J2V'«- — PROCLAMATION DE MURAT AUX HABITAXTS DE MADRID
(•J mai 180S, au soir.)
Bra\es Espagnols, le deux mai sera pour vous comme pour moi 1111 jour de deuil.
' Pul)liée par M. A. Lumbroso, Corresjionflance de Mttral, n" OC\\\I, d'après un cxomplairc inipriiiK' conservé an Hritisli Muséum. B.4LSSET, dans ses Mémoires (^Paris. lîaudoin IVcres, I.S27, t. l, p. 2V4U avait déjà donné de cette proclamation une version un peu différente, il ajoute: «Cette proclamation ne lut pas insérée dans les journaux français. Xapoléon pensa peut-être (|imI y avait quelque chose de trop. Elle fut faite le soir même d'une jourui'c sanylante, qu'il natait pu prévoir ni empêcher, et dans une ville dont il était éloigné de plus de deux cents lieues. Ses généreuses instructions furent mal observées. J'ai quelques soupçons que le Grand Duc croyait agir pour son propre compte et qu'il pensait que l'Espagne, conquise par lui, Unirait par lui i-ester, parce qu'en effet il ('-tait le seid prince guerrier de la famille impériale capable de conserver une conquête si vaste. «
Ag.AR, comte de Mosbourg, qui, dans s('s papiers personnels, a laissé de nombreuses et intéressantes notes sur ses lectures, écrit eu marge des réflexions de Hausset sur les affaires d'Espagne : « C'est toujours la fausse lettre (le .Vapoléon à Murât, du 29 mars IS08, qui sert de base aux opinions et aux conjectures de M. de liausset, et comme cette pièce est en opposition directe sui- tous les poiiils avec les H'rilables ordres et les vi-ritables intentions de l'Empereur Xapoléon, .M. de Hausset se trouve aussi toujours lui-même en opposition avec la vérité... ■' - La fausse lettre du 29 mars, écrit-il ailleurs, attribuée à riCmpereur par M. de Las Cases, par .M. de Rovigo, par M. Thibaudeau, par
36 JOACHBI MURAT
Xos rniuMiiis comimms, ;i|)its avoir niiiltiplic les provocalioiis les plus propres à lasser ma patience, onf liiii par |)or(er une partie (lu peuple de Madrid et des eampajjnes \oisiiies à des excès tels (pTil ma fallu enlin déployer la force imposante (|ui m'est confiée.
lin jjrand nombre d'informations m'avertissaient des efforts des mal inlentionnés ; je melforeois de croire encore cpie la tran(|uillité pnbli(|ue ne serait pas troublée. J'étais sur mes <;ardes, mais je n'axais pas i-essé d'espérer (|ue mes précautions se trouveraient superflues.
C'est aujourd'luii dans la matinée qu'a eu lieu celle ex|)losi()n annoncée d'avance par une foule d'indices, préparée par des libelles incendiaires et par tous les moyens dont on se sert |)oiir ('jjarer la multitude.
Le départ de la Keine d'Ktrurie et de linlaiil Don Francisco, appelés à Bayonne par le Roi leur père, a été le sijjnal.
Un de mes aides-de-camp, envoyé alors au Cbàleau, a été sur le point de périr sous les coups des séditieux; au même moment, dans toutes les parties de la ville, on assassinait les Français (|ui se trouvaient isolés.
J'ai dû enfin donner des ordres pour (pie de si énormes attentats fussent punis.
Peu de tem|)s a suffi pour foudro\er les coupables et p(uir rétablir le calme.
Oiiel borrible joie pour les ennemis de la France et de l'i'^spafjne le jour où des Français généreux sont réduits à frapper des Kspaynols égarés! Les ennemis communs des deux pays ne n)an(pieront pas de faire des efforts pour essayer d'obtenir encore d'affreux succès dans d'autres parties de ce beau royainne.
Que cette borrible espérance soit étoullV-e |)ai' ma francbise et par votre bon sens!
Braves Kspaynols, je me liàle de vous dire la vérité sur un événement qui ne sçaurait porter |>Ims de doiilem- dans votre anie (|ue dans la mienne; je veux aussi vous éclairer sur v(»lre position.
Cbarles IV et son fils sont reunis dans ce monu-nl <à Bayontie
\]. (le \orviiis, etc. clc , sert de l»aso à loiilcs les opinions, à (ou.s les rni.soiinenicnts de M. de Ilau.sset sur les affaires d'Ks[»a;jne en ISOS, elle le trompe et l'égaré entièrement, comme elle a trompé, comme elle a ('•<[ar('' tons reiix qui ont écrit sur le même sujet. Napoléon, à ,'sainle-Ilelène, parlait de l'invasion de rtCspagne avee plus de franchise et par tela même avec plus de <|randeur, (|ue les écrivains dont l'admiration et le dévouement allaient JMS(|ii'i'i lui prêter leur yénie et leur style. » {Pa|)iers de Mosliour;; )
LIEUTENA^fCE EM ESPAGNE. — 1808 37
avec rcmpeieur Xapolcoii pour ré<{ler les destinées de l'Kspajjne.
[/Knî|)ereur iia pas voulu attendre le résultat définitif de ce yrand arhifrajje pour faire connaître les sentiments dont il est animé en faveur de cette nation magnanime, qu'il veut préserver de toute crise révolutionnaire et appeler à prononcer elle-même sur les institutions politiques les plus analogues à son génie.
il s'est empressé d'assurer, il m'a chargé de vous répéter qu'il veut maintenir et garantir l'intégrité de la monarchie espagnole, qu'elle ne subira pas le moindre démembrement, la perte d'un seul village, et qu'elle ne sera pas soumise à aucune des contrihutions que les lois de la guerre autorisent à percevoir en pays conquis, mais dont la malveillance seule peut supposer l'application à un pays allié.
\e vous réunirez-vous pas avec moi, braves Espagnols, pour empêcher la malveillance de troubler une si heureuse perspective.'
Je ne veux pas supposer que vous soyez capables d'un aveuglement tel que vous vous laissiez entraîner à votre perte par les suggestions de vils agitateurs.
Quand il est (|uestion de tranquillité publique, l'intérêt de l'armée que je commande n'est-il pas aussi celui de tous ceux qui ont à conserver les avantages du rang et de la propriété? Ne sont-ils pas menacés, dès que les agitations de la multitude insultent à la majesté des lois?
Nobles, propriétaires, négociants, manufacturiers, exercez l'influence qui vous appartient pour prévenir toute espèce de sédition. Cette magistrature est le droit et le devoir de votre position dans l'ordre social.
Ministres de la religion, vous êtes encore plus étroitement obligés à empêcher les écarts du peuple, puisque vous lisez dans sa conscience où votre voix retentit avec tant d'autorité.
Dépositaires du pouvoir civil et militaire, c'est sur vous que |)èse la responsabilité la plus directe, lorsque vous négligez de l'employer avec énergie pour étouffer la sédition dans son berceau ou au moins pour l'arrêter à son |)remier pas. Si le sang français venait encore à couler, c'est vous surtout ([ui en devriez compte au Ciel et à l'Kmpereur Napoléon, dont on ne provoque jamais en vain la clémence ou la colère. Votre faiblesse serait d'autant plus impardonnable (|ue je vous aurais rappelé avec plus de soin, avec plus d'intérêt, le devoir le plus im|)ortant que vous ayez à remplir.
Mais je forme de meilleurs présages; je me complais à penser que les ministres de la religion, les magistrats, les Espagnols des classes les plus distinguées, (jue tous les bons citoyens, en un mot,
sVlïorcoront dv j)révt'nir tous les troubles qui pourraionl nuire ;iu (lévelop|)euieut des destinées de l'Espagne.
Je propose eu exemple aux officiers généraux et aux militaires ciiiployés dans les diverses provinces de la nionarcliie, la belle conduite que la Maison du Roi, la garnison de Madrid et les militaires espagnols, (|ui s;^ trouvaient, ont tenue dans cette déplorable circonstance.
Si mes espérances étaient trompées, la vengeance serait terrible; si mes espérances se réalisent, je serai heureux de dire à IKnipereur (ju'il a bien jngé les habitants de l'Espagne, aux(|uels il accorde tant d'estime et d' affection.
Donné eu uotre quartier général de Madrid, le 2 mai 1808.
Signe : Joacmim.
Par S. A. I. et H., le chef d' Ktat-major général : Au;). IJkm.iaiu).
3245. — MURAT A XAPOLKOX '
Madrid, le 2 mai ISOS, à 7 heures du soir -.
A Sa Majesté ^Empereur.
Sire, la tranquillité publique a été troublée ce matin. Le peuple des campagnes, depuis quelques jours, se rassemblait dans la ville; des pamphlets circulaient pour exciter à la révolte; les tètes des généraux français et des officiers logés dans la ville étaient mises à prix; enfin tout annonçait une crise. Ce matin, dès huit heures, la canaille de Madrid et des environs obstruait toutes les avenues du Château et remplissait la cour. Un de mes aides-de-camp, que j'avais envoyé complimenter la Heine d'Etrnrie (|ui allait monter en voiture, a été arrêté à la porte du Château, et il eut été assassiné par la populace effrénée, sans dix ou douze grenadiers de la garde de \ . M. que j'ai envoyés pour le débarrasser. Un instant après, un second aide-de-camp, que j'envoyais porter des ordres au général (Irouchy, a été assailli à coups de pierres et blessé. Sur-le-champ la générale a battu ; la garde de V. M. a pris les armes, tous les canips se sont mis en mouvement et ont reçu l'ordre de marcher
' l'ubliée par AI. .\. Li \iitnoso, Correspondance de Mural, u" CCL\.\I.\. * - 2 mai, six heures du soir » , d'après le registre de correspundauce.
sur Madrid, |)our venir occuper les postes qui leur avaient été iiuliqués en cas d'alarme.
Cependant un bataillon de la garde qui est logé dans mon palais a marché, soutenu par deux pièces de canon et un escadron de chevau-légers polonais, vers le château, sur le rassemblement qui existait, et l'a dissipé à coups de i'usil. De son côté, le général Grouchy rassemblait sa troupe au Prado et recevait l'ordre de se porter par la rue d'Alcala à. la porte Del Sol et à la place Alayor et à celle de la Fontaine d'Or, où s'étaient réunis plus de vingt mille révoltés. On assassinait déjà dans les rues tous les soldats isolés qui cherchaient là se rendre à leur poste; on n'épargnait pas même ceux qui se trouvaient aux distributions. Le général Lefranc, qui occupe avec un régiment le couvent de San Bernardino, se portait avec sa brigade à la porte de Funcarral où se trouvaient placées trois pièces de canon. Le bataillon des marins a pris poste en réserve devant mon palais. Le colonel Frédéric, avec ses deux bataillons de fusiliers, occupait la place du Château et l'entrée des rues Almoudana et Plateria; la compagnie basque s'était portée à la place de San Domino; la garde à cheval de V. M. était en bataille devant les casernes, rue de El Prado Xuevo, à la porte de San Vincente. Les cuirassiers marchaient de Carabanchel sur le pont de Tolède; des piquets ont été envoyés à l'hôpital, d'autres marchaient sur l'arsenal. Telles étaient mes dispositions, lorsque j'ai ordonné au général Grouchy de se porter à la Porte del Sol, et au colonel Frédéric de marcher sur le même point par la rue de Plateria et de dissoudre cà coups de canon cette canaille effrénée. Ces deux colonnes se sont mises en mouvement et sont parvenues à nettoyer ces rues, non sans beaucoup de difficultés, car ces misérables, chassés de la rue, se réfugiaient dans les maisons et ont fait feu des croisées sur nos troupes, tandis que le plus grand nombre se portait sur l'arseual, afin d'en enlever les canons et les fusils, mais le général Lefranc, qui se trouvait à la porte de Funcarral, a marché dessus, la hayonnette en avant, et est parvenu à s'en rendre maître et à reprendre les canons dont cette populace s'était d'abord emparée.
Dès lors, les colonnes se sont portées sur la place de la Porte del Sol, des portes de Tolède, de celle de Ségovie et de celle de Funcarral, le général Grouchy a fait entrer dans les maisons d'où l'on faisait feu, et a fait passer au fil de l'épée tout ce qui s'y trouvait. Toutes les rues ont été balayées. Les paysans des campagnes, qui étaient parvenus à. se sauver de la ville, ont été rencontrés par la cavalerie et sabrés.
Le canon et la lusillade ne se faisant plus entendre, et venant de recevoir des rapports qn'il n'y avait plus personne dans les rues, je me suis rendu au Palais chez l'infanl Don Antonio pour lui dire (|u'il i'allait que sur-le-clianip toute la ville fut désarmée.
On fait la proclamation dans ce moment; elle sera envoyée dans toutes les provinces. Les capitaines généraux, les corrégidors, les alcades, les chefs du clergé sont rendus responsables de son exécution et de la tranquillité du royaume. Sire, il y a eu beaucoup de monde tué. Les chasseurs de la Garde ont perdu quelques hommes. Le colonel Daumcsnil s'est comporté, à son ordinaire, en brave; il a traversé deux fois l'attroupement avec ses chasseurs et ses mameloucks. Il a eu vingt hommes hors de combat, deux chevaux tués sous lui, il a été blessé au genou; sa blessure est légère. Ce soir je ferai connaître à V. M. d'une manière plus exacte cet événement, lorsque j'aurai moi-même tous les rapports détaillés des différents généraux qui commandaient'. En un clin d'œil, tout le monde a été à son poste. Je dois les plus grands éloges à toutes les troupes de \^. AL ; j'en dois particulièrement au général Grouchy.
Trente de ces coquins, pris les armes à la main, ont été fusillés; une autre tientaine que nous tenons en prison le sera demain. On a trouvé sur eux des libelles et des provocations contre l'armée de V. M.
J'ai reçu pendant la fusillade la lettre de V. M. du 29; il ne m'était plus permis de ne pas engager une affaire. Les autres dispositions de V. M. vont être remplies.
Cet événement quoique malheureux nous assure pour toujours la tranquillité de la capitale et, je l'espère, du royaume.
' 3247 bis. — EXTRAIT DU JOUKMAL INÉDIT DE ROSSETTI,
AIDE-BE-CUIP DK MURIT, SUR LES ÉVÉ.V'EMliXTS DU 2 MU 1808
Madrid, 2 mai 1808.
Depuis les scènes d'Aranjuès, l'Espagne était en fermentation, la présence des troupes françaises répandues sur une partie de son territoire, l'orcupation de la capitale, celle des forteresses, l'abdication du lîoi, l'enlèvement du Prince de la Paix, la disparition successive des membres de la famille Royale et le refus surtout de l'Empereur de reconnaître comme Hoi le Prince des Asturies : cet ensemble de causes de perturbation tenait tous les esprits en suspens, en crainte, en agitation et il était facile de s'apercevoir que la moindre étincelle allumerait un grand incendie.
Monsieur Rémond, chef de la police, avec lequel j'avais souvent des entretiens, me disait qu'il se tramait quelque cbose contre les Français, mais que toutes ses démarches et ses sollicitudes n'avaient encore pu lui procurer des renseignements positifs sur les projets des Espagnols. .Mon valet de chambre me confirma dans ro|)inion de M. Rémond, en me disant que le maître de la maison où je logeais lui avait conseillé de m'avertir de me tenir sur mes
LIEUTENAXCE EX ESPAGXE. — 1808 41
.l'ai l'ait offrir des yardes à l'ambassadeur de Russie, à ceux de Hollande, de Daneinarck, à tous les membres du corps diplomatique.
gardes. La maison où j'Iiabitai.s était très rapprochée du Palais du Graud-Duc, mais il (allait traverser une petite place pour y arriver; le maître Don Alonzo Manilla orcupait un emploi supérieur dans la finance, je l'aiais peu vu pendant mon séjour à .Madrid, car je n'entrais guère à mon logement que pour y coucher. Le lendemain du jour <|ue mon valet de cliambrc me donna 1 avertissement, je fis prier I). ."^lonzo de venir me parler, et, après l'avoir remercié de sa sollicitude à mon égai'd. je le priai de me dire ce qui avait pu le décider à me faire une pareille ouverture I). Alonzo, Kspagnol dans la Ibrce du terme, dissimula avec beaucoup de finesse et se re ranclia dans les généralités, en disant que je pouvais bien penser qne les Espagnols étaient humiliés de voir leur pays occupé par des troupes étrangères, et qu'il n'était certainement pas naturel qu'ils aimassent des olficiers Irançais, qu'au reste, la crainte seule qu'il put m'arriver quelque chose de désagréable l'ai ait décidé à me faire avertir de me tenir sur mes gardes; mais, poussé par mes interrogations, il Unit par me dire que s'il était à ma place, il aurait sollicité une permission pour quitter Aladrid. Je compris toute l'étendue d'un pareil propos et m'empressai d'en rendre compte au Grand-! uc.
Tous les rapports de police s'accordaient à dire que beaucoup d\ir/igonais étaient venus à Madrid depuis fiuelcjues jours, et que, malgrt' que ce fussent des gens sans aveu et sans moyens pécuuiaii'cs, ils faisaient de la dépense et ne quittaient pas les cabarets.
Le 2 mai était le jour fi.xé pour le départ de la Reine d'IOtrurie et celui de l'Infant I). l'"rançois de Paule, pour Bayonne, on avait dit au peuple que la Reine partait de sa volonté, mais que la Jimte s'était opposée au départ de l'Infant et que le Grand-Duc avait le projet de le faire enlever de vive force. Dès le point du jour, le peuple était rassemblé dans la cour du Palais du Roi; à dix Jieures les voitures de la Reine étaient attelées; à dix heures et demie, le chef d'escadron Lagrange, aide-de-camp du Grand-Duc de Berg, se rendit au Palais du Roi pour prendre, de la part du Prince Murât, les ordres de la Reine d'Etrurie, et apporter l'ordre du voyage.
En arrivant sur la place du Palais, cet officier, dont on devinait sans peine la mission, se vit accueilli par des cris et des menaces, il courait de grands dangers, mais le poste de la Garde vint à son secours. Cette troupe française, insultée dès le malin par la population, étaii sous les armes et préparée à se défendre ; le feu s'engagea de part et d'autre et dans un moment toute la ville fut en insurrection.
Les troupes françaises occupaient trois camps autour de Madrid, et chaque camp était éloigné de trois quarts de lieue de la ville. Le Grand-Duc n'avait avec lui que deux escadrons de chasseurs de la Garde impériale, un peloton de mamelouks, un demi-bataillon de marins de laGarde et une compagnie de Casques.
Beaucoup de Français attachés à l'armée et un grand nombre de soldats sans armes, qui étaient venus en ville faire les provisions pour les camps, parcouraient en ce moment les différents quartiers, ils furent assaillis, outragés et égorgés. La fureur du peuple était à son comble, plusieurs officiers tombèrent sous le jjoignard des assassins, le fils du général Legrand, lieutenant de cuirassiers, jeune homme d'une belle espérance, fut au nombre des victimes.
Le Grand-Duc, entouré du petit nombre de troupes qu'il avait sous la main,
Le calnio étant rétabli, ces messieurs m'ont lait témoijjiier leurs reinereiements, et se sont u\outrés très sensibles à mon oliVe.
P. -S. — I,e peuple des croisées el les bous citoyens ont ap- [dandi, lois(|ne l'on a publié dans les nn's la |)roclanKilion.
Arclilies iiallorialcs, AF" IGO(), 9, et Ai't'liiies (lu prince Mural. K. \IV, p. 23r>.
luoiiliii clieval dt'iaiit le Palais ([ii'il ot(ii|iait, et envoya des aidc.s-(lf-cam|» à toutf's les troupes ciuironuautcs pour leur dotincr l'ordre d'entrer dans la ville au pas de charge.
l'.ii attendant leur arrivée, le massacre des l'^raniais isolés continuait toujours, plusieurs membres de la Junte et notamment les ministres A/.anza et O'I'arrill s'exposèrent à tous les dan;[ers pour arrêter les excès de la |)opuiace. \ Crs midi, des colonnes Irançaises counuencèrent à entrer dans Madrid par les portes du \'ord el du Levant.
A luidi et demi, une colonne d'infanterie, comniandécî par le «[énéral (îroncliy, entra |)ar la porte I''uncarral et vint, |)ar la [)lace San-I)omin;;o, se joindre; aux liataillons qui deléndaient l'approche du Palais du (îrand-i)uc.
Maître de nos mouvements, le Grand-Uuc donna à une heure après-midi l'ordre à toutes les colonnes de balayer les places et les rues et de dissi|)er la populace. Il m'ordonna également de prendre les deux escadrons de chasseurs de la Garde impériale et le peloton de mameloucks, et d'aller joindre nos troupes qui étaient au Retiro, eu passant par la rue d'Alcala et la l'iace del Sol; cette rue traverse Madrid dans toute sa longueur. Jus([u'à la Place Del Sol, nous rencontrâmes peu d'obstacles, mais, arrivés à celte place, nous la trouvâmes occupée par les révoltés en très grand nombre, il lalhit charger et dissiper la po[)nlace à coup de sabre. \ous continuâmes notre marclu! sur le Retiro, sans trouver beaucoup de ré.sistance, mais arrivés devant le couvent de moines de S*" Maria de .Atocha, nous essuyâmes la fusillade des moines placés aux croisées dudit couvent, deux chasseurs lurent blessés et un manudoidt resta sur la i)lacc. Je trouvai au Retiro le général (Johert, à la tète de sa division, et lui donnai l'ordre, de la part du (îrand-I)uc, d'entrer en ville et d'occuper la place Del Sol, l'arsenal et l'hôpital militaire I-e général (iobert s:î mil sur-le-champ en marche, et moi je revins avec ma colonne rejoindre le Prince. Les mamelouks, furieux de la mort d'un de leurs camarades, entrèrent dans le couvent de S"^ Maria de .Atocha el en tirèrent une horrible vengeance.
Dans ce moment, une scène épouvantable se passait à l'hôpital militaire : la garde de cet établissement fut désarmée et une partie des soldats français malades furent impitoyablement égorgés par les infirmiers. Heureusement que le général Harispe, informé de ce désastre, arriva à l'hôpital au pas de course et parvint à arrêter le carnage ; les infirmiers furent arrêtés et fusilles le lendemain, dépendant les troupes françaises occupaient la ville entièrement, et la révolte était apaisi-e à cinq heures du soir. Par ordre du (îrainl-Diic, un mendire du Oonseil de (laslille, un membre de la Junte, les ministres .-\/an/.a cl O'H'arrill, le général Harispe et moi, nous parcourûmes à cheval les principaux (juartiers de Madrid, pour engager tout le monde à se tenir IraïKjnille; la soirée fut très caliue. (Arcliices du prince Mural. J
LIEUTENAXCE E\ ESPAGNE. — 1808 43
;î2'^G. — MIRAT Al (".K.VKRAI, 1)1 HESMKS
•J mai I8()S.
Monsieiii- le général, la liaiiqiiillilé publique a été troublée dans la i;![)ilale. Depuis deux jours, tous les jjiopos des paysans entrés en \ille annonçaient une crise. Kffectivenient, dès huit heures du matin, la canaille de Madrid obstruait tontes les avenues du Chàtean et en remplissait les cours. La Reine d'Etrurie devait partir pour Rayonne. Un aide-de-camp, que j'envoyais pour la complimenter, a été arrêté par la populace à nne des portes du Palais. Il eût été assassiné sans un piquet de ma garde que j'ai sur-le-cliamp envoyé pour le dégager. Un second aide-de-camp, qui portait des ordres au général Grouchy a été assailli à coups de pierre. Dès lors, la générale a battu, les troupes ont couru aux positions qu'elles avaient ordre d'occuper en cas d'alarme. Des colonnes ont marché des différentes portes sur les rassemblements, des coups de canon à mitraille les ont dispersés. Tout est rentré dans l'ordre. 50 paysans, pris les armes à la main, ont été fusillés, 50 autres qui sont dans les prisons le seront demain. La ville va être désarmée et une proclamation va annoncer ([ue tout Espagnol trouvé avec des armes quelconques sera regardé comme séditieux et fusillé. Cette proclamation va être envoyée par le Gouvernement à tous les capitaines généraux et à tous les généraux commandant les corps espagnols et ils seront rendus responsables des événements.
De votre côté, ne vous en laissez pas imposer par la canaille de Barcelone, si elle bouge, que le canon vous en fasse raison. Engagez le capitaine général de la part de l'Empereur à vous seconder de tous ses moyens pour le maintien de l'ordre et de la tranquillité.
Il y a environ 1 000 paysans de tués, on a trouvé parmi eux plusieurs .anglais. Je vous envoie ci-joint une lettre de l'Empereur au Prince des Asturies avec la protestation de Charles IV contre son abdication et quelques exemplaires de la Gazette de Baijonne. \ous la ferez répandre sans affectation. Donnez-moi de vos nouvelles.
Archiies du prin(e Murât
:î2VT. — MIR.AT Al GENERAL JUXOT
2 mai 1808.
{Lettre analogue à celle écrite au général Duhesmes pour la partie comprise entre J*uisj)... le même offlcier qui vous porte ma lettre a
ordre de voir de la part de l'Empereur le <jéncral Solano pour reiijja;{»'r, lui particulièrement, à employcM- les moyens qui sont en son pouvoir pour le maintien de la tranquillité du royaume. .l'en (Mi\oie une autre au jjénéral fiarafia. VOus trouverez ci-joint une (lozcllcde Bayonnc. Vous j verrez sans doute avec plaisir que l'Kmpcrcur a exempté le Porlu<jal de |)ayer le restant de la contribution. \ dus y verrez aussi la protestation de (Iharles IV contre l'abdicatifui et une lettre de ce Koi à rEnipeieur. Je vous adresse aussi copie d'une lettre de l'Empereur au Priiu-e des Asturies, une seconde protestalion (II- Charles 1\ et une note que j'y ai ajoutée, .levons prie de les faire imj)riiner et ré[)andre dans le Portugal, la Galice et l'Estramadure.
J'espère (|ue la leçon que je viens de donner à la canaille de Madrid ' et des campajjnes ôtera l'envie aux Espajjiiols de vouloir A l'aveuiise mêler d'affaires polititpics; un millier d'hommes est resté fur la |)lace, on a trouvé parmi eux (|uel(|U('S An<|lais. C'est maintenant le cas de faire ohs<'rver le corps de Solano et celui de Galice ".
Le Roi et la Reine sont arrivés le 'M) à Rayonne, le sort de l'Espayne c^{ décidé dans ce moment et j'espère que je ne tarderai pas à recevoii' les dernières volontés de l'Empereur.
.^rchiies du prince Murât.
3248. — MURAT A L'IM-AXT DON AMTOMO