MURAT AU (ÎÉXERAL ROUYER
Madrid, 10 mai 1808.
A monsieur le général Rouijer.
Monsieur le général, je donne l'ordre au ministre de la Guerre de réunir à Séville les deux régiments suisses de Reding et de Preux, un bataillon de Savoie, un bataillon d'Aragon, une compagnie d'artillerie légère et environ 1 500 hommes de cavalerie espagnole. Un général espagnol commandera la cavalerie, le général Schramm les deux régiments suisses, et un général espagnol les deux bataillons de Savoie et d'Aragon. Avec cette division vous êtes
prinoipnlemont doslinr à iippnycr Ir coips du (|éiiénil Solano, rliargé do protéger Cadix cl lo camp de S'-Uocli ; son (piailler général sera à Arcos. Si les Anglais venaient à l'aire qiiehjue tentative sur Cadix ou sur le camp de S'-Roch, vous devriez vous porter rapidement sur le point (jui xous serait indiqué par le général Solano, et exécuter tous les ordres de mouvement qu'il vous donnerait. Vous n'en êtes pas moins sous les ordres du général Dupont; vous correspondrez avec le général lîelliard et vous lui ferez tous vos rap|)orts sur l'esprit du pays et les ressources locales. Vous emploierez tous les moyens qui sont en votre pouvoir pour maintenir la tranquillité publique dans toute l'étendue de votre commandement. Mettez-vous en correspondance avec le consul général à Cadix et avec l'amiral Rosily.
Archives du prince Murât. R. XIII, p. l'77.
3282. — MURAT A XAPOLKON '
Madrid, le 10 mai 1808, à midi et demi.
A Sa Majesté r Empereur.
Sire, je reçois la lettre de V. M. du 7. J'avais reçu exactement toutes les autres, les ordres qu'elles contiennent seront tous remplis.
Un courrier extraordinaire va porter au général Solano l'ordre de se rendre à Cadix avec son corps d'armée, à l'effet de s'opposer à toute tentative de la part des Anglais, soit sur ce point, soit sur le camp de S'-Roch.
La division du général Roujei' (jiic j'annonçais hier devoir se porter sur Talavera, \a marcher sur Séville, afin d'être à portée de soutenir le corps du général Solano.
Je Tn'empressc d'adresser à V. M. Ii'lat de siliialicui des lroii|ics espagiiidcs (pic j'avais eu soin de (icrnaiidcr des le premier jour ipie je pris le goiiveiiienient. J'adresserai incessamiiiciil à V. M un état de situation sur le mod('le de ceux de Kraiiec
J'avais déjà hier fait doiiiici l'oithc au coircgidor (h; Saiilander (\i\ se rendre à Madrid pour \ iciidi(! compte (h; sa coiidiiilc, je le ferai remplacer par un officier sûr.
' Piililiir par \I \ [-1 vinnoso, C.orrespontlanr^ île Miirat, ti" ('.(ÎO.
LlKliTENANCK K.V ESPAG.VK. — isos sr,
Tous mes soins vont se porter sur Cadix, S'-Iloci», le l''errol et l'escadre de Malion, ainsi que sur (leuta.
J'adresse à \ . M. en original le rapport journalier du ministre (le la Ciuerre, n'ayant pas le temps de le l'aire copier.
Le ministre de la Guerre m'a témoigné combien l'armée espagnole serait flattée de me voir prendie des officiers espagnols pour aides-de-camp. Je pense moi-même que cela ne pourrait que produire un très bon effet. Je prie V. M. de me faire connaître si elle approuve cette mesure.
La lettre du Prince Ferdinand que je fais publier avec les autres pièces a absolument calmé tous les esprits, c'est une révolution qui s'est opérée bien rapidement, et j'espère qu'avant quinze jours, on ne s'apercevra en Espagne de ce changement que par le bien que V. M. y aura fait.
Je reçois une lettre du Roi qui m'annonce que, d'après le traité conclu avec V. M., tous les diamants de la couronne et sa garderobe doivent lui être remis, et il me prie de protéger le départ et l'envoi de tous ces effets à Rayonne. N'ayant pas encore connaissance du traité, je vais répoudre que je dois attendre qu'il me soit officiellement connu, V. M. m'ayant recommandé surtout les diamants de la couronne. Je vous prie de me faire connaître ses volontés à ce sujet.
Je voudrais bien qu'il fut possible à V. M. de me dire si elle a toujours le projet de venir ici ; car, dans le cas contraire, il me serait très avantageux de pouvoir disposer des appartements destinés au Grand Maréchal, au Prince de Xeufchàtel, et aux autres officiers de la Cour de V. M.
Je dois réitérer à V. M. ma demande de venir au secours de l'Espagne, en lui prêtant quelques millions.
Les officiers généraux français et les autres officiers meurent de faim ici. Je sais que les officiers de votre garde vivent ensemble et sont réduits à ne manger que du lard. Je prie instamment et eu grâce V. M. d'accorder aux officiers de l'armée d'Espagne le même traitement qu'à ceux de l'armée de Portugal. Tout est ici hors de prix. Je vais faire partir à l'instant un officier de génie pour le camp de S'-Koch; j'en fais partir un autre pour le général Junot.
J'écrirai ce soir à V. M. Je me rends au Palais, où je m'établis décidément.
.Archives nationales, AF'^ 16C6, 37, el Archives du prince Murât. K. XIV, p. 272.
3283. — MllKAT A DON C.II, l)K l,K\I()S
Madrid, 10 mai 1808.
Au minisfrc de la Marine.
Moii.sieur le niinislre, l'escadre sortie le 10 lévrier de (larlhayène pour se rendre à Toulon est maintenant à Malion, elle aurait pu être réunie à temps à l'escadre de Toulon et jiartir avec elle, les mauvais temps l'en ont sans doute empêchée. Cependant une escadre anjjlaise est devant Mahon et pourra peut-être faire avec succès quelques tentatives contre elle. Vous sentirez aisément la nécessité de lui l'aire préparer dans tous les ports des moyens de secours. Envoyez partout des officiers pour vous assurer des ressources en tous genres sur lesquelles vous puissiez compter. Il me semble avoir entendu dire qu'elle pouvait avoir besoin de vivres, ainsi que Alabon. Faitesmoi connaître tous les renseignements que vous pouvez avoir reçus à ce sujet; enfin il est urgent de prendre des mesures extraordinaires pour tâcher de préserver cette escadre et .Mahon de toute espèce d'insultes.
Faites parvenir à tous les commandants des ports du royaume et des colonies toutes les pièces qui ont dû être pul)lié(!s aujourd'hui sur la prote.Uation de Charles IV, sur l'abdication de Ferdinand Vil et ma nomination de lieutenant-général thi Ko^aume. Il est de la dernière importance que ces pièces arrivent dans le plus bref délai possible dans les colonies, et comme les premières impressions sont celles qui font ordinairement le plus d'effet, il faut prévenir celles que les .Anglais s'empresseront d'y appoiler et (|u'ils ne maii(|iieront pas d'empoisonner. Vous m'avez rendu compte (pie vous aviez des barques toutes prêtes, faites-moi connaître de suite les personnes que vous vous proposez d(! charger de porter vos dépèches. Il serait à désirer que l'évêque, dont vous m'avez parlé ce malin, voulût se décider à partir sur les premières barrpies qui seront expédiées. Vous joindrez à toutes les pièces dont je viens de vous parler ci-dessus, toutes les proclamations qui ont paru, tant de moi que de la Junta et du (Conseil de Castille.
Vous devez chercher par vos dépêches à éclairer l'opinion des habitants des colonies sur leurs véritables intérêts et les avantages positifs de rester constamment attachés à la métropole et de se rallier au nouveau Gouvernement (pii leur olTi<; la double garantie de la France et de l'Espagne.
MKIITKNAÎVCE K.M ESPAGNE. — 1808 87
Je désire que vous me donniez connaissance ce soir de votre dépêche au Vice-Roi d'Amérique.
Sur ce, je prie Dieu, monsieur le ministre, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
Archives du prince Murât. R. XII, p. 1.
3284. — .MURAT AU GE.VERAL SOLAVO
Madrid, 10 raai 1808.
Monsieur le général, j'espère que mon aide-de-camp vous a déjà remis ma lettre et que vous aurez employé tous vos moyens pour maintenir la tranquillité dans toute l'étendue de votre commandement. Le ministre de la Guerre a dû vous adresser l'ordre de diriger sur Cadix trois régiments; aujourd'hui je lui ordonne de diriger sur Arcos toute votre division. Comme le but du mouvement de votre corps est de secourir au besoin le camp de Saint Roch, j'ai pensé que dans cette position vous seriez parfaitement en mesure de protéger ces deux points importants.
L'Empereur qui a eu occasion de vous connaître personnellement et qui a su apprécier vos talents, me charge de vous dire qu'il compte absolument sur vous pour la défense de Cadix et du camp de Saint- Roch et surtout pour la conservation de son escadre. Je vous préviens que le général français Rouyer va établir son quartier général à Séville, il aura sous ses ordres les deux régiments suisses de Reding et de Preux, un bataillon d'Aragon, un bataillon de Savoie, une compagnie d'artillerie légère et la cavalerie du général Caraffa. Cette division qui sera forte d'environ 5 000 hommes, vous servira de réserve et appuiera au besoin tous vos mouvements. Je donne des ordres au général Rouyer en conséquence. Je désire que vous m'adressiez tous les jours des rapports sur tout ce qui pourrait avoir lieu sur la côte, sur Cadix et sur Saint-Roch. Cette correspondance ne doit pas empêcher celle que vous devez avoir avec le ministre de la Guerre.
Le ministre de la Guerre vous fait connaître ma nomination de lieutenant général du royaume. Je ne me dissimule pas combien la tâche qu'elle m'impose est au-dessus de mes forces et les obligations que j'ai contractées en l'acceptant, mais comptant sur tous les bons Espagnols et animé du désir de concourir avec eux au bonheur des
88 JOACHIM MUKAT
Kspnynos, ji'spèir ])aivonir à jiislifior raltoiiU' de la nalion cspa- «piolo cl la coiifiaiu-c du Koi. Je compte parliciilièremeiit sur vous.
-■îrcliivps du |)rincc Mma( R. XI, p. i.
3285. — \APOLEO\T A MURAT'
10 mai ISOS.
Mon frère, je reçois votre lettre du S mai à H heures du matin. Le Prince des .'isturies, rinlanl Don (larlos et l'infant Don Antonio parlent demain pour Valencay. Le Roi Charles et la Heine, la Heine d'Étrurie et l'infaut Don rrancisco partent demain pour Fontainehleau et Compicgne. Quand vous recevrez cette lettre il n'y aura plus d'Espagnols à Hayonne. Le Prince des Asturies envoie à Madrid un agent pour retirer ses effets. Comme il est le seul Prince (pii n'ait pas d'argenterie, j'ai permis qu'on lui en donnât une de celles du Roi, je vous en enverrai l'état demain. Ce prince avait donné au chanoine Escoïquitz l'ordre de Charles III et le hrevet de conseiller d'État. Cette nomination a été antidatée et envoyée au Conseil de Castille, mais vous fermerez les yeux là-dessus et arrangerez tout cela en faveur du chanoine. Cela aura d'ailleurs l'effet de paraître mettre de l'accord dans tout. Je vous enverrai par Monaco la lettre au Hoi Charles aux différents Conseils par laquelle il fait connaître qu'il m'a cédé tous ses droits. J'attendrai encore quelques jours pour laisser passer la fermentation des esprits, et après cela je ferai ma proclamation pour annoncer que je nomme le Hoi de Xaples Hoi d'Espagne. Dnimez en toute sûreté la confiance à O'Farrill qu'il restera ministre de la Guerre, au ministre des Finances de même. Attachez-vous Cahallero, dites-lui que je compte siu* lui et que je lui d(nuierai dans les circonstances des preuves de ma reconnaissance.
Quand je serai content des esprits, je me rendrai à Madrid. Je \ous recommande de pousser la délicatesse jusqu'au scrupule, il ne faut rien distraire de ce pays-là, ni chevaux ni autre chose, enfin n'avoir pas l'air d'être venu pour le gruger. — Je vois avec plaisir que la hrigade suisse va être organisée et à la suite du corps du général Dupont. On m'assure qu'elle formera environ 4 000 hommes. J'ai une grande impatience de voir le général Dupont à Cadix.
' Correspondance île Xapoléon, n" 13839. Variantes clan.s le texte.
LlKl Ti:\A\CE EX ESPAGNE. — ISOS 89
Je vous laisse le maître, si vous jugez que ee parti soit pru- (!eut, de le faire marcher avec ses deux premières divisions, sa cavalerie et sa brigade de Suisses, ce qui doit faire vingt mille hoiuuies. Vous garderez la îi" division à Madrid ; mais avant il faut voir comment toutes ces affaires prendront en Aragon et en Grenade. — Envoyez des officiers d'artillerie, du génie et d'état-major à Cadix. Envoyez des officiers à Solano auquel il faut écrire tous les jours.
Sur ce, etc.
.Arriiiies du prinre Murât. D. iC>' . 5S.
3286. — MURAT A XAPOLEOX '
Madrid, le 1 1 mai 1808, à 1 heure du aialiii.
A Sa Majesté l'Empereur.
Sire, immédiatement après avoir expédié mon courrier de ce matin à V. M., j'ai assemblé la Junte pour lui remettre la lettre du Prince des Asturies, et lui déclarer qu'elle avait cessé ses fonctions. Après avoir témoigné à ses membres toute ma satisfaction pour le bon esprit qui avait dirigé leurs dernières opérations, il a été proposé de faire uue réponse au Roi, au Prince des Asturies, et d'écrire à V. M. une lettre de remerciement par laquelle ils doivent demander votre protection et le Hoi de Xaples pour Roi d'Espagne ; et pour que cette demande ait plus de poids aux yeux de l'Europe, elle se fera conjointement avec le Conseil de Castille. Je ne me lasserai pas de répéter à V. M. que le nouveau Roi, ne dùt-il pas venir surle-champ, il n'en est ])as moins de la dernière importance de le faire connaître de suite. L'esprit est on ne peut pas meilleur; les nouvelles que nous recevons des provinces sont très satisfaisantes ". J'ai maintenant l'assurance que la tranquillité ne sera pas même troublée dans les provinces méridionales. L'esprit de révolte qui
' Publiée par M. .A. Lt.uDRosa, Correspondance de Murât, n" CCCI.
- Besiièrex à Mural. — Buryos, 9 mai 1808. — » ... Tout est tranquille daos la Hiscayc, lu \avarrc et la Castille, il règne depuis quelques jours un silence morue (jui n'est pas ordinaire, mais c'est le silence de la peur. ■:> — Buryos 15 mai 1808. — i ... Tout continue à être tranquille dans ce paysci... j'ai reçu des nouvelles de Valladolid, elles sont tout à fait satisfaisantes, je ne crois plus à aucune espèce de secousse. « (^Archives du Prince Murât. D, 184. 22.)
90 JOACHIM MlllAT
s était uiaiiircslo «jéïK'ralomeiit [laitoiit le mèiiie jour, s est dissipe à inesiii-e qu'on recevait des nouvelles des événements de Madrid. Nous n'avons pas encore reçu des nouvelles de (îalice et de (latalo<]ne. Partout les troupes se sont bien conduites. On nie rend compte (|ue le général Solano s'est bien montré à Hadajoz, et (liic le colonel suisse Heding avait contenu le peu|)l(! à Talavera
Je prie \ . M. de faire renvoyer à Madrid les employés des Kelations extérieures qui avaient suivi Cevallos à Bayonne.
li'agent anglais pour l'échange des prisonniers vient de (piitter Madrid pour se rendre à Santander. Je ne sais si, dans les circonstances où nous nous trouvons avec l'.Angleterre, l'Kspagne peut conserver un agent accrédité de cette nation.
Je prie V. M. de me l'aire connaître si l'on doit continuer à retenir dans les ports d'Espagne les bâtiments américains et maintenir les jugements déjà rendus contre j)lusieurs d'entre eux pour avoir communiciué avec les .anglais. L<' chargé d'alTaires des Etats-Unis réclame fortement contre cette mesure, menaçant du niènie sort les bâtiments espagnols dans les ports d'.Amériqne.
Les bâtiments de l'escadre de Mahon ont besoin de réparations ; leur doublure doit être changée, et on ne peut s'occuper de ce travail qu'à (larthagcne. Le ministre de la .Marine sollicite la permission de faire entrer cette escadre à Cartbagène pour la faire réparer et la mettre en état de se réunir aux forces de V. .M.
J'ai reçu aujourd'hui le reste des autorités civiles, militaires et ecclésiastiques; j'ai été on ne peut plus satisfait des discours qui m'ont été adressés. Le nonce, les ministres de Vienne et de Saxe, et le chargé d'affaires des Etats-Unis m'ont été présentés par le (îrand-Maitre. Demain le seront les ministres de Russie, de Hollande et les autres. La démarche du corps diplomatique a achevé d'en imposer à la malveillance et a produit le meilleur effet.
Le ministre de la Marine m'assure (|ih' .Mahon est parfaitement approvisionné, et qu'il y a assez de forces pour se dc'fendre contre le.s .Anglais, (lenta est suffisamment gardé, et à lahri de toute insulte. Cette place n'est pas absolument bien .iijprovisionnée, < t l'occupation de lile Pérégil rendant le pa.-sage plus difficile, les moyens de transpiut sont devenus plus chers, el j'ai été forcé d'autoriser une augmentation pom- le prix du transport des \i\res fie la cote d'Espajjne à la côte de Hai barie.
Tout le corps du général Solano va se [)orter sur .\rcos et .Médina Sidonia. J'ai |;ensé que de ce point intermédiaire il serait très en mesure de protéger (]a(!ix et le camp de S'-|{o( h. Pour appuyer le
Lir.l TENANCE EISI ESPAGNE- — 180S 91
corps do Solaiio, je xiciis (rétablir à Sévillc iiiic réserve de cinq mille hommes commandée par le ;|éiiéral Kouyer. dette division est ainsi composée : l" hrijjade de deux régiments suisses, commandée pur le général Scliramm; [in bataillon de Savoie; et un bataillon d'Aragon commandés par un général espagnol; environ I 800 hommes de cavalerie commandés par un général de cavalerie espagnole, et une compagnie d'artillerie légère que je fais |)artir d'Aranjuez. Je pense que ces dispositions garantissent la tranquillité de l'Andalousie et assurent la défense de S' Roch et de Cadix.
J'adresse à V. M. différents rapports qui viennent de m'arriver.
Arclilires nationales, AF'v 160G, M), et Aicliives dn prince Murât. U. XIV, p. 2"7.
3287. — \APOLEOM A :\IÙRAT'
Bayonne, 11 raai ISO.S, à minuit.
Mon frère, je reçois votre lettre du 0 mai à une heure et demie du malin. Je vous ai déjà mandé que le Prince des Asluries était parti de Hayonne. I.eRoi Charles part demain. Je ne vous enverrai que demain la proclamation par laquelle le Prince des Asturies et les Infants renoncent à toute prétention sur le trône d'Espagne. Je vous ai envoyé ce matin le traité que j'ai fait avec ce prince. — Vous êtes dans l'erreur quand vous croyez que je dois quelque chose aux Espagnols pour mon escadre de Cadix. Cette escadre a toujours été <à mes frais. Je suis en compte double avec eux, et ils me doivent au contraire beaucoup d'argent. Le fait est que c'est un pays où il n'y a pas d'ordre. Engagez le ministre des Finances à chercher de l'argent et il en trouvera. Chargez le sieur Laforèt de faire un mémoire sur la situation des Cnances de l'Espagne. Il y a de l'argent dans les ports et villes d'Espagne et on trouvera facilement quelques millions pour pourvoir aux dépenses les plus urgentes. — Il est minuit, il y a deux heures que le feu a pris à une mauvaise baraque (huis la ville. Dans ce moment il est éteint. J'attends avec impatience l'état de la marine, des troupes de terre et des finances. — Je désire beaucoup avoir des nouvelles de Cadix, ce point m'inié-
' Corrcximndnnce de Napoléon, n" 138.lt). Variantes dans le texte. X'oii.s faisons remarquer également que la lettre publiée dans la Ciyrres/mTid'nire de Napoléon sous le n" l:'8ô8, datée de l5ayounc le 11 mai 180S. à 7 lieures du matin, est datée sur l'original : à 7 heures du soir.
ii'ssr lorl. — Failos ôciirc par la .Imite à \ alladolid cl flans la (îalicc où il y a (le la fcrinciitation dans les csprils. Fixoz-hirn vos n'jjards pour loiinaitrc les Iroupcs de (îalii'c, en disliiijpiaiil ci'llt's (|iii soiil à l'orlo sous Ii's ordres du ;{éut''ral .liiuol. Il est (rès iiuportanl d'avoir des idées elair«'S là-dessus .ralfeuds aussi des nouvelles (rAra;[on Faites-vous porter les rap|)orts des postes et vous saurez par l'oiiverlure des lettres ce cpii se passe. Dans le mémoire (pu* le sieur l,:ilorèt Icra sur les linanccs, il fera couiiailrc à cinuliicu se monte la dette |>ulili(pie. Knvoye/-nioi un mémoire sur les quatre places <pie les Kspajjuols ont en Africpn', sur l'état des lorlilicalions, sur la (piaiitité de munitions de guerre et de bouche, sur la l'orce des <}arnisons, sui' l'état des ports, si une IVéjjale, un brick, ou un vaisseau à deux ])onts peuvent y entrer, et s'ils communiquent de l'un à l'autre.
Arclii\cs (lu prince Mural. I). i(i". (il.
3288. — NAPOMOOX A MIRAT '
Bayouric, II mai I80K.
Mon frère, vous trouverez ci-jointe la lettre du Roi (lliarles au Conseil de (lastille. C'est une espèce de proclaniatioii espagnole par la(]uelle ce Prince annonce qu'il m'a cédé tous ses droits à la c(un-onne d'Kspayne. Vous la communi(|uerez aux Conseils en accélérant sa publication ou la retardant, selon les circonstances. — Le Prince des Asturies m'a aussi cédé hier ses droits comme Prince des .Asluries, ses deux frères et l'infant Don .Antonio sont compris dans le traité qui se sijjue dans ce monuMit, Le chanoine est resté pour cet objet. Les trois Princes sont partis ce matin à cinij heures; ils couchent à .Mont-de-Marsan <'t seront demain à Bordeaux. Le Prince des .Asturies mène avec lui le duc de San Carlos, son ancien ;{ouverneur, et (juehjues chambellans (jiii n'ont pas de nom Le duc de l'Infanlado est resté ici.
Il faut savoir ce que vous voulez faire des jjardes du corps. Rappelez ceux qui sont à Tolosa et à V ittoria, et tenez-les réunis, c'est le moyeu de les rendre moins danjjereux. Je pense qu'il ne faut point les tenir à Madrid. Vous pouvez diriyer sur France celui (pii est à Madrid; on m'assure que celui (jui porte des revers jaunes
' (lonespondanrc de .Vapoléon, n" l.'}85(). Variiuilcs dans le Icxlr-.
LIEUTEXANCE EX ESPAGXE. — 1808 93
s'est mal comporté. P'aites (■(nmaîtie aux Suisses que je ratifie leur capitulation cl que je coni|)te sur leurs services, .le pense que vous pouvez appeler le régiment suisse qui est à Tarrayone et le mettre sous les ordres du général Houyer. Il faudra alors deux généraux (le brigade que vous pouvez prendre dans ceux au service d'Espagne. Je ne sais pas s'il y a un autre régiment suisse. Si vous pouviez former une division suisse de quatre régiments qui feraient () à 7 000 hommes à la suite du Général Dupont ', cela pourrait être utile; car il est bien important d'occuper en force le point essentiel de Cadix. Je suppose que vous avez envoyé dans l'Aragon et que vous recevrez des nouvelles de ce qui s'y passe. Ecrivez aux archevêques, évêques, intendants, et aux personnages les plus influents. Envoyez-y des moines des couvents de Madrid, et envoyez auprès du capitaine général.
Sur ce, etc.
.archives du prince Marat, D. 40". 62.
3289. — MIRAT A XAPOLÉO.V^
Madrid, le 12 mai 1808, à 3 heures du malin.
A Sa Majesté l'Empereur.
Sire, j'ai reçu la lettre de V. M. du 8, à midi. Je témoignerai à M. de Caballero la satisfaction de V. M. sur sa conduite. Il est désolé de ce que Monthion dans sa lettre dit que le Roi l'accuse d'avoir été d'accord avec son fils le 19 mars. V'. M. le rendrait bien heureux si elle voulait le justifier par un article qui serait inséré dans la Gazette; il continue à se très bien conduire.
V. M. a dû recevoir les états de situation des troupes espagnoles. J'adresse l'état des troupes qui se trouvent à Cadix, (libraltar, Minorque et Ceuta.
Je n'ai pas encore reçu le traité que V. .M m'annonce J'adresse à V. M. six lettres, trois de la Junte de Gouvernement et trois du Conseil de Castille. Quatre sont les réponses au Roi Charles et à son fils; les deux autres sont pour V. .M.
On m'a lu ce soir le projet de la lettre (pie la Junte et le Conseil de Castille se proposent d'écrire à V. M. pour lui demander le Roi
' Ces mots sont (icrits en interligne.
- Pul)11(^e par M. A. Lumbroso, Correspondance de Murât, n" (X(iHI.
94 JOACHIM illRAT
de \aplcs pour souverain. Elle doil rire soumiso ce malin à 8 heures au Conseil. Je l'adresserai par un officier à V. M.
I,ors(|ue j'aurai reçu le traite-, je ferai donner les ordres ponr la nomination des députés des provinces que vous désirez réunir à Bayonne.
Le ministre de la Marine me rend com[(te à l'instant (|u'il vient de donner les ordres les plus positifs pour ravilailler l'escadre de Malion.
On mettra sur tous les bâtiments qui seront expédiés pour l'Amérique des fusils, jusqu'à concurrence de vin<}t mille. J'adresse à V. M. l'état des vaisseaux armés qui se trouvent à Cadix, à Carthajjène et au Ferrol.
Des lettres du 8, de Séville, uous annoncent (|u'an\ premières nouvelles de l'insurrection de Madrid, tout le peuple s'y arma. La Junte pense que tout sera rentré dans l'ordre à la nouvelle de la proclamation et des ordres qui furent envoyés de suite dans cette ville. Si j'apprenais (jue l'insurrection ne fût pas calmée, je ferais marcher le ,']éuéral Dupont.
Je n'ai point de nouvelles que la tranquillité ait été troublée sur d'autres points.
J'ai reçu ce matin, suivant l'ancienne étiquette, le corps diplomatique. J'ai été on ne peut |)lus content de l'ambassadeur de Russie et de tous en général.
Lorsque j'ai communiqué ce matin aux ministres que le Roi, par un traité, conservait les diamants de la Couronne, tous se sont récriés contre cet article, en disant que les diamants n'étaient point en sa propriété, mais bien celle de la nation; que la Reine en avait emporté à elle pour cinquante-deux millions, et que ceux qui restaient étaient nécessaires <à l'éclat du trône. Ils m'ont prié de faire parvenir leurs réclamations à V. M.; on consentirait par préférence à accorder une indemnité.
Je viens de passer deux heures avec le ministre des Finances, \'. M. ne saurait se faire une idée de leur état affreux, tout est consommé par le nou)bre exorbitant des employés; il e.st bien temps que V. M. y mette la main.
Il nie semble maintenant inutile de répandre rl'antres pamphlets, car la nation, accoutumée à un respect absolu pour la royauté, est scandalisée des couleurs indécentes sous lesquelles on peint ses souverains; au point oîi en sont les cho.ses, je crrus cela plus nuisible qu'utile.
J'ai été hier soir visiter les camps. L'instruction a fait des |)ro<{rès étonnants.
LIELTENANCE EN ESPAGNE. — 1808 95
On attend avec impatience, et cela achèvera fie tout calmer, la nomination dn Roi de i\aples pour souverain.
11 serait à désirer que V. M. put taire rentrer (|uelqucs détachements de la Garde impériale qui se trouvent sur la route de Bayonue.
Arcllivos nationales, AF'* ItiOti. 42, et Archives du prince Murât. K. XIV, p. 280.
3290. — MUR.Yr A NAPOLEON'
Madrid, le 12 mai 1808, à 3 heures du malin.
A Sa Majesté l* Empereur.
Sire, un rapport du ministre des Finances m'apprend que le 19 mai 1806, le Gouvernement espagnol autorisa le trésorier de la Caisse d'amortissement à conclure avec Jean Murphy, stipulant au nom de deux maisons de Londres, Gordon et Murphy, Reid Irving et C'% un marché qui renfermait les dispositions suivantes.
Ces négociants promettaient de transporter, sous pavillon neutre et avec sauf-conduit anglais, des ports d'Espagne à ceux de Vera-Cruz, Carthagène des Indes, ou tout autre, trente mille quintaux de vif-argent, cent cinquante mille rames de papier pour cigares, ainsi que le |)apier timhré, les huiles de la croisade, les cartes k jouer et autres ohjets que le département des Finances aurait à y faire passer. Ils s'engageaient à effectuer leurs retours avec des chargements de cacao, de tabacs de la Havane, ou de toute autre production coloniale appartenant au Roi. On leur donnait en indemnité le droit de faire sortir dix millions de piastres, pour lesquelles on leur délivrait des ordonnances sur les cais.^es roy.iles dans les colonies, et dont ils devaient reverser la valeur dans le Trésor d'Es])agne sous certaines conditions. Je les indiquerai ultérieurement à V. M., après m'en être fait rendre compte.
On sait qu'il est arrivé en Amérique un peu plus de la moitié des objets compris dans ce marché; en le représentant comme dicté par la nécessité, le ministre des Finances m'assure qu'il a produit de grands avantages. L'envoi qui en a été la suite a donné, dit-il, la possibilité de continuer l'exploitation des mines pour lesquelles on était auparavant sur le point de manquer de vif-argent.
' Publiée par M. A. Lijmbroso, Correspondance de Murât, n° CCCII.
Le retour de ces bâtiments est considéré comme pins im|)ortant encore, parce que le quart de leur cargaison doit être composé de tabacs, dont il parait qu'il y a en ce moment pénurie en Espajjne. La vente de ces tabacs deviendrait une ressource précieuse pour le Trésor public.
Afin d'assurer ce résultat et le complément du niarcbé conclu avec Jean Murpliy, le ministre des Finances sollicite diîs saui-conduits de \ . M. pour les mêmes bâtiments, et eu demandant cette exception aux décrets du 17 décembre et du 3 janvier dernier, il prétend que celles de ces expéditions, qui ont louclié dans les |)()rts d'Angleterre, ont eu la liberté d'en sortir, sans pay(>r les imuveaux droits établis par le Gouvernement britannique.
Le ministre des Finances m'adresse une autre proposition, (pii est aussi de nature à être soumise à V. M.
L'administration du tabac n'a de provisions que pour atteindre le mois d'août. Si l'on n'y pourvoyait, l'impôt du tabac, qui est dans ce moment une des ressources les plus importantes dv. l'Espagne, et qui l'année dernière a rendu près de \inyt-neuf millions de francs, ne donnerait <[uère que la moitié de ce produit.
Pour prévenir une telle perte, le ministre, instruit qu'il existe à Gibraltar quarante mille quintaux de tabac de Virginie, et une certaine quantité de tabac du Brésil, demande qu'on l'autorise cà le faire acbeter; il serait transporté en Espagne par des bâtiments barbaresques. Si celte autorisation n'était pas accordé<*, on aurait lieu de craindre que la contreband(! n'introduisit les mêmes tabacs dont on n'aurait pas permis l'acbat.
Je m'empresse d'appeler l'attention de V. M. sur ces deux propositions; il n'appartient qu'à Elle de reconnaître et de décider si la position actuelle de l'Espagne, sous le rapport de la politique, des finances et des colonies, peut motiver quelque exception aux grandes mesures que le génie de V. M. a déployées contre les Anglais.
Archives nationales. AF'^' HiOfi. 'il.
3291. — Ml l{\T A (rF.MtMIM,
IJ mai IXOS.
Au mtnisirr de ta Guerre.
Monsieur le ministre, d'après les nouvelles dispositions arrêtées par l'Empereur, il ne sera plus formé à Sévillr de diusion de réserve.
LIEUTENAVCE E\ ESPAGME. — I S08 y?
Les deux rcjjimcnts suisses se réuniront à TalavcMa sous les ordres du ({éiu'ral |{ouyer,ct l'eroat partie du i'()r|)s de monsieur le «jénéral comte d'Km|)ire Dupont. La compagnie d'artillerie léjjère se rendra en Andalousie pour y l'aire partie du corps du général Solano. Vous réunirez à Kadajoz le bataillon d'Aragon, le bataillon de Savoie et le bataillon qui se trouve à Aranjuez, et uu régiment de cavalerie pris parmi ceux (jui étaient aux ordres du général Caraffa. EnGn vous por- 'crez ce corps à quatre mille liommes. Ces troupes attendroni; là les ordres de monsieur le Duc d'Abrautès pour leur destination ultérieure. Vous réunirez également quatre mille bommes à l'orto; ce corps sera également aux ordres du général Junot. Vous préviendrez le général qui commande à (ladix de l'arrivée de six mille Français, et vous lui donnerez l'ordre de faire préparer leur établissement.
Je désire que vous vous fassiez rendre compte de la destination qu'on a donnée à la cavalerie espagnole sortie de Pampclune, et à celle qui est sortie de Burgos. J'attends l'état de situation des forces espagnoles, votre rapport sur les points les plus importants à garder, et un travail général sur le placement à donner aux différentes troupes de toute arme de votre armée. Je vous préviens que les deux régiments suisses qui feront partie du corps du général Dupont, doivent être mis sur le pied de guerre. Je désire aussi que le régiment suisse qui est à Tarragone soit mis sur le pied de guerre et fasse partie du corps des Pyrénées Orientales aux ordres du général Dubesme.
Donnez l'ordre à la compagnie de grenadiers du l" bataillon des gardes wallonnes qui se trouve à Tolosa de rentrer à son bataillon (|ui se trouve à Madrid. Donnez aussi l'ordre à tous les gardes (\u corps qui se trouvent sur la roule de Hayonne ici, de rentrer à leur c<!rps. Faites donner des ordres pour que les armes provenant du désarmement soient envoyées à l'Arsenal.
Prenez toutes les mesures nécessaires pour l'approvisionnement de Ceuta.Lc consul de France à Tanger rend compte à rEm|)ereur que les Marocains veulent déclarer la guerre aux .Anglais, s'ils n évacuent pas l'île de Peregil. Je vais écrire moi-même à ce consul pour l'engager au nom de l'Empereur à continuer à faire arriver des vivres à (leuta. Entondez-vous aussi avec le ministre do la .Marine pour approvisionner .\Labon.
Il est de la plus grande importance que vous fassiez partir (]e>^ fusils pour I .AmcMiquc. Je désire que vous fassiez partir sur-le-cbamp monsieur de \ audciiil, aid!'-de-camp du général liiniers, pour lui porter vos dépècbes.
98 JOACHIM MIHAT
Faites-moi connaîtir où so trouvent les fusils que vous destinez à être envoyés en Amérique, et les ordres que vous avez doniu's pour les faire arriver soit à Cadix, soit au Kerrol.
Vous trouverez ici des pièces (pii soinbleraient indiquer (jue Iv feu a été mis exprès à l'Kscurial.
Archives du prince Murât. R. XllI, p. 1S2.