‹ Lettres et documents pour servir à l'histoire de Joachim Murat, 1767-1815Chapitre 7 sur 104 · MURAT AU MARIsOHAL RESSIKRES · texte numérisé non relu

MURAT AU MARIsOHAL RESSIKRES

Mail.id, 'iS avril 1808.

A monsieur le maréchal Bessières.

Monsieur le maréchal, S. .M. me mande que vous devez faire [wrtir pour Madrid toute la cavalerie des régiments provisoires,

LIi:UTENANCE EiV KS^AGXE. — 1808 2;}

aussitôt que le Koi et la Reine auront dépassé Burgos. Je les eiois donc en route, je vous prie cependant de nie faire connaître leur itinéraire, ou de leur donner l'ordre de partir, si vous ne l'aviez pas encore fait. Vous trouverez ci-joint des pamphlets que je vous prie de faire répandre adroitement. Ils ont été accueillis ici avec einj)ressement '. J'espère que l'heureux changement dans l'opinion piih!i([ue se sera fait sentir à Burgos, les effets surpassent même nos espérances. Ou s'attend à tout, et tout sera reçu favorablement. On n'est plus inquiet que du choix du Prince que l'Empereur donnera à l'Espagne. Le Boi d'Espagne a dû coucher hier soir à Burgos; j'espère que vous me ferez connaître demain l'accueil qu'il aura reçu dans cette ville, et son départ pour Bayonne. Donnezmoi toujours souvent de vos nouvelles, et envoyez-nuji l'itinéraire des Portugais que vous allez diriger sur Bayonne.

Anliices du prince Murât. K. XIII, p. 14), et Archives nationales.

;}2.r). — MURAT A .VAP0LE0.\2

MaJrid, le iX avril ISOS, à minuit.

A Sa Majesté l Empereur.

Sire, j'ai reçu ce matin la lettre de V. M. du 24. Il me lard;^ bien de recevoir l'acte de renonciation du Prince des Asturies à l.i couronne d'Espagne. La Junte avait reçu hier soir des dépêches de Bayonne dans le sens de celles de V. M., leurs courriers ont ordinairement sur les nôtres dix-huit ou vingt heures d'avance. Ils ont déjà reçu ce soir celui du 25; le Conseil s'est assemblé, et quelqu'un qui a été ce soir chez Don Antonio, les a entendus beaucoup crier. Canisy que je \iens de faire appeler à l'instant pour le prier de fairc

' liessiàes à Mural. — Durgos, 1" mai 1808. — i ... Le pamphlet (jue Votre Altesse m'a adre.ssé a été lu avec avidité, mais il a trouvé peu de partisans. Oïl attend toujours avec impatienre les événements, mais très peu d'individus opinent encore dans le véritable sens; cependant je crois que la masse se ralliera dès que le dénouement sera coimu. Il eût été à désirer qucî la Junta eût lait connaître plus tôt la protestation du roi (-liarles IV; ils ne l'ont apprise que par le .loumal de liinjimne. ce (pii rend la majorité iociédule...

Il Permettez-moi de vous offrir une nouvelle assurance de mon inviolable allacliement et de tout le dévouement (|i;e je vous porte, t (Arcliivi's Au prince Murât. 1). 184. 18.)

-Publiée par M. A. Lnimiiiso, Curres/wnild/ice de Miirat, u'ClILWV

f>V JOACHIM MIRAT

snivcillcr riiil'aiit Don riiiiiccsco, iiliii (l(> lucvcnir loiil eiili'vcnu'iil (Ml (lc|);ul scnct, iiTa icihIii i'()in|)l(' (inii y avail un j|riiii<l iciiuiciiu'iiaj{(' dans le cliàlcaii, (jn'on cnlcvail des malles, et (prou les «•liaifjcail siii' (\vs voilures par la porte de «lerrière (pii d(tnne liois la ville, il doit l'aire siirveilK'r plus partieulièrenwnl loul«> la nuit. Au reste j'espère (pu* je recev rai demain les pièces (pie m'amumce V. M, ' et (pie je pourrai alors vous servir elHeacement.

I, 'opinion pul)!i(pie ne laisse rien à (U'sirer, l'elTet du cliaMjjemeiit (pi'oii attend est produit; on n'est plus en peine (pie du choix du Hoi (pie \ . M. \a donner, (l'esl ici le cas de vous prier de ne p.is les faire ianjjuir; je crois (pie c'est un très «jrand mal. Au reste V. M. sait mieux (pie moi ce (pi'il convient de iaire dans rc)!. circonstances; mais je crois de mou devoir de dire (pi'il y aurait peut-être (piehpie inconvénient de laisser plus lon;[tenips les Kspajpiols dans l'attente.

(le malin, j'ai vu rinlanl 1)(mi .Antonio poiii° lui iaii'c connaître la volonté i\h Hoi et delà Heine d'avoii rinraiit Don l''raiicesco.II m'a prie en «p'àce (ratlendre (pie le Prince des .Astiiries eût lait connaître sa renonciation. Je n'y ai pas \u (rincoiiv(:'uient, attendu (pi'il sera surveille, et (pie d'un autre cote, étant réputé (ils du Prince de la Paix, il n'y a pas de daiijjcr ()u'on veuille s'en servir pour en faire (piehpie chose.

Je suis toujours dans riiupiiélnde pour le service des hôpitaux, nous avons eu 22 morts dans deux jours, et les fiuirnitures nous maïupient. Je crains (pie les deux mois de chaleur (pie nous allons avoir ne nous donnent heaucoup de malades.

J'ai passé aujourd'hui dans les dilférejits camps; les troupes font véi itahlement des |)rogrès incroyahles; elles travaillent continuellement. J'attends de connaitre le parti (pi'aura pris V. M. sur l'Kspayiie pour donner des distinctions aux quatre ou ciiKi généraux (pie j'ai ici à ma disposition. Les jjénéraux de division du corps du maréchal Moncey, et le maréchal Moncey lui-même sont l)i(Mi iaibles. Je compte profiter de la |)remière occasion (pii se présentera jioiir envoyer l'un deux commander (|uel(|iie part cl donner une division au j-énéral Frère. Il serait bien à désirer (pie V M. juyeàt à propos de nommer le maréchal Moncey séiialeiir; il c^i hieii cassé, (l'est

' Xapo.'éon à Murât. — Hayonuc, 2V avril J80S. — i. ... I,c ri-incc des Astjrics est toujours ici. (liiampayny est aiijoiird'tuii chez et; Princ»; pour traiU r de sa renonciation au Irôuc d'Kspajine et d(; la c(îssion de son titre (if l'riuce des AsUirics, moyennant r('(piivalcnt ; ii est |)r()hal)lc (|ii<' dciiiain ou ai'rès, je vous (menai cela avec toutes les pii-ccs. »

LiKiTKXA.xrj'; i;\ ksi'ag.vk. — isos 20

un lioiiiinc rstiinabic et (juc j'aime, mais je ne le crois |)as assez vigoureux \h)uv conduire un corps d'année.

V. M. ne pouvait me donner une nouvelle |)lus salisiaisanle (pie celle de raecoucliemenl de la reine de Hollande'.

Artliivts nationales, AF'^ 1C05, 1S4, et Archiies (lu piMice Murât. H. \1V, p i-lô.

;52.'5(). — ML'R.AT A L'IX TK.VDAXT-GKX'KRAL DEXXIEE

Mailiid, 2H aïril 1808.

A monsieur t'inlendanl général.

Monsieur riiitendanf, je vois par votre rap|)ort de ce jour (pie la (Commission centrale d'approvisionnement a délivré l'ordre j)our faire recevoir (juatre-vingt-(piatorze mille pintes d'eau-de-vie du magasin royal, et vous m'annoncez l'embarras où vous êtes de vous procurer des vases pour contenir ce liquide. Je pense que vous devez le laisser au magasin royal, et en prendre à fur et mesure que vous en aurez besoin, alors toutes les difficultés sont levées.

Arclii\es du prince Murai. R. Mil, p. 14".

3237. — MURAT A \APOLEO\ -

Madrid, le 30 atnl 18083 à 1 heure du matin.

A Sa Majesté V Empereur.

Sire, j'ai reçu ce matin la lettre de V. .M. du 25 [à ouze heiuTs du soir]. Je ne puis m'empècher de lui avouer que je suis un peu embarrassé pour l'exécution des dispositions qu'elle m'ordonne. Je crains bien que ma lettre du 23, dont celle de V. M. est la réponse, n'ait donné des inquiétudes à V. M., malgré toutes les assurances (pie je lui donnais que l'opinion faisait tous les jours des progrès étonnants en notre faveur, puisque vous croyez nécessaire : 1" de

' t,a Reine Hortense (-tait accoiiclitîc le 20 airil 1808 d'un fils, Charles- IjOiiis-.\ap(iI('oii, le futur Xapok'on III.

* l'ubliée par .M. A. Luaibhoso, Correspondance de Murât, n" CCLXXIV. ■* 29 avril, d'après le registre de correspondauce.

faire inipriiucr la protcstalioii du roi Cliailcs et le conseiitenienl de la Junte d'Etat de <}ouveriier au nom du roi dKspayne, sans désiijner lequel; 2° de réunir tous les (îrands de Madrid, et de les rendre responsables de la tranquillité du royaume, etc.

Je n'hésiterais pas, comme V. M. peut en être bien |)ersuadéc, à me conformer à ses intentions, si je le croyais nécessaire, pour donner une direction et une impulsion à ropinion piiblirpie. Mais depuis le 23, toutes mes lettres vous ont l'ait coiiiiailre sa marche pro'jressive, et aujourd luii, bien loin d'avoir besoin de pousser les esprits, je craindrais de l'aire rétrojjrader l'opiuion. Enfin la chose en est arrivée au point que, comme j'ai eu l'honneur de le dire à V . M., le changement de dynastie l'ait le sujet de loiites les conversations, et (pi'on n'est plus embarrassé (jue du choix du Prince (pu- \ . M. désignera pour gouverner. Et c'est ici le cas de répéter à V. .M. combien il est urgent (pi'elle le désigne, car je crois contre la dignité de votre trône de laisser plus longtemps aux Espagnols la faculté de porter un jugement sur les Princes de votre famille, et de les rendre successivement le sujet des conversations. D'un autre côté, V. M. par sa lettre d'hier m'annonce pour demain les pièces de la renonciation i\u Prince des Asturies.

Je vais néanmoins, pour me mettre en mesure d'exécuter littéralement vos ordres, faire imprimer les différentes pièces que V. M. désire rendre publiques; mais je dois faire observer à V. .M. que je ne puis faire imprimer sa lettre qui est certainement un chef-d'œuv re, et (pie j'aurais bien désiré pouvoir rendre |)nbli(jue le jour où je l'ai reçue, sans publier la j)rotestation ; car l'une sans l'autre rallumerait certainement l'enthousiasme (pi'elle produisit, lorstpu' la Junte d'Etat s'empressa d'en faire connaître le contenu, parce (|u'()n avait cru y entrevoir la possibilité d'une reconnaissance, (les deii\ pièces seront rendues |)ubli(pK'S, si d'ici à 48 heures je n'ai pas reçu la renonciation du Prince des Asturies; parce que, je le ré|)éterai toujours à V. .M., celte renonciation est |)lus (jue sullisanlc, puiscpic, même aujourd hui sans elle, V. .M. pourrait donner ses ordres siml'Espagne sans crainte de lencontrer aucun obstacle. Aujourd'hui tout l'effet est produit. On n'est |)lus louinicnlc- (|iir par l'iuqjatience et surtout |)ar le désir de connaître h* nouveau Koi. Voilà, Sire, l'état des choses depuis le départ du Priiu'e i\r<. Astinies de lidoria.

La Heine d'Etrurie veut absnliimcnt p.jlir lundi ponr lla^onne. J'ai fait des démarches auprès de Don .Anltmio ponr le (h'-parl de l'infant Don Krancesco. On vient de me rc'pnndic (jue l'fui liiit les préparatifs de >(in V(f,age, D:ins tous les cas, je r(|)oiids a V . M. (pi'il

LIIUTENAÎVCE EM ESPAGNE. — 1808 27

sera parti a\anl liiiuli, parce ([ue je pense qu'il ne doit pas être ici à ré|)0([ue où l'on publiera en Espagne les volontés de V. M.

J'adresse ci-joint àV. M. un nouveau pani])hlet (pii m'a paru bien fait. Il sera iniprinié et répandu demain sur tous les points de!' Espa«rne.

La Junte d'État a reçu ce soir des lettres du 26 de Bayonne qui portent que l'on continue à traiter, et que V. M. ne prendra un parti définitif qu'à l'arrivée de Cliarles IV.

Tous les services continuent à très bien aller, excepté celui des hôpitaux. Je réunirai demain chez moi l'intendant général et la Commission, afin de pourvoir aux premiers besoins des malades. La gale est presque entièrement guérie.

Tout est tranquille à Madrid, à Aranjuez, à Tolède et même à Barcelone. Le général Dupont se loue beaucoup de l'esprit des habitants de Tolède.

Je présume que le Roi couche ce soir à Tolosa, et (|u'il arrivera demain à Bayonne.

Archiie.s nationales, AF'v 1605, 185, et Arthues du prince Murât. R. XIV, p. 228.

3238. — MLR.AT A .YAPOLEOX '

Aladiid, le 1^' mai I80SS à 3 I eurcs du matin.

A Sa Majesté l'Empereur.

Sire, j'ai reçu ce matin la lettre de V. M. du 26, elle m'a causé la plus vive douleur, mais ce qui doit me consoler, c'est qne je ne l'ai nullement méritée; c'est une tuile qui me tombe sur la tète. Je ue croyais pas d'abord mériter le reproche d'avoir manqué d'énergie, car je pense que c'est celle que j'ai constamment montrée qui en a imposé aux intrigants qui se sont fait voir sous toutes les couleurs. Je ne sais pas qui est-ce qui peut parler à V. M. de rassemblements ; je ne puis les dissoudre à coups de canon, puisqu'il n'en existe pas. Soyez bien convaincu que je suis disposé à donner une bonne leçon au premier qui se formera''.

' Publiée par AI. A. Luibroso, Correspondance de Mura/, u" CCLWV^II.

- 1 30 airil-l" mai, 2 licurcs du niatin » d'après le registre de correspoiidaucc.

^ Napoléon à Mural. — 20 avril J808. — a ... II est temps de montrer l'énergie couvenaLle, je suppose <|ue vous n'épargnerez pas la canaille de Madrid, si elle renme, et qu'immédiatenient après, vous la ferez désarmer. Je vous laisse h; maître de l'aire arrêter et désarmer les gardes du corps;

28 JOACHIM MUHAT

V. i\I. mo lait un orinu' d'avoir commué la peine du soldat coudamné à mort en celle de einij années de fers. Sire, je n'ai point exercé cet acte d'autorité sur l'armée l'rançaise comme (iraud-Duc de Ber'{, mais bien comme votre lieutenant; et comme ce soldat avait été condamné d'après un de mes ordres du jour, je m'étais cru autorisé à commuer la pi'ine capitale en celle (pi'il aurait encourue par le code pénal mililaire. .le suis atllijjé de voir V. M. si peu dis|)osée à rindul«j;ence envers uu)i, et je n'aurais jamais pensé <pie vous auriez renvoyé une de mes décisions au (jrand-Ju<];<\ Quant à la discipline de l'armée, je délie (pi'il en existe une jjIus sévère.

On achève d'imprimer celte nuit la lettre de V. AI., en supprimant, ainsi (pu- j \ suis autorisé, ce (pii m'a paru ne plus être de saison, coumu-, par exemple, la possibilité d'une reconnaissance et celle d'un mariajp-, la proleslalion de Charles 1\ et la résolution de la Junte d'Klal, en \ ajoutant une noie poiu' détruire les bruits alarmants (pu' l'on ne cesse de répandre pour corrompre l'opinion.

.le vais envoyer à Hayonue la lamille (\\\ l'rince de la l'aix '. .l'espère (pie I inrani Don Francesco partira lundi avec la Heine d'Ktriaie.

.l'adresse à V. .M. un pamphlet écrit à la nuiiii -, (pii [)rouvera mieux (pie tout ce que je pourrais dire combien ro[)iuion nous est favorable, puisque le parti de l'opposition se porte à une semblable extrémité pour la ramener à lui. On savait qu'une lâcheté avait fait perdre au Prince des Asturies la confiance nationale; on a voulu la lui rendre par la fermeté qu'on lui fait nn)nlrer à Hajonne. Je ne nu' lasserai jamais de le répéter; le monu^nt favorable était arrivé; depuis (piatre jours l'opinion était pour nous, le panq)hlet peut

loutelois, s'il y a une (?mciite, il esl iKîccs.sairc (pie vous fassiez arrêter dix des plus coupables et que vous les fassiez fusiller. » (liKCKSiKK, u" 270 et Areliiies du l'iiuce Murât. D. V()7. 37 )

' La maîtresse du l'rince de la Paix Josela liido, comtesse de (Pastel Fiel, s'était depuis loii;{temps mise avec ses enfants sous la protection du (îraud- Due de Ber;j. Fe (Jointe .Mlkat a publii- la lettre (ju'clle c-crivait h M mal dès le 25 mars JSOS el celles (jne le l'rince de la l'aix adressait de Bayonne les 2 et ;i mai, pour demander au (Irand-Due de lui envoyer .sa famille. iMmat, lieulciiant (le l' lùn/zerciir en JCs/uKjtie, p. 2V2 et pit:ces justificatives, u" .\1\ .)

- .\Iudrid était déjà depuis ([neliines jours inondé de pamphlets écrits à lu main et composés dans la ville même ou envoyés de Bayonne. Tous présentaient comme liéroï(jne la conduite du l'rince des Asturies en présence de .\apoleon et ils annonçaient le soul(';vement jjénéral de l'I'Ispajjne. Le comte .Miirat [Miiiat, luulcnaiit de l'Em/ierfiir en Ks/)fi(jue,\) ;>I0, et pièces juslilicatives, \\ il i attribue à ce.s pamphlets et particulièrcniciil à (eliii du oDiuiil une inlliieuce décisive sur les événements du 2 mai.

LIKUTENAMCE EN ESPAGNE. — 180S 29

l'altérei", mais j'espère que dans ce moinent toiil esl ariaii;{é, puis- (|ue j'ai la certitude que le Roi et la Reine sont arrivés ce soir à Rayonne. Exelinans partira, je |)ense, demain matin, et mercredi, au plus tard, j'aurai reçu les derniers ordres de V'. M. ; en attendant je ne souffrirai ni rassemblements, ni articles de <{azetles, contraires à ro|)inion que je cherche à répandre.

Le service des hôpitaux nous donne les ])lus vives intpiiétudes. La Junte d'État est si gênée dans ses ressources pécuniaires, que, sur sa demande, j'ai cru devoir mettre à la disposition de l'intendance générale vingt-cinq mille francs, qui, joints à vingt-cinq autres mille francs donnés par le ministre des Finances, mettront un nouvel hôpital en état de recevoir nos malades.

Je prie V. M. de me dire si je puis confier la division (|ue commande provisoirement le général Mouton, au général de division Rouyer qui vient d'arriver.

Toutes les nouvelles qui arrivent de Rayonne jettent la plus grande inquiétude dans la capitale. Il serait bien à désirer que V. M. put les empêcher d'arriver. Je dois vous dénoncer que la correspondance se fait également à travers les montagnes par des gens de pied qui se relèvent de distance en distance. Ma police me rapjiorte qu'un particulier de la Navarre a offert au duc de l'infantado de faire échapper à pied le Prince des Asturies et de le ramener en Espagne; et que ce duc lui avait répondu que le moment n'était pas arrivé.

On désigne beaucoup pour le Roi les rois de IVaples et de Hollande. Quelques-uns parlent du roi de Westphalie, parce qu'il est marin.

On vendait ici le portrait de Ferdinand avec des vers à sa louange. J'ai fait arrêter la vente de cette gravure.

Archives nationales, AF'^' 1506, 1, 3, et Archives du prince Murât. R. XIV, p. "230.

3239. — MUR.Vr A NAPOLEON '

Madrid, le l-^r mai 1S08, à minuit et demi.

A Sa Majesté V Empereur.

Sire, je viens de recevoir la lettre de V. M. de Rayonne du 28 avril, ainsi que mille exemplaires du journal. Je les ferai répandre comme V. M. me l'ordonne.

' Publiée 'par AL A. Lumbroso, Correspondance de Mural, n" CCLX.WIII.

Qiiîiiif à la proclamation (|ii(' V. M. (Irsiic (pic je fasso faire à la .liiiilc dUlat ' , je vais faire des (lérnaiclies auprès (l'elle, cpioicpie )<• sois persuadé d avance (piClles seront iniriicliienses ; car ses membres ne nuuHpieront pas de me dire (pTils ne sont pas encore ilejjajjcs dii serment. Ainsi qnoi(|ne ee (pie j'ai lait imprimer ce matin renferme à peu près ee ijin' V. M. vent (pn' j'insère dans la proelamalion, je n'en lerai pas moins une, si la .Imite s'y refuse, (pie j'enverrai aii\ «jénéranx espajpiols Solano et (larafa, ainsi (pi'aii ;jeneral .liiiiol. Kiiliii, je me eoiiformerai anx dispositions de votre lettre.

.\insi (pie je l'avais |)révn hier soir, lOpinion de la canaille s'est un peu ressentie dn hiilleliii (pie j ai envoy(î hier à V. M.. H y a en heaiiconp de monde anjonrd lini à la porte Del Sol, mais la pins <]raiide traïupiillité y a rejpié. On n'est (pie loiirmenté par l'impiitienee de savoir comment tout ceci Gnira.

Kniin la Junte d'Ktat, qui ne peut pas s'opposer par la force au dé|)art de l'infant Don Krancesco, consent à le laisser piirtir, mais se réserve le droit de |)rotester contre ce départ. Je n'ai point vu d'inconvénient à cela; en conséquence, il partira demain avec la Reine (rElrurie; mon aide-de-camp Monaco les accompajpie. Je crois pouvoir vous assurer (pi'ils ne seront |)as aussi lon;[lem|)S on route (pie le Roi et la Reine, car la Reine d'Étrurie a le plus «pand désir de sortir de l'Espajpie. Il a été convenu aussi (pi'il serait formé une Commission de deux |)ers()nnes, l'une française et l'autre espaj^nole, pour la rédaction des articles à insérer dans les journaux. J'ai désigné M. Laforêt.

La parade d'aujourd'liui a été, comme à l'ordinaire, tr('S belle; les troupes ont véritablement fait des progrès étonnanls. \os camps étaient remplis aujourd'hui d'Kspagiiols; tout Madrid, je crois, a été visiter la tente de V. M.

J'ai vu ce soir l'ambassadeur de Russie. Il venait jinnr me leinoi-

' Xapoleon à . Munit. — lîayonnc, 28 avril 18()S. — i ... Il .sera <(»ni('iiat)l(' (pic la Jiinlc fasse une pro('lainali(jn pour faire coniiaîlrc (pic le Hoi Cliarics a [)rolest('... (pic le Roi Charles doit ('(re arriK- à lîayoïiiic, (pie les deux sonlerains .s'en sont enlièrenienl remis à i'iMiiperciir pour le jiijjement de celle jjrande (pierelie, (|iie riiilérèt des Kspajpies (;st de rester r(''iinies (riiil('Ti!l avec la France, (pie di-jà S. W. riiniix-reiir a aiiloris('- la Jiiiil(! k faii(! connaître (|iie i'i(il('j;ril('- et l'indépendance du royaume sont jjaranlies, ainsi (pie la eonservalion de tons les |)rivilè;{es, (pie si les Kspa;piols ju<{cnt iK'ccssaires (pieNpies cliaii;{cmenls dans l(!iir (Constitution, ils ne seront laits que de leur j[r('', d'a|)rès leurs lun)i(;res et leur opinion... > (Lkckstrk, n" 272, cl Arcliives du prince Mural. I). V(i7. ."58. j

LIKUTEMANCE EX ESPAGX'E. — IS()8 31

«jiicr ses inquiétudes (le ce qu'on lui faisait tenir (\i'^ ])ropos et faire (les (léinarclies, tandis qu'il était persuadé que je lui faisais la juslice de croire qu'il se conduisait connue devait le faire l'ambassadeur d'une Puissance amie. Tantôt on le fait partir pour Rayonne; tantôt on le fait aller chez l'infant Don Antonio pour lui oifrir les secours de la Russie et lui dire qu'il va se rendre auprès de V. M. pour demander l'évacuation des Espagnes par nos troupes. Il m'a paru surtout fort étonné, lorsque je lui ai montré la gazette de Rayonne qui contenait les pièces relatives aux affaires d'Aranjuez. Je le crois dans les meilleures dispositions. Il vient souvent me voir; il reçoit ;î merveille tous les Français, il donne souvent à diner à nos généraux. Enfin il ne m'est rien revenu sur son compte. Le ministre de Prusse quitte demain cette ville.

Le maréchal Ressières et le général Dupont me mandent que les effets du Prince des Asturies ont considérablement baissé depuis huit jours; ce qui me confirme dans mon idée que c'est l'opinion (le la capitale qui fait l'opinion du royaume.

J'espère qu'au moment où j'ai l'honneur d'écrire à V. M., toutes les affaires d'Espagne sont terminées. Il est bien nécessaire (|ue rKsj)agne coniuiisse bientôt sa future destinée, car il serait difficile, avec un Gouvernement qui nous est opposé par devoir, de diriger l'opinion dans le sens du système de V. M.. Mais, je le répète, je suis persuadé que les membres de la Junte, une fois dégagés du serment, serviront avec zèle V. M.

Je n'ai pas encore pu connaître 1 effet qu'aura produit la publication de la lettre de V . M. et de la protestation de Charles IV.

Archives nationales. AF'^' 1806, 5 et Arcliires du priiice Miirat. R. XIII, p. 232.

3240. — NAPOLEO.V A MUR.^T '

Bayonne 2 mai 1808, à 10 heures du soir.

Mon frère, je reçois votre lettre du 30 avril, à une heure du matin, je vous réponds sur-le-champ. Vous trouverez ci-joint la réponse du Roi Charles, en français et eu espagnol, à la lettre du Prince des Asturies qui a été remise ce soir à G heures. Cette réponse a atterré le Prince des Asturies. Il est probable que demain

' Correspondance de Napoléon, n° 13801. Variantes dans le texte.

je vous oiivenai par Kxcolmaiis mon aclc de niédialion, mais il est nécessaire que la Heine (IKlrurie,! inlanl Don Francisco el surtout l'infant Don Antonio partent pour lîayonno; (|ue les hijoux et les diamants de la Couronne ne soient pas soustraits et (pie (|nelqu un soit cliar<{é d'y veiller, soit (|u'ils passent au nouveau Koi, soit (pi'ils restent au Roi Charles, mais il est indis|)ensal)le (piils ne soient |)as des moyens de jjuerre entre les mains de ces ;{ens-là. Tout ceci ne peut être fait qu'en ayitant ro|)inion, en la faisant passer j)ar différentes situations, c'est pour cela que j'aurais voulu (|ue vous eussiez fait imprimer les pièces que je vous ai envoyées. Je suis fàclié que vous ne l'ayez pas fait, car c estlorscjue l'Kspajjiu; se trouvera dans une situation critique qu'elle se trouvera heureuse des arranjjements (pii auront lieu. Le hut de l'estafette que je vous envoie est donc : 1° de vous envoyer la réponse du Roi Charles, que je vous laisse maître de faire imprimer; 2° de vous assurer de Don Antonio et des autres princes de la maison; 3° d'avoir soin qu'aucun hien de la Couronne ou diamant ne soient aliénés. Je suis fort content du Roi Charles et de la Reine, ils sont ici fort heureux. Je leur destine Compiègne. Je destine le Roi de Naples à régner en Kspagne. J<^ vous donnerai le royaume de Naples ou de Portugal. Répondez-moi sur-le-champ ce que vous en pensez, car il faut qut cela soit fait dans un jour. Vous resteriez en attendant lieutenant-général du royaume. Vous me direz que vous préféreriez rester près de moi. Cela est impossible, vous avez de nombreux enfants. D'ailleurs, avec une femme comme la vôtre, vous pouvez vous absenter, si la guerre vous rappelait près de moi ; elle est fort dans le cas d'être à. la tète d'une régence. Xaplesestau reste plus beau que rKspagiu', car la Sicile y sera jointe, et vous auriez là six millions d'habitants. Si vous pouviez porter les habitants de Madrid à demander le Roi de Xaples pour Roi, cela me ferait plaisir et ménagerait l'amourpropre de ces gens-ci. Peut-être décideriez-vous la Junte à intervenir elle-même et se ferait-elle un mérite de se prononcer pour le nouveau Roi. Vous devez vous attachera O'Farill. Si vous n'imprimez la lettre du \\o\, vous |)Ouvez la lui montrer, ainsi ([ue la sotte lettre du Prince des .^sturies.

il arrive tous les jours des troupes à Rayonne, je n'ai <l(''j<à pas mal d'infanterie et de cavalerie. Si vous ne pouvez pas gagner les gardes du corps, il faut les détruire.

Sur ce, etc.

.•ircliiïes du prince Murât. D. iG7. 4i.

LIEUTENANCE EIV ESPAGNE. — 1808 33

3241. — MURAT A L'INFAXT DOX ANTOMO

ET AUX ME.1IBRES DE LA JUNTE d'ÉTAT

(Madrid) 2 mai 1808.

Monsieur l'Infant Don Antonio, à la Junta.

Monsieur mon Cousin, MM. les membres de la Junta, l'Empereur m'ordonne de vous faire connaître qu'il faut que vous cessiez d'envoyer des courriers à M. de Cevallos, et que vous devez correspondre avec Charles IV. S. M. ordonne que tous les courriers qui partiraient de Bayonne seraient dirigés à la Cour de Charles IV, ne reconnaissant plus le Prince des Asturies que comme Prince des Asturies, conformément à la notification qui lui eu a été faite le 29 avril.

Archives du prince Murat. R. XIII, p. 149.

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