‹ Lettres et documents pour servir à l'histoire de Joachim Murat, 1767-1815Chapitre 43 sur 104 · A R T 1 C LE PREMIER · texte numérisé non relu

A R T 1 C LE PREMIER

A l'extinction de la ligue investie par Sa Majesté l'Empereur de la Principauté de Bénévent, Sa ALajesté promet de réunir, moyennant uue juste compensation, cette souveraineté au Royaume des Deux-Siciles.

Article 2.

Les palais et terres situés dans l'Etat romain et connus sous le nom

(le Biens Farnésieus, actuellement possédés par la Couronne des Deux- Siciles, lui sont assurés.

Ahticlk 3.

Sa Majesté l'Empereur et Roi cède à Leurs Altesses Impériales et Royales le (îrand Duc et la Grande Duchesse de Rcrg, pour en jouir à titre de propriété particulière, un revenu de 500 mille francs à prendre sur le million de rentes en fonds de terre qu'il s'est réservé par le statut du 30 mars 1806. Les terres destinées à former le surplus de cette rente, seront désignées et mises à la disposition de Sa NLijeslé l'Empereur, avant le 1" janvier 1809.

Les terres destinées à former les six grands (îefs de l'Empire que Sa Majesté l'Empereur a institués par le même acte, sous le titre de Duchés, seront aussi avant la même ('potpie désijpiés et mis à la disposition de Sa Majesté l'Empereur.

Le revenu net de chacun de ces Duchés devra être de soixante mille francs.

Article 4 et uekmek.

Leurs .-lltesses Impériales et Royales le Grand Duc et la Grande Duchesse de Rerg cèdent à Sa Majesté l'Empereur et Roi leurs palais de Paris, la maison qu'ils ont à Xeuilly, les écuries dites d'Artois, la terre de La Mothc et en jjénéral (ous les hiens qu'ils possèdent en France sans exception, avec le mobilier et meubles meublants des palais et maisons, les tableaux, les statues e( tous les objets, soit d'art, soil de (h'coralion, (|n"ils renferment, «piels qu'en soient la nature'. Sa Majesté enlrera

' En 1837, quand la reine Caroline termina par une transaction avec le ;;oiiverneinent(Iii roi Louis-Philippe les réclamations ([u'elle jjoursuivait depuis 1815, pour rentrer en possession des hiens situés en France, que Murât et cMe avaient ahandonné par le traité de Rayonne, elle dut roiirnir la justification des sommes dépensées pour l'achat et la restauration de ces propriétés. Xons avons retrtuivé dans les papiers de la Heine plusieurs notes se rapportant à ce sujet et que nous croyons utile de pnhlier ici.

Maisons de LL. ri 1. //. et RR. les Grand- Duc et Grande- Duchesse de Rcnj. Klat d' honoraires des architectes de rfUi/sée.

Travaux pour la restauration jjénérale du corps priiHi|)M! du l'alais (de l'Klysée) et des deux petits hôlels attenant .

Construction de la jjrande salle à man;;er, des cuisines et dépendances.

I']tahlissement des écuries, yreniers à fourrayes et scdieries.

Clôture circulaire du jardin, fossé, harrièrc et chemin ferre.

Kestauration du lac et rochers, conduite des eaux de la ville, réserioirs, puisards, etc.

Montant total des mémoires rcjjlés à la somme de neuf cent (|uatre-vin;>ts .seize mille cent soixante dix-huit francs, vinjjt-neiif centimes, conformément

LIEUTKIVAMCE EM ESPAGiVE. — 1808 225

en possession des biens ci-dessus cités le 1" août de la présente année.

au bordereau fourni à l'inteudant géucral des Finances de LL. A.\. II. et RR.

Ci-dépenses 990 178 fr. 29

A cinq pour cent fait la somme de quarante-neuf mille huit cent huit francs

quatre-vingt-dix centimes.

Ci-honoraires 49 808 fr. 90

A Paris, le 29 décembre 1807. gniy ViCNON

Nule sur les objets d'art gar ùssaui le Palais de f Élijséc.

Les objets d'art qui ornaient le Palais de l'Elysée consistaieut princij;alement en une galerie de tableaux des grands maîtres de diverses écoles, entre autres de Raphaël, de l'.Albauc, d'Andréa del Sarto, de Procaccini, de Carlo Dolci, de Fra Bartolommeo, de plusieurs tableaux hollandais et llamands, de quelques beaux tableaux modernes, etc.

En une quantité de consoles, de vases, de trépieds, de tables de porphyre rouye antique, vert antique, et autres matières précieuses, montés magniliquement eu bronze ciselé et doré.

En plusieurs très beaux groupes eu marbre, de Canova.

Eu une très belle collection de vases étrusques.

Enfin en divers objets de curiosité.

Pour copie conforme à l'original déposé au ministère au nom de M""' la

Qlessa Jj, JJpona.

Etat des dépenses faite'' pour l'acquisition et la restauration du château de XeuiUij et de t' Elysée Bourbon.

Château de \euilly :

Acquisiliou 500 000

Restauration générale des bât merils et conslnictioii neuve, exécutée» sous

les ordres de MM. 'tliibautet Vijjnon, architertcs, suicant les plaus remis. 271 906

Au tapissier Boulaid, les «jaruiluie et l'ournituie jjcudrales 290 000

Menuiserie et ébéiiislerie de Jacob Desinalter 209 000

Glaces 180000

Brouzes, par Kavrio 190 000

Tiipis d'Aubussun, par Sallandronzo 120 000

Elysée Bourbon : 1 751 90t}

Acquisition 900 CCO

Restauration des bâtiments et construction neuve du grand escalier, de la galerie, d'une grande salle de fest ii. Etablissement do l'intendance, des

écuries et des dépendances, du saul-de-loiip, dit fossé circulaire 980 000

Garniture par le tapissier Bonlard 380 000

Glaces 3N4 o 0

Menuiserie et ébénislerie, par Jacob Desmalter 39(1 000

Bronzes, par ILivirio 2'8 ( 00

Tapis 2 •() 000

Arcbives du prince Murât, U. 521. 29-30. 3 532 000

Etat certifié conforme le lli' janvier 1837, par B'"? Vignon, ancien architecte de M'°° la Princesse Caroline.

La terre de la AIotlie-St-Heraye (arroudissemeut de Melle) avait été achetée 'ro.\iE VI. 15

Ces articles secrets seront ratifiés séparément et les ratifications en seront échangées en niénie temps que celles du traité de ce jour.

Bayonue, le 15 juillet mil huit cent huit. J. B. NoMPKnE DK Champagnv.

M'' DE (lAM.O.

Barèjjes, J 8 juillet 1808.

SlRK,

Votre Majesté vient de mettre le comble à ses bontés envers nous, je ne lui parlerai pas des nouveaux droits que cette dernière faveur vient de lui acquérir sur nos cœurs, ce n'est que par des faits que j'espère lui prouver notre reconnaissance. La couronne qu'elle vient de nous donner est sans doute un très grand bienfait, mais Votre Majesté me permettra de placer avant, celui qu'elle vient de m'accorder en me permettant de porter son nom. J'apprécie tout le prix de cette grâce insigne, je connais à quoi la gloire de ce titre illustre m'engage, Votre Majesté n'aura jamais à se repentir de m'avoir doublement allié à sa famille.

Je suis aussi on ne peut pas plus sensible à ce que Votre Majesté a daigné faire pour la Princesse Caroline, elle ne pouvait rien faire qui put m'être plus agréable.

Je suis enchanté de la bonne nouvelle que Votre Majesté vient de me donner, les maréchaux Ney et Lannes l'ont reçue avec le même plaisir ', ils écrivent à Votre Majesté pour la remercier. S'il

le J 5 docenihre J801, 470 000 francs; les cciirie.s d'Artois, 106 050 francs; ou peut donc évaluer entre cinq à six millions la valeur des propriétés cédées à ri-lmpereur par le Roi et la Reine de X'aples.

Sur les {Toùts artistiques de Mnrat, ou consultera, pour |>lus de détails, les intéressantes communications de \l. Paul Marmoltau dans le lliillelin historique (le Xeiiil/i/ de 1007, intitulées : Mitrat culleclionni'ttr à Neuil/i/ vl (laitserie sur It mobilier du ctuiteau de Xeuillij. On trouvera (pa;[es .S0-02l les titres des tahleaux d'.Andrea del Sarto, de Fra IJarlolomeo, d'Alharu' et de Raphaël, la liste des vases étrusqui's et des jfreupes de C/aiiova

' Une lettre de Murât à Lannes, du 18 juillet 1S08, li;[ure dans le catalogue Charavay, n" 277, mars-avril 1807, u" 40 0(i5. i. Mural envoie à Lannes une lettre de l'ICmpereur : • Je suis sur «pie tu seras cliaruK- de l'avis (pjc S. M. te fait donner de te dépêclici- de hoire les eau\ l'riére de leiiit cet avis scciet. t

Kn quittant liarèyes, Mural dut aller ])asser qu(;lqu<'s j(uii's, à \,\ liti de

entrait dans îes vues de Votre Majesté de ne pas m'accorder le général Belliard, j'oserais alors demander à Votre Majesté ou l'inspecteur Lambert ou l'inspecteur Petit. L'un et l'autre seraient très propres à être ministre de la Guerre. En place de Jourdan, je désirerais avoir ou le général Grouchy ou le maréchal Perignon. L'un et l'autre sont hors d'état de faire campagne et tous deux seraient très bien gouverneur de Naples.

Je viens de signer les ratifications, elles vont être renvoyées à Bayonne, j'espère pouvoir partir vers les premiers jours d'aoûst, je suis bien aise que Votre Majesté ait daigné choisir quelques chevaux, tout ce que je possède est à elle sans réserve.

Je suis de Votre Majesté, Sire, le très humble serviteur et très affectionné frère.

J. Napoléon.

On annonce l'arrivée de Votre Majesté dans ce département.

Bibliothôque municipale de Nantes, coll. Labouchère. 660. 21().

3410. — LK MARECHAL BERTHIER A MllR.AÏ

Bayonne, IS juillet 1808.

MoM CHER Grand Duc,

La Grande Duchesse est partie hier soir cà onze heures et demie % sortant de chez l'Empereur. Elle me charge de vous dire que Sa Majesté n'ayant accordé la décoration de la Légion d'honneur qu'à VVesterode, elle désirait que vous insistiez de nouveau pour les autres.

J'ordonne au général Beaumont de se rendre directement à Paris près la Grande Duchesse pour prendre ses ordres ; aussitôt que le général Exelmans sera libre, je vous l'enverrai.

J'ai fait partir avec vos équipages tout ce qui était resté ici en hommes et chevaux de vos gardes, j'envoie le major à Paris comme il l'a désiré : voilà tout ce que nous avons pu obtenir. J'ai peur que ceux de vos gardes qui sont avec le Roi n'aillent jusqu'à Madrid. Croyez, Monseigneur, (|ue je veillerai à tout ce qui vous

juillet, chez son atiii io maréchal Lauiics, au château de Bouilla.s, près de Lectourc; il ne reiiha à l'aris que le 5 août. • Caroline rentra à Paris le 22 juillet.

intéresse. Vous saurez que l'Huipereur a choisi six de vos chevaux espagnols.

Bessières a batlu complètement M' de (hiestii à Médina del Rio Secco le 1 i juillet, il lui a tué six mille lioiiuncs, pris toute son aiiillerie, bagayes, etc., et mis dans la déroule la jjIus complète; Piéton a été tué dans une charge, Darmagnac blessé. Toutes les troupes de ligne es|)agnoles étaient en première ligne; voilà donc la (îalice et les Asturies soumises.

Dupont est toujours dans sa même position, il a l'armée des insurgés en présence, nul doute qu'il ne la battra, si elle veut l'attaquer; d'ailleurs l'alTaire de Ik'ssières change les choses et Dupont va être renforcé.

Moncey a eu une belle affaire dans les plaines de Valence, il a pris toute l'artillerie des rebelles, mais ayant trouvé la ville retranchée, barricadée, et manquant de munitions, il a repris sa position à San (îlemente. Les choses vont bien, la victoire complète de Bessières a des avantages très précis. Le Koi est assez bien reçu, a partout reçu des souvenirs d'attachement. Tout s'arrange, il nous arrive quatre beaux régiments de ligne ici.

L'Empereur va à Pau et à Toulouse, de là à Bordeaux et peut-être à Bochefort et \anles. On dit qu'il part vers le 20 ou le 22.

Soignez bien votre santé, mon cher Grand Duc, sans santé on ne jouit de rien. Votre femme, vos enfants, l'Kmpereur ont besoin de vous. Je ue vous parle pas de vos amis, ce serait parler de moi; croyez qu'en tout lieu et en toute circonstance, vous pourrez dire : u. Là où est le Prince de Xeufehatel, j'ai un ami vrai. «

Adieu, Monseigneur, bientôt je ne pourrai plus vous écrire avec la même effusion; cependant, l'amitié cherche à se maintenir dans quelque coin de votre troue.

Je vous embrasse de t(uit mou cœur.

Ale.vandke.

Arcliiïes du prince Mural. U. 181. "JT.

.3VI1. — Ll-: MAHI':(:HAI. l]fc:RTHII-:R A MLR.AT

Bayoïiiic, le 10 juillet 1808.

MONSEIGNKLR,

J ai l'honueui- de prévenir V. A. I. (pie je donne I (udic a la compagnie d'inlauterie bas(]ue venue de Madrid et (jui est foitc

d'environ 80 hommes, de partir aujom'd'hui de Bayonne pour se reiidie à Harèjjes où elle arrivera le 23 ou le 24, veiller à la siirelé des eaux et prendre une position ({ui couvre part'aitemenl Harèges, et mettre les buveurs d'eau à l'abri de toute insulte de la part des niiquelets.

Pendant le temps que V. A. sera aux eaux, la compagnie basque sera à ses ordres.

Je donne en même temps l'ordre au sénateur La Martellière, qui est à Pau, de faire partir sur-le-champ 300 hommes de gardes nationales d'élite, commandées par un chef de bataillon, pour se rendre aussi à Barèges et prendre position, de manière à empêcher toute entreprise des niiquelets.

.le charge le général Vouillemont, commandant dans les Hautes- Pyrénées, de faire de suite ses dispositions pour les lieux où il placera ses troupes.

Si l'Impératrice se rendait aux eaux, le commandant de la compagnie basque prendrait les ordres du premier écuyer de S. M.

Je prie V. A. I. d'agréer l'hommage de mon respectueux attachement.

Le l'ice-cotinétable, major-général.

Prince de Neuclmlel,

Alexandre.

Archives du prince Murât. V). 181. 28.

3412. — Al'FAIRE DES DIAMAXTS D'ESPAGNE

Avant de suivre Joachim Murât dans le royaume de Maples, nous croyons utile de rattacher à la période de sa lieutenance en Espagne, la publication de quelques documents, postérieurs par leur date, mais se rapportant à un fait qui se passa à Madrid pendant les mois de mai et de juin 1808 et qui a fourni aux ennemis de Murât le prétexte d'une abominable calomnie. Xous voulons parler de la disparition d'une notable partie des diamants de la Couronne d'Espagne.

Le 2 mai 1808, l'Empereur recommandait k Murât « d'avoir soin qu'aucun bien de la Couronne ou diamant ne soient aliénés ; et dès le 12 mai, le Grand-Duc de Berg faisait remarquer, qu'au dire des ministres espagnols, la Reine d'Espagne avait emporté pour cinquantedeux millions de diamants. On peut constater par la correspondance échangée entre Murât et l'Empereur quelle scrupuleuse exac-

titude le Grand-Duc de IUmjj apporta à rcxrciitioii (\vf^ ordres reçus de liayoïine relativeinenl à cetle alTaiic délicate, sur hujuelle d'ailleuis il savait que l'altenticHi de rKnipereur était paiticulièreuieiil éveillée', (lependanl, dès le dé|iartdii (iraiid-Duc de Rerg, les bruits les plus nialveillauls circulèrent au siijel des diauianls de la ('.(uu'onue d Espayne, colpoités avec un plaisir évident par le ministre de Russie à Madrid, et cnrejjistrés pai- Savary que Murât compta toujours ])arnii ses ennemis particuliers.

Kn 1811, au moment où les relations entre rj'imperenr et le Roi de Naples étaient devenues franchement mauvaises, Savary, devenu ministre de la Police, n'eût garde de négliger le prétexte infamant du vol des diamants d'Ksj)agne j)Our opérer cà Paris, chez Aymé, le chambellan de Murât, la recherche et la saisie d'une correspondance politique, ipii devait dans son idée j)erdrc à jamais le Roi de \a|)les.

Le 23 août 1811, sur une plainte factice de la Cour d'Espagne, plainte fabriquée à Paris, .^ymé fut accusé sans aucune preuve d'avoir dérobé à Madrid quinze à dix-huit millions de pierreries, notamment la perle fameuse connue sous le nom de Percgrina, et il fut incarcéré au donjon de Vincennes, pendant qu'on faisait chez lui une perquisition. Savary en envoyant à rEm|)ereur la copie de l'interrogatoire qu'il avait fait subir au prévenu, révélait le véritable motif de l'arrestation, u Je crois devoir, disait-il, garder en dépôt M. Aymé au donjon de Vincennes, je fais exan)iner ses ])apiers où se trouve sa correspondance avec S. M. le Roi des Deux-Siciles.

Dès sou arrivée à Vincennes, Aymé adressa un mémoire à Savary, pour protester contre les motifs donnés à son arrestation et préciser ses réponses.

A son Excellence Monseigneur le mini sire de la Police générale.

Déclaration de M' Aymé, ])remier chambellan de S. M. le Roi des Deux-Siciles, sur la question qui lui a été faite de déclarer s'il a pris où s'il a reçu des ordres de prendre des diamants appartenant au Roi d'Espagne, <à l'époque de son séjour à .Madrid.

' Napoléon à Mui-at, iO mai 180S : i ... Je vous recommande de pousser la délicatesse jiis(|u'aii .scrupule, il ne faut rien distraire de ce pays-là... i Murât à Napoléon, IV mai 1808 : e .. Que V . AI. soit bien tranquille sur la conduite (|ue je tiens et (jiu' je vais tenir ici, il ne sera pas pris un seul clicval, ni un seul tableau... i

LIEUTENAMCl] E\ ESPAGNE. — 1808 231

Art. l". — l" Il déclare que jamais il n'a reçu l'ordre du Roi de Xaplt's, alors (liand-Diic de Beig, de [)reiidn' aiiciiu diamant a|)[)aitenant à cette Cour.

2" Il déclare pour son compte que jamais il n'a pris ancnn diamant decette nature et (|ue jamais il n'a donné aucun ordre verbal, ni par écrit, aux personnes chargées de la garde des bijoux de la Couronne.

3° Il déclare être entré une fois dans l'appartement du gardemeuble où étaient les bijoux de la Couronne, sur l'invitation qui lui en fut faite en présence du Grand-Duc de Berg, par M' de La Forêt, alors ambassadeur de S. .M. l'Empereur, afln de lui donner son avis sur le choix qu'il devait faire d'une certaine quantité de diamants pour S. M. l'Empereur, qui lui avait donné l'ordre d'en choisir pour deux milhons. AP de Villot Fréville était du nombre de ceux que M' l'ambassadeur avait choisis pour lui donner son avis également.

Dans cet appartement se trouvaient plusieurs personnes commises à l'inventaire des diamants que faisait faire M'' de La Forest, d'après l'ordre qu'il dit en avoir reçu. Ces personnes étaient des officiers de la Couronne et des experts jurés.

4" Je déclare ne lui avoir fait aucune demande verbale ou par écrit soit pour mon compte personnel ou celui du Roi de Naples, relative aux diamants de cette Couronne, ni à qui que ce soit.

5" Je déclare avoir vu au moment où je fus introduit dans l'appartement du garde-meuble par M. de La Forest, une très belle perle dont la monture carrée était entourée de diamants, je crois me rappeler qu'on lui avait donné le nom de la Peregrina et l'avoir vu porter sur l'inventaire qui fut remis par duplicata à S. M.

6° S. M. le Roi de Naples ne donnait point d'ordres à M. de La Forest et tout ce qui a été exécuté pour l'inventaire et le choix des diamants l'a été d'après les ordres qui ont été donnés à M. de La Forest, qui rendait seulement compte de ses opérations à S. \I. C'est du moins ce que je puis juger dans tout ce que j'ai vu et entendu.

7° S. M. le Roi de IVaples n'a rapporté aucun diamant d'Espagne, du moins à ma connaissance. Je déclare ici n'en avoir pas non plus rapporté d'aucune espèce, ni confié à qui que ce soit au monde.

8° S. M. a reçu en Espagne un portrait de la Reine d'Espagne] peu de jours avant son départ, il était enrichi de diamants et de la

232 JOACHIM MlUAT

valeur im i>liis do dix mille lianes, a\ee une é|iiii;[le de diamants en forme de cœur, tliin prix assez inédioere. S, M. m'ordonna de faire lover les diamants (|ui se tronvaieni sur ee portrait et d'en faire monter des épingles, pour en iaire radeau à ses aides-dc-camp, ainsi (|u'à eenx dn Prince de Nenlehàlel, ee (jiii fut exécnté. Le Hoi lit cadeau de ré|)in<jle en cu'ur à S. M. la lU'ine de Naples, son épouse.

0" Je dois ajiniler (]ne (|nel(pies jours a|)rès la disirihniion de ces épinjjles, dont u ne el lapins belle \alant an plus I 200 francs lui donnée à un médecin esjiagnol (pii avait ronsullé le Hdi dans sa maladie, des rapports de police anmunaicnt (|ue c était i\c^ diamants de la Couronne (pii avaient servi à faire c(>s cadeaux.

10" A rép()(|ne où le Hoi de \a|)les a pris |)(>ssession du Palais du Hoi en l']spa<|ne, S. M. nomma vu jjonvernein- ; le «jénéral Helliard remplissait les fondions de chef de l'I'itat-inajor, et je déclare n'avoir rempli aucune autre fonction à Madrid que celles (pii avaient rajiport à l'intérieur de la Maison du Hoi, comme chambellan de S. M. et même ])endant tout le tem|)s (pie S. M. a passé dans le l'alais du Prince de la Paix; et que de plus je n'ai reçu ni exécuté aucun ordre quelconque qui eut rapport à quelqu'intérêt d'ar;i;ent on de diamants |)endant tout mon séjour en l'ispajjue.

C'est ce que déclare sincère et véritable le soussigné

Aymiô premier V.liambellan de S. XI. le Koi (les Dettx-Sic i tes .

l'aris, le 23 août 1811.

Arrliites nationales. Dossier Aymé, F' 65G9 (2694) (3-4).

Le lendemain, 2i août, Aymé reçut la visite de Desmarets, clief de division au ministère de la Police générale.

Le procès-verbal de l'interrogatoire «pi'il eut à subir existe également aux Archives nationales, nous y voyons que Desmarets eut beau multiplier les attaques directes et le.^ questions insidieuses, rien ne put taire varier le pri.^onnier dans ses déclarations.

fn/irro(/a/t>irr d' ii/iiir jxir Dr.sinurc/s.

Aujourd'hui 2i aoi'il ISl 1, moi soussigné chef de la 1" division du ministère de la Police générale, me suis rendu au donjon de Vincennes, où j'ai interrogé ainsi qu'il suit le sieur Jacques-Hené-

LIEUTliNAVCK V.\ KSPAGiVK. — 1808 2:J3

Marie Aymé, piomicr chambellan de S. M. le l{oi des Deux-Siciles; ledit sieur .\yné déleiiu connue pn'venn d'avoir extrait du Trésor de la (lom'onne d'Kspagne, des eft'els précieux sans en avoir rendn compte.

Demande au sieur Ai/iné : A quelle époque il est arrivé à Madrid et combien de temps il y est resté.

Réponse : Je suis arrivé à Madrid vers la fin de mars où dans les premiers jours d'avril 1808 et j'y suis resté jusqu'cà la Cn de juin, sauf le tem|)s que j'ai passé aux environs de cette capitale, tant à Cbamartin qu'à La Fa\orite avec le Hoi (|ui alors était malade, ainsi que moi.

Demande : Avez-vous eu quelques rapports avec les préposés ou gardiens des bijoux de la Couronne d'Espagne?

Réponse : Je n'ai eu aucun rapport avec ces personnes. Une seule fois, je les ai vus, dans le local même du Trésor, oià ils étaient rassemblés avec des experts-jurés pour faire l'estimation des diamants, en présence de M. La Forest, et par l'ordre de cet ambassadeur. C'est M. La Forest qui m'a invité de m'y rendre, pour donner mon avis dans le choix qu'il était chargé de faire des diamants pour une valeur d'environ deux millions; le Koi m'avait autorisé à m'y rendre.

Demande : Pourquoi n'étant pas lapidaire, vous êtes-vous rendu pour assister à cette opération.

Réponse : Sur l'invitation de AP La Forest, pour donner mon avis, comme ayant acheté plusieurs fois des diamants pour le Roi. C'était comme amateur que je fus appelé là; M' de Fréville y était aussi.

Demande : Avez-vous signé l'acte ou procès-verbal de cette opération?

Réponse : Non, point du tout, mais je l'ai vu dans les papiers de S. M. le Roi des Deux-Siciles qui en avait reçu un duplicata de M' La Forest, il était eu espagnol et j'ignore ce qu'est devenu ce duplicata.

Z)/7//«/(</t'; Savez-vous si le choix des diamants qu'on devait faire dans cette occasion a eu lieu.

Réponse : J'ignore ce qui a été fait.

Demande : Vous rappelez-vous qu'on ait dans cette séance confronté l'effectif des diamants existants avec les contrôles anciens et que le tout se soit trouvé en règle? Ou si au contraire, il manquait dès lors des diamants dans le Trésor?

Réponse : Pendant une demi-heure que j'y suis resté, on ne s'est occupé qu'à examiner les diamants, sans procéder à aucun inven-

taire. Je sortis de suite pour allei- taii'e pari au l5oi (|ii(> je n'avais \ Il aucune |)ièee (|ui tut dijjne de servir à I iisa;[e qu'on en voulait taire et je laissai M' l,a Foicsl (jui avait ses instructions, siiivrf! dans le Trésor le travail d(uil il était cliai;j('', et dont je n'ai |)liis eu d'autre connaissance

/>rw/M/H/r ; Avi'z-voiis oui dire à Madrid ipi'il \ en! (|iiel(pie soustraction de diamants appartenant à la (Couronne?

Héponsi: : Jamais, tout le temps que je suis resté à Madrid, Seulement le Roi ayant reçu de la Reine Louise-Marie son portrait «jarni de diamants, en fit faire ipielipies épinijlcs pour ses aides-decamp et ceux de S. A. le Prince de Xeulchàtel. Le bruit se répandit alors que ces objets qui ue valaient pas eu tout huit à dix mille francs provenaient du Trésor de la (Couronne.

Ihniandc : Dans l'état oîi étaient les cboses sous le «{ouveriieinent de S. M. le Roi de Naples, croyez^vous à la possibilité d'une soustraction des diamants de la riOiironne, pendant h^ temps ipie vous avez été à Madrid, soit par des Français, soit par des Espagnols?

Hépome : Si une soustraction a pu être possible, ce n'a pu être que par des Espagnols, avant ou lors du départ des Princes et Princesses de leur Maison. Mais depuis que les Français ont en le pouvoir, il leur eut été même impossible d'extraire des diamants du Trésor sans qu'il j eut des plaintes et même de l'éclat, car le «jouvernement refusa formellement d'obéir à l'ordre du Roi de rendre ses diamants au Prince de la Paix, quand il eut été libéré. \,e Palais et I administration sont toujours restés aux officiers espajjiiols (|ui tenaient un compte exact et minutieux de tout ce (|ui était fourni au Roi.

Demande : Monsieur, une note officielle du Gouvernement espajpiol ' vous inculpe directement, comme; ayant distrait une partie considérable de diamants de la Couronne d'Espajjne. (l'est d'a|)rès cette note, revue et appréciée par le (îouvernement français, que vous êtes sommé de déclarer tout ce (|iii est à votre connaissance sur le fait de celte soustraction?

hcponsc : Je me réfère à tout ce que j'ai dit à ce sujet. Je crois cette noie très injuste et mal fondée et comme elle doit préciser des époques, des circonstances, et comment celte- soustraction s'est

' Cette note (|(ii liyurc dans le dossitrr veuuit d'ùlie fabriijiK-c à l'aris, puisque le; Koi d'EspajjiK; no fut aviso ([iic le 17 septciiiijrc au plus tôt des [xtursiiites dirijjées cunl rc .'\ymé et de leur niolif (Correspondance du ('." de La Fur est, V. p 264.)

LIKITENANCE K\' ESPAGNE. — 1808 235

opôiôe, je suis prêt à discuter tous ces points et à démontrer l'al)surdiU' de l'iiicnlpatioii qui m'est faite.

Dniiantlc : Vous dites avoir \u dans le Trésor la lameuse perle, dite Pciryrma, et c'est depuis cette visite que cette pièce a été vue dans le commerce à Paris, et entre les mains d'un bijoutier que vous connaissez beaucoup.

lléponsc : Je n'ai aucune connaissance qu'elle ait été dans le commerce à Paris, et surtout chez le bijoutier dont vous me parlez, et je n'ai aucune part directe ni indirecte à ce qui a rapport à cette perle et à la vente qui a pu en être faite.

Lecture prise par W Aymé du présent interrogatoire, il a déclaré ses réponses contenir vérité, y persister et a signé avec moi.

Aymé. Desmarest.

.^rcliivcs nationales, F^ (J569 (269-4) (5).

En transmettant ces pièces à l'Empereur, Savary suggérait de faire des enquêtes à Naples et à Madrid, envoyait même une série de questions à faire aux préposés au garde-meuble de la Couronne d'Espagne, et c'est ainsi que Maret ', le ministre des Relations extérieures, écrivait le 2G août au R°" Durand, ministre de France à \aples.

; .\P le Baron, l'intention deS. M. l'Empereur est défaire rentrer entre les mains du Roi d'Espagne la valeur d'une grande quantité de diamants qui appartenaient à cette (Couronne. II en a été soustrait en 1808 pour une valeur de 15 à 18 millions et l'on a appris que la perle Pérégn'iia qui faisait partie de ces objets précieux, avait été vue à Na|)les, chez le bijoutier de la Cour des Deux- Siciles. Veuillez faire des recherches dans le plus grand secret pour découvrir ce qu'est devenue cette perle et ce que sont devenus les autres diamants de la Couronne d'Espagne. Il faut chercher à avoir des réponses du bijoutier de la Cour, sans toutefois compromettre le succès de vos autres recherches, car le but important est de tout retrouver et l'on y parviendrait difficilement en donnant trop d'éclat à cette affaire.

L'Es|)agne, dans la situation où elle se trouve, a besoin de recouvrer ces valeurs importantes et vous devez, M% ne rien négliger pour y parvenir.

' Maret avait remplacé Cliampayuy au ministère des Relatious E.vtérieures depuis le mois d'avril 1811.

Puisqu'on on a \u à \a|)l('s une. pailic, il poiiiiail se laiic (\ui' vos ri'cluMxlios vous conduisissoiil (Mialcinciit à découvrir ce (juc son! (l(H(Mius (les ohjofs d un <(i;ui(l prix (|ui ont été soustraits de chez le Piinrc dt' la Paix à la nuMUc cpcxpu'.

Affaires rtian;(ères \a|)lcs, l.'!7, p. 5)2.

Le mémo jour, Marct écrivait à !.a Forcsf, ainl)assa(lcur de France à Madrid.

'! W l'Anibassadcur, vous avez éti" à portée de \érilier au mois de juin 1808 (pi'il no se trouvait plus à Madrid (pi'une petite |)arlie des diamants do la (',ouronnc d'Kspajpio, S. M. rKinporour a eu indice (pi'il en avait été soustrait pour (piinzc à dix-huit millions. Ayant a|)pris qu'un sieur Aymé était compromis dans cotte alTaire, S. M. l'a fait arrêter et détenir jus(|u'à ce qu'il eût révélé ce qu'il savait et cet homme a déjà avoué qu'il avait vu de très belles choses, entre autres la perle Pérégrino, et (ju'à l'époipio du (lé|)art du Koi Charles, ces objets étaient sous la garde do cinq Espagnols à Madrid.

Il est lait mention d'une partie de ces objets dans voire h'ttro du :23 juin IHO.S ', nuiis leur trace et colle de beaucoup d'autres ayant été perdues depuis, l'intention de S. M. est que vous demandiez une audience à S. .M. pour lui faire part de ces faits. Elle désire que les cinq Espagnols soient interrogés et (pie le procès-verbal dv. leur interrogatoire soit envoyé <à Paris.

Comme il résulte des réponses du S' Ayniéqiu' la perle Pérégrine a passé entre les mains d'un bijoutier (pii est acluellenienl à \aplcs, S. M. a donné ordre à son ministre pléni|)otontiairc de prendre dos renseignements sur ce point. Son inlonlion est do faire retrouver tous ces objets précieux, et d'en envoyer la vah'ur au Roi, secours qui lui devient essentiel dans ces circonstances.

S. M. sait qu'à la même époque, il a été également soustrait des objets d'un grand |)ri\ chez le Prince de la Paix, elle désire qu'il soit aussi lait (\r<^ enquêtes pour les découvrir'. Cheichez à eu recon-

' Voir la leUrc de I..a Forest à (îliampagiiy, du l'ô juin 1808. (.AIT. étrangères, vol. 075, fol. 82-85. Correspont/ance de La Forest, V. VOV.)

-Voir la note de La Forest, du 5 janvier 1812, sur les objets de prix (|ui étaient cliez .\L le Prince de la Paix (.Aff. étranjjères, vol. C88, fol. 14-15. (lorvesponlaure de La Forest, V. p. 410). • Le Prince de la Paix avait prié le Prince (.\Inral) aujourd'hui roi de \aplcs, d'accepter en présent quelquesuns de ses tableaux, notamment V Fduriitlon de ('Amour, du Corrège (|ui était le plus célèbre; ils furent emballes par le sieur (Juillet. »

Ce tableau fut veuilu par la coiulesse de Lipona le 29 novembre 1822, avec

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LIEUTEMANCE E\" ESPAGNE. — 1808 23T

naître la trace. On s'en occupera également en Fiance et l'on pourra faire rentrer par ce moyen des sommes considérables.

Les premiers renseignements que vous avez pu recueillir sur une partie de ces faits au moment où ils ont eu lieu, vous permettront d'indiquer au Roi d'une manière positive les personnes qui doivent être interrogées et le détail d'une partie des objets précieux qui ont été disti'aits et dont Sa Majesté désire faire rentrer la valeur entre les mains du Roi.

Je prie V. E. de me faire part du résultat de ses recherches. »

Affaires étrangères, lol. 686, p. 416.

L'Empereur, Maret et Savary eussent été mieux inspirés au lieu d'imaginer une fausse plainte de la Cour d'Espagne, de s'adresser d'abord au Roi Joseph ; cela leur eût évité au moins de chercher à Naples une perle qui se trouvait à Paris. Les documents relatifs à l'enquête faite en Espagne par La Forest ont été récemment publiés par AL Geoffroy de Grandmaison [Correspondance du O" de La Forest, tome V, p. 2(34, et Appendice II) ', c'est la justification la plus •complète de Ahu'at et d'Aymé et nous y renvoyons nos lecteurs. « Le Roi m'a fait l'honneur de me dire, écrit La Forest, que la perle dite lafamosa perecjrina, était entre autres choses à Paris, entre les mains de la Reine, son éptnise, et pouvait fort bien avoir été chez un Napolitain, un acheteur. ^

Au reçu de la lettre de Maret, le ministre de France à \aples, Durand, s'acharna |)ourtant à chercher au cou delà Reine Caroline la fameuse Pércgrine, il fit des enquêtes chez tous les joailliers de la \ille et le 20 octobre, il arrivait à cette constatation que loin de chercher à vendre des diamants et des perles, le Roi et la Reine de Naples négociaient un achat de pierreries pour la valeur de 200 000 ducats.

Les enquêtes de Durand sans doute menées avec une discrétion relative contribuèrent à répandre dans Xaples les bruits calomnieux venus de Paris, et le ministre de Russie, quelques jours plus tard, envoyait à son Gouvernement la liste des bijoux emportés par la Reine lors de son \oyage à Paris, comme s ils ne pouvaient avoir d'autre source que les coffres de la Couronne d'Espagne.

AL Frédéric Masson [Xapolcon et sa famille, tome VII, p. 195)

une collection de quatorze tableaux, au AI" de Londonderry, pour la somme de 250 000 francs. Il est à Londres maintenant, dans la National Gallerij. ' Voir aussi GkofI'ROV D-^ Gra.\u.maiso.v, l'Espaijne et Napoléon, p. 221.

s'appuyant uniquement sur le dossier Aymé et les racontars des ministres de Russie à Madrid et à Naples, ne doute pas un instant de la culpabilité de Murât, il va même plus loin et pense que Caroline, dès son arrivée à Paris, n'eut qu'à restituer à son frère l'Empereur Xapoléou les bijoux dérobés eu Kspagne pour rentrer eu grâce, elle et son mari, et obtenir la liberté d'Aymé.

La honte d'un pareil marché ne doit salir la mémoire ni de rKmpereui-, ni du Uoi de Xaples. Jamais dans les lettres intimes envoyées alors par Caroline à son mari, en profltant des occasions les plus siires, il n'est fait la moindre allusion aux diamants de la Couronne d'Espagne.

Cependant les Gouvernements passent, et les procédés policiers restent les mêmes. En juillet 1815, la Keine Caroline, dépossédée de son trône, séparée de son mari, et réduite pour subsister à vendre les galons et les broderies d'or de ses robes de Cour et des uniformes du Roi ', venait de chercher eu Autriche un asile, ou pour mieux dire une prison. Le Journal (/es Z>e/»a/.s publiait ta cette époque les nouvelles suivantes :

15 juillcl 1815. — Les lettres de Vienne disent que Mme Murât sera conduite avec ses enfants de Trieste à Prague pour y fixer son séjour. Les diamants et l'argent dont la propriété lui a été laissée par sa convention avec les Anglais, sont estimés à 18 millions.

20 /m///c/ 18 15. — l/'ienne, A jnilicl. — liC jeune marquis de Serra Capriola est arrivé ici récemment. Il est chargé de faire des réclamations de la part des Cours de Maples <'t d'Espagne pour les diamants et des effets |)récieux que .Mnu* Murât a emportés et qui appartiennent à ces deux Cours. Son mari, pendant son séjour à .Madrid, a enlevé du Palais de l'Escurial des tableaux de l'école espagnole, et lors du pillage i\\[ palais du Prince* de la Paix, il y a pris nu service eu or. Tous ces objets ont ensuite été transportés à Xaples. Le (iouveniemeul, pour faire droit à ces réclamalious, a ordonné qu'on lit une reclierclie exacte des

' Le fait est cuistalt- clans Va ipdditidîi des ((iriiplcs de fiilfllc do la comtesse, de Lipona ( \i( liives du Piiiicc .\Iiirat) cl d'aritrc pail, lériidit clieiclu'iir, .\I. l'uni Miiiriiottau, nous a (•o[nmiitii(|iic les comptes Ai' l'iiilenrlaiit fie la [tiinccsse Klisa, Le Bon, ([ui servit d'intcinicdiairc dans cette occasion. Le montant de la vente s'éleva à quatorze mille francs environ.

LIEUTENAiVCE E\ ESPAGNE. — 1808 239

effets de Mme Murât et qu'il en fut dressé un état qui sera envoyé

23 /«///c/ 1815. — Londres, \^ juillet. — Les Cours de Madrid et de \aples ont prié celle de Vienne de faire séquestrer les bijoux et effets précieux qui ont été emportés par Mme Murât et débarqués à Trieste. Le roi de Xaples réclame les tableaux et les vases antiques qui ont été enlevés du Muséum de Portici. Le Koi d'Espagne réclame des bijoux, de l'argenterie et des effets précieux enlevés de ses palais par Murât, pendant qu'il commandait à Madrid, et particulièrement des tableaux de l'école espagnole. En conséquence de ces réclamations, le Gouvernement autrichien a ordonné qu'il fut fait un inventaire de tout ce que Mme Murât a emporté avec elle. »

Nous avons raconté au commencement de cette publication comment Murât, réfugié au mois de juillet 1815 chez Honoré-Thomas Marroin, avoué à Toulon, écrivit au Journal des Débats, sous un nom supposé, pour protester contre les calomnies répandues chaque jour contre lui'. Il répondit en ces termes au Journal 'des Débats au sujet des diamants d'Espagne :

»... Vous n'avez pas craint d'insérer dans votre lettre que le Roi de Xaples avait volé les diamants de la Couronne d'flspagne, et aujourd'hui vous faites réclamer par cette Cour des bijoux et des objets d'art que le Koi aurait enlevés à Madrid.

Monsieur le Rédacteur, ce Prince n'a jamais rien enlevé de Madrid ni dans aucun pays où il a fait la guerre, et il ne craint pas de provoquer par cette déclaration la justice qui lui est duc ou les réclamations signées.

Le Roi de Xaples reçut le commandement de Tarmée d'Espagne et pour toute instruction, d'agir suivant les circonstances, et il lui était prescrit de ne point correspondre avec le Cabinet de Madrid. Les événements d'Aranjuez amenèrent l'armée sous Madrid, elle y fut d'abord reçue avec, le plus grand enthousiasme, mais birntùl, l'intérêt prononcé que le Graud Duc de Berg prit à la position critique de Charles IV et de sa malheureuse famille, attira la haine de Ferdinand, son (ils, et de ses partisans, sur lui et sur l'armée; les suites de cette haine amenèrent la journée du !2 mai, dont on fait un crime au Hni, quand les poignards fr;ippaient tous les officiers

' Lc/lres et documents pour servir à L'Instoire de Joachiin Miirat. 'l'orne l. Introduction, p. xix.

français dans leurs logements et dans les mes et quand les révoltt^s marchaient sur le Palais du (irand Duc et avaient déjà inondé le Palais du lloi Charles, dans le dessein d'y assassiner la Heine d'Ks- Irurie qui partait pour lîayonnc. Et on ose faire un crime à un général en chef d'avoir employé la force pour rélahlir l'ordre et pour sauver son armée! On le demande aux souverains qui se trouvent aujourd'hui à Paris, que feraient-ils s'ils se voyaient assiégés dans leurs palais et si leurs généraux ou leurs officiers étaient assassinés dans leurs logements? Qu'on réponde loyalement, ils feraient à Paris ce que fille Grand Duc de Kerg à Madrid.

Après cet événement, le Roi Charles IV nomma le (îrand Duc son lieutenant général du royaume, et Napoléon ordonna des armements maritimes. Les caisses espagnoles étaient épuisées, les besoins étaient urgents, les ministres demandèrent au Grand Duc un emprunt de qnehpu^s millions sur le Trésor de l'armée. I>e (îrand Duc en écrivit à l'Empereur qui l'autorisa à faire acheter pour deux millions des diamants de la Couronne. M' le comte de La Forest, alors ambassadeur de France, fut chargé de faire cette emplette comme il l'avait été précédemment de faire l'inventaire de ces diamants qui étaient constamment restés dans le Trésor royal. Les deux millions fuient mis à la disposition du minisire des Finances, et il n'est pas inutile de faire observer que le Roi, \oulant aussi secourir les finances du royaume par l'achat d'un collier dont il voulait faire présent à la Grande Duchesse, il lui fut répondit qu'il ne se Irourail aurun diamant de râleur, la Reine ayant pris arec elle tout re qu'il 1/ arait de conséquent. Comment ose-t-on donc écrire (pie le Grand Duc qui avait six millions de revenus qu'on pourrait dire destinés pour ses plaisirs, puisqu'il n'était tenu à Paris à aucune étiquette, et dont d'ailleurs la générosité et la délicatesse sont généralement attestées, ait j)u souiller sa belle renoniiné!' par ces vilenies. ')

■.Archives du prince Murât. I). 350. I.

Parallèlement à la protestation du Wo'x de Xaples, nous possédons dans les archives du Prince Murât un document analogue. C'est une lettre que son fidèle ministre Agar, comte de .Mosboui-g, adressa au Prince de Metternich, au moment où la Reine ayant obtenu la permission de résider en .Autrielie avec son mari, il pouvait supposer que l'arrivée à Trieste du Roi détrôné était imminente. Elle prouve une fois de plus la fidèle amitié qui unissait le comte de Mosbourg au Roi de .Vaples et la délicatesse de ses sentiments.

LIEUTF-\'AMCK EN ESPAG.VE. — 1808 241

Dans Taffairo des diamants d'Espagne nous sommes heureux d'apporter ici, on faveur de Murât, le témoignage de cet honnête homme.

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