MURAT AU DUC DE SA\" TKODORO CAKACCIOLO
.An camp Royal de l'iale, 6 juillet 1810.
A monsieur le Grand-Mail m des cérànonirs.
Mon.sieur le Graud-Maîtic, je reçois votre lettre, j'ordonne au (irand-Maréchal d'aller au devant de la Keine et de prendre se.s ordre.s qui devront être ponctuellement exécuté.^. Vous pouvez les lui demander directement et je désire que vous vous conformiez à tout ce qu'elle vous prescrira; en un mot, je désire que la Reine soit reçue comme je le serais moi-même.
J'espère que votre accident n'aura pas eu de snite.s.
Archives du prince Mnrat R. W, p. "4.
5088. — MUR.AT AL GIvXKRAL LA.XUSSE
6 juillet 1810.
A monsieur le Grand Maréchal du Palais.
Monsieur le Grand Maréchal, j'approuve la dépense de 3 200 ducats que vous avez pris chez mon caissier pour l'ameublement de la chambre de la Reine, et je désire que le reste des autres dépenses soit ajourné, puisque ces ouvrages ne pourraient pas être terminés avant le retour de la Reine qui arrivera presqu'en même temps que cette lettre.
Quant à la réception à faire à la Reine, je désire que les ordres qu'elle sera dans le cas de donner soient ponctuellement exécutés pour ce qui concerne le Palais, rendez-vous à cet effet auprès d'elle à Terracine. Je donne des ordres aux ministres de l'Intérieur, et de la Police pour qu'elle soit reçue comme je le serais moi-même et avec tout l'éclat que le peu de temps qu'on peut donner aux préparatifs le permettra. Je n'ai qu'un regret, c'est celui de ne point me trouver à Xaples à cette époque. L'estafette du 29 me manque; elle a été prise dans le district de Castrovillari.
L'ennemi nous laisse parfaitement tranquilles, pas une de ses barques n'ose se détacher de son rivage, mais je suis contrarié par les subsistances et par la marine; il ne me manque plus qu'un convoi et les dernières canonnières que j'ai demandées. Toute l'armée est concentrée, et je suis disposé <à profiter de la première occa-
ROYALJIE DE MAPLES. — 1810 435
sion favorable pour tenter la fortune, c'est-à-dire du premier gros temps qui forcera rennemi à éloigner trois vaisseaux de guerre, trois frégates et deux bricks qu'il tient embossés depuis trois ou quatre jours tout le long du canal; ces bâtiments forment autant de batteries dont je suis bien aise qu'un gros bon vent du sud me délivre.
Archives du |)rincp Mural. R. XV. p. 74.
5089. — MURAT A[} MAKÉCilAL PERIGXON
Au camp de Piale, 6 juillet 1810.
A monsieur le maréchal Pérkjnon.
Mon cousin, je reçois votre dépêche du 1" juillet par laquelle vous m'annoncez l'arrivée de la Keine. Le (îrand-.VIaréclial me l'a aussi annoncée, et tout me porte à croire que la lettre de la Reine, qui me portait cette heureuse nouvelle, aura été prise avec l'estafette du 29. J'ai prescrit aux ministres de la Guerre et de l'Intérieur et au (Irand-Maréclial de faire tout ce qui serait possible dans un aussi court espace de temps |)our sa réception; cependant vous ferez annoncer son arrivée par une salve d'artillerie; enGn je désire qu'elle soit reçue comme je léserais moi-même. Ordonnez les dispositions militaires que vous croirez convenables; enfin si la Reine fait une entrée publique, vous ferez prendre les armes h la garnison.
Le temps et les subsistances me contrarient un peu; cependant mon armée est concentrée ainsi que mes moyens de transport, au dernier convoi près, qui, m'annonce-t-on, est déj<à arrivé à Tropea. L'ennemi a reçu des renforts de Malte, a retiré des îles toutes les troupes qui s'y trouvaient et a rappelé ses différentes croisières. Trois vaisseaux, trois frégates, deux bricks, se trouvent embossés depuis trois jours dans un espace de dix milles; ce sont des mauvais voisins dont j'espère qu'un bon vent du sud nous délivrera pour quelques instants.
Arcliives du prince Murât. R. XV, p. 75.
Rambouillet, 7 juillet 1810.
Mon cher ami, l'Empereur m'a amenée avec lui <à Rambouillet et je vais y rester avec lui deux ou trois jours et de suite j'espère me
mettre eu route. Une partie de mon monde est déjà partie et je suis d'une impatience sans égale d'aller te rejoindre. Je sens cependant qu'il m'en coûte de quitter l'P^mpereur et l'Impératrice. J'avais l'habitude depuis huit mois de voir hahituellemenl rKmpereiir et je sens que cela sera bien pénible pour moi; d'ailleurs, il est si bon pour nous, il me comble de bontés, il ne cesse de me parler de toi et je t'assure que tu as bien tort de douter de son amitié et de sa bonté, car pour être vif, il n'est pas moins ce qu'il y a de meilleur au monde.
J'ai reçu ta lettre du 22 juin et tes succès me comblent de joie. Je suis bien impatiente de te savoir de l'autre côté, et après je ne le désire plus par crainte qu'il ne tarrive quelque chose. Ménage-toi de yràce, songe à mon inquiétude, à ma tendresse, et rassure-moi sur tout cela.
Adieu, mon ami, j'espère te dire demain ou après l'instant fixe de mon départ. En attendant, je t'embrasse bien tendrement. Elisa est accouchée d'un fils '. Jérôme est parti ainsi qu'Eugène, .^dieu.
.Irchiies du prince Mural. D. 56G. 5".
5091. — MLlt.AT A DALRE
.^u camp Royal de Piale, 7 juillet 1810.
Au miiiislrc île la Guerre.
Monsieur le ministre, j'ordonne que tous les sous-officiers qui ont été prêtés à mes régiments comme instructeurs soient renvoyés à leurs corps respectifs.
L'ennemi a tiré sur des bataillons que je passais en revue, à Villa S. Giovanni, mais le feu de trois pièces de l'artillerie de ma garde l'a forcé à gagner honteusement le large.
Archives du prince Mural. R. XVI, p. '2H2.
8 juillet 1810.
Monsieur le ministre, les distributions de vin ne se font pas ' Jérôme-Charles Bacciochi, né le 3 juillet 1810, mort le 4 avril 1811.
exactement, je n'en saurais concevoir le motif, puisque toute la Calabre est un pays de vignoble. Cependant, comme il est instant d'assurer le service et de mettre un terme aux plaintes continuelles et fondées des soldats et des marins, je désire que vous fassiez acheter, sur-le-champ, des vins pour 15 jours pour 30 000 hommes, quand bien même on ne les consommerait pas, le Trésor n'y perdra jamais rien. La régie n'est pas excusable de nous laisser manquer de vins, de légumes, de pain, de sel et de bois.
Faites délivrer à la Marine la quantité de sel que l'ordonnateur en chef de cette arme, ainsi que l'ordonnateur en chef Maret, vous demanderont. Faites également acheter des pâtes, ei faites envoyer du bois à Scilla pour la Marine ; il n'y a pas un instant à perdre, le service manque partout. Fut-on jamais plus contrarié! J'écris aux deux ordonnateurs de vous adresser l'état de leurs besoins.
.archives du prince Mural. R. XVII, p. 25.
Au ministre de la Guerre.
8 juillet 1810.
Monsieur le ministre, nous n'avons rien de nouveau : aujourd'hui toute la division Lamarque s'embarque et les bâtiments seront classés et numérotés pour chaque régiment, chaque bataillon et chaque compagnie; la même opération sera faite pour la division Partouneaux et pour la réserve, en sorte que je pourrai connaître d'ici à quelques jours, d'une manière positive, combien de monde je puis transporter au premier passage. Lu nouveau brick est venu s'embosser aujourd'hui cà côté des vaisseaux, et un A"""' vaisseau se trouve placé depuis ce matin à l'entrée du port de Mes- .sine. Je n'ai pas encore de nouvelles positives du convoi de Garofalo.
Archives du prince Murât. R. XVI, p. 282.
Au camp de Piale, 8 juillet 1810.
A monsieur le cjéin-ral Grenier, chef de l'èlat-major général. Monsieur le général, ayant ordonné hier après la revue au gé-
néral Lamarqiie de faire eml)ai(|ii('r anjourd'liui toute sa division, je désire que vous donniez l'ordre au commandant de la marine du Pizzo de faire mettre à la mer tous ses bâtiments.
11 serait nécessaire que le <{én(''ral Partouneaux fît enfin la même expérience et reconnût définitivement les l)àtin)ents destinés à sa division; envoyez-lui en l'ordre.
Je suis informé que des réjsinients mettent dvi^ plantons à la porte des fournisseurs, qu'ils se font donner par force du pain pour deux jours, tandis qu'il y a des régiments qui ne reçoivent pas leur distribution; faites cesser cet abus et ordonnez que les ré;{iments iront aux distributions et recevront leurs vivres par tour de rôle.
Renouvelez la plus grande surveillance pour la garde des marins qui continuent, à ce qu'on m'annonce, à déserter.
Arcliiies du prince Mural. R. XV, p. ~(i.
5095. — .MUR.AT A PIQLKT
«juillet 1810.
A monsieur Piquel, on/oiiiialew e/i chef tic la marine.
Monsieur l'ordonnateur, je suis informé que les pâtes n'ont pas été distribuées depuis six jours ainsi que le bois, que l'approvisionnement de dix jours n'est pas complété et que vous avez très peu de vin en magasin. Je vous prie de me dire comment il peut se faire (|ue dans un pays aussi abondant et avec l'argent que j'ai mis à votre disposition, vous puissiez me mettre dans un si grand embarras. Vous pouvez prendre du sel à Hagnara, il y en a autant que vous en voudrez; il faut enfin que cet état cesse, sans quoi je prendrai décidément mon parti. Pourquoi les marins de l'arrondissement de Scilla. de Reggio et enfin tous les marins qui ont été requis, ne reçoivent-ils pas leurs rations comme les autres? Répondez-moi par le retour de l'officier que je vous envoie.
Archiies du prince Murât, R. XV, p. 7",
5096. — MUR.^T AU GKXIiRAL PARTOU.VK.UX
\\\ camp de Piale, 9 juillet 1810.
Au général Parfoitneattx, à Bagnara.
Monsieur le général, vous avez dû recevoir l'ordre de faire em-
ROVAIMI:; DE XAPLES. — 1810 439
barquer votre division et de classer les bâtiments de transport par régiments, bataillons et par compagnies, de manière que lorsque le moment sera arrivé, chacun connaisse sa barque, et que cette opération puisse se faire sans confusion ; je désire donc que vous vous occupiez dans la journée de ce travail dont vous m'adresserez ce soir le résultat. Comme le trajet ne peut pas être très long, que nos moyens de transport sont restreints et qu'il m importe d'emmener le plus de monde possible au premier passage, je désire qu'on mette le plus de monde possible dans ces barques. 11 est nécessaire aussi de laisser garnison dans chaque barque, elle devra être composée d'hommes (|ui connaissent le mieux la mer, c'est-à-dire en état de pouvoir aider les manœuvres. Toutes les fois que le temps le permettra, il faudra faire mettre les bar(|nes à la mer et exercer les soldats au\ manœuvres; je donne des ordres en conséquence à M. le commandant de la marine.
Les manœuvres de l'ennemi d'hier au soir ne m'ont pas prouvé qu'il fût très rassuré sur sa position.
.Aichives du prince Mural. R. XV, p. "T.
5097. — L.^ REIXE CAROLIXE ^ S0\ .M.^RI
Rambouillet, 9 juillet 1810.
Mon très cher ami, tu es la bonté même de profiter de tous tes instants libres pour nie donner de tes nouvelles et calmer mes vives inquiétudes; enfin, tu es en mesure de passer, je fais (\e<. vœux pour (|ue cela soit avec plein succès, mais je te recommande encore la prudence; songe que ton existence appartient à ta femme et à tes enfants.
J'ai reçu la lettre dans laquelle tu me parles de Lucien. L'Empereur m'a entretenu ce matin sur ce sujet et il ne me semble pas très satisfait que tu lui aies fourni, si facilement et sans attendre ses ordres, un vaisseau et de largent. Permets-moi, mon ami, de te dire que tuas peut-être agi trop précipitamment, tu n'as consulté que l'élan de ton cœur, et je le conçois bien, car à ta place, je t'aurais exhorté peut-être à faire ce que tu as fait et nous n'en aurions pas mieux fait, car dans une aussi grande distance, nous pouvions méconnaître les intentions de l'Empereur et qui sait s'il n'entre pas dans sa politique de forcer Lucien de n'avoir recours qu'à lui, aOn que s'il lui demande de l'argent, il puisse le forcer à condescendre
à ses volontés? Car tu sens bien que l'Empereur peut lui donner de l'argent, s'il le veut, et que, puisqu'il ne le fait pas, c'est qu'il ne trouve pas bon non plus que nous lui en donnions et que nous le soutenions de cette manière dans son indépendance, car je ne crois pas que l'Empereur veuille que Lucien abandonne l'Europe et il ne doit pas être content de toi, si tu lui as fourni les moyens de s'expatrier. Réfléchis à tout cela, mon cher ami, et s'il en est encore temps, évite de donner de laryent et des vaisseaux à Lucien, avant d'avoir sollicité le consentement de l'Empereur. Du reste, mon cher ami, je conçois que la situation de Lucien ait touché ton hou cœur, (lomment supporter l'idée d'un frère malheureux? ALiis ?u('ttons-nous aussi à la place de l'Empereur (]ui ne doit pas être content si on a contrarié ses projets.
Du reste, l'Empereur est parfait pour toi et me demande tous les matins si j'ai reçu des lettres du ■< Hoi des Lazzaroni n et si l'expédition s'avance; il est gai, charmant, et parfait pour moi. Hier, j'avais fait mettre les chevaux de poste pour partir, mais il les a fait oter et me voici à Rambouillet pour je ne sais combien de jours, car tu sais que lorsqu'on est près de lui, on ne; le quitte pas aisément et il veut que je reste encore quelques jours. Les espérances que l'Impératrice est grosse se soutiennent et je crois pouvoir dire afOrniativcment qu'elle l'est, ce sera un grand bonheur.
J'ai donné mon portrait an maréchal Moncey qui a aidé le Grand Duc de U urtzbourg <à me tirer du milieu du feu, sans eux deux, je crois que je n'existerais j)lus, ainsi vois si je dois les aimer pour m'avoir conservé une vie que je dois passer avec toi, et dont j'espère que tu embelliras tous les moments. Du reste, mon ami, sois toujours comme tu es à présent pour moi et je me croirai la femme du monde la plus heureuse.
Je vais écrire à .Achille que mon départ est différé de deux ou trois jours. Mos chers enfants! Quel bonheur de les embrasser! Tu as bien raison, nous serons parfaitement heureux, lorsque nous serons tous réunis. J'attends tes lettres avec impatience, je voudrais bien apprendre que tu es passé de l'autre côté avant mon départ. Jérôme est parti, ainsi que la Reine.
Je t'embrasse bien.
Caroline.
Archires du prince Murât. D. 3fi6. 58.
ROYAUME DE \-APLKS. — 1810 441