‹ Lettres et documents pour servir à l'histoire de Joachim Murat, 1767-1815Chapitre 18 sur 104 · MURAT AU GÉMIÎRAL CARAFFA · texte numérisé non relu

MURAT AU GÉMIÎRAL CARAFFA

Madrid, 0 mai 1808.

A monsieur le général Caroffa.

Monsieur le général, je vous ai déjà écrit pour vous faire connaître les événements du !2 mai et ma nomination à la Présidence de la Jiiula. Je m'empresse aujourd'hui de vous faire parvenir toutes les pièces qui viennent d'être publiées par ordre du (louvernement. J'ose espérer que les mililaires surtout apprendront avec (luelque satisfaction la détermination de Charles IV qui vient de me créer le Licutenant-yénéral de son Royaume, lia tâche qui m'est imposée est grande, mais comptant sur le zèle et les talents de tous les fonctionnaires civils et militaires, j'espère parvenir à justifier aux yeux de l'Espagne une si haute niarque de coufiance de la part de \otre .Monarque. Je vous annonce avec plaisir (ju'à compter du I" Juin toutes les troupes espagnoles seront traitées comme les troiq)es françaises. J'aime à me persuader que l'armée verra dans cette détermination une preuve de l'intérclque lui porte l'Empereur de France. Je désire que vous m'adressiez tous vos rapports en même temps que vous les adresserez au ministre de la Guerre.

Archives (lu prince Murât. II. XIII, p. 174.

:327«. — X'APOLKOX A .MURAT'

Rayonne, le 0 mai 1808, à 5 Iicurps apri'»-mi(li

Mon frère, je reçois votre lettre du 7 à deux heures du matin. Vous aurez vu que je n'ai rien signé avec le Hoi Charles qu'après (Hie j'ai su l'insurrection de .Madrid. Le Prince des .'Isturies ne |)artira qu'après-demain mercredi avec les deux autres Infants. J'attends d'apprendre qu'elle aura été l'issue du Conseil de Castille. Je suppo.u- que vous aurez reçu à temps les ordres du lloi Chiirles ()ui vous nommera liieuteuant général (hi lioyaume, et le.i jcllres à la Juute. On m'assure ici qu'O'Earrill avait envoyé, il y a (lucUiues jours, un nommé (^apelliuo, (jiie vous devez avoir connu h. Bologne, à Harccloue avecde l'ai gcnl |)oiir y cxcilcr un luouvctiieut.

' Cônes pond anrc de Sapoléo». n" \IIII)CGCX\XV I. Posl-.scriptiitn inrdit.

LIEUTENAXCE E.V ESPAGNE. — 1S08 7i»

Ce qu'il y a de certain, c'est que j'aperçois différents mouvements dans les troupes espagnoles. J'attends avec impatience leur état de situation que je \ous ai demandé. Je vous enverrai par le prochain courrier ma lettre au Roi de Maroc, par laquelle je lui déclarerai que s'il ne donne pas tous les secours qui sont en son pouvoir à Ceuta, et ne protège pas l'arrivage des bâtiments espagnols, ce sera une insulte qu'il me fera. Je vois dans votre proclamation que trois soldats se sont laissé désarmer. Donnez l'ordre que pendant un mois, ces soldats soient obligés d'assister à la parade avec un bâton au lieu de fusil et que leurs noms soient mis à l'ordre de l'armée. Sur ce, etc.

P. -S. — Du moment que je saurai ce qu'a fait le Conseil de Castille, je vous expédierai Monaco et le traité avec le Roi Charles.

Arcliives du prince Murât. D. 46". 57.

3279. — Ml RAT A XAPOl-EOX '

Madrid, le 10 mai 1808 2, à 3 liciires du malin.

A Sa Majesté i Empereur.

Sire, je reçois les deux leitres de V. M. du »J, avec les lettres du Prince des Asturies à V. M. et à la Junte; elles seront imprimées demain 1 une et 1 autre, et feront suite à toutes les autres pièces. Aujourd'hui toute la Cour, tous les généraux, tous les corps d'officiers de la Maison du Roi et de la garnison m'ont été présentés. Demain, je recevrai tous les tribunaux et toutes les autorités civiles. La séance d'aujourd'hui a été ce qu'on appelle ici un jour de baisemains, mais j'ai cru devoir me dispenser de cette cérémonie; je ferai observer ici l'étiquette dei^ Tuileries.

La pilule est enfin avalée; on n'a plus d'inquiétude que d';;pprendre la nomination du Roi de Naples et sa prochaine arrivée. D'après l'autorisation que V. M. m'en avait donnée, j'ai cru devri" insinuer que c'était lui qui devait être Roi, et cette nouvelle a et ^ reçue de tout le monde avec transport. Maintenant que j'ai r( eu toutes les pièces, je n'éprouverai aucune difliculté à le l'aire demander. Qu'il me soit permis de répéter à \ . .\L que je ne saurais assez vous exprimer combien il me larde de vous revoir.

' Publiée par M. A. Luibuo.so, (lorrespondnitce de Murât, n" (',(-\(;i\. * « 9 mai, à midi », d'aprî-.s le rcyi.stre de correspondance.

SO JOACHUI MIRAT

Le ;{('iitM;il IU)u\('i- |>ail (Icinaiii pour 'l'alavfni où je iriinirai les (l('ii\ i(''<[itiieiils suisses, un baUiillou de Savoie fort de 700 hommes cl un bataillon d'Ai'afjoii fort de 1 :200. Je ferai commander la hri- «{ade des Suisses par le général Scliramm, cl les (\eM\ balaillous par un «{énéral espagnol. J'enverrai au corps (\u généra! Dupont une compagnie d'artillerie légère (lui se trouve à Aranjuez el le régiment des carabiniers espagnols, fort de ()00 hommes. Je désire que \ . M. approuve ces dispositions.

Sire, j'adresse ci-joint à V. M. l'étal de nos caisses espagnoles. \()us verrez que nous ne sommes rien nu)ins (|ue riches. Mous souMues parvenus à faire nu emprunt de 3 millions sur les premiers capitalistes, et cela sans intérèls. Je les ai fait venic ce matin au Palais, et coinnu' le traité portait (|u'on leur donnerait pour celle somuu' en gage des diamants de la Couronne, je leur ai dit (|ue j'avais trop bonne opinion de leur patriotisme pour ne pas cr(îire (ju'ils seraient les premiers à commander la conOance au public par celle qu'ils monlreraient dans le nouvel ordre de choses, el qu'ils ne voudraient pas sans doute tn'affliger au point de donner lieu de dire que le premier acte de mon gouvernement avait été de mettre en gage les diamants de la Couronne; je leur ai dit que j'offrirais ma signature et que j'engagerais ma forlune plutôt ([inde consentir à un traité que je regardais comme déshonorant pour la nation et poui" moi. Pénëtré.s de mon observation, ils ont consenti de !;« meilleure grâce du monde à prêter de confiance et sans intérêt.

(",(!mme tous les vo'u\ sont loiirm-s vei's les colonies, el ipi'il est du plus grand inlérél de prévenir les m)u\('lles (|ut' les Anglais ne maufpu'raient pas d'empoisonner, j'ordonnai dès hier ^\^'i^ mesures pour faiic parlii' Siius le moindie retard la nouvelle de la prolestalion d'' Cliiirl(>s IV , et de ma nominalion de lienleiianl g<''neial. Tous mes pa(pKls pailenl demain pour Cadix où deux barques smil toutes prèles à mettre à la voile ! ii troisième bàlimenl neutre viendra deeliargei' du labac à Algésiras, y prendra sa ! har;je d'argeul-\il. et partira avec un passe-port anglais et un passe-port de V. M. pour les colonies, avec un triplicala de tontes les d<q)èr|ies

l,e niiiiistre des l'inanees doit nw l.iire un rapport pour <""lre soumis a \ M , tendant à obtenir la perniissi(Ui de faire entrei' des bàliments neutn's ehaigés de labae venant de la Virginie, assurant rpie si \ ^' 1.1 relusait, ce serait un i nup irnible pour l'Kspagne, iillendu rpie le laba • est une bran- Iw de levenu de otj millions e| rji! il manque fieja C est ici !'• cas de priei' dr- mtuvrau \ . W de veni"" au secours de l'Kspague l n prêt ipie vous lui hiie/ vous

LIELTK\A\CE E:V ESPAGXK. — I.S()8 81

(lomierait tous les cœurs. V. M. a tant d'argent! Je lui ai souvent entendu dire qu'KlIe ne savait qu'en l'aire; Elle ne saurait en faire un meilleur usage.

Je ferai communiquer demain officiellement au corps diplomatique la protestation de Charles I\', l'abdication de Ferdinand et les autres pièces. Tout le corps diplomatique n'attend que cette communication pour demander à m'ètre présenté. J'attendrai les ordres de V. AI. pour les faire communiquer aux ambassadeurs espagnols près les Cours étrangères.

J'adresse à W M. la réponse du capitaine général de Madrid à ma circulaire, les nou\ elles des ports et une lettre du marquis de Caballero qui réclame à juste titre contre l'inculpation qui est portée contre lui dans le rapport de Alouthion. Je prie V. AI. de faire mettre un article dans la Gazelle, pour le justifier. C'est un homme que je ne saurais trop recommander pour la chaleur qu'il a mise au Conseil de Castille et à la Junte pour ma nomination à la présidence et pour faire reconnaître la protestation de Charles IV. V. AI. ne pourrait rien faire de plus agréable pour l'armée espagnole que d'accorder quelques croix de la Légion d'honneur à quelques officiers de cette nation, et de me permettre de disposer de quelques ordres de Charles III en faveur de quelques militaires français. Je réitère à V. AI. la demande du grand aigle de la Légion en faveur du général Belliard. V. AI. n'a pas dans ses armées d'officier qui la serve avec plus de zèle.

Le Prince d'Hohenzollern, mon neveu, a refusé les ordres de Bavière et de Prusse, parce qu'il désirerait avant être admis dans la Légion d'honneur. Permettez-moi de solliciter cette faveur pour un jeune militaire plein de zèle pour le service de V. AI.

Sire, je réitère à V. AI. la demande d'accorder une gratification nouvelle aux généraux et officiers de votre armée d'Espagne. Je dois déclarer à V. AI. qu'ils meurent de faim.

Je coucherai demain soir au Château. Tout s'y fera comme pour le Roi. La Garde de V. AI. fera le service inférieur avec les gardes du corps. Toutes les dépenses de la Maison du Roi sont énormes; il n'y a aucune espèce d'ordre, aucun budget pour aucune espèce de dépense : c'est un chaos. La première chose à faire c'est de régler les dépenses de la Maison du Roi, et ensuite celles de chaque ministre en particulier. J'ai été fort étonné d'apprendre que chaque ministre avait le droit de faire des ordonnances sur le Trésor public sans signature du Roi, ni sans aucun crédit ouvert pour une somme déterminée. De là vient (|ue les finances sont dans un état

TOMK VI. ()

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impossible à débrouiller, si V. M. ne daijjiie promptemcnt y mettre hi main. Quant à moi, je continuerai à aller sans faire le moindre chanjjoment, parce que j'espère que V. M. va donner de suite une Constitution et un Roi à TEspa^jne, et qu'il n'y a (ju'KlIe qui puisse s'en occuper avec succès.

J'ai annoncé ce matin h la présentation des officiers qu'à compter du I" juin, V. M. entendait qu'ils fussent traités comnu' les troupes françaises. Ils m'ont prié de remercier V. M. de celte faveur.

Je prie V. M. de faire arrêter mon régiment à Orléans ou à Poitiers ', si Elle a daigné me nommer au royaume de Naples; car je lui demanderai comme une grâce spéciale la faveur d'emmener cet escadron, tout composé de Français qui en se dévouant à mon service, ne cesseront jamais de servir V. M.

Archives nationales. AF"' 160G, 39, et Archives du prince Murât. 11. XIV, p. '2t>7.

3280. — MURAT A O'KARRIM.

Madrid, 10 mai 1.S08.

Au ministre de la Guerre.

Monsieur le ministre, je vous ai déjà fait connaître l'importance de surveiller les Anglais sur les points de Cadix et de S'-Hocb, et en général sur la côte qui se trouve entre ces deux points. Kn conséquence, vous avez dû diriger sur Cadix un renfort que je suppose être bien près d'y arriver. D'après de nou\eaux renseignements sur les mouvements de Gibraltar, Cadix et S'-Kocb doivent fixer toute mon attention. Je désire que vous donniez l'ordre au général Solano de se porter à marches forcées sur Cadix avec sa division et de s'y rendre lui-même en poste. Prescrivez-lui (outes les mesures nécessaires pour contenir les Anglais sur ce point. Comme le but de ce motivement est de secourir à la fois Cadix et S'-Hocli, et de surveiller la cote entre ces deux points, je pense que vous devez lui prescrire de réunir ses forces sur les points d'Arcos, de Médina Sidonia et d'Alcala. Donnez l'ordre à loutes les troupes qui doivent former la division Ilouyer de se réunir à Séville oTi sera le (piartier général de cette division. Cette division servira au besoin de li-serve

' Celte faveur iic fut pas accordée à Murât, l'escaflron ilii (îrarid-Diiclir de Berg servit à former l'escorte du roi Joseph, de Rayonne ù Madrid.

LIEUTENANCE EX ESPAGME. — 1808 83

au {général Solaiio (|iio \()iis (Icvoz prévenir que je donne l'ordre au {{énéral Rouyer de le seconder à fout événement.

J'envoie au camp de S'-Roch un officier du génie français; je désire que vous le fassiez accompagner par un officier du génie espagnol. Vous devez donner l'ordre à cet officier de vous faire un rapport très détaillé sur (îibraltar, et sur la cote entre Gibraltar et Cadix.

Envoyez-moi de suite l'état (!es troupes qui vont se porter sur Arcos. Il est nécessaire que le général Solano ait sur ce point au moins dix mille hommes de toute arme.

Pressez toutes les mesures qui sont en votre pouvoir pour ravitailler Ceuta et Malion, qu'il faut garantir, à (juelquc prix que ce soit, de toute espèce de tentative de la part des Anglais. Rendez-moi compte des mesures que vous avez déjà prises ou que vous allez prendre pour remplir ce but.

Vous attacherez cà la division Rouyer la compagnie d'artillerie légère qui se trouve à Aranjuez. Faites rentrer dans leurs corps respectifs les officiers et les soldats de la compagnie de marine qui se trouve à Madrid. Renvoyez également à leurs corps respectifs les grenadiers de milice-Royaux qui se trouvent à Villa-Viciosa. Attachez également à la division Rouyer la cavalerie du général Caraffa qui se trouve à Badajoz.

Envoyez à tous les capitaines-généraux, à tous les gouverneurs, <à tous les généraux commandant les corps d'armée toutes les pièces qui ont été publiées dans tout le royaume. Je désire qu'elles soient mises <à l'ordre du jour et lues aux troupes.

Archives du prince Murât. K. XIII, p. 175.

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