‹ Lettres et documents pour servir à l'histoire de Joachim Murat, 1767-1815Chapitre 33 sur 104 · I.a Floiidp près XlaJrid. li' 2 juin ISOS, ,i iiiinult · texte numérisé non relu

I.a Floiidp près XlaJrid. li' 2 juin ISOS, ,i iiiinult

A Sa Majesté l'Empermr.

Siro, je reçois la lettre de V. M. du 30. Le maréchal Moncey partira après-demain avec sa première division, sa cavalerie et sou artillerie, organisée ainsi que le prescrit V. M. Je joindrai à son corps un bataillon de gardes espagnoles, un bataillon de gardes vallons, et un régiment de dragons espagnols.

Demain matin, je ferai partir par un officier espagnol l'ordre au général Duhesme de diriger sur Tortosa la division Chabran.

L'incendie se propage avec rapidité. Séville et IJadajoz viennent encore une fois de s'insurger. Le lieutenant- général comte de la Torre a été tué à Badajoz, et à Séville un des premiers officiers municipaux. J'espère que le général Dupont, qui arrive demain à Cordoue, fera tout rentrer dans l'ordre dans l'Andalousie, et qu'un exemple suffira pour en imposer au reste de l'Espagne, car il est étonnant comme on s'insurge et comme on s'apaise rapidement. J'espère que d'un autre côté, la marche du maréchal Moncey et une proclamation que je fais faire, en imposera à Sarragosse et h Valence.

Sire, il n'est plus temps de différer. V. Aï. doit, d'après l'avis de tous les Espagnols bien pensants d'ici, faire proclamer de suite le nouveau Roi, et joindre à cette proclamation le projet de Constitution qu'elle nous a adressé. \ous sommes tous d'avis ici que cela suffira pour tout pacifier.

Le nouveau Roi poiurait y joindre une proclamation, portant que son premier soin va être de s'occuper du bonheur d-^ l'Espagne, de cicatriser les plaies d'une mauvaise administration, etc.. Car il ne faut pas dissimuler à V. \L que les uns demandent le ci-devant Roi de Xaples, frère de Charles IV, d'autres le Prince Charles d'Autriche, d'autres enfin un Grand d'Espagne. Tous ces propos sont tenus par les malveillants qui profitent de l'interrègne pour les répandre et pour les accréditer. Le projet de Constitution a été trouvé si beau, ((u'il est impossible qu'il ne produise pas l'effet désiré quand il sera connu.

.\Lais il est nécessaire que dans ce projet, il no soit jia.; question

' Piiblii-o par M. A. Lumrroso, Correspondance de Mural, n" CCCWX.

188 JOACHIM ]\IIIRAT

(!c contiiiycut à rournir, de suppression de I liuiuisilioii, de rét'oinic (le moines, ni d'indiquer qu'il n'y aura que les Kspaynols ou les naluralisés espagnols qui pounonl remplir des emplois. Tous ci's arlicl»'s |)oiu-rout s'arranjjer par (!es eouvenlious parlieidières à lasseuihlee jtéuérale à l{a^(Uiue, ou a\ec le n(MiveaM IJoi. .le ne puis me lasser de lépéler à \ . Xi. cpi il esl de la plus ;[raude iruporlauee «prKIle se prouoiu'c sur eel ohjel.

Le ministre Massaredo n'est pas encore arrivé, .le vais donner le commaudefnenf de l'expédition du Kerrol au lieuleiiaul ;j(''rM''ral de Kseano, ancien clu'l d'etat-unijor de ce minisire. C/esl un ollicier du plus jjrand mérite; je le eliar;{erai de (iOO mille lianes pom- le Fer roi.

On paraît èlre animé du mcillem- esprit dans la (lalico.

liCS jjardes du corps se eondiiisent très bien h THscurial, d'après le rapport du jjénéra! Frère. liCur départ avait produit un liés mauvais effet.

I,e bruit de ma maladie n'a pas j)eu contrihiié, m'assure-l-on, à (Micourajjer les malveillants, car ils répandent partout (|ue! j'ai été em|)oisouné, el que je snis sur le point de mourir. Je me poi-te beaucoup mieux, et je crois pouvoir assurer à V. M. (|ue je serai bientôt en état de remontera cheval, el conséquemmenl de reprendre tonte mon activité.

.Arcliivos nntioiiales, .IF'* KJfi*), S."». cl .'^rfliive.s (lu prince Mtirat. K. XII, p. Mi.

La Floride prè.s Madrid, le :! juin 180S, à minuit.

A Sa Majesté l'Empereur.

Sire, des rapports officiels reçus aujourd'hui de lîafîajoz conlîrment les événements que j'ai eu rhoniieur d'annonc<'r hier à V. M. : c'est sur une lettre de Séville que le peuple s'est insurgé. Le colonel (]ui a remj)!acé le capitaine «jénéral dans le commandement de celte ville, promet tous ses efforts pour le retour de l'oif're. D'autres rapports nous annoncent que Santander s'est insurgé, et (jue les .Asturies sont de nouveau en révolte, ainsi que Valladolid. Je sais que le maréchal Hessières a déjà fait marc'.er le général

' Piihlicc par M. \. Llmbroso, (lurrespoïKlnnre de Miirtit. n" CCflWVII.

LIKl TEXANCE E\ ESPAGME. — 1808 189

Merle sur vSaiilnnik'r, et je suis persuadé qu'il aura fait aussi marcher sur Valladolid. Je lui écris ce soir sur l'importauce de ne pas souffrir d'insurrection à quinze lieues de nos positions. Le général (luesta paraît aussi aniuu; du meilleur esprit, mais tant que les autres troupes espagnoles n'oseront pas tirer sur le peuple, on ne peut répondre de rien. Je vais faire déclarer lâches et infâmes les troupes espagnoles de Badajoz qui ont laissé assassiner leur général. Tout est dans le même état à Sarragosse et à Valence, et je persiste à croire que la marche du maréchal Moncey fera tout rentrer dans l'ordre. Les premières nouvelles du général Dupont m'annonceront sans doute qu'il en est venu aux mains avec les insurgés d'Andalousie. La leçon qu'il leur donnera suffira, j'espère, pour assurer la tranquillité de ces contrées. ALidrid cependant reste tranquille. Ce matin la Junte s'est assemblée et a arrêté une j)roclamatii)n, dont j'adresserai copie à V. M. Les nouvelles que nous recevons de la Catalogne nous annoncent aussi que la tranquillité la plus parlaite continue à régner. Le capitaine général s'y plaint toujours des troupes italiennes. J'aurais bien désiré, Sire, que \'. M. eût pu envoyer en même temps qu'à moi l'ordre au général Duhesme de faire marcher le général Chabran ; car nos communications commencent à devenir extrêmement difficiles. Le maréchal Moncey couchera demain à Alcala.

J'adresse à V. AL copie du décret que j'ai rendu sur la marine, conformément à vos ordres. V. M. avait ordonné la construction de deux vaisseaux à trois ponts, et l'ingénieur de la marine a observé qu'il était impossible dans ce moment de se procurer du bois pour plus d'un vaisseau. Au reste, cet ingénieur doit me faire demain à ce sujet un rapport très détaillé que je m'empresserai d'adresser à V. M.

Ce matin tous les membres de la Junte ont parlé chacun <à leur tour dans le meilleur esprit, même les membres du Conseil de Castille qui ont assisté à la séance '. Il n'y a pas de moyen aujourd'hui (|u'on ne soit disposé à employer pour ramener l'ordre et le calme en Espagne. C'e.st, pour la plupart de ces derniers, reconnaître un peu tard leur erreur.

La désertion continue toujours d'ime manière effrayante, elle a été dans le mois de mai pour la garnison de Madrid de !>5Î> hommes,

' Du 2 au V juin la santt' de Mmat (•lait (Icvcnuc nu'illciuf. La Forrst écrixaith; '«• juin à Cliampagny : a Lo rrtahlissement de la santé du Graiid-Diic do Beig dissipe les inquiétudes que j'ai eues, j'ai conliance entière dans l'action qn'il exerce. » (Correspondance de La Forest. I. p 59.)

comnio V. M. lo xcir;! par le rappori du iiiiiiistic de la (îiicnc. Elle est attribuée au bruit (pii s'est répaudu que les troupes espa- «jnoles devaient passer en France. Ou désirerait beaucoup être autorisé à démentir ce bruit; mais je n'ai pas cru devoir me permellre aucune dén)arche à cet éjjard, connaissant les |)rojets de V. M.

Aujourd'bni il n'est question dans Madrid (jue de la yuerre entre la France et l'Autricbe; on répand de tontes parts les propos les ])lus alarmants, et les nouvelles (|ui ont paru dans les journaux français sur une révolution à S' Fétersboury, ne contribuent pas pour peu à maintenir les esprits dans de mauvaises dispositions.

M. de Caballero, à (|ui j'avais fait connaître le désir de V. M. de le voir à Hayonnc, me prie de l'excuser auprès de V. .\1., ne pouvant faire ce voyage à cause de sa mauvaise santé.

On m'annonce à l'instant que 200 gardes wallonnes ont man(|ué ce soir à l'appel.

.Ircliiies nationales, .\V'^' KiOU, ), S", el Archives du prince Mural, K. Xll, j). 11).

3376. — ÎIILKAT A LA FOIIEST

3 juin 1808.

A l'Ambassadeur de France.

M. le conseiller d'Ktat, S. M. l'Empereur voulant arriver au secours du Trésor Espagnol, me cliarge d'autoriser le ministre des Finances à faire la vente des diamants de la Couronne jusqu'à la concurrence de 4 millions, en me prévenant qu'il eu fera lui-même volontiers l'acquisition pour la France. L'Empereur me cbarge en même temps de vous prévenir qu'il vous a dc'signé pour faire cette acquisition. En conséquence, je donne des ordres nécessaires à ^L de Cifuentès, cbargé du portefeuille des Finances, et je désigne W. de .Mos, (îrand-.Maitre de lu .Maison du Hoi, pour être cbargé de celte vente.

Vous voudrez bien désigtier pour rEuiperem- un orfèvre ou joaillier pour faire l'estimation des diamants que vous achèterez contradicloirement avec le joaillier de la Cour. S. M. tient surtout beaucoup à ce que vous rachetiez tous ceux qui ont appartenu à la Couronne de France et qui ont été achetés par celle d'Kspagne. Il tiendra d(»nc à vous, \\. le conseiller d'Etat, de commencer dès demain cette (tpération.

H. XI, j). 18.

LIEIITE^ANCE E.\ ESPAGYE. — 1808 191

:3;3T7. — ^lURAT A M. I)E CIFUKXTÈS

3 juin 1808.

A M. Cifueidès, charge du porlefeuille des Finances.

M. le conseiller des Finances, le plus sûr moyen pour nous procurer (le l'argent dont nous avons un si urgent besoin, c'est d'engager ou de vendre les diamants de la Couronne. Eu les engageant, on ne trouvera qu'une partie de leur valeur; en les vendant, on peut en réaliser la valeur sur-le-cliainp, et avec le temps, on peut les remplacer par d'autres qu'il sera facile d'acheter. En conséquence, je vous autorise à vendre pour quatre millions des diamants de la Couronne à M. de La Foret, conseiller d'Etat, qui les achètera pour le compte de la Couronne de France. Vous donnerez des ordres pour qu'on mette dans cette vente tout l'éclat possible, c'est-à-dire en faisant nommer des experts ou estimateurs. M. Laforêt en nommera contradictoirement.

Je vous préviens que je nomme pour commissaire de cette vente M. de Mos, Grand-Maître du Palais. Des procès-verbaux devront être dressés, signés et contresignés de tous, de part et d'autre. Ainsi rien n'empêche que dès demain l'on puisse commencer à s'occuper de cette opération.

K, XI bis, p. 18.

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