‹ Lettres et documents pour servir à l'histoire de Joachim Murat, 1767-1815Chapitre 20 sur 104 · MURAT A DON GIL DE LEMOS · texte numérisé non relu

MURAT A DON GIL DE LEMOS

Madrid. 12 mai ISOS.

A monsieur le minislrc de la Marine.

Monsieur le ministre, j'ai désigné monsieur de Vandeuil, aide-de (•am|) du général Liniers, pour porter vos |)reniières dé|)èclies k IJuenos-Ayres. Je désire que cet officier quitte Madrid dans les 24 heures pour se rendre dans le port où il doit s'(Mnl)ar(|uer. Si vous étiez embarrassé pour donner le commandement du bàlirnciit destiné à le conduire, vous pourriez le donner au sieur .Iarr\ de Houffemont qu'on me désigne comme un excellent otncier de marine cl très propre à remplir cette mission.

\ Oulant faire passer \ingt mille fusils aux colonies, je désire (|ue vous en fassiez mettre sur tous les bricks ou barques (|ui seront expédiés pour porter vos dépêches, cl (|ue vous me désigniez les colonies ([ui en ont le plus besoin. J'ai donné l'ordre à M. le ministre de la (juerre de diriger de lintérieur ces \ingt mille l'usils sur les ports où vous aurez fait préparer des bâtiments destinés à leur transport, entendez-\ous avec lui |)our la prompte exécution de cette mesure.

Je désire que vous me lassiez donner un dat de situation p;ir les commandants maritimes de (larthagènc, (ladix et le Feirol. (let étal doit comprendre les officiers en activité de l(Mit grade, les bâtiments de tout modèle, armés ou en armement, et ceux (pii sont susceptibles de I être, le nom de Ions les officiers de tout grade en non-activité de service, avec des notes sur leurs talents et leur conduite. Je désire aussi avoir un état de ce (|ui existe dans les différents arsenaux. J'ai besoin de cet ensemble fie ra[)ports pour ordonner les mesures à prendre relativenu-nt à la marine espagnole. On me désigne anssi deux hommes très propres à remplir dans ce moment une mission pour les Colonies; ce sont MM Alla-

la<]iiciia, oncle do M. Liniers, et M. La Serna', directeur général des Postes.

Archives dn prince Murât. R. XIII, p. 184.

3293. — iVIUHAT A D0\ SEBASTIEN PINUELA

Madrid, 12 mai 1808.

A monsieur le ministre de Grâce et de Justice.

Monsieur le ministre, je vous préviens que je donne l'ordre au ministre de la Marine de faire partir de Madrid, dans les 21 heures, le sieur de Vandeuil, aide-dc-camp du général Liniers, ponr porter des dépêches k Buenos-Ayres. Veuillez bien profiter de son dé])art pour envoyer les vôtres.

Je vous préviens qu'on n'avait pas encore reçu hier soir à Tolède la communication que vous avez dû faire aux autorités civiles de ma nomination de lieutenant-général du Royaume et des antres pièces que vous avez du faire parvenir à toutes les autorités du Royaume.

L'Empereur m'ayant ordonné de renvoyer en France toute la famille du Prince de la Paix, je désire que vous fassiez mettre en liberté les frères de ce Prince qui se trouvent encore détenus cà Aranjuez, et que \ous fassiez envoyer des passeports à Madame Tudo qui se trouve à Almagro, pour pouvoir se rendre à Bayonne; et que vous fassiez donner main-levée du séquestre mis sur ses effets. Faites les démarches nécessaires de ma part auprès du Conseil de Castille. Faites-moi connaître les mesures que vous aurez prises à cet égard.

Archives du prince .Muiat. R. XIII, p. 185.

3294. — .\IURAT A D'AZANZA

Madrid, l'i mai ISOS.

A monsieur le ministre des Finances.

Monsieur le ministre, je donne l'ordn* à monsieur le ministre de la ALirine de faire partir de .Madrid, dans les vingt-quatre heures,

' Don .losc (le La ScM'iia dcviul eu t82l vice-roi du Pérou, il lutta peiidaiil cinq an.s contre les révoltés péruviens commandés successivement pur les généraux Sainl-.Martin, Sucre et lîolivar, et lut l'ait prisonnier le S décembrcî 182V à la bataille d'Ayacucho. Il revint finir ses jours en Espa<{ne. (]astellane (|ui le rencontra en 1826, à Xérès, en fait le plus grand éloge. {Journril de Castellane, \\, p. lOI et 135.)

les personnes destinées à porter des déprclies dans les colonies. Arranf]«^z-vons do ntanière à ce cpic ces mêmes personnes pnissent se charjjer des vôtres. Vons devez sentir plus(jtie personne la nécessité de les expédier le plus promptement possible. Vous sentirez sans doute aussi la nécessité d'employer les |)retniers Tonds provenant de I emprunt h la subsislaïu-e des troupes.

.•iichues <Ui piiiKC Mmal. H. Mil. |). ISCi.

3295. — XAPOLKO.V A MURAT'

B-iyonnc, l'im.ii I80S, ■> heures apiès-midi.

.Mon Irère, il y à Vittoria un bataillon wallon. Faite.s-lui (humer l'ordre de se rendre à Aucb; je m'en servirai eu Krancc. S'il y a dans r.Arafiion nn bataillon d<' SOO .^rayonais, donnez-lui l'ordre de se rendre à Toulouse. Ces troupes serviront <à reul'orcer les miennes et seront employées en France, .le vous ferai connaître mes intentions plus en détail, (piand j'aurai reçu la situation de l'armée espagnole. Il ne faut point disposer des ordres de Oliarles 111. (]et ordre ne peut pas être conservé, et il sera nécessaire de lui en substituer un autre. — J'ai fait le sieur Fréville maîtic des Uecpiètes, comme vous l'avez désiré, et nommé léjjionnaire un jjendarme blessé dans la journée i\i\ 2.

J'ai donné au Prince de Hobenzollern l'aijjle de la Ijéjjion dbonneur. — Vous savez que l'Espajine ne me rend rien et que je n'ai point d'ar<|<'nt; il est donc nécessaire de voir ce qu il \ aura à faire pour les ofliciers. — J'ai donné ordre (|ue votre ré'jiment s'arrêtât à l'endroit où il se trouve; on ne |)('ut pas l'airêler avant Bordeaux. Je vous enverrai ce s(»ir la proclamation du Prince des Asturies et de tous les Infants au peuple espaj[iu)l. — Je désire (|ue le Conseil de Castille se réunisse pour me deuiandn- le Uoi d Fspajjne pour Hoi, et qu il fasse une proclamation jiour faire sortir l'avantajje |)our rKspajjue d'avoir un Hoi éprouve- <'t (|ui a déjà l'expérience d'un rèyne de plusieurs années. Demandez à la Junte quelles sont ses idées sur la convocation d'une assemblée de députés de la nation à Hayoune dont le but serait de réyler les affaires du pays.

Dans ce cas, je ne ferais pas de proclamation, et je ne paraîtrais

' i'.ones/iondance de S'apolèon, n" l;5S7(». \. niantes dans le U'xic.

MKl ■! KXAXCK KM KSPAGNE. — 1808 loi

dans cotte assombléo qiio pour y réylcr avec le Roi toutes les affaires. Chaque province ferait son cahier ries eharj^es pour demander les chanjjenients (ju'elle croit convenables et exposer le vœu du peu[)le. Je m'en rapporte à la Junte sur les moijens de Jaire choisir les députés '. Il faudrait que cette assemblée fut réunie à Bayonue pour le quinze juin. Elle serait composée par tiers de la noblesse, des prêtres et du tiers-état; savoir, le tiers de nobles, le tiers de prêtres dont moitié serait composée de haut cler<j[é et moitié de bas clerjjé, et l'autre tiers, de tiers-état. Il ne faudrait pas que la députation soit de plus décent à cent cinquante membres. Je désire avoir l'opinion du Conseil sur la convocation de cette assemblée. Mais avant tout, il faut qu'on me fasse la demande du Roi de Naples sous peu de jours, et qu'on me l'envoie par une députation du Conseil de Castille, je raccorderai et, dès ce moment, le Roi sera convenu en Espagne. Je les assure qu'ils sauront à quoi s'en tenir ' .

.■\i(liiies u piiiup Miirat I). 4(i7. 63,

3296. — MUR.1T .1 N.^l'OLEOM^

Madrid, Ip 13 mai 180S, à 3 lieures du malin.

A Sa Majesté l'Empereur.

Sire, je reçois la lettre de V. M. du 9, à cinq heures du soir. Votre ambassadeur est venu me lire le traité que \ . M. a conclu avec le Roi Charles. La cession des diamants et d'autres effets, principalement des tableaux, produira très certainement un très mauvais effet. J'ai demandé déjà à ce sujet des ordres à V. .M. ; je désire également savoir si je dois laisser partir les effets des Infants, leurs chevaux, voitures, meubles, etc.

Par les rapports reçus de Ceuta, il paraîtrait que les Marocains favorisent ouvertement les Anglais, et qu'il se fait des mouvements de troupes sur Tanger et Ceuta. Le but de ces préparatifs est, diton, de s'opposer à une invasion des Français. J'espère que la lettre (|ue \ . .M. m'annonce pour le Roi du .Maroc fera cesser tous ces mouvements.

Toutes les dépêches et les proclamations partent demain poui- la Corogne et Cadix, pour être portées de là dans les colonies. Des lusils seront également expédiés de tous les points.

'-- .Mots autographes.

^ Publiée par M. A. Limbro.so, (lorrespuiuiaiire de Mural, n" C(>(',V .

102 JOACHIM MIJHAT

Lu place de Vice-Hoi au Mexi()ii(' est vacante; on propose le {{('lierai (lastanos, lioiniiie do heaiicoup de iiieiite, (|iii (dimnande le camp de St-Rocli. Je demande les ordres de V. M.. .1 ai cru devoir nommer à d'autres emplt)is subalternes, les ministres m'ayant lait sentir la nécessité de nonnner à ces places vacantes, et de laire partir les employés pour leurs «lestijiations.

J'adresse à \ . M. l'état <le situation des troupes (|ui occup«'nt les ports des trois départements de la Marine; ainsi qu'une léponse du minisire de la Marine sur les mesures (pril a prises pour" approvisionner Malion, et sur la situation de l'escadre qui s'y trouve. Il désirerait qu'elle rentrât à Cartlia'jène pour faii^e doubler les vaisseaux. Le capitaine de Iréjjale Beanlien aura l'ornis à V. M. l'état de la marine espagnole. V. M. sera l'oit étonnée d'apprendre que quand j'en ai demandé un, on m'a envoyé l'almanach, n'ayant pas, m'a-t-on répondn, d'autres situations. Je vais envoyer un officier de marine dans les dilTérents poris, alin d'avoir un état bien détaillé de tout ce qui existe en vaisseaux armés on en état de relie, ainsi que de ce qui se trouve dans les arsenaux.

X'ajant pas encore reçu d'autres nouvelles des mouvements de Séville, et devant supposer que dans ce cas les généraux espagnols n'auraient pas cherché à les calmer, il eût été dangereux peut-être d'j envoyer une division toute composée de troupes espagnoles; en conséquence, les deux régiments suisses resteront à Talavera commandés par le général Rouycr, sous les ordres du général Diiponl. Les trois bataillons espagnols qui devaient faire partie de celle division, se rendent directement à Badajoz, où le ministre donne des ordres au général Solano de réunir 4 000 hommes pour y être sous les ordres du duc d'Abrantès, qui d'après les ordres de V. .M. les enverra dans les Algarves. On prépare à Cadix l'établissement pour 6000 Français ; iOOO Kspagnols seront aussi réunis à l'orto. Le régiment suisse qui est à Tarragone fera partie du corps du général Duhesme.

Je crois que V. M. doit être sans inquiétude sur les mouvemenls de troupes dont elle me parle. Klle aura vu par l'état de silualioii que je lui ai envoyé, qu'il n'y a prescpie pas de troupes dans le iKM-d de l'Espagne, et qu'elles sont toutes dans les dépailcinciils maritimes ou en Portugal.

Le ministre de la Guerre qui connaît le mauvais état où se lioiivent réduits les corps de milice en activité, désirerait que ces troupes fussent renvoyées chez elle; elles ne sont pas nécessaires, et ce serait une économie pour le Trésor. Je demande les ordres de V. W. à ce sujet.

LIELTE.VAXCi: E.\ ESPAGAE. — 1808 103

J'attentls les états que j'ai demandés sur les dit'féreuts services (le cliaque uiinislère, je les adresserai à V . M. dès (|ue je les aurai reçus.

D'après les ordres de V, M. j'ai uomnié à plusieurs emplois vacants. J'ai fait tomber de préférence les choix sur les plus anciens, plusieurs sous-offlciers ont été nommés officiers.

iX'ous sommes on ne peut pas plus mal en finances, et je ne sais pas comment nous eu sortirons, si V. M. ne vient pas à notre secours. Toute l'administration est dans un état pitoyable, on ne peut y rien débrouiller. Il y aura beaucoup de bien à faire. Je ne chercherai pas à rien changer, voulant laisser au Roi futur ce moyen de se concilier l'amour de ses nouveaux sujets. Sire, la nation le connaît déjà, et si elle ne vous le désigne pas, c'est par respect pour la famille impériale. V. M. peut le lui désigner. Je pense qu'un trop grand retard ne pourrait qu'être dangereux. Le Conseil de Castille s'est assemblé ce matin et ce soir; son opinion n'est pas encore prononcée ; on me fait espérer qu'elle le sera cette nuit.

Je ne suis pas sans inquiétude sur le Portugal ; voilà trois courriers qui nous manquent. J'ai fait partir trois officiers; j'en ferai partir encore un demain, afin d'avoir des nouvelles.

Xous jouissons ici de la plus grande tranquillité; tout est rentré dans l'ordre accoutumé. Le service d'honneur et le service militaire se font au Palais comme sous Charles IV, je suis très satisfait de la conduite de tous les employés de la Cour.

Je crains bien d'être obligé de lever les camps. On m'assure que les troupes ne pourraient résister à la chaleur qui me donnerait beaucoup de malades. Je fais en conséquence reconnaître tous les couvents et les casernes pour pouvoir loger les troupes. Les officiers logeront dans les mêmes casernes que les soldats.

Je n'ai pas encore des nouvelles du général Duhesme. Le ministre O'Farrill en augure bien, parce que, dit-il, s'il ne reçoit pas de courrier extraordinaire, c'est que tout est tranquille.

Le général Dupont me mande d'hier que tout est tranquille à Tolède et dans les environs.

J'ai su aujourd'hui que l'ambassadeur de Russie et celui du Danemarck s'étaient d'abord décidés à ne pas se présenter. Je ne sais ce qui les a déterminés.

Arctiives nationales, AF'^ 160«!, 1, 47. et Archives du prince Murât. R. XIV, \>. 2X5.

JQV JOACHIM AI ru AT

3297. — MUHAT AU GIÔXKilAI, JIAOT'

Mndrid. 13 mai 1808.

A monsieur le duc d'Ahrantès.

Monsinir le Duc, voilà plusieurs courriers du Portugal qui nous manquent et cela me donne de rin(|uiétude. Je vous adresse par duplicata toutes les lettres que je vous ai écrites depuis le :2 mai. Je vous en adresse aussi pour le «général CaralTa (|ue je vous |)rie (le lui faire parvenir.

I/Kmperenr m'écrit qu'il désire que vous conserviez (|uatre mille Kspajjnols à Porto, et cpiatre mille dans les Alyarves, et que son intention est d'envoyer six mille hommes de votre armée à Cadix. Je lais en conséquence donner des ordres par le ministre de la Ciuerre O'Farrill. (^)uatre mille hommes sont (;n loute pour se reiidic à Hadajoz où ils attendront vos ordres. Ij'Kmpereur désire (jue vous les envo\iez dans les Al<{arves pour la défense des côt<'S. Je fais tlonner des ordres pour (ju'on prépare à (iadiv l'etai)lissenïent de six mille hommes (pic l'Kmpereur désire {\w vous Y envoyiez. Vous seriez hien ainiahle de me faire connaître les dispositions que vous aurez arrêtées à ce sujet, et vous jujjerez sans doute convenahie d'en rendre compte aussi à iKmpereur.

Je vous remercie de ce que vous avez bien voulu faire (jnelque cas de l'insinuation que je vous avais faite, relativement aux troupes espajjnoles de Solano et de (^araffa.

Xous jouissons ici de la plus parfaite tran(|uillitc; le changement de dynastie est moralement opéré ; on n'est plus in(juiet (jue du choix du nouveau Roi. Je vous ai dit précédemment que ce sérail le Roi de Naples. Je fais tout ce qu'il est possible pom* le faire demander par l'Kspajjne à I Empereur. Adieu, mon cher Duc, rassurez-moi bien vite sur votre position.

Arc'Ilives du prince Murât. It. XIII, p. 18", el .Archives iiii|)<'rial<-8 de lieu ne.

' Publiée par le lY H ScHr.rrTKi, Miltlieiluugeii des Insl'ilnls fiir wsleneirhisclie (iesrhiclitsfuiwxhung. 1889. \ UanH. '». Hcft. ft p;ir M. \. Li \riinoso, Corres/iondance de Mural, a" (j(".(j1V .

IJMUTK.VA.XCI': K\ KSPAGNi:. — 1808 105

;î2U8. — MURAT AU ('.KXKll AL DUHKSMK

M.i(lil<l. 13 mai 1808.

A monsieur le général Duhesme.

Monsieur le général, je vous ai fait connaître les événements du 2 mai. Je vous adresse aujourd'hui ma nomination de lieutenantgénéral du Royaume, et toutes les pièces qui y sont relatives.

Xous jouissons ici de la plus grande tranquillité, et le changement de dynastie est moralement opéré. Ou n'attend plus que l'arrivée du nouveau Roi.

Je vous préviens que j ai donné des ordres pour que le régiment suisse qui est à Tarragone fasse partie de votre corps d'armée. Donnez-lui des ordres en conséquence.

Etant impatient de connaitre l'effet qu'aura produit en Catalogne l'insurrection de .Madrid, et ayant de fortes raisons de penser que les autorités militaires de cette province n'y sont pas disposées en notre faveur, je vous prie de me rassurer le j)lus tôt possihle. J'espère que si le peuple de Barcelone avait bougé, vous lui auriez donné une leçon semblable à celle que j'ai donnée à la canaille de Madrid. S'il existait quelque rassemblement dans quelque partie de la Catalogne, marchez-y en force, et faites fout rentrer dans l'ordre.

Archives du prince Murât. R. XIII, p. 188.

3299. — MURAT .\V> GEXEHAL 1)1'] LI.VIKRS '

13 mai 1808.

A monsieur Je Liniers, général commandant à Buenos-Ayres.

Monsieur le Vice-Roi, vous aurez peut-être déjà appris les événements d'.Aranjuez. Je donne l'ordre à mes ministres de vous en

' Jacques de Linicr.s, né à Xiort le 25 juillet 1753; en 1765, page du (îrand Maître de l'ordre de Malte, Ximenès ; en 1708, sous-lieutenant eu France au régiment de Piémont Royal-tlavalerie ; entré dans la marine au service de ri'jspagne en 177i., envoyé à La Plata en 1791, capitaine de vaisseau en 1792.

Le 12 août 1800, ù la tète d'une laible armée, il avait repris lîuenos-Ayres dont les Anglais, commandes par W illiam ('arr Reresford, s'étaient emparés le 27 juin précédent. Le 3 juillet 1807, il avait repoussé les attaques d'une armée anglaise commandée par le général VV liitelocke et il l'avait iorcée à se

10(5 JOACHIM MIKAT

laiie coiiiiiiitic Ions les résultais. Le siciir V aiidi'iiil, votir aidc-dccainj), vous |i(nU> leurs dcpèclics. Je saisis avec plaisir la première occasion «pii se présente de vous doniiei une pr«'iive de toute nton estime dans la personne de voire aide-de-eamp, (jiii désire vous rejoindre, en hii eoiilianl une n)issi«»n «l'une si ,'^rande importance. La déConse di' Hucnos-.Ayres vous a comblé d«' jjloire, et je suis persuadé que vous soutiendrez la belle réputation «jue vous vous êtes acquise, si ces implacables ennemis de tout ce qui n'est pas .■\n<]lais,, venaient encore à faire quelque tentative contre vous.

Le loi C-barles 1\ m'a iu)mmj'' lieutenant-yénéral de son i()\aume; je désire trouver des occasions de vous donner des preuves <le l'estime que vous m'ins[)irez comme Fraïu-ais et comme militaire. L Empereur me charge de vous assurer de tonte la sienne.

.Arcliives du priiirc Mural. Il, Mil, p. I8D.

:{;îni). — \AP()Li:0\ A MIRAT'

Rayouiie, i:{ mai IHOH, à 10 hriires du malin.

Mou frère, je reçois votre lettre du 10 mai à midi. J'ai lu avec intérêt l'état de situation des troupes espaynoles. Pour le mieux connaître, je le fais traduire. .le vous écrirai là-dessus dans la journée. .le désirerais que ces états fussent faits à ma manière; c'est-à-dire (|u'il y eût une colonne pour le complet selon l'ordonnance, une des présents, une des bommes détacbés et dans quel lieu, une des bommes aux bopitaux et une dernière colonne d'effectif, .le sais, par exemple, que des corps ont de forts (b'tacbements aux ré;{iments qui sont à Hanibourjj et je ne les vois point j)ortés là. .le ne vois point de situation de l'artillerie. — .le vous ai déjà mandé que je ne pouvais pas envoyer de l'arjjent. Je suis obli;jé à trop de dépenses et l'KspajjiH! n'a jamais eu besoin de secours élraiiyers. Il ne faut faire aucun cban;[ement dans les palais. J'irai peut-être à Madrid. Il ne f.iiil pas envoyer ici les diamants de la Couronne, il faut les jjardi'r eu vous assiiraiil (|ue |)ers()iiiie ne les

rcmbaniucr vn aliaiwlitnnnnt .ses précédentes VHn(\uèU's. A la 8uit« de ces exploits, il avait de iioiiimé chef d'escadre et vici'-roi des provinces du Kio de la l'Iata. Voir à cr- sujet l'étude du M'' UR Sahskvav, X'dfjoléon I" et la fondalion delà Héimhtifjiii' aif/entine. Jacques de Liniers, romie de Ruenos-.li/ret, rire-roi de la l'Iata. et le M" de Sassettatj. — l'aris, IMon, 1892. In-H". ' Correspondance de Xapoléon, u" KW"'.*. Variantes dans le texte.

LIEUTEAfANCK KN KSPAGXE. — 1S(»S li)7

t'iilève. — Il serait convenable d'envoyer un officier d'artillerie et un ollîcier de jjénie ot un officier de marine à (leuta pour reconnaitr»' l'étal de celle place et des (pialrc Présides que les Kspa;{nols ont en Afrique. Pousse/ le départ des bataillons de renfort (ju'on doit y envoyer de Cadix. Je vous ai demandé l'état de situation (le la marine. — Failes-uioi connaîtriî depuis combien de temps les uiilices sont sur pied, quel à'je elles ont et pour combien de temps elles sont au service. — Vous n'avez pas compris mes intentions, et fait une cbose qui ne vaut rien en envoyant les deux régiments suisses à Séville. C'est alors les mettre à la disposition du général espagnol qui commande là et qui les fera agir selon l'esprit des troupes espagnoles qui peut être mauvais. Je vous avais dit de les mettre avec le général Dupont, parce (]ue avec ce général, elles agiront selon l'impulsion française. Ils sont actuellement à Talavera, il faut les y laisser, Talavera n'étant pas éloigné de Tolède. Que le général Dupont les passe en revue et les tienne dans sa main de manière à les influencer. Les mettre avec le général Dupont, c'est comme si vous lui donniez trois à quatre mille hommes de plus; les envoyer à Séville, c'est donner au général espagnol dont les troupes peuvent être dans un mauvais esprit trois ou quatre mille hommes de plus. — Vous avez une confiance qui vous attirera quelques malheurs. Qu'est-ce que c'est que ces gardes du corps qui font la garde près de vous? Us vous assassineront '. Je vous ai dit de les mettre hors de la ville, à l'Kscurial, par exemple. Vous mettez avec les Suisses deux bataillons espagnols. Ces bataillons ont un mauvais esprit et le communiqueront aux Suisses. Je vous prie de vous conformer entièrement aux dispositions que je prescris. Mon hôpital de Valladolid a été fortement compromis, quand vous avez donné l'ordre d'évacuer cette ville.

Envoyez les gardes du corps à l'Escurial. Il ne faut point donner des embarras au nouveau Koi auprès duquel je ne souflrirai pas tju'ils restent. Ils seront à l'Escurial sous la surveillance du général qui \ commande une division. Réunissez les deux régiments espagnols (jue vous avez lait sortir de .Madrid, dans un point quelconque, mais à deux marches des vSuisses, de manière k ne pas les influencer. Isolez les Suisses des Espagnols et rapprochez-les des Français. Continuez à faire évacuer rhô|)ital de Valladolid sur l'Es-

' Bes.sières écrivait de sou côlo îi Ahirat, le 18 mai: » Il n'est pas dans mon caractère, monseigneur, de jeter l'alarme, mais pour ce qui vous (((iicerne, vous ne sauriez, je crois, prendre trop de précautions, je pense que vous le faites 11. (.archives du prince Murât D. 18V. 1'.).)

108 JOACniiM MIRAT

curini (|iii osl iiii point à yardcr. VOiis avez, jo vous le répète, une trop ;{ran(lo conliance, c'est votre délaut. .1 aurais perdu vinyt hommes de moins à la révolte de Madrid, si vous aviez inspiré un peu de menante an\ Français (|ni, de toutes les nations, est celle qui a le |)lus besoin qu on lui inspire ce sentiment. Je vous ai écrit de faire fermer l'intérieur de votre palais et d'y l'aire mettre des portes et de faire des espèces de forteresses de l'Arsenal et du Palais Xeuf. Vous ne me répondez pas, vous avez tort de penser (]ue cela soit inutile. Vous avez en vérité une conliance d'enfant. 11 est |)ossible que je retire tonte mon armée de Madrid et que je n'y laisse que 4 à 5 000 lidmmes. Que feront ces troupes? Se laisseront-elles égorjjer? Fortifiez le Palais Xeuf, l'Arsenal et les casernes et lo;{ez-y la garnison. Renvoyez les gardes du corps à l'Escurial. Logez les Français au Château, au Palais Neuf et dans un couvent hors de la ville. En général, vous flattez tro|) les Espagnols et vous nous conduirez bientôt à une nouvelle insurrection qui peut être plus dangereuse (|ue la première en ce que la première n'a été dirigée par personne. J'ai plus d'expérience des Espagnols que vous. Oiiand vous nie disiez que vous étiez très lratu|uille à .Madrid, je disais à tout le monde que vous ne tarderiez ])as à avoir une insurrection. Répondez en détail à toutes mes lettres. I''ait('s bien comprendre que je n ai point d'argent. Le ministre des Finances est un sot, s'il ne sait pas en trouver en Espagne. Envo\ez-moi un mémoire sur la situation des finances, domaines et revenus du pays. Dans le rapport que me fera le sieur Lai'orest, il me fera connaître la (|uantité de papier-monnaie, combien il perd et sur quoi il est hypothéqué. — Il ne faut |)oint prendre d'aides-de-camp espagnols, puisqiM' vous ne devez point rester eii Espagne. Vous pouvez vous attacher quatre officiers d'ordonnance espagnols; bien entendu que vous ne les admettrez pas dans votre intimité et que vous les tiendrez tonjours en course.

On a donné 200 mille francs pour le roi Ferdinand qui n'avait pas d'argent. Faites-les sur-le-champ rembourser |)ar les Espagnols à la caisse française à .\Lulrid. (^uc s'ils vous disent qu'ils n'ont pas d'argent, c'est qu'ils espèrent que je leur en enverrai et qu'ils vojent que le pays est en mauvaise révolution. — Il en est de même de l'intendant de Murcie ' qui demande des farines et des bœufs de France, prétendant que je dois nourrir mon armée. Il est difficile

' Kt non Denniée, comme il csl imprime dans la torrcspondancf de .\a|)()léoD.

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