MURAT A LA JUNTE D'ETAT
Madrid, le 2 mai 1808, à 1 heure après-midi.
Messieurs, Sa Majesté la Reine d'Etrurie, sur l'ordre du Roi son père, allait prendre la route de Bayonne. Un de mes aides-de-camp, chargé de se rendre auprès d'elle, a trouvé en arrivant au Château une multitude insolente qui a commencé par le menacer, et qui bientôt a osé porter les mains sur lui. Il n'a dû son salut qu'à l'arrivée d'un piquet de grenadiers envoyé pour le soustraire à la rage de ces furieux. D'autres assassins n'ont pas tardé à faire tomber sous leurs coups des Erauçais parcourant les rues sans défiance.
Dieu sait que l'énormité de ces attentats pouvait seule me déterminer à déployer la force. Plus celle dont je puis disposer est imposante, plus j'ai mis de lenteur à en faire usage, supportant avec une patience que je me reprocherais, si elle ne tenait aux plus nobles motifs, supportant, dis-je, tant de provocations séditieuses qui auraient dû être réprimées plus tôt.
Dès ce moment toute espèce de ménagement doit cesser. Il faut que la tranquillité se rétablisse promptement, ou que les habitants de Madrid s'altendent à subir toutes les conséquences de la révolte.
Que tout attroupement se disperse, sous peine d'être foudroyé, d'après des ordres déjà donnés et irrévocables.
Que tout individu saisi dans un de ces rassemblements soit fusillé sur-lc-cliamp.
C'est à vous, M.M., à en avertir les habitants de Madrid par une proclamation immédiate et par tous les moyens (|ui sont encore à votre disposition. Jusqu'à présent, Mx\I., j'ai accordé une <[rande confiance à vos paroles; cet instant est celui où vous devez la justifier, en remplissant les devoirs si graves que les circonstances vous imposent. Vous aurez pour juyes le Ciel et l'Empereur Napoléon.
Archives du prince Murat. H. XIII, p. 147.