandon de l'entreprise? Comme je puis attendre encore quelque temps dans ma position et qu'encore personne n'est maître du secret, je verrai plus tard ce qu'il conviendra mieux de faire. Cependant un grand résultat est obtenu : Corfou est libre et ravitaillé et j'ai la certitude que les troupes anglaises qui occupaient les iles de Cépbalonic, Zantc, S"-lUaure, sont rentrées à Messine. Hier encore environ 400 sont arrivées, entre autres les canonniers, toutes les batteries des côtes ont été réarmées et je pourrai faire venir de la Fouille toutes les huiles, sans craindre le passage du détroit dont je vais assurer et compléter l'armement. Les pro\inces des Calabres seront purgées du brigandage et j'aurai assuré la marche de leur administration. On travaille nuit et jour sur la rive opposée, il y a des mouvements à chaque instant; on assure que Stuart a perdu la tête, depuis trois jours, c'est-à-dire depuis qu'il s'est convaincu par sa tentative sur Bagnara qu'il ne pouvait ni empêcher la réunion de mes moyens, ni les détruire. Ce matin j'ai vu dresser quelques tentes et de nouvelles troupes arriver au Phare. Depuis la prise de la canonnière, on assure que les Anglais ont ôté le commandement <à tous les Napolitains, parce qu'il n'ont pas conGance en eux, et je sais qu'ils n'ont pas tort. Le duc d'Orléans est parti le 23 mai pour l'Espagne où il a été appelé pour commander; les troupes siciliennes ne bougent pas, elles sont toujours à Palerme. J'ai vu entrer hier dans le port de Messine un vaisseau, trois frégates, une corvelte, plus tard deux transports vides, et aujourd'hui un autre. Dans quelques jours je saurai positivement ce qui se passe. On m'assure que les Siciliens nous désirent beaucoup ; la livre de viande se vend quinze sols à Messine et le pain en proportion.
Je viens d'écrire fort longuement à Votre Majesté. Je désire qu'elle puisse me lire, je désire surtout qu'elle me rende ses bontés et son amitié. Je présente mes hommages à Sa Majesté l'Impératrice.
Je suis
Joachim Napoléon'.
Guerre.
ROVAUMI': DE XAPLES. — 1810 359
4997. — MIRAT AL GÉXÊRAL GREXIER
Scilla, le 13 juin 1810.
A monsieur Ir anirral, chef de V Etat-major général.
Monsieur le général, je désire que vous arrêtiez la marche du Hoyal-Corse et que vous envoyiez à Gerace le régiment Suisse; 'e manque de subsistances commande cette précaution. Ou pourrait même envoyer le Hoyal-Corse à Catanzaro.
Faites venir à Scilla les soldats et les chevaux du train. Faites demander à l'ordonnateur s'il a connaissance de la quantité de grains et de biscuit qui existent au Pizzo et à Tropea. Si le temps continue encore aujourd'hui à être mauvais, faites-lui connaître qu'il doit en faire venir par terre.
Ecrivez au général Partouneaux pour lui demander l'état de ses subsistances et s'il est arrivé des blés de Tropea. Je désire aussi que vous fassiez partir sur-le-champ votre aide-de-camp pour Tropea, afin de s'assurer par lui-même de ce qui existe dans ce port en grains et en biscuits ; il vous en enverra l'état et se rendra de là au Pizzo pour le même objet. Je ferais partir de Tropea par terre, si la mer était mauvaise, tout ce qui s'y trouverait de grains; faites-lui sentir toute l'impoitance de cette mesure.
Le quartier-général ira s'établir h. Campo, donnez des ordres en consé([uence.
Archives du prince .\Iiirat R. XV, p. 45.
4998. — -MURAT A GLARKE
Scilla, 13 juin 1810.
A monsieur le (lue de Feltre, ministre de la Guerre en France.
Monsieur le duc ministre, j'ai reçu vos deux lettres : vous avez du voir par le rapport du général Tugny que Gaeta est suffisamment armée et que cette place doit être approvisionnée au moins pour six mois; quant à l'approvisionnement et à l'armement des forts de \aples, c'est l'affaire de quelques heures pour le premier objet et l'on n'a point touché à leur armement; pour ce qui concerne le commandement des troupes françaises, vous aurez pu voir
par l'état de rorgaDisation de l'armée qu'elles sont toutes commandées par des offlciers français. Tous les soldats français qui se trouvent dans ma garde et que l'Kmpcreur réclame ont reçu l'ordre de rentrer dans leurs anciens corps.
Tous mes ministres se feront un plaisir de bien accueillir .M. le colonel Le Clercq, votre aide-de-camp, et s'empresseront de lui fournir tous les renseignements qu'il est chargé de prendre. .M. le général Grenier, chef de létat-major de l'armée, a l'ordre de vous tenir constamment au courant de la situation et des mouvements de l'armée.
Je me conformerai également aux ordres de l'Empereur pour tout ce qui concerne l'expédition de la Sicile.
Archives du prince Miirat. K. XV, p. 46.
4999. — AILR.AT AU GENERAL GREXIER
Scilla, 13 juiQ l.SIO.
A monsieur le général Grenier, chef de V Etal-major ijénéral.
Monsieur le général, je suis informé que dernièrement un postillon porteur de l'estafette a été sur le point d'être arrêté par les brigands et qu'il n'a du son salut qu'à la vitesse de son cheval; presque tous les commandants des postes refusent de les faire escorter, réitérez l'ordre à tous les commandants des postes de les faire escorter à l'avenir et prévenez-les que je ferai sévèrement punir ceux qui s'y refuseraient.
Mettez à l'ordre du jour qu'aucun ofGcier Napolitain ne pourra faire partie d'un conseil de Guerre, quand il s'agira de juger un Français et vice-versa.
.archives du prince Mural R. X\', p. 4".