MURAT AU MARECHAL MONCEY
(j juin 1808.
M. le maréchal, je vous préviens que les gardes du corps partent ce niatin de l'Escurial pour Araujuez, d'où ce corps doit suivre
' ihual avait trop prc.suiiic de ses forces. Le 7 juin, La I''orcst écrivait à r.lianipayuy : a S. A. I. le Graad-Diic de Berg a trop peu niéuagé sa couvalescence, il ('lait souffrant liier soir... Je sais (ju'il a passé une mauvaise nuit, livré à des idées mélancoliques. 11 est parti ce matin de bonne heure pour une campagne plus salubre, mais beaucoup plus éloignée (jue celle qu'il avait occupée pendant sa maladie. Le ({énéral lîelliaid m'a prié de ne pas aller le voir, en me conliaiit (jnc S. A. L avait besoin fie solitude et éprouvait ime affection nerveuse... » [Correspondance de La Forest, \, p. 63.) ALu'ul s'était retiré à la villa de Chamartin, propriété du duc de l'infautado, ù une lieue au nord de .ALadrid.
TO.MK VI. 14
votre mouvement. Envoyez-lui des ordres en conséquence. Cette démarche de leur part a produit ici et produira partout un très bon effet. Il faut vous empresser de répandre que les gardes du corps, instruits des mouvements ])opulaires de Valence, ont demandé à marcher pour les réprimer. Vous pourrez les retenir constamment à votre quartier général auprès de vous.
Je vous fais adresser plusieurs exemplaires de la proclamation du Gouvernement qui a produit ici un effet admirahie. J'espère qu'elle produira le même partout, à mesure qu'elle sera connue.
Aujourd'hui le général Frère entre dans Ségoviequi s'était avisée aussi de s'insurger. Je suis fort heureux rpi'on m'ait fourni l'occasion de donner de suite un grand exemple. Je n'ai pas encore reçu de vos nouvelles, j'espère que j'en recevrai dans la nuit.
Vous pouvez annoncer que le Hoi de Xa|)les vient d'arriver à Rayonne et qu'il doit incessamment se mettre en route pour Madrid comme Roi d'Espagne, que tous les préparatifs sont ordonnés pour sa réception sur la route et pour son entrée dans sa capitale.
R. XI bis. p. 45.
3398. — JIURAT A NAPOLEON •
Chamartin près Madrid, In 12 juin 180H.
A Sa Majesté l'Empereur.
Sire, il faut que je me sente bien mal pour avoir pu consentir à ce (pion écrivît à V. M. que je ne |)ouvais plus rester ici ; rien n'est cependant plus vrai, et c'est la peine que j'éprouve d'être ici inutile au service de V. M., qui fait mon plus grand tourment, mais je ne puis sans danger m'occuper d'affaires. L'espoir de revoir bientôt V. M. me rendra bientôt la force et la santé"-.
' Publiée |iar M. A. Lumbroso, Correspondance de Xlnrnt, n" CCCX'XXIX.
' La Forcst dans .ses lettres donne de nomlireux di'-tails sur la maladie de Murât. Du 9 au 12 juin, celui-ci retiré à (ilianiarlin et en proie aux plus sombres pensées, ne voulut pas recevoir l'ambassadeur; seuls le yénc'ral Bellard et c|ucl(|ues familiers eurent le privil(';[e d'approclier de lui o Le l'rince se croit en daiijjer, écrit La l''orest, il déplore; le malheur de mourir loin de son aujjusle épouse et des princes ses enfants. Lui parle-t-on pour le distraire du trône de \aples, il déplore la fatalité de vivre bdn de S. \]. rKiupcrcur. Il ne voit de chance de guérison (pie dans le plus prompt di'part pour la France et gémit de cliarjne heure de délai, i {Correspondance de La Forest, I, p. 6.5.)
LIKITEXANCE EX ESPAGNE. — 1808 211
J'ose espérer que V. M. ne trouvera pas mauvais que j'envoie le prince d'Hohenzollern à Paris, pour tranquilliser la Princesse Caroline.
Archives nationales, AF"' iBOti, 97.
3399. — MURAT A NAPOLÉOX '
Cliamiiitin, le li juin 1808, à 0 heures dn soir.
A Sa Majesté l'Empereur.
Sire, ma convalescence continue, mais je suis toujours extrêmement faible, et je ne puis encore ni marcher ni m'occupcr. Cependant je ne quitterai l'Espagne que lorsque j'en aurai reçu l'autorisation de V. M., ou que tout y sera tranquille; quoique les médecins persistent à dire que ce n'est qu'en France que je pourrai achever de me rétablir. Les chaleurs sont excessives; elles nuisent beaucoup à ma convalescence.
Nous venons de recevoir des bonnes nouvelles de Valladolid et de Tudela, et tout nous porte à croire que le général Dupont continue sa marche vers sa destination.
La division du général Frère va se porter sur Guadalaxara ; elle sera là en mesure de seconder soit les opérations du maréchal Moncey sur Valence-, soit celles du général Savary sur Sarragosse.
Archives nalionales, AF'v 1606, 98.
' l'ubiiée par M. A. Lumbroso, Correspondance de Mural, n° CCCXL.
* Le 15 juin 1808, Hossetti écrit dans sou Journal : « S. A. R. effrayée des progrès de la Révolution de Valence et ne sachant à quoi attribuer la lenteur du maréchal Moncey, ht appeler auprès d'elle le général Exelmans, le colonel Lagrange et moi, et, après nous avoir exposé combien il était important d'occuper promptcment Valence, ahu d'étouffer le foyer de la Révolutiou, il nous ordonna de nous rendre tous les trois à Cuença auprès du maréchal. Le général Exelmans et moi, nous devions accompagner le maréchal dans son expédition sur Valence le colonel Lagrange devait retourner auprès du Grand-Duc pour l'instruire de la marche de \l. le Maréchal. Xous partîmes à dix heures du soir en poste à franc étricr. i
Les trois officiers furent arrêtés le lendemain par les paysans insurgés et emmenés à Valence le 21 juin; de là ils furent conduits successivement dans l'île de Majorque, dans l'île de Cabrera, puis en rade de Gibraltar, d'où Rossetti s'évada le LV août 1810. Exelmans, conduit en Angleterre, ne put s'évader qu'en 1811. Alurat, qui plusieurs fois avait fait passer de l'argent à ses aidesde-camp pendant leur captivité, réclama Rossetti auprès de lui et celui-ci le rejoignit à Naples le 15 janvier 18H.
212 JOACHTM Ml RAT
3W0. — MIRAT A NAPOLKOX '
Cliiimarliii prrs Miidiid, le l(i juin 1808.
A Sa Majesté l'Empereur.
Sire, je continue à êlro convalescent, mais je souffre toujours des nerfs. J'ai passé une assez bonne journée. Le général Savary est arrivé; il va s'occuper des affaires; j'avais déjà ordonné les mouvements sur Andujar et sur Madridiegos. On nous dit que Dupont est entré à Séville. Je suis bien malheureux d'être malade dans cette circonstance, et de ne pas pouvoir vous servir de tout mon zèle.
Archiics nationales, AF'^ lOOfi, 00.
3V01. — CAROLINI-: MUR.rr A AGAR
A Paris, n juin 1S08.
J(> profite du dépari de M' de Scliild et, par consécpiciil, (rime occasion sûre pour vous écrire (pi'il est décidé que nous (piitlerons Diisseldorff et qu'il est urgent (|ue vous fassiez des fonds le plus possible, car comme nous irons dans un |)ays pauvre où il y aura beaucoup de dépenses à faire, il serait impolilique de commencer son règne par mettre de nouveaux impôts. L'Empereur ne nous donnera certainement rien pour le commencement et nous avons ici beaucoup de dettes à acquitter; il faut donc que nous ayons, après avoir tout payé, au moins deux millions à notre disposition, ayant tout à acheter dans un pays où la main d'oeuvre est trop chère. Je vous observe tout cela, car le (îrand Duc n'a pas eu le temps d'entrer dans tous ces détails et, depuis (|u'il est malade, il n'aura pu s'occuper d'écrire. Agissez selon ses instructions et selon ses intérêts; l'argent qui est à Diisseldorfl", il en est le légitime posse.'^seur, et si vous ne hâtez d<' h- faire S(»ilir du Dùclu-, le premi«T venu (à (pii le Duché est d»stiué) s'«,'n emparera au préjudice des habitants. Knvctyez tous mes meubles, nue caisse de musiipw. M""' Agar peut rester h Diisseldoil'f pour f.iin' ses couches, car enmine V(Mls reslere/ pridialdemriil deux ou liois mois a Ihissel-
' Piiblicp par M. .\. Iambroso, C.orresj.onilaiice (Je Murât, n"(',(;r,\li.
LIELTENANCE E V ESPAGNE. — 1S08 213
dorff, eu atlendant la prise «le possession de notre successeur, elle aura le temps de se rétablir; je tiendrai son enfant sur les Tonds; si c'est un garçon, vous le nommerez : Joachim Charles; si c'est une (ille : Caroline.
Je vous observe (|ue vous devez l'aire le plus vite possible vos dispositions pour envoyer de l'aryenl, car le lotit va être décidé sous très peu de temps, el, je vous le répète, il serait très malheureux d'arriver dans un pays nouveau sans argent et sans moyens d'en faire, sans éprouver de très grands inconvénients. Les remises faites à M"" Lcchat ne me paraissent pas considérables et il faut activer les envois. Du reste, conformez-vous toujours aux volontés du Grand Duc, mais, sans doute, il doit penser comme moi, en réfléchissant sur la nécessité des circonstances. Je me repose d'ailleurs, monsieur le Ministre, sur votre zèle et votre activité.
Recevez l'assurance de ma haute considération.
Caromni;.
Archives du prince Murât. Papiers de Mosboiirg.
3V02. — MURAT A NAPOLIiON '
Chamartin, le 20 juin 1808 2.
A Sa Majesté l^ Empereur.
Sire, j'ai l'honneur de s(dliciter de la bienveillance de V. M. le grade de chef d'escadron en faveur de M. le capitaine Galbaud, aide-de-camp de AI. le généra! Helliard, officier depuis 179o et
' ruLliéc par AI. A. LuMunoso, Correspondance de Murât, n" CCCXLIII.
- Le 18 juin, La Forest constate que le Grand-Duc de Berg commence i se rétablir, n II reprend lentement cette vigueur de corps qui lui était habituelle, mais je n'ai retrouvé aucune trace de la tristesse et de l'affaissement moral qui avaient été la conséquence la plus inquiétante de sa maladie; il parle et veut qu'on lui parle d'affaires, il s'est fait rendre compte de tout ce que j'avais pris sur moi de faire... » (Currespondauce de La Forest, I, p. 93.) Le 22 juin cependant, nouvelle crise de langueur. « Le caractère propre de la maladie est une forte irritation nerveuse, un grand affaissement moral, un besoin irrésistil)le de changer de climat. « Le 23, La Forest écrit : n On ne peut sans une vive douleur considérer ce Prince si brave, si actif, si passionné pour le service de l'Empereur, aujourd'hui la tète appuyée sur ses deux mains, n'ayant plus qu'une idée lixe, ne parlant que de fuir une atmosphère qui le tue, dégoûté de tout aliment, comme il l'était de toute affaire, et accusant ceux (pii le retiennent de vouloir sa mort. •
tMpitaino depuis trois ans; il a lait avec distinction los caTnpajjnes d'Kj[ypte, de S'-I)oniin;jue et tontes celles de la (irande Année. Je nie plais à rendre j'istice à son zèle, à son dévoiieineiil et à ses talents militaires, et je pnis assnrer à V. M. (jn'il est pcn d'olliciers dans rarniée qui soient pins dijjnes de ravancemenl que je sollicite en sa laveur.
Archives nalioiialc». AF>v ItiOO. I, 1(H).
3V03. — I.E MARliCHAL HMKTIIIKR A MIRAT
Bayoïine, le 24juiii 1S0«.
A S. A. I. et R. le Grand-Duc de Berg.
MOXSKIGXEUR,
L'Emperenr en envoyant le jjéncral Savary, son aidc-dc-camp, à Madrid, a en l'intention de mettre à vos ordies un officier dans lequel il avait de la confiance, et (|ni ])ùtsc mêler des affaires (juand l'état de votre santé vous empêchait de vous en occuper, et il paraîtrait que le ;]énéral IJelliard se tient un peu trop retenu avec le général Savary. Dans de pareilles ciiconstances, on doit mettre toute prétention de côté pour contribuer au succès des opérations. Au surplus, du moment que Votre .Altesse peut s'occuper des affaires elle-même, les difficultés sont levées, mais Sa Majesté ne peut pas se dissimuler que dans les moments où votre maladie vous a empêché de prendre connaissance des lapports et de donner \os ordres, les affaires n'aient été paralysées. Le maréchal Bessières, avec peu de monde, a soumis la Navarre, la Biscaye, les .Asturies, la province de Palencia, Valladolid et jusqu'à Burgos, et rKmpereur pense que, sans votre maladie, les six divisions de Madrid auraient agi plus activement, ce que Sa Majesté attribue au général Belliard, qui connaissant votre manière de faire la guerre, devait prendre sur lui et expédier des ordres en conséquence. Si la sauté de Votre .Altesse la mettait encore dans le cas de ne pouvoir donner ses ordres elle-même, le général Belliard devrait en référer au général Savary; sans cela, il deviendrait responsable des événements vis à vis de Sa Majesté.
L'Empereur me charge de dire à Votre .Altesse Impériale (pie si le général Dupont est toujours à Cordoue, c'est qu'il aurait appris que les troupes de ligne espagnoles auraient pris pai'ti
LIElTENfAXCE K.V FISPAGX^E. — 1808 215
pour rinsurieclion; ce qui ajoute k la nécessité de renforcer ce «{énéral du corps aux ordres du <[énéral V'edel. Si votre santé est rétablie et (pi'on puisse conimunitpier avec le général Frère, Sa Majesté désire, comme je vous l'ai mandé hier, que vous envoyiez le général Savary prendre le commandement du corps du général Frère, marcher sur Alvacette, battre les rebelles, faire un exemple, couvrir le flanc droit du maréchal Moncey et même, marcher sur Valence, si c'était nécessaire. L'Empereur vous recommande de veiller à ce qu'on n'emploie aucune pièce de campagne, ni surtout aucun obusier, pour armer le fort du Retiro ou fout autre fort. Xotre artillerie de campagne et surtout les obusiers sont de la plus grande utilité dans ce genre de guerre où on a plus affaire à des villes et à des villages qu'à des troupes en ligne. Sa Majesté désirerait que vous puissiez atteler avec les moyens du pays cinq ou six obusiers espagnols, afin de les employer utilement.
Votre Altesse a appris les nouvelles de Santander. Sarragosse également, au moment oii vous recexTCz cette lettre, aura été bombardée et sera en notre pouvoir.
Donnez l'ordre à la colonne de l 200 hommes que vous avez fait porter sur la route de Sarragosse, d'envoyer des partis pour correspondre avec le général Lefebvre, afin que, dans le cas oij on serait assuré qu'il est niaitre de Sarragosse, votre colonne de 1 200 hommes retournât de suite à Madrid; mais pour cela, il faut que le commandant soit sur que le général Lefebvre est dans Sarragosse.
Si le général Belliard n'avait pas fait passer et répandre à profnsion toutes les proclamations, discours de Junte, etc. dans les différents pays, il f;iut le faire; cela est un détail d'état-major.
Je prie Votre Altesse Impériale d'agréer l'hommage de mon respectueux attachement.
Le Vice-Connélahle, Mnjor Général, Prince de Xeucliàtel :
Ale.xandiîi;.
Anhires du prince Murât. D. 181. 25.