LE COMTE DE MOSBOURG AU PRIIVCE DE METTERXIGH
Paris, le 23 septembre 1815.
Prixce,
Votre Altesse m'a fait l'honneur de me dire que la Cour de Madrid réclamait des diamants de la Couronne d'Espagne qu'elle croyait être passés au pouvoir du Roi Joachim, et m'a autorisé à lui présenter par écrit toutes les observations que je lui ai soumises verbalement, au sujet d'une telle réclamation, ainsi que mes idées sur les moyens d'obtenir les informations qui peuvent jeter le plus de jour sur une si importante affaire.
J'avais eu connaissance d'un grand nombre d'articles de journaux dans lesquels le nom du Roi Joachim se trouvait très indécemment mêlé au souvenir de la perte des diamants d'Espagne, mais j'avais cru devoir les mettre au rang des calomnies nombreuses que des passions privées avaient répandues contre ce Prince. J'étais trop certain qu'elles étaient dénuées de tout prétexte pour penser que jamais elles pussent obtenir le moindre crédit et donner lieu à des recherches ofûcielles.
La lecture de ces articles pénétra le Roi de la plus vive indignation, il voulait faire demander la punition de ceux qui les avaient publiés, mais c'était en France qu'ils avaient paru et Sa Majesté n'ayant pu établir des relations avec le Gouvernement français, cette circonstance rendit impossible les démarches qu'elle avait eu vue, et il lui parut au dessous de sa dignité de faire démentir directement de si basses imputations.
Cependant le Roi eut souvent occasion de raconter devant moi tout ce qui était venu à sa connaissance relativement aux diamants de la Couronne d'Espagne pendant son séjour à Madrid, et voici ce que ma mémoire me rappelle cà ce sujet.
P Le Roi ne prit aucune part au gouvernement de l'Espagne avant la trop fameuse journée du 2 mai. Jusqu'à cette épocpie tout le pouvoir était dans les mains du roi Ferdinand ou de ses ministres qui seuls pouvaient donner des ordres aux autorités civiles et aux agents d'administration, leurs subordonnés.
2° Du 2 mai au jour où le Roi fut frappé d'une maladie qui le mit dans l'impossibilité de s'occuper d'affaires et qui le força de
2V2 JOACHIM Ml RAT
quitter rKspn<]no, il uo s'éoonla (|u'un iiitci'xallc Iri^s court. 3" Pendant la maladie du Koi, tous les ordres continuaient à se donner en son nom, mais c'était le «jénéral Savary qui réglait la j)liis {{raiide partie des affaires.
•i" Dans 1 intervalle du ll mai à la maladie du iloi (si ma mémoire me sert bien) l'Empereur Napoléon ('-erivil (|u'il d(''sirail acheter pour 2 millions do diamants de la Couronne dl'lspajjue et (pu> cette somme serait versée au Trésor espagnol, dont la pénurie <''tait fort grande.
5° Le Koi ne voulant prendre aucune part directe à une telle opération, ordonna que les diamants fussent présentés à M. <le ],;\ Forost, ministre de France, afin qu'il fit choisir et estimer ccu\ i\\ù pourraient convenir à l'Empereur.
6" M. de La Forest déclara (pi'il n'avait trouvé dans ce ipii avait été mis sons ses yeux, rien qui fut rare et d'un grand prix.
7" C'est à co point que se trouvait l'affaire lorsque la maladie du Koi prit le caractère le plus grave. Il ignora tout ce qui fut fait depuis et il n'a jamais su si l'Empereur avait réalisé on non l'achat projeté.
8" Après le départ du Hoi, le général Savary prit le commandement de l'armée, ainsi que les rênes (\u gouvernement provisoire de l'Espagne et on ne peut pas douter que si les diamants de la Couronne eussent disparu pendant que le Roi avait l'autorité, le général Savary ne se fut empressé de le faire constater, afin de ne j)as se trouver compromis lui-même.
9° Pendant que le Roi était en Espagne, on lui dit souvent que la Heine, en se retirant à .'Iranjuez, avait pris pour son usage des diamants d'une très grande valeur.
Cette série de faits dont la plupart doivent se trouver établis par des documents authentiques soit dans les Archives de Madrid, soit dans celles des Relations Extérieures, tend à prouver, je ne dis pas que les diamants d'Espagne n'ont jamais été au pouvoir du Roi, sa déclaration sur ce |)oint était une preuve suffisante, mais qu'il est peu vraisemblable que ces diamants aient ét('' enlevés pendant cpic le Roi commandait à Madrid, et que si en effet ils s'étaient perdus dans ce temps-là, cette perte n'aurait pu avoir lieu que dans le dépôt ordinaire (u'i ils étaient placés, nu dans la maison où ils fiuenl examinés et estimés, d'après les intentions manifestées par l'Empereur Napoléon, ou dans le transport de l'un de ces lieux à l'autre.
Ceci me conduit à rechercher f|uels sont les mo\eris (jiii pour-
raient procurer des éclaircissemeuts sur l'objet des réclamatious de la Cour (l'Espayne.
1° Le premier, sans doute, doit être d'exiger que le dépositaire à qui la garde des diamants était confiée, explique par une déclaration détaillée et constate par des actes réguliers tontes les circonstances qui les firent sortir de ses mains.
"2° On doit trouver à Madrid les ordres donnés pour l'exhibition des diamants à M. de Laforèt, les procès verbaux de déplacement, d'estimation, de rentrée au dépôt et d'autres pièces de cette nature qui peuvent fournir des lumières précieuses.
3" La correspondance de M. de Laforèt, relative à l'opération dont il fut chargé, doit être au ministère des Relations Extérieures de France et on peut trouver au Cabine des Tuileries, la correspondance de l'Empereur, soit avec le Roi, soit avec le général Savary sur cet objet.
*4" Si M. de Laforèt était interrogé, il se ferait sans doute un plaisir de donner tous les renseignements que ses papiers ou sa mémoire pourraient fournir.
5" M. le général Savary s'empresserait aussi de dire tout ce qui serait venu à sa connaissance. Eh ! qui devrait avoir plus d'informations que lui, si les diamants avaient été tirés du dépôt où ils étaient conservés, avant qu'il ne prit le commandement? N'est-il pas manifeste que le dépositaire se serait hâté de l'en informer, afin de mettre à couvert sa responsabilité? N'est-il pas manifeste que le général lui-même en aurait informé l'Empereur Napoléon et en aurait enfin rendu compte au Roi Joseph, lorsque ce Prince vint prendre possession du royaume"?
6° M. le général Relliard qui fut chef d'état-major général de l'armée, d'abord sous les ordres du Roi Joachim, ensuite sous les ordres du général Savary et enfin sous les ordres du Roi Joseph, le général Relliard qui demeura auprès de ce Prince en Espagne jusqu'à ce qu'il fut forcé de quitter Madrid et qui se trouve actuellement à Paris, devrait avoir entendu parler si l'enlèvement des diamants s'était fait pendant le séjour de son premier chef en Espagne. Il m'a déclaré, et il aimera sans doute à déclarer hautement que les ordres sévères donnés par le Roi Joachim et la vigilance exacte qu'il faisait exercer pour assurer le respect des propriétés publiques cf privées, rendaient impossible, pondant qu'il romniaudait, la violation de fout dépôt et de tout élablissement de quelque nature qu'il pût être, et certes rien n'était plus éloigné du caractère noble et généreux du Roi Joachim que de souffrir la dilapidation
n'* JOACHIM MURAT
(les joyaux de la Couronne (rEspa<;ne. u II |)orta raltention el la délicatesse, nie disait le général Helliard, jus(|u'à défendre qu'on touchât aux armes de luxe qui étaient dans le Palais de Madrid, et diverses personnes de rang ayant désiré eu avoir quehjues-unes, comme pièces rares en ce genre ou comme souvenir, il rejeta leurs demandes et renouvela ses ordres de ne pas déplacer le moindre objet. Aussi, lors de son départ, tout était-il à Madrid, dans le même état et à la même place qu'à son arrivée. »
Le caractère du général Belliard ne j)eut que donner le plus grand poids à une telle déclaration.
7° Enfin toutes les personnes qui étaient auprès du l{oi ou (\m faisaient partie de son état-major, pendant qu'il était à Madrid, et toutes celles qui furent employées auprès du général Savary articuleraient peut-être, si elles étaient interrogées, des faits de quelcpic intérêt concernantles diamants d'Espagne. Souvent le moindre trait de lumière suffit pour conduire sur la trace de la vérité. Le Roi Joachim désire fortement qu'elle soit connue et il ne pourra voir qu'avec satisfaction que l'on mette en usage tous les moyens convenables pour l'obtenir. Ceux que je viens d'indiquer me paraissent devoir concourir à procurer un tel résultat.
Jusqu'ici je n'ai entendu sur l'objet qui fait la matière de cette lettre que des choses vagues, sans liaison et sans vraisemblance. Si on procède à des recherches régulières, en s'adressant d'abord au dépositaire des diamants de la Couronne en Espagne et ensuite successivement à toutes les personnes qui ont pu prendre part à des opérations concernant les diamants ou qui ont pu en avoir connaissance, il me paraît impossible de ne pas reconnaître une erreur que peut-être de grands coupables ont répandue et accréditée afin de couvrir leur crime.
Ici, Prince, je prie Votre Altesse de permettre que je lui exprime les inquiétudes qu'ont fait naître en moi quelques expressions qu'il me fut difficile de bien interpréter dans mon entretien avec elle.
Votre Allesse parla d'une enquête qu'il serait possible de faire quand le Roi serait arrivé en Autriche. Je ne sais quelle explication donner, dans cette circonstance, au mot enquête. Il n'y a plus dans la Maison du Roi Joachim aucune des personnes qui étaient auprès de lui en Espagne, et je ne puis croire, Prince, que vous ayez pensé à interpeller le Roi lui-même. Cette idée contrasterait trop fortement avec la noble élévation de caractère que Votre Altesse a fait paraître en s'occu])ant d'adoucir les malheurs (\u Roi Joachim; elle contrasterait trop a\ec la bienveillance et la générosité de S. M.
LHCITK.VAYCI-: EX ESPAG.VE. — 1S08 245
l'Empereur d'Autriche envers la lamille de ce Priuce infortuné; quelque nécessaire que la position la |)lus douloureuse ait rendu au Hoi Joachini l'asile que 8. M. I. et H. a bien voulu lui offrir, il croirait, sans doute, l'avoir acheté trop cher, s'il devait lui en coûter une telle humiliation.
Il me semble que, dans une affaire d'une nature si délicate, et sur laquelle il est pour le Roi Joachim du plus yrand intérêt que la vérité se manitésle, on peut interroger tout le monde excepté lui, surtout excepté sur lui.
Veuillez, Prince, agréer l'hommage de la respectueuse considération avec laquelle je suis de Votre Altesse le très humble et très obéissant serviteur.
Archises du prince Murât. Papiers de Mosbourg.
3^1V. — DÉCRKT OOXCliRXANT LK TITKK CHOISI l'AK AltUAT
K.V .\IONTA\T S1.K I.KjTHÙXK
lîayo.mc, ->0 juillfl ISOS.
Joachim-NapoUon, Roi des Deux-Skiles.
Ouï le rapport de noire iiiiuislie des Alïaires étrangères, avons décrété et décrétons ce qui suit :
Akt. 1"' — Le titre que nous prenons en montant sur le trône des Deux-Siciles, est le suivant :
Joacbini-Xapoléon, par la grâce de Dieu et par la Constitution de l'État, Hoi des Deux-Siciles, Grand-Amiral de IKmjjire.
Art. 2. — Le présent décret sera inséré au Bulletin des lois et communiqué à tous les départements de TKtat.
Akt. 3. — Xotre ministre des Affaires étrangères et nos autres ministres sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret.
Donné à Bayonne, le 20 juillet 1808.
JOACHIM NaPOLKON.
Journal de C Empire, 10 août 1808.
3415. — PUOCLAXL\TIO\ DU ROI JOAGHLM NAPOLEON
AU PKLPLE DKS DKUX-SICILKS
Joachim-Napoléon , par la grâce de Dieu et la Conslilution de l'/ùat, Roi des Deux-Siciles, Grand-Amiral de l'Empire.
AU PELPLK UES DEUX-SICILKS ;
D'après les desseins de la divine Providence, S. M. l'auguste Empereur des Français, notre cher et aimé beau-frère, nous ayant
UOVAlMii DE NAPLKS. — 1808 247
cédé la couroiiiie des Deux-Siciles, il nous est inOniment agréable de MOUS voir choisi pour gouverner une uatiou douée de toutes les heureuses dispositions propres à recon(|ia'rir cette antique gloire qui a illustré ses ancêtres et a perpétué leur nom jusqu'à nous.
Tous nos efforts, notre constante étude teiulront à seconder cet enthousiasme d'où doit dépendre la grandeur et la prospérité de la patrie et de notre couronne. Le premier devoir que nous nous imposons ici est de montrer à l'Europe, dans toutes les circonstances, la reconnaissance dont nous sommes pénétré envers l'auguste Empereur Xapoléon, et de faire sentir à nos peuples tous les avantages qui doivent résulter pour eux de l'intime union de leurs intérêts avec ceux du grand Empire français.
La Constitution proclamée par notre auguste prédécesseur, et garantie par S. M. l'Empereur, ayant été solennellement acceptée par nous, serainviolablement observée et formera la base de notre gouvernement.
Et comme il nous est agréable de marcher sur les traces d'un souverain qui a fait le bonheur de nos peuples, nous coiiGrmons dans tous les emplois militaires, civils et politiques de l'Etat, toutes les personnes qui en sont actuellement revêtues, et voulons que chacun de nos sujets continue à jouir du rang et du traitement dont il a joui jusqu à ce jour, et exerce les fonctions dont il est investi.
Notre vœu est de nous rendre incessamment au milieu de vous avec la Reine Caroline, notre auguste épouse, avec notre prince royal Achille-Xapoléon et notre jeune famille que nous nous plaisons à confier à votre amour et à votre fidélité. Elle commencera dès ce moment à prendre les sentiments qui doivent l'attacher à la patrie, et connaître les devoirs qu'elle aura à remplir pour contribuer à la gloire et à la félicité du royaume. Quant à nous, nous ne doutons point que tous les ministres et employés de l'État ne s'empressent de remplir strictement leurs devoirs, chacun dans la partie de l'administration qui lui est confiée, afin que nos peuples soient assurés de la justice qui leur est due. Tous nos sujets peuvent compter sur notre bienveillance et notre attachement.
Jo.i,GHi.M Napoléo.n.
Journal de l' Empire, 10 aoùi 1808.
;rflC.. — PROCI,AMATIO\ 1)1 ROI JOACHIM XAPOIJÔOM
AU l'El'l'LK DKS DKllX-SICll.KS
(Août ISOS).
Giocchino Napoleone, pcr la (/racia (fi I)io c pcr la coslilic/oiie ilcUo Sîalo lie dtUc Duc Sirilie, (iratule Amniiraglio dcU'Impcro
l)l l'oroi.l DKLLK Dll-; SlCIMIi :
KsscihIo piaciiito alla diviiia Provvidoiiza clio S. M. 1' \ii;[iislissi- 1110 Imperator Xapoleoiie noslro anialissinio coynalo ccdcsse a noi la corona dclle Due Sicilic, e soinniaineute giato ail' aniino noslro il \edcrc'i prcscelli a «jovernare iiiia nazione dolata dellc piu fclici disposizioni por ripristiiiare qucll' antica <]loiia, clie ha rcsi illiistri e mcniorabili in fino a noi i popoli suoi niag<]ioii.
Tiitli <]li sforci drlT aniino noslro e dcl noslro assidno studio tcndcraiiiio orinai asc'condarnc in liillc le parti (picllo soiluppo, dacui dcvc dipeudere lagrandczza et la piosperità délia patria et délia noslra corona. I jirinii dovcri clie iii (jiu-sl'opera noi c'iniponiaino sono di diinostrare ail" J'iuropa in ojpii incontro la nostra riconoscenza verso rAuyusto Imperator Napoleone, e il l'are sperimentarc ai nostri popoli tutti i vanta;{j{i che debhono risuUare per essi daU'intima unione deloro interessi con qiielli del «[rande Inipero rrancesc.
La Costitiizione dal noslro Auyusto l'redecessore prochunata, c da S. -M. riniperatore garantita, essemîo stata da noi solenneinente acceltata sara osservata inviolabilinente e formera la base del noslro governo.
E poiclie ci c caro di scguirc le Iracce lasciate da un Soviano elle lia iorniata jjiustainenle la félicita di questi popoli, noi conferinianio in tutti yl' inipie;{lii militari, eivili e politici dello Slalo quelle persone che ne sono attualmentc riveslitee vogliamo che ciascuno di nostri sudditi continui a jjodere del ranjjo e del trattainento de cui ha jjodulo liiiora e dellesercizio di (]U('llc l'unzioni che sta attualmente esercitando.
11 noslro desiderio è di rcnderci tra poche setlimane in mezzo di voi colla He;[ina (]arolina, noslra Au;|usta consorte, col nostro Principe Heale Achille Xapoleonc c colla nostra piccola fami;{lia, che ci è carà di alOdarc al voslro amore ed alla vostra fedelto. Essa cominciera fin da ora a succhiare i senlimenti chcdevono altaccarla alla patria ed a conoscire i dovcri che hanno i nostri (ijjli verso di essa, per forniarnc la jjloiia c la Iclicita.
ROYAUME DE XAl'LES. — 1808 249
Intanto iioi non diibilianio clio tutli i niiiiistri o îjriinpicgali dcllo Stato si studieranno di adeiiipite slretlaiiiente ai loro doveii nella parle* dol «joverno a ciascuuo di ossi at'lidata, alïiiichè i nostri popoli troviiio quolla giuslizia c* soddisfazione clie è loro dovuta, il che deve assicurare ciascheduno di ineritare la nostra stinia, corne la iiostra bcncvolcnza e contemplazionne.
Jinnato : Gioacchiiio \ai'0LE0.\e (la parte del Re // tninistro se(jrelario di Slalo,
F. RlCClAKDl.
Guerre.