‹ Lettres et documents pour servir à l'histoire de Joachim Murat, 1767-1815Chapitre 66 sur 104 · MURAT AU GENERAL CAMPREDON · texte numérisé non relu

MURAT AU GENERAL CAMPREDON

11 octobre 1808.

A monsieur le général Campredon, commandant le génie.

Monsieur le général, vous voudrez hien commencer de ce mois, et à l'avenir, à me présenter un budget de vos dépenses mensuelles par chapitre de dépenses, et en même temps un état de l'emploi des fonds du mois précédent mis à votre disposition par le ministre de la Guerre, aussi par chapitre de dépenses.

Je désire connaître les sommes qui ont été mises à votre disposition par le ministre de la Guerre pour chaque mois jusqu'au 1"' octobre courant.

346 JOACHIM Ml HAT

Je vous préviens (|iio j'ai (loiiuo l'ordre au chei' de rélal-major de nietlrc cent liouiuies d'inranterie à la disposition du colonel du génie Costanzo '.

Archive» dii prince \liirat K. \IV', p. 19.

;îr)l7. — MIKAT A A(ÎAR

Il octobre 1808.

A monsieur Acjar, ministre des Finances.

Monsieur le ministre, j'ai reçu votre dépêche, j'étais persuadé que l'Empereur vous rendrait tôt ou tard ju.-;tice. Je désire que vous partiez au reçu de ma lettre et que vous apportiez avec vous toutes les lois que j'ai rendues dans mon Duché. Je xous autorise à amener avec vous mon directeur des lorèls de Diisseldorl", ainsi que le directeur des douanes, apportez aussi tout ce (|ui concerne l'organisation du Timi)reet de rFnre;{islrement ; ne perdez pas une minute pour vous rendre ici.

Arcliives du prince Mural. H. \1V, p. ii).

3518. — MLHAT AL C.KXKHAI. (ÎK.XTII,

II octobre 1808.

A monsieur le général Gentil, commandant la gendarmerie.

Monsieur le «jénéral, je vous prie d'écrire à l'officier qui commande la «jendarmerie dans les provinces de la (lapilanata, de vous faire connaître l'opinion que l'on a du général Caracciolo et de l'intendant; vous me ferez part des renseignements qui vous parviendront.

.Ircliiiej du pnnre Mural. H. \l\' p. 20.

' Le colonel Cnslanzo élait cliarjj'- de la réparalioii de la roiile de (ialahrc. D'.Aubusson notait le 12 décembre ISOS : c L'on a cr>mnicncé un yrand ilicniin (jiii doit traverser toute la (ïalabrc Cette coinmiiniralioii Tera lrè.s promptement un pays civilisé d'un pays jusipi'ici barbare et dont les liabitanfs étaient à moitié sauvages (AIT. étrangères, Xaples. I'.i2 )

HOVAl WK Dl-: XAPLES. — 1808 :3V7

.3519 — LA Ri:i\K CAROLI.VE AU CARDIXAL FKSCII

\aples, 13 octobre 1808.

Il faut que VOUS nie permettiez, mon cher oncle, de vous faire des reproches; vous ne m'avez pas encore écrit un mot depuis que je \ous ai quitté, je n'ai point de vos nouvelles, ni de celles de maman, il semble que toute ma famille veuille m'oublier. Je suis toujours souffrante, je n'ai pas pu m'occuper encore ni des arts, ni des antiquités que cette ville renferme.

Je me fais arranjjer dans ce moment un appartement autre que celui que j'habite ; je suis logée au ciel, il faut que je monte deux cent seize marches pour arriver chez moi. Vous voyez que sans sortir, je puis faire beaucoup d'exercice. Je ne monte pas de fois cet escalier que je ne pense combien vous vous amuseriez à mes dépens, si vous pouviez me voir.

Je ne puis pas dormir, parce que l'arsenal est au dessous de ma chambre. Enfin, mou oncle, je suis fort mal logée et je vais tâcher de parer à ces inconvénients. Mes enfants se portent bien, ils vous offrent leurs respectueux hommages. Le Roi s'occupe toujours beaucoup, je ne le vois presque pas.

-Adieu, mon cher oncle, donnez-moi de vos nouvelles et de toute la famille, car ici je n'en ai pas.

Caroline.

-Archives du prince Murât. D. 197 1er. 6.

3520. — MURAT A XAPOLEON

Des liaulcurs de Massa, ie 14 octobre 1808. à 4 heures du soir.

Sire,

\'e recevant aucune nouvelle de Capri depuis trois jours et voyant cette ile étroitement bloquée par deux frégates, quatre corvettes, deux bricks et quatorze chaloupes canonnières, je partis le 12 de \aples pour Massa, où j'avais ordonné la réunion de vingt-cinq de mes canonnières portant du 24 et de quarante-un bâtiments de transport, afin d'être plus à portée de profiter du premier moment favorable pour ravitailler les troupes de l'expédition. Je m'empresse d'annoncer à Votre Majesté que j'obtins hier le succès le plus complet. Sur le compte qui me fut rendu qu'il ne

348 JOACHIM Ml'HAT

restait sinis (lapri (|iruiie seule fréjjale et les (lualor/e oanonnièrcs et que les antres (jui se tromaieiil à l'Ouest de Tile ne pouvaient venir à leur secours parce cpu^ le vent était très faible et leur était contraire, je résolus de tenter la fortune; je lis mettre à la voile le C(Uiioi, sous leseorte des eauonnières (|ui quittèrent le riva<{e au eii de Vive iKrnpereiir! Vive le IJoi ! 11 était déjà dix heures du matin. Les eauonnières qui marchaient en tète ne tardèrent pas à enjjager le combat avec celles de rennemi qui avaient déjà pris chasse ainsi que la frégate, il fut très vif; cependant le convoi força de rames, gagna la tète, parvint à |)rendre terre, à y débar(jucr ses vivres et ses munitions, malgré le feu de tous les forts ennemis deTile, et à revenir à Massa sans avoir perdu un seul homme, ni un seul transport. Mes canonuières voyant arriver toutes les forces de l'ennemi sur elles, favorisées par une brise d'Ouest, cessèrent le combat déjà engagé avec la frégate de tète et rentrèrent sous la protection de nos batteries, sans avoir éprouvé aucune perte; les frégates et corvettes ennemies virèrent alors de bord |)our se porter sur ma frégate et ma corvette (pie j'avais ordonné de diriger de Baïa sur (lapri pour faire diversion et favoriser mon entreprise, elles arrivèrent à deux portées de canon de toutes les forces réunies de l'ennemi et virèrent de bord, |)remièrement pour éviter un combat inégal, et en second lieu pour attirer dans le golfe l'ennemi, (jui, craignant de s'engager trop avant et de ne pouvoir en sortir, abandonna la chasse. Le temps fut très mauvais la nuit du 13 au I i, ainsi (pie toute la matinée du li.Iies forces de l'ennemi ont gagné le grand large et nous l'apercevons en ce moment à plus de 30 milles Sud de Capri.

(k'tte entreprise hardie fait le pins grand honneur à ma marine ' et couvre de honte celle de l'ennemi. L'île se trouve maintenant approvisionnée en tous genres pour six mois, pour deux mille hommes. Toutes les batteries sont terminées, celles de brèche et des nmrtiers tirent continuellement depuis deux heures et Votre Majesté verra par la lettre ci-jointe du colonel du génie chargé âc la direction des travaux, qu'il espère faire capituler la place dans iS heures. Il ne restera pins (pie quelques petits finis (pii seroiil

' l.e fjénéral Lamarr/iie à Mural. — Capri, le I :} oi lohic |S08 — i . . L.i niarinf iiiarclic parfaitement et il sernlile (pie les paysan.s (|ui eondiii.seiit les petites bar(jiies sont de.s grenadiers Iraiiiais, ils abordent sons le feu de ht mitraille et sous une pluie de iioiiilies, aicc une tranrpiillité adniiralile. Votre Majestf- (|iii a toujours fait des iiiiracles, sait le secret d'en faire luire aux autres t (Archives du prince Mural I) 211. IS )

ROY.Al MK 1)K XAPLKS. — 1808 •Î'^O

oblijjcs de se rendre, parée qu'ils n'auront plus de secours à espérer.

La tranquillité continue à réyncrdans tout le royaume, lesjjardes nationales montrent partout le meilleur esprit ; celle de Calabre donne en ce moment la chasse à une cinquantaine de brigands que la reine Caroline a lires des ba<jnes de Palerme et a jetés dans cette pro\ince. Déjà ils ont demandé à se rendre. Il n'y a maintenant en Sicile tout au plus que quatre à cinq mille hommes, le reste a été envoyé en Espa<{ue ; ce serait le véritable moment de tenter une expédition. Je rentrerai demain à Naples, d'où j'enverrai à Votre Majesté un mémoire sur la Sicile.

Je suis...

Guerre.

:3521 — MIRAT AL GEXKIJAL LA.UARQII' •

U octobre 1808.

A monsieur le générât La marque à Capri.

Monsieur le général, j'ai reçu vos lettres du 10 et du 13, je vous ai tenu parole, vous avez reçu et vivres et munitions, et j'aurais désiré que vous eussiez proGté du retour des barques de transport pour me donner de vos nouvelles. Je suis sur la côte de Massa dans une cassine où vous devez voir flotter mon pavillon, je lie la quitterai (|ue lorsque je vous saurai maître de la ville de (lapri. Je charge le ministre de la Guerre de vous demander l'état de vos besoins. Envoyez-moi un de mes aides-de-camp.

\os marins se sont couverts de gloire hier, et ils ont couvert de honte la marine ennemie; c'est peut-être sans exemple que des canonnières soient parvenues à faire prendre chasse à six frégates ou corvettes et aient réussi <à faire parvenir leurs convois. De la persévérance et vous aurez bientôt l'ile; il est impossible à l'ennemi de m'empêcher de vous approvisionner.

Etablissez donc vos signaux et faites jouer votre batterie de brèche.

Archives du prince Mural. K. XIV^ p. 20.

' Le 15 octobre, de grand malin, le général Lamarque écrivait à Plural : « Le colonel anglais que j'ai fait sommer de se rendre, me demande une entrevue que je lui accorde aux aiauts-posies, à 7 heures du matin Si je n'étais |)as lié par les ordres de M W que m'a transmis le ministre de la (îuerre, je saisirais tous les moyens honorables d'en finir > (Archives du prince Murât. I) 211. 20 )

350 JO.\CHIM ^IIHAT

3522. — MLR.AT M GllVKH AI. LAMARQl K

Ht octobre ISOS.

A monsieur le général Lomnrquc, à Capri.

Monsieur le «{ciiéral, je reçois xolre lettre'. .le ne puis vous exprimer mon ctoniiement sur la suspension ipie vous avez accordée à l'enneini ; (piel avanla;[e espérez-vous en retirer? Il était tout naturel (!e le sommer; mais sur son refus de se rendre, vous deviez continuer votre feu el ne pas lui doniuT le temps de se réparer et de se reposer. Vous l'avez vaincu par un (!él)ar(piemeiil (|ue vous avez fait à force ouverte et qui vous fait honneur, mais il vient de vous jouer complètement; le vent peut devenir bon, favoriser l'approclie des bàlinuMits ennemis et rien ne l'empècliera de s'en aller avec ses troupes; et voilà ce qu'il a ;ja<{né : de rendre nids les efforts (|im' j'ai faits |)our vous ravitailler. Vous me direz i\\n' vous n'aviez pas de i)oulels le 9 et le 1:2, mais je vous repondrai (|ue vous aviez ('es autres calibres et que les bombes devaient vous suffire pour le fatiguer pendant la nuit.

Je vous le répète : la garnison doit être j)risonnière de «jnerre, vous pourrez accorder aux officiers la permission d'aller en .Angle terre sur leur parole de ne pas servir avant leur écbange. Hecommencez le feu, aussitôt ma lettre reçue. A la guerre les fautes de cette nature ne se réparent plus', et la vôtre peut avoir des suites très fàcbeuses par l'espèce d'armistice (pie vous avez faite. (Comment, si la brèche commençait à s'ébouler, le colonel Loue se serait-il exposé à nn assaut devant des troupes qui lui ont prouvé ce qu'elles osaient entreprendre et ce (pi'elles |)ouvaieiil exécuter; il fallait le menacer vigoureusement, lui annoncer que vous alliez tenter un coup de

' Lamarr/iie à Miirnl. — Capri, le; 10 dcloluc 1808. — • ... .Aiitori.sé par les cirtoii.stauio.s, par la h-llrc de V .M , pai- le discours de .VI. (îiaDjjer (|tii m'a dil (|iic vos (Icniicrcs |)arol('s ('taiciil . f/ii'on jirenuc Copri et qu'ils s'en ailleul on ils rniit/rotit, " j'ai fait la capitiilalioii ci-jointe, je l'ai sijjnc'e, ne voyant pas arriver .\I. I'i;;nalelli (|iii aurait dn revenir promptenienl, qui était parti fi 8 heures du matin et qui îi'é/ait pa\ arrirè à 0 heures du soir. Je crois (jue la hriîclie ne sera pas praticable de. plusieurs jours, je crois (|iie la (garnison s'en ira, qu'elle cnriouera ses canons, (pielif! fera sauter ses magasins et (|ue je servais bien V. .AI. en a<{issant ainsi... » (Archives dn firince Murât. D. 211. 2ï )

* L'année suivante, Hiidson Loue allait, i la t(''le d'un corps anglais, occuper Ischia. Procidn, Zante, (]éplialonic, ltlia(|ne, (]eii;^o et Sainfe-Maure.

ROYAUMK I)K XAPLES. — 1808 351

main, et le tenter effectivement dès que la brèche aurait été praticable ; mais dans aucun cas, vous n'auriez pas du lui donner le temps de réparer le mal que vous lui aviez fait, et celui de recevoir des munitions et des secours ' ; enfin vous ne pouviez retirer aucun avantage de votre trop complaisante détermination -,

Guerr» et Archives du prince Murât. R. \I\ , p 21 .

3523 — LA \\Kl\K CAROLIXE A LA REIM-; HORTEXSE

Xaples, IG octobre (I8O81.

Je suis fàcbée contre toi, ma chère Hortense; depuis plus d'un mois que j ai quitté Paris, tu ne mas pas écrit un mot, je suis sensible à cet oubli, je n'aurais jamais pensé que toi, qui es si bonne pour tout le monde, tu ne l'eusses pas été pour moi. J'ai i-eçu une lettre d'Eugène, tu vois qu'on est mieux soignée par les nouveaux amis que par les anciens. Eugène a été charmant pour moi à mon passage à Milan, soigneux, galant, tel eufln qu on désire trouver un prince aimable; je lui ai parlé de ce dont nous étions convenues, il n'a pas témoigné trop de curiosité, il a été très bien et il m'a tout promis. Si jamais tu le vois, je compte sur toi pour lui parler de cette affaire.

Je suis triste ici, tu le conçois, ma chère Hortense, je ne suis

' A cette lettre de Miiraf, Lamarfiue répond immédiatement : Capri le 1(3 octobre 1808. — « ... Le courroux de V. M. m'abat et je ne le mérite pas... Le colonel anglais consent à m'abandonner la place, les (brts, les batteries, les canons, les vivres et les munitions, mais il veut être traité comme les -Anglais ont traité la garnison de Capri quand ils l'ont pris, c'est-à-dire être transporté en Sicile. Il dit (|u'ils seraient pendus s'ils se rendaicut, ayant uii moyen de s'embarquer au port du Mulo

La brèche n'est pas du tout praticable. On approvisionne nos batlei'ies, l'ennemi ne travaille nulle part, parce qu'il ne peut rien réparer.

P. -S. — Si Votre .Majesté approuve les conditions, elle peut faire tirer trois coups de canon delà Canipanella. ' [Archives du prince Murât. 1). 211. 25.)

- Xous avons trouvé dans les papiers du comte de Mosbourg une note autographe relative aux Souvenirs du gént'rnl l.amartfue (t. 1'^'. Essai sur les Cent-Jours (chapitre vi) et qui doit trouver ici sa place. • Murât, écrit Mosbourg, est traité avec une injuste passion par Laniarque, dont ce Prince avait blessé l'amour-propre plus d'une fois et notamment à l'époque de l'expédition de Capri La plupart des faits (jui concernent le Hoi de Xaples dans l'ouvrage de Lamarque sont faux ou dénaturés. Ce général paraît n'avoir connu ni le Roi de Xaples, ni la Heine. Il a jugé le Roi eu ennemi et la Reine en courtisan. «

35a JOACIIIM MIRAT

jKÛnl oncoro casôr, je n'ai j)as (rapparicmoiil, ma clianibio a l'air d'un gardt'-nuMihlo : chapeaux, bijoux, vaches, lout est au milieu. Mon écritoire même a été brisée eu roule. Lorsque j'ai besoin de quelque chose, il laul lou( retourner. Je suis encore comme eu \oyajje. M. de \l Cslerholt le dira tout cela.

J'espère dans quinze ou xinjjl jours être mieux établie dans un antre appartement, alors je t'écrirai plus en détail. Je ne suis pas encore accoutumée à l'air de ce pays; il faut, en y arrivant, payer un tribut au climat. J'ai refusé les bals, les fêtes, à cause de ma santé, j'ai été trop souffrante aussi pour sortir beaucoup.

J'ai vu Portici, le parc de Ga|)0 di Monte qui est beau, ;[rand et bien couvert, il domine Naples, la mer et des campajpies ravissantes. La promenade la plus fréquentée de la ville est le beau quai de Chiaia, au bout diujuel est le tombeau de Vir<]ile, sur la montagne de Pausili|)e. liC palais de \aples est bâti sur le boid de la mer, vis-à-xis le Vésuve (jui, en un (piart d'heure, a enseveli Pompéia et HercJilanum. Je verrai ce (|ui reste de ces (\ou\ villes avec intérêt. Ce pays est riche de souvenirs cl d'objets curieux.

C'est ici surtout (|ue l'on peut dire que jusqu'aux pierres, tout parle à l'iniagination.

Capri vient de ca|)ituler. Le Roi est depuis quel(|ues jours à Caslellamare, il se porte bien et il travaille beaucou[). Mes enfants t'embrassent tendrement, ils me parlent souvent de toi. Achille et Létitia veulent t'écrirc. .^dieu, ma chère Hortense, donne-moi donc de tes nouvelles et dis-moi si tu m'as oubliée tout-à-fait. Je t'embrasse.

P. -S. — Je ne t'ai |)as écrit de ma main, parce que je suis fâchée contre toi et que j'ai écrit au moins quin/e lettres aujourd'hui. C'est |)endant ma toilette que je dicte, car je dois recevoir les députations des provinces. Je t envoie les vues de Xaples et des environs que j'ai fait faire tout de suite, on y a travaillé jour et nuit pour te les envoyer. Cela se ressent un peu de la pré(i[)ilation (lu'ou y a mise, car toutes les maisons ro\ales (pii sont charmantes, paraissent laides sur la gravure. Caserte, par exemple, ne peut pas se décrire, c'est plus beau que tout ce (|ue l'on peut s'imaginer. Versailles n'est rien auprès. Je vais t'en donner une idée, il n'y a qu'une petite aile hiihifj'c et dans ce petit corps de bâtiments, ou j l<»ge cinq mille personnes. La chapi-ljc est |»lus grande (|ue la Salle <\eii .Maréchaux. L appartement de lii iJeiue a (-iu(|uaMte salons, sa bibliothèque seule est composée de six pièces garnies de bibliothè(|ues, mais |)oint de livres.

ROVAHIM Ï)K VAPLKS. — 1808 353

C'est ici la Icne promise. Dans la campajjne, ou voit des lestons de viyne attachés aux arbres, de «jrosses *jrap(3es de raisins bien plus belles que celles que les Israélites apportèrent à Moïse. L'ap- ])arleuient qu'on me prépare sera superbe, non par la beauté des meubles, mais par la manière dont il est situé, j'en fais faire un petit dessin que je t'enverrai.

J'espère (jiu> tout ce que je te dis te donne envie de venir voir ce pa\s, il vaut bien la peine qu'on fasse cinq cents lieues pour le voir.

Vous devez être bien triste de l'absence de l'Empereur. Quand il reviendra, tu seras bien aimable, ma chère Hortense, de lui rappeler (ju'il m'a promis ^on portrait, que je l'ai fait espérer à Letilia et à Louise et que nous l'attendons avec bien de l'impatience.

Hien des choses de ma part à M. de Lavallette. Tu vois que je bavarde bien. J'espère que tu feras voir les gravures aux personnes qui te montrent de si jolies gravures anglaises, que vous parlerez quel- (picfois de moi et que vous ferez de beaux projets pour venir me voir.

Ar de Ségur a été bien aimable, il m'a écrit souvent. L'archichancelier aussi, mais la l^einc de Hollande pas du tout. Elle n'est pas aimable, la Reine de Hollande. Cependant j'aime mieux croire (|uc ses lettres sont perdues.

{Aithujraphc) Je t'embrasse et t'aime,

Caroi.ixk.

Si tu as quelques nouvelles du général Exelmans, donne-m'en, car j'en suis bien inquiète.

.Anliiio* (lu prince Miiiat.

252'^. — LA RLLVL CAIIOLLVL A il. DE SLGUR '

JVajiIes, le IG octobre I80S.

J'espère, monsieur de Ségur, (jue vous avez reçu les lettres que je \ous ai écrites, et que vous èles bien persuadé que réloignemcnt n'influe point sur mon amitié pour vous. Il ne pourrait qu'ajouter au regret que j'épriuive ('e ne plus voir. Je m'accoulunie difticilement à vivre loin de ma famille et de ma société habituelle. Je suis |)resque toujours soutirante, et il faut que je prenne beaucoup sur moi pour sortir de mon lit et recevoir.

' Publiée |)iir AI. J ILwotku , dans h Gaulois du ï juin 1910.

■ro.MK u. 23

35'* JOACIIIM MIRAT

J'ai (listiii<}iié ici un lioniinc (jiio vous viTiiez avec plaisir, parce (pi'il csl aimable, (ju'il a do Tcsprit et hoaiicoup (l'iiisliiiclioii ; c'est M;[r (-apeee-Lalro ', ar(hevè(|iic (leTareiile ; jiis(|irà présent, c'est le seul dont la conversation m'ait été a;];réable. il me prête des livres, car ma l)ibliolliè(|ue est encore sur les «jrands chemins. Vous me faites «[land plaisir de me riMidre (•om|)le des nouveaux ouvrages; je vais faire demander la traduction des (îuerres civiles de Home, par Appien.

Je vous remercie i\c)^ nouvelles que vous me donnez de Porlujjal, il nous en arrive peu de ce coté.

Le lloi vous remercie beaucoup de votre olfre ol)Ii;[eante ; il a déjà écrit pour cet objet à I .Arcliicbancelier. H vous dit mille choses, il doit vous écrire, il est extrêmement occupé. .Mes enfants se portent bien. L'air de ce pays ne leur fait pas le même mal (|u"à nu)i. Je ji ai pas encore pu aller me promener à Pompéia. Je vois le Vésuve de toutes les fenêtres de mon apparlenuMit; il fume beaucoup, il jette des flammes, et je crois qu'il se prépare à une éruplicm (omplète.

Le clair de lune est beaucoup plus beau ici (|ii'en France; je lis souvent, assise sur ma terrasse, sans le secours d'aucune autre lumière, et je pense aussi aux jolis couplets (jue celte douce clarté vous a inspir('s.

J'ai été dimanche dernier à Saint-Janvier; la cérémonie a été lonjjue, j'en suis revenue fati;juée.

Donnez-moi des nouvelles; parlez de mon souvenir à Mme de Séyur, et croyez toujours à mon amitié

(Iviioi.ivi:.

.Arclii»cs du [)i-iiice Mural.

' (îiiiscppc Capccc Lalro, né h. Napics \p 23 scptcinlirc 17VV, noiniiK' en 1778 iir(li(;vè(|iie de Tarcnto, ce ([ui lui roiifV'rait le rati;j et les priiilrijcs de primat du royaiiine de \aples. Kn 1815, à la cliiite de .\Iiirat, il perdit sou arclicvètiie. veeiit daii.s la retraite et nioiinit le 2 uoieniLre 18."J(». Le 25 dccen hre 1808, (r.Aubiissou reudait compte à (îliampajjiiy du <[rand crédit dont l'arciieVi"'(|Me fie Tareiite joiii.ssait aupri s de la Heine : « tî'est uu liomiiKd'esprit sans doute, mais vieux, (pii passe- pour un peu l'aiblc et <|ui s'est toujours plus occupé (i'auti(|iiités et de beaux-arts (|ue de toute autre chose. H est en ;[rande laveur auprès de la Keiiie, c'est une espèci! d<! favori. Mais S. .\L connaît uu peu ses l'aiblcîsses, elle sait (|u'il n'a pas |)assé |)Our avoir des mœurs très sévères et elle lui en (ail (|uel(|u<!rois la ;juerre avec jjriice, (|uand elle travaille avec lui sur les règlements convenables à la maison d'e-ducation pour les jeunes personnes (|n'clle a itistitiu'c et dont elb; suit l'établissemimt avec le plus yrand intérêt. S. M. s'est nonmiéc directrice et rarclievè(|uc président, mais elle bride sans cesse .\F. le Président par des règlements 1res sévères, r (Afl. étr. \aples, l.'i2.J

ROYAL'MK I)K XAPLES. — 1808 355

3525. — MIRAT A X'APOLLIOX

Xaplcs, le 18 octobre 180S.

Sire,

Les signaux de Capri et les drapeaux de Votre .Majesté et les •miens flottant sur ses tours, m'annoncent que l'ennemi a capitulé. J'enverrai incessamment à Votre Majesté les détails do cette expédition. On vient de signaler dans le canal, venant de la Sicile, deux frégates, quatre corvettes, trois bricks et neuf bâtiments de transport, qui joints aux forces qui existent déjià sous cette île forment une escadre considérable. On prétend ([ue c'est tout ce qu'il y avait de troupes en Sicile et qu'il ne reste presque plus rien dans cette ile.

Sire, je le répète, c'est le moment de tenter l'expédition, je ne demande à V'otre Majesté que huit mille hommes et je réponds du succès; il est impossible à l'ennemi de m'empécherde débarquer, il dirige tous ses moyens vers l'Kspagne. La Reine m'a communiqué la lettre de Votre Majesté, je la remercie des ordres qu'elle a donnés pour mes chevaux. L'Empereur ne pouvait qu'être bon envers le Grand Duc de Berg, envers celui qui pleure tous les jours sur son éloignement et qui payerait au prix de son sang le bonheur de pouvoir finir ses jours auprès de lui. Sire, ce sont mes seuls désirs, je n'en aurai jamais d'autres. Je suis bien malheureux depuis que je vis loin de vous. Sire, le moment des combats approche, ne serai-je ptiint appelé à l'honneur de la servir encore? Sui.s-je condamné à n'être plus le témoin de vos succès et de votre gloire? Dans ce cas, je suis bien à plaindre, puisque je serais condamné à ne plus rien faire pour le service de Votre Majesté et que je ne pourrais plus lui donner de nouvelles preuves de mon absolu dévouement.

Je suis...

Guerre.

352fi. — MIRAT AU GÉXERAL LAMARQLE

10 octobre 1808.

A monsieur le général Lamarqae.

Monsieur le général, faites-moi connaître combien d'hommes sont nécessaires pour former la garnison de Capri et pour la mettre à l'abri de toute insulte. Faites faire sur-le-champ un état de situation de tous les magasins que vous avez dii trouver, tant en vivres (pieu

munitions, et en majjasin de toute cs|)èee de marchandises anglaises ; avec uu état de l'artillerie laissée dans lile. Faites vériGer ce qui vous reste de tout ce que jf vous ai fait passer, alors seulement je pourrai sa\oir sur quni je dois positivement compter, quant à rapprovisionnemeii! en tout «jeiiic de la place. Le ministre de la (iucrre vous adresse un de ses ajjents ])our assister à linventaire de tous les magasins et pour en ètie provisoirement chargé; faites exécuter cette disposition.

\ otie aide-de-< ;unp m'a fait connaiire votre capitulation ; il eût été plus favorable surtout, que les Anglais eussent été piisonniers. C'était un bel avantage remporté sur eux en raison de la capitulation accordée au général Junot; mais enlin vous avez pensé que vous ne pouviez pas mieux faire, je ne puis (jue vous réitérer ma satisfaction sur toutes vos autres oj)érations. Votre aide-de-canip m'a également assuré cpie vous aviez conclu un armistice avec les forces anglaises sons (lapri, pourquoi ne m'en avez vous pas rendu compte? J ("Il aurais [)ronfé pour faire toutes les dispositions cpu' j'aurais désiré.

Je donne l'ordre qu'on vous envoie un commissaire des guerres. Faites reconnaitre bien scrupuleusement toute l'île et que le génie la rende inabordable. Dites à monsieur le colonel d'Hautpoul ' de me fiiire un rapport à ce sujet. Prenez des informations sur les hommes les plus influents et qui paraissent nous être les plus attachés. Tâchez de connaître quelles sont les forces qui restent encore en Sicile et à Ponza. Quel en est l'esprit et l'opinion? de quoi étaient composées toutes les expéditions qu'on a faites de Sicile en Espagne? Tachez enfin d'obtenir le |)lus de renseignements que vous pourrez. Annoncez hautement que je vais faire l'expédition de Sicile. Quand vous aurez rempli toutes ces dispositions, vous revieudiez à Naples avec le général Destrés et l'adjudant général Ohavardès. Vous laisserez le comiiuindement de l'île à l'adjudant commandant Thomas et vous lui oidoiiiieiez de correspondre tous les jours avec moi.

Arcliiies «lu prince .Mural. K. \I\', p. '2i.

' (>liarlcs, com (l'Hautpoul, né en 1770, ('lèic do l'Kcolc niilitairc an (k'Ijut do la Révoliiliou et forcé de (|uiUcr le service lursdcjaioi des .sii.spects, il ('(ait plus lard rentré dans l'armée et avait suivi Bonaparte en Kyypte. Xominc olonel du yéiiie, il était ensuite tombé en disjrràce et .uait dû venir dans le royaume de \apies prendre du service. .Mort en ISoO.

HOVAIMI': DH XAPLES. — 18(>8 357

3527. — XAPOLÉO.V A MURAT'

A Saint-Cloud, le 10 ott;)bre 1808.

Mon frère, j'ai appris avec le plus grand plaisir les événements de Capri. Je désire en avoir un eonipte détaillé adressé au ministre de la (îuerre, atiii de le faire imprimer. Aussitôt que vous le pourrez, ôlez les grenadiers de ce poste, mettez-y des Napolitains, des (lorses et des hommes du régiment d'Isembourg; mon intention est qu'aucun Français ne reste dans les iles. J'attends avec impatience d'apprendre que le fort soit pris.

Mou chaigé d'affaires Alberti m'a envoyé une lettre que le marquis de (îallo lui a écrite relativement à l influence que vous auriez eue sur les affaires de Rome, à votre passage par cette ville. Cette démarche de M. de Gallo n'a pas de sens. Si c'est vous qui la lui avez prescrite, vous avez eu tort de vous mêler de choses qui ne vous regardent pas, surtout lorsque c'est contre mes intérêts. Depuis quand a-t-on vu un ministre étranger écrire à un chargé d'affaires pour de pareilles balivernes ?

Je reçois votre lettre du 9 octobre. Il me tarde d'apprendre la reddition du fort de Capri. Je suppose qu'on a fait des batteries pour qu'il ne puisse comnuiniquer avec la mer.

Aussitôt que je sauiai le nombre de troupes dont vous avez besoin pour entreprendre l'expédition de Sicile, je verrai ce qu'il y a possibilité de faire.

Votre bon frère,

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