MUR.AT A DR SIMO.VK
l-J jiilliei J810.
A monsieur de Simone, commandanl en chef de hi Marine.
Monsieur le commandant, je vous préviens que je donne l'ordre à M. Ranibaud de payer le mois de mai à tous les équipages qui ne l'ont pas encore reçu et l'indemnité de trente ducats aux marins qui ont secouru les canonnières de 24. .^dressez-vous à ce payeur pour toucher tous ces fonds.
Lorsque je vous ai demandé le travail sur la .Marine, j'ai entendu vous demander celui que j'ai ordonné depuis longtemps sur l'organisation du personnel et du matériel des transports : c'est-àdire que je désire que tous les bâtiments de transport soient partagés en escadrilles, en divisions et subdivisions; c'est-à-dire, que chaque escadrille soit composée des barques destinées à porter l'infanterie d'une division, qu'une division soit composée des barques destinées à porter une brigade, et qu'une subdivision soit composée des barques destinées à porter un régiment; l'escadrille doit être commandée par un capitaine de vaisseau ou un capitaine de frégate, ayant des lieutenants ou enseignes de vaisseau pour commander sous leurs ordres leurs divisions ou subdivisions. Le commandant de l'escadrille, c'est-à-dire le commandant des bâtiments destinés à porter une division d'infanterie, doit être exclusivement chargé de tout ce qui tient à leur organisation, aux subsistances des marins, à l'ordre et à la police. Vous devez correspondre exclusivement e directement avec eux pour tout ce qui regarde les bâtiments de transport de leur escadrille, de même que vous correspondrez avec chaque chef de division de la tlottille; et chaque chef d'escadrille doit exiger à son tour les mêmes comptes et les mêmes devoirs des commandants des divisions et des subdivisions. Ainsi nous avons trois divisions, six brigades, conséquemment douze régiments ; donc vous devez avoir trois commandants d'escadrilles; les trois comman-
dants d'escadrilles doivent avoir sous leurs ordres six commandants de divisions et douze commandants de subdivisions, qui tous doivent avoir le contrôle nominatif des bcàtiments de leur escadrille, division et subdivision, et un état nominatif de tous leurs équipages, et être chargés, comme il est dit plus haut, des subsistances de leurs équipages, de l'ordre, de la discipline dans leurs escadrilles, divisions et subdivisions. Faites sur-le-champ un h-avail en conséquence et adressez-le moi ; ce travail vous sera d'autant plus facile que vous devez connaître dès aujourd'hui le nombre et le numéro des barques qui auront été affectées aux deux premières divisions.
Il faut absolument que j'aie cet état demain au soir, afin que je puisse le faire mettre à l'ordre du jour de l'armée et rendre tous les chefs responsables.
Votre chef d'état-major ne doit jamais vous quitter ni être envoyé en mission, vous devez le garder constamment auprès de vous; vous ne manquez pas d'officiers pour les envoyer en mission; c'est lui que vous devez charger de tout le détail de l'organisation de l'armée navale.
Donnez l'ordre à MM Diez et Tranfi de se rendre sur-le-champ à Scilla, leur présence n'est plus utile au Pizzo ni à Tropea ; ils devraient déjà être rendus à leur poste; il faudra qu'ils laissent l'ordre aux commandants des places de faire filer les convois qui y arriveront. Je désire avoir tous les jours, dans le rapport de mouvement que vous m'adressez, ceux du port de Messine et des forces ennemies dans le canal et autour du Phare; chargez spécialement un officier d'observer les mouvements de l'ennemi.
J'avais fait connaître à M. Calefati d'envoyer ici un correspondant télégraphique; non seulement il n'est pas arrivé, mais même depuis que je suis ici, je n'ai reçu qu'un seul rapport télégraphique ; j'ordonne que ce correspondant soit établi demain à mon camp.
J'ordonne que par le premier beau temps toute la flottille de Scilla sorte et descende jusqu'cà Porticello où je lui ferai transmettre de nouveaux ordres.
Je vais étabhr des signaux de correspondance à la Torre del Cavallo et à Scilla, cette mesure est indispensable.
Il me tarde de savoir que tous les bâtiments de Bagnara ont été réparés et sont arrivés à Scilla. Cherchez à électriser la marine; c'est déj.à un assez grand triomphe pour elle aux yeux de l'Europe d'avoir soutenu des combats brillants, d'avoir réuni mes convois et de tenir en échec une flotte ennemie qui n'ose rien tenter contre moi. Que nos marins songent à la gloire qui les attend sur la rive TOME vi;i. 29
450 JOACHIM Ml UAT
opposée; j'espère que la vue de (piclqucs voiles carrées qui semblent collées au rivage et n'osent l'abandonner, ne les intimidera pas; on n'a pas fait un si grand pas pour reculer.
Archives du prince Mural. U. W , p. 83.
5112. — MURAT AU GHX'KHAL GRI^MKR
Au camp de l'iale, 12 jiiillel IHIO.
Au général Grenier, chef de l'éldl-nuijor fjénéral.
Monsieur le général, j'ai donné le commandement de mon escadrille légère au capitaine de frégate Hongourd pour inquiéter nuit et jour l'ennemi; je désire donc que tant que la mer le pcnneltra, cet officier soil dans le Canal et qu'il coure sur tous les bàlimcnls marchands ou de guerre, d'égale force à la sienne; qu'il étudie par ce moyen les courants du Canal, qu'il cherche à s'approcher assez près pour pouvoir tirer (pielques bombes sur les i)àtiments mouillés sur la rive opposée, qu'il ne tire qu'à bonne portée; qu'il éclaire le Canal la nuit. Donnez-lui des instructions en conséquence.
Ecrivez à M. de Simone de faire arrêter le commandant des scoridors qui a escorté les deux barcpics d'artillerie au l'izzo et de le faire juger |)ar un conseil de guerre, pour avoir mal dirigé son convoi, ou avoir laissé passer une barcjue à l'ennemi.
J'ordonne aussi que le commandant de la canonnière n" 18, l'officier du régiment municipal et celui de garnison soient jugés par un conseil de guerre pour avoir abandonné leur bord pendant l'action du 22 à Bagnara.
Archives du prince Murât. R. XV, p. 86.
51 la. — MURAT AU GÉXÉRAL GREMER
Au camp de Piale, 13 juillet 1810.
A monsieur le chef de l'élat-major général.
Monsieur le général, le désordre continue dans la distribution des subsistances de la Marine; le chef d'administration se plaint de ce que la terre lui enlève tous ses moyens de transport et entrave son
ROYAL M K DE XAPLRS. — 1810 451
service de toutes les manières; cependant, comme il m'importe au même point d'assurer les deux services de terre et de mer, je désire que vous fassiez connaître par un ordre du jour que tout militfiire ou tout individu qui se permettrait d'arrêter les vivres destinés à la marine ou ses moyens de transport sera sévèrement puni. Vous ferez fournir une sentinelle au magasin de la marine au Pizzo et à Scilla; le commandant du poste d'infanterie le plus voisin sera responsable de la garde de ces ma<{asins.
Réitérez Tordre au commandant en chef de la marine d'exiger que les officiers de cette arme assistent, par tour, aux distributions journalières; ces officiers devront être désignés 'a veille du jour où ils devront être de service; M. le conseiller d'État de Simone devra m'en envoyer l'état nominatif dans les rapports journaliers, et faire mention si les vivres ont été distribués en tout ou en partie. Les commandants des convois doivent être encore plus particulièrement chargés de surveiller le service des subsistances de leurs escadrilles; donnez des ordres en conséquence et annoncez bien que tous ceux qui contreviendront aux présentes dispositions seront sévèrement punis. Ecrivez également à M. de Simone que son rapport doit faire mention de tous les bâtiments de transport partis de Xaples et requis dans les différents arrondissements et non pas seulement des bâtiments qui se trouvent dans le mouillage de Scilla.
Je désire que vous mettiez à la disposition du ministre des Finances cinquante hommes pour faciliter la rentrée des contributions; vous pourrez faire fournir ce détachement par la division de la réserve, ces hommes sont destinés à avoir une gratification de par jour.
.Archiies du priiu-e Miirat. R. W, p. 87.
5lli. — LA RV.IKK GAROLLVl-: A SO.V MARI
liarabouillet, 13 juillet (18101.
Je suis encore à Hambouillet, mon cher ami, et je ne sais pas au juste le moment que je partirai. L'Empereur est toute bonté pour moi, il m'a donné son portrait que je désirais tenir de lui depuis longtemps et il l'envoie aussi à Lnetitia et à Louise; on ne peut être |ilus aimable. L'Impératrice vient de me donner aussi le sien et il me fait d'autant plus de plaisir qu'il est parfaitement ressemblant.
452 JOACHni MURAT
Je suis comblée d'amitiés de la part de l'I'lmpereur et de l'Impératrice et ils me demandent sans cesse de tes nouvelles.
J'ai parlé <à l'Empereur pour l'ambassade et, d'après sa réponse, j'espère qu'il y aura un ambassadeur. Voilà quatre jours que je suis sans lettre de toi et je suis d'une inquiétude extrême. Si tu pouvais concevoir l'étendue de mon attachement, tu le croirais sans peine. Adieu, mon ami, écris-moi bien vite. Je suis d'une impatience sans égale de t'embrasser ainsi (jue nos enfants.
Archives du prince Murât. D. 56t). 39.
13 juillet 1810.
A monsieur le minisire des Affaires étrangères.
Monsieur le ministre, je vous renvoie les lettres de créance de S' Angelo, vous chargerez ce prince d'annoncer, en prenant congé, que son successeur va être incessamment nommé.
Nous n'avons ici rien de nouveau; l'ennemi paraît avoir décidément fi.\é son système de défense; ses vaisseaux et ses canonnières semblent en effet devoir rester déOnitivemeut embossés sur la plage opposée et m'attendre dans cette position.
Les forces maritimes de l'ennemi consistaient aujourd'hui en quatre vaisseaux et sept à huit frégates, corvettes et bricks, en tout vingt-huit voiles carrées et environ soixante canonnières et une trentaine de scoridors. Vous voyez que c'est un grand avantage que de tenir en échec une force aussi considérable, qui d'ailleurs prouve assez authentiquementet la faiblesse des forces de terre de l'ennemi dans l'île et la possibilité du passage. L'Empereur doit être satisfait de ce premier résultat de mes opérations. Depuis dix jours le Canal est continuellement mauvais; à peine peut-on mettre quelques bateaux h. la mer. Il souffle constamment un vent nord-ouest qui fait que nous n'avons pas encore ressenti un seul jour de chaleur. Ma position ici est parfaite; celle de l'ennemi ne peut être longtemps tenable; premièrement, parce que son commerce est entièrement paralysé, et deuxièmement, parce qu'il doit éprouver la plus grande difGculté <à nourrir son armée de terre et de mer. En attendant, mes derniers convois arrivent et j'organise tous mes moyens, de manière à pouvoir profiter du premier moment favorable.
ROVAL'ME DE \APLES. — 1810 453
J'attends avec impatieuce la convention qui vous a été adressée par mon ambassadeur de Paris, afin que je puisse être une fois pour toutes débarrassé de cette affaire.
Archiïes du prince Murât. R. XVII, p. "26.
Camp Royal de Piale, 13 juillet 1810.
Au ministre Je la Guerre.
Monsieur le ministre, nous n'avons rien de nouveau; Tennemi a reçu aujourd'hui un renfort de deux frégates et de deux bricks.
J'éprouve toujours les plus grandes inquiétudes pour ce détestable service de la marine qui me coûte plus que celui de terre. Je ne conçois pas comment vous laissez ici Piquet sans argent; j'espère bien que vous ne donnerez pas un sol à la compagnie Caffieri, car voilà déjà plus de trente mille ducats que j'ai fait mettre ici à la disposition de l'ordonnateur de la Marine.
Je désire que le vaisseau soit lancé aussitôt qu'il sera en état de l'être ; ou l'appellera le Capri et la frégate, la Caroline. Le maréchal Pérignon va recevoir l'ordre d'envoyer le 3''°"' bataillon du I" régiment d'infanterie légère à Lagonegro; ce mouvement est indispensable pour la sûreté des convois d'argent que le ministre des Finances fait venir dans les Calabres; rien ne doit l'empêcher.
Faites connaître au juge de paix de San Buono qu'il doit être sans inquiétude et qu'il sera employé de nouveau.
Vous avez dû recevoir un de mes décrets qui crée une commission militaire pour juger les brigands qui seront arrêtés par les colonnes mobiles organisées dans les provinces de Pouille, de Basilicata et de Calabre Citra.
Les comptes que vous m'avez rendus des dépenses du vaisseau ne disent rien, de manière que je ne pi-évois pas que je puisse parvenir à savoir ce que coûtera ce vaisseau.
Je vous adresse le règlement de police de Palerme, vous pourrez en faire tirer plusieurs exemplaires et les répandre, mais sans le faire insérer dans les gazettes ; vous en ferez parvenir, comme je vous l'ai dit, un exemplaire au ministre de la Guerre de France.
Archives du prince .Mural. R. XVI, p. 286.
5117. — MURAT A XAPOLEO.V
An catnj) de Piale, 14 juillet ISIO.
Il ne s'est rien passé de nouveau depuis le dernier rapport que j'ai adressé à V. M. et, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous l'écrire, j'ai divisé les bâtiments de transport en escadrilles, divisions et subdivisions, c'est-à-dire que les bâtiments d'une escadrille sont affectés au transport d'une division d'infanterie, ceux d'une division au transport d'une brifjade et ceux d'une subdivision au transport d'un réyiment. J'ai déjà fait l'épreuve d'un embarquement, mais le résultat a été encore loin de mon attente, car je n'ai pu, jusqu'à ce moment, parvenir à embarquer plus de dix à douze mille hommes, ce qui me force à différer toute entreprise jusqu'à ce que, conformément à vos ordres, je puisse réunir assez de barques pour pouvoir en passer 15 000 à la fois. De nouveaux convois sont en roule de \aples, ils ne peuvent tarder à arriver. J'espère, d'un autre coté, que les barques retenues à (lotrone et à Tarente parviendront à tromper la surveillance des croisières ennemies. II rèjjne constamment, depuis quinze jours, un vent de \ord-Ouest qui aurait rendu d'ailleurs toute espèce de tentative impraticable. Tout le détroit est afjité et par les courants et par le vent.
J'ai annoncé à V. M. par mon dernier raj)portque l'ennemi avait embossé trois vaisseaux et quelques frégates sur la rive opposée du Canal ; depuis, il a considérablement augmenté ses forces maritimes; elles consistent aujourd'hui en quatre vaisseaux, cinq à six fréyates, autant de corvettes et de bricks. Cette escadre, qui s'est formée par le rappel des différentes croisières dans l'Adriatique et dans la .Méditerranée, est commandée pai- l'amiral .Martin. Il paraît décidément certain que l'ennemi, d'après le système de défense qu'il a adopté, ne compte que sur ses forces maritimes pour empêcher le passage du détroit, et (|u'à cet effet, il a résolu de les tenir embossées ; on est d'autant plus autorisé à le croire que tous les marins calabrais ont vu avec le plus grand étonnement les vaisseaux ennemis rester à l'ancre par le dernier coup de vent que nous venons d'essuyer, et que je les lais braver tous les jours impunément pour les attirer dans le Canal ; cette force imposante de leur marine montre évidemment la faiblesse de l'armée de terre en Sicile; s'il en était autrement, pourquoi s"opposerait-on à mon passage? Les mesures de sûreté qui ont été prises à Messine viennent
ROYALAIE D!'] XAPLES. — 1810 455
à Tappui de cette opinion. J'ai fait adresser à Votre Alajesté copie des règlements qui contiennent ces mesures.
Sire, dans cet état de choses, je ne puis qu'attendre Téloignenient dune force de mer aussi considérable ; à coup sûr Téquinoxe de septembre m'en délivrera. Cependant je suis dans une très belle et très bonne position, l'armée vit bien, elle s'instruit et n'a presque pas de malades; je tiens en échec une escadre ennemie et je suis parvenu k paralyser le commerce des Anglais dans l'île, puisque tous leurs établissements étaient à Messine et que, par la crise où l'attitude que vous m'avez ordonné de prendre les met, il n'y a pas de place en Europe (jui voulût faire des affaires avec elle. Je suis en mesure, par l'organisation d'une flottille légère de trente bâtiments, d'insulter leurs bâtiments de commerce jusqu'à l'entrée du port de Messine. Corfou est parfaitement ravitaillé, les croisières ennemies dans l'Adriatique doivent être presque nulles, et j'ai complètement armé les cotes depuis Reggio jusqu'à \aples. Néanmoins peut-être me déciderai-je à profiter d'une de ces nuits obscures et d'un vent fait pour laisser l'escadre ennemie embossée en face de moi, et aller débarquer sur les points de Scaletta ou de Taormina, trajet qu'on peut faire au plus dans une heure et demie de temps. Mais je ne dois pas dissimuler à Votre Majesté que mon courage s'est grandement ralenti par les ordres que \ . M. m'a fait transmettre par son ministre de la Guerre, ordres qui m'occupent sans cesse et qui me rendent presque timide : u L'Empcreur un/oiine que vous ne leiitiez Vexpéditioii qu'avec la cerliluJc du succès. S. M. la reqardc comme impossible, si vous ne pouvez passer 15 000 liommes à la fois. " Sire, ces ordres si précis n'ont pas seulement été connus de moi, l'aide-de-camp de ce ministre les a fait connaître publiquement à Xaples, et les Anglais et la Cour de Palerme ne peuvent les avoir ignorés en Sicile, puisque j'ai presque la certitude que, sans cela, le général anglais se serait déjà déterminé à se retirer. En effet, à la nouvelle des premiers préparatifs de l'expédition, le général Stuart avait disposé un camp à Castrogiovanni, point central de la Sicile, où il avait fait réunir des vivres et des munitions, et envoyé déjà 2 000 hommes.
Les .Anglais ont reçu depuis dix jours un renfort de 3 000 hommes, qu'on dit avoir été tirés de Malte; j'ai peine à le croire et je suis plutôt autorisé à penser qu'il les a tirés des places de Siracusa, d'.Augusta, de Trapaui et de Catania. Ils annoncent tous les jours l'arrivée de nouveaux renforts qui, certainement, ne peuvent arriver.
Voilà, Sire, l'état des choses. Cependant, nial<]ré les dépenses énormes et grandement au-dessus de mes forces que m'occasionnent la réunion de l'armée, le naulis d'environ cinq cents et quelques bâtiments, la subsistance et la solde de 7 à 8 000 marins et les nouvelles impositions dont V. M. vient de me charger par la dernière convention, je n'en suis pas moins décidé à garder ma position jusqu'au mois de novembre; il est impossible que, d'ici à cette époque, il ne se présente pas une occasion favorable de tenter le passage, à moins qu'il n'entre dans les projets de V. M. (\'en ordonner différemment. Je ne cesserai de le répéter, le plus difficile est déjà fait : la réunion des moyens de transport qui avait été regardée comme impossible par tout le monde; et la Sicile doit faire partie du système continental. Oh! combien je désirerais voir V. M. ici pour une heure! Elle n'y tiendrait pas et elle ordonnerait le passage de vive force avant quarante-huit heures. Je le ferais moi-même, mais, je le répète, cette responsabilité qui jusqu'à présent n'avait exercé aucune influence sur moi, vient aujourd'hui constamment m'effraycr. Comment se fait-il que l'Kmpereur que j'ai entendu si fort blâmer la timidité du duc d'Istrie (|ui, malgré les ordres positifs, n'a pas osé franchir l'Escaut qui est bien plus large que le détroit de Scilla, mette aujourd'hui de si cruelles conditions au passage de ce détroit?
La Cour de Palerme n'a jusqu'à ce moment fourni aux Anglais qu'une trentaine de canonnières. 11 paraît qu'elle s'obstine à leur refuser des troupes de terre et on continue à croire, en Sicile, que j'agis de concert avec cette Cour. Je fais accréditer de tous mes moyens cette opinion.
Archives du prince Murât. R. .WIIl, n° 15.
5118. — MURAT A DALRt:
Au c.-imp de l'iale, li juillet 1X10.
Au ministre de la Guerre.
Monsieur le ministre, nous n'avons rien de nouveau, si ce n'est une cinquantaine de coups de canon qu'une quinzaine de canonnières sont venues tirer sur de simples petits scoridors qui avaient été se placer au milieu du canal, en face des vaisseaux ennemis, ils n'ont pas été touchés et l'ennemi a repris sa position. Les vivres de
ROYALME DE IVAPLES. — 1810 457
la marine continuent à me désoler; quoique je n'aie pas de nouvelles positives du convoi de Garofalo, je suis néanmoins autorisé à penser qu'il a beaucoup souffert; j'espère cependant sauver ce qui est échappé, au moyen de trois scoridors que j'ai envoyés k son secours.
Quant aux munitions à envoyer à Corfou, je vous ai déjà répondu (|ue puisque l'Empereur avait ajourné l'envoi de l'artillerie française qui devait être envoyée dans cette place, jusqu'à l'hiver, il fallait également différer jusqu'à cette époque l'envoi des nôtres ; je suis étonné que vous n'ayez pas reçu cette décision.
Archives du prince Mural, R. XVI, p. 287.
5119. — AIURAT AL GEXERAL TUGXY
Au camp Royal de Piaîe, 14 juillet 1810.
Au général Tugny, à Scilla.
Monsieur le général, je suis informé que les canonuiers littoraux employés à la batterie de Fentimole ne sont point payés ; j'ordonne qu'ils le soient sur-le-champ.
Archives du prince Mural. R. XV, p. 8S.
5120. — AIIRAT A XAPOLEO.V.
Au camp de Piale, 14 juillet 1810.
SlRK,
J'adresse aujourd'hui à V. M. mon rapport officiel sur ma position en Calabre et sur celle de son armée. Sire, combien il est malheureux que mes transports aient été retenus vingt et vingttrois jours dans les mouillages du Pizzo et Tropea. Le 30, je serais arrivé en Sicile sans trouver un seul bâtiment sur mon passage, si la réunion de mes moyens me l'eut (sic) permis de tenter ce passage, et cette expédition qui avait rencontré jusqu'à ce moment une réprobation si générale eut été exécutée sans le moindre danger; et aujourd'hui que tout le monde a changé d'opinion et qu'on la regarde même comme facile, je ne puis nier qu'elle éprouve des obstacles par cette réunion énorme de forces navales. C'est un spec-
tacle vraiment étonnant de voir aux pieds de votre armée et comme collés au rivage opposé, cent bâtiments légers et une escadre de 30 voiles composée de vaisseaux, de frégates, etc.. J'ai beau les provoquer le jour, la nuit, rien ne peut les rendre mobiles, ils sont fixés à la terre; d'un autre côté, nous voyons des camps placés çà et là sur les montagnes, sur le rivage, dans des ravins même; des camps retranchés sortent de la tei-re et des redoutes s'élèvent du soir au lendemain et ce sont cependant des co(|uilles de noix, quelques canonnières et de siui|)les paranzelles tirées à terre, en face de ces énormes palais ambulants, qui produisent ces choses si étonnantes. De leur belle position, vos soldats s'amusent des pénibles travaux auxquels sont condamnés leurs adversaires, car ils ont la pioclie dans les mains depuis un mois et demi; ils boivent du bon vin, attendent impatiemment d'être conduits en Sicile et bénissent V. M. Cependant depuis (|u'ils ont vu arriver .. les gros bourgeois (c'est ainsi qu'ils appellent les vaisseaux), ils font des projets et au lieu de vouloir arriver au plus près, comme ils le manifestèrent d'abord, ils voudraient débarquer tantôt au nord, tantôt au sud de Messine. Sire, j'occupe la |)lus belle position du monde, du camp de votre armée on a la Sicile à ses pieds et on découvre les deux mers, d'un côté jusqu'au cap de l*aliuro près de Salerne, et de l'autre jusqu'au cap Passaro en face de Malte. La côte de Calabre jusqu'à Heggio est une forêt continuelle d'orangers, de citronniers et d'oliviers, la vigne y donne du raisin excellent, et la santé de l'habitant atteste son délicieux climat. L'Etna est en face et élève pompeusement sa tête enflammée au-dessus des autres montagnes de la Trinacrie. Messine étale un port majestueux et ces flots, poussés et repousses alternativement de Gbarybde eu Scylla, nous présentent sans cesse le spectacle vraiment effrayant de ces tourbillons, de ces gouffres qui ont dévoré tant de victimes; on est continuellement distrait par mille objets divers et rempli des souvenirs dont ces belles contrées ont été les théâtres, on est tenté d'oublier qu'elles sont destinées à voir s'opérer de grands événements. Sire, j'oublie moi-même en écrivant que j'écris à l'Empereur, je croyais lui parler, comme sa bonté m'y avait accoutumé autrefois, et sur ce ton simple et naïf, j'avais repris mes anciennes habitudes, j'avais goûté un moment de bonheur, mais le charme disparaît, et constamment occupé à oublier vos dernières paroles de Compiègne, paroles qui malgré moi retentissent constamment à mes oreilles et font frissonner mon cœur, ma douleur renaît et je m'afflige de penser que le meilleur des Princes, le meilleur des hommes a con-
ROYAUME DE \APLES. — 1810 459
damné le meilleur de ses amis à une peine éternelle et lui a retiré son amitié. Cette idée me tue, et à qui se fier, grands dieux! Sur qui compter désormais sur la terre? J'aurais voulu vous consacrer ma vie et vous m'avez relégué dans le fond de l'Italie.
Je crois que si je puis garder ma position encore trois mois, les Anglais ne peuvent pas tenir en Sicile, où ils éprouveront les plus grandes dilficultés pour vivre et oii leur commerce est absolument nul, car depuis que le front de mer est occupé, la contrebande se réduit à quelques livres de sucre et de café que je permets à mes espions. Les Anglais disent en Sicile que l'escadre de Toulon a passé le détroit de Gibraltar sans accident et nos soldats la l'ont arriver ici tous les jours. Je prie V. M. de me mettre aux pieds de l'Impératrice, et de croire à mon inviolable amitié. On dit que V. M. vient à Rome; venez ici, vous nous rendrez bien beureux.
Je suis
Joacbim \ai'()I.i';o\.
Guerre
Au camp de Piale, 16 juillet IHIO.
Au minislre de la Guerre.
Monsieur le ministre, l'ennemi continue à garder ses différentes positions; un convoi de di\.-sept gros bâtiments de transport escorté par quelques frégates et quelques bricks est sorti de Messine et a fait voile pour Malte; je saurai vraisemblablement demain quelle était sa mission et s'il était chargé de marchandises anglaises. J'ai été h Reggio où j'ai été enchanté de l'esprit public. Les marins désertent : voilà le second scoridor qui passe à l'ennemi; j'en suis au désespoir; je ne fus jamais tant contrarié, par l'effet que cette désertion doit produire à l'ennemi. Le télégraphe m'annonce qu'un convoi a été attaqué et se trouve bloqué sous le fort de Scalca et qu'il a fait demander des secours au Diamante. J'ordonne qu'on donne le double du rapport de police quand la Reine sera arrivée; prévenez-en le préfet de police et conformezvous vous-même à cette disposition.
ilrchiies (\\\ prince Murât. U. XVI, p. 288.
460 JOACHIAI MIRAT
Au camp de l'iale, 17 juillet 1810.
Au général Grenier, chef de l'élat-major général.
Monsieur le jjéiiéral, je suis informé que les canonnières n"' 34, 61 et 8() n'ont |)as encore leurs vivres; écrivez au chef (radniinistralion de la .Marine de les faire délivrer, et faites connaître en même temps que ces canonnières doivent continuer à rester à Scilla pour la «jarde <\\\ port, ainsi que les deux scoridors n"' G et 22; demandez-lui enfin qui empêche aux bâtiments déjà arrivés au Pizzo et à Tropea de se rendre à Scilla ; en a-t-il réitéré l'ordre, ainsi que je le lui avais prescrit ?
Préj)arez un modèle d'état de situation des bâtiments de guerre et de transport, pour être envoyé au cliel de l'étal-uiajor général de la Marine, afin qu'il puisse le remplir et vous l'adresser tous les jours exactement. Il est inouï que la .Marine ne sache pas encore dresser un état de situation. Cet état devra comprendre les noms des commandants de l'état-major général de la .Marine, des commandants des neuf divisions de la flottille, ceux des commandants des escadrilles, des divisions et subdivisions des bâtiments de transport, avec les indications du mouillage; en un mot, je dois voir sur cet état, d'un seul coup d'oeil, l'état général de situation de ma marine. On devra faire mention dans la colonne des observations, si les distributions ont été faites, en tout ou en partie, et désigner les divisions qui ne les auraient pas reçues.
Je désire qu'il soit embarcjué au moins quatre hommes armés sur chaque bâtiment arnié de la flottille ; ils continueront, quoiqu'embarqués, à prendre leurs vivres à terre.
Ordonnez à M. de Simone de s'assurer de tous les marins pilotes qui existent depuis Hagnara jusqu'<à Reggio, et principalement ceux qui ont été désignés par le chef pilote et par les frères Lopresti.
J'ordonne qu'à l'avenir on ne fasse plus d'expédition dans le Canal sans avoir quelques pilotes à bord.
Je désire que vous fassiez mettre à l'ordre du jour de la Marine ce qui suit :
PROCL.AMATIOXS .4U.\ M.ARIN'S
a Braves marins ! Des lâches, des traîtres, indignes de rester parmi « vous, viennent de passer à l'ennemi qui ose vous provoquer à
nOYAlME DE XAPLES. — 1810 461
" suivre rcxemple de ces misérables déserteurs, en vous proposant « pour prix de cette infamie quelques ducats. Le Roi aime à se ' persuader que vous aurez lu avec indijjnation un écrit qui atta- " que si ouvertement votre gloire et veut rendre suspects votre " fidélité et votre patriotisme. Les Anglais qui n'ont pu vous vaincre " dans ces différents combats que vou.s avez si vaillamment sou- '< tenus contre eux, chercbeut en vain cà vous séduire. Vous réponu drez par le canon à leurs perfides suggestions et vous leur ap- '.■■ prendrez qu'il n'y a que des braves parmi vous. Si les vivres ont
manqué dans le commencement, la faute n'en doit être attribuée « qu'aux circonstances d'une réunion si prompte, qui n'a pas donné 1. assez de temps pour la formation des magasins: mais la sollici- ' tude du Roi a déjà fait pourvoir à tout, et il espère que le service u des subsistances ne sera plus en souffrance. S. M. ordonne qu'il u soit passé une revue et que Ton distribue des chemises et autres - effets à ceux qui en manquent. Des commissaires sont partis de ' Naples pour aller payer à vos familles la portion de votre solde
(|ui leur est destinée. Cependant, si, malgré toute prévoyance, il ■■■■ arrivait que vous eussiez encore des privations h supporter, S. AL " espère que ses marins sauront souffrir avec courage et qu'ils . n'en continueront pas moins à se montrer toujours dignes de .c leur Roi et de leur Patrie. Le moment n'est pas loin où ils seront .■■ encore plus dignes de l'un et de l'autre. »
Arctiiros du prince Mural. R. XV, p. SS.
Au camp de Piale, 17 juillet 1810.
Au //é/téral Doiizclol, ffouceriieur fjénéral des Iles à C.orfou.
.Monsieur le général, j'attendais toujours, avant de vous écrire, le retour de l'officier qui vous porta ma dernière lettre; il m'importait essentiellement de connaître votre position relativement .à votre subsistance, à votre armement et <à vos munitions, ainsi que celle des .Anglais dans les Sept-Iles et dans le Canal, ne pouvant regarder comme officielle aucune des nouvelles qui nous parviennent de Corfou.
Le général Stuart qui s'est vu menacé d'un débarquement quand il apprenait à peine l'organisation et le départ de mes premiers con-
vois (le Xaplcs, s'empressa, dil-oii, de rattraper les troupes des îles Ioniennes, ainsi (pinnc partie de ses croisières dans l'Adriatique. Quoi(jne tous ces rapports soient assez vraisemblables, je ne |)uis ce|)endant y ajouter entièrement foi. J'espère que je ne tarderai pas à savoir de vous le véritable état des choses. Cependant, si, comme on l'assure, Fano avait été évacué, il est hors de doute que vous vous serez empressé de le faire réoccuper; vous l'aurez pu d'autant plus facilement (|ue vous avez reçu des renforts, et ce point est trop important pour \os communications avec mes Etats pour vous en;[a<[er à vous en lendre maître le plus tôt |)ossible.
Je viens de prescrire à mon ministre de la (iuerrc de vous demander l'état des blés dont vous croyez pouvoir avoir besoin jusqu'à la récolte prochaine, afin d'éviter les abus qui ont eu lieu l'an passé dans les ex|)ortations et (|ui ont failli compromellre votre position à Corfou; je désire donc que vous dressiez un état de vos besoins à cet é^ard et que vous l'adressiez à mon ministre avec un projet d'exécution.
J'ai environ 500 bâtiments de transport dans le détroit, c'est-àdire de quoi passer de li à 15 000 bommes. Tous mes convois partis de Xaples sont arrivés, malgré les croisières ennemies; nous avons constamment battu la flotlille ennemie toutes les fois qu'elle a atta(|iié la mienne et qu'elle a voulu empêcher l'arrivée de ces convois ou les détruire. Cependant les .anglais ont rappelé presque toutes leurs croisières et j'ai en ce moment devant moi, embossés sur la côte opposée, quatre vaisseaux de ligne, cinq à six frégates, autant de corvettes et de bricks et sa (sic) flottille, consistant à peu près en cent bâtiments armés dont plus de soixante portant du 24. Malgré celte force imposante, je n'espère pas moins profiter de la première occasion favorable pour tenter le passage. Dans tous les cas, j'ai déjà obtenu de grands résultats : celui d'avoir pu armer les cotes do mon Hoyaume et dégager Corfou, d'avoir réduit les .-\iiglais en Sicile à un état purement défensif, de tenir en échec une force maritime aussi considérable, et d avoir absolument paralysé leur commerce dans cette île.
Je vous prie de m'écrirc par toutes les occasions et de me donner tous les renseignements que vous pourriez acquérir sur les Anglais en Sicile et leurs projets contre vous.
Arcliiïes du prince Murat. R. XV, p. 01.
nOYAUAIK DE XAPLES. — 1810 463