LETTRE A UNE MAITRESSE
SI LA CLASn JAUKI.
Les jaunes voient que je songe à leur faire plaisir, il est juste qu'elles fassent de même pour moi ; dites-leur, ma chère fille, que je passerai une demiheure à chaque bande, quand vous me direz qu'elles auront été quinze jours séparées de bonne foi dans le jardin sans que les mallresses s'en soient mêlées.
le 9 août 1712.
Ce que M"* d'EspIas me mande de voire communauté, madame, me donne beaucoup d'estime pour elle. On en trouveroit peu qui voulussent changer leurs anciennes méthodes ni prendre de nouvelles idées, encore moins qui déférassent aux avis d'une fille de dix-huit ans. Cependant il est certain que si vous voulez profiter des expériences de Saint-Cyr, vous donnerez une excellente éducation a vos pensionnaires, et sans qu'il en coûte beaucoup aux religieuses. Comme vos règlements ne vous défendent pas d'en recevoir ainsi qu'à Saint-Cyr, il est certain
* Lettres et ivû, p. 485, « IM., p. 257.
i82 LETTKB8 ET VmilTRIlS WÊL L*ÉKGâTIO!C.
que vous pouvez, et même que vous devez songer vos intérêts ; mais qu*est-ce que ces pensionnaires: Il n'y en a que deux sortes que vous puissiez preo-| dre, des enfants ou des personnes avancées en ige, qui veulent penser à leur salut et quitter tout i bit le monde; encore celles-ia ne laisseront-elles p« de vous embarrasser souvent par leur humeur; 0É pour les grandes pensionnaires, elles perdront toIR
maison, et vous n*y établirez jaoMiis^'éducatioD è
Saint-Cyr.
Du reste, c'est commencer à bâtir sur un petit
fonds, que celui de deux cents livres. Je voudra
vous donner de plus grands secours, mais il y a tant
de misère qu'il faut donner peu à chacun.
Les affaires vont lentement pour tout le monde;
jugez comment peuvent aller celles des religieuses.
Je fonde mes espérances pour vous, après Dieu, sur
votre évoque, qui a tout ce qu'il faut pour vous aider.
Dieu vous bénira si vous le faites servir chez vous.
Je vous embrasse de bon cœur.
Le 5 déeetntre l7lt.
Je suis ravie, madame, de vous voir contente de M"* d'Esplas, et bien édifiée de votre vertu et de celle de vos dames : il faut en avoir beaucoup pour
1 Lettres et Àvit, p. 81,9.
A MABAME -DE iJi .MAIftlE {1 7 lA). âM
^e rendre aux idées des «utres et pour changer ce qu'on a accoulumé de faire. Je suis persuadée que Dieu bénira de telles dispositions , que vos filles bien élevées vous en attireront d'autres, et que par ce moyen la bonne éducation de Saint-Cyr se répandra partout. Je consens de tout mon cœur, madame, à ce que vous désirez : je me tiens honorée de metlre la première pierre â vol re bâtiment. Je consens que M"'' d'Esplas demeure quinze jours après les trois mois, et je vous promets de vous la renvoyer Tannée qui vient si vous continuez à vouloir vous servir d'elle. J*envie le bonheur qu'elle a d'aller ainsi en mission, et porter l'instruction qu'elle a reçue. Je ne verrai point M. de Bouville sans lui parler de vous, et je ne manquerai aucune occasion, madame, de vous donner des marques de mon estime et de mon amitié.
Î4 décembre 171%.
Vous m'avez paru avoir tant de dispositions à profiter de ce qui s'est établi à Saint-Cyr, que je me sens un grand zèle pour vous communiquer tout ce que nous savons, et qui, grâce à Dieu, réussit bien.
Rien n'est plus important que d'empêcher que
* Leitret et Avis, p. 863.
284 LBTTBBS IT BNTIIETR!» SUR L*ÉMM:ATIOir.
VOS filles soient abandonnées i elles-mêmes et qu'elles se parlent bas ; vous pouvez fort bien les confier à une sœur telle que vous me la représentez. Cest sans difficulté qu'il faut que vos pensionnaires se présentent aux confesseurs extraordinaires , et comme il faut les former sur tout, et leur dire la vérité, il faut qu'elles sachent que celles qui n'en ont pas besoin sont les plus heureuses ; mais il faat qu'elles aident a cacher, en y allant, toutes cdies qui n'oseroient se montrer, si toutes n*y alloient pas -, que par là elles font une bonne œuvre, ootre que leur disposition peut changer. Ne croyez pas, ma chère fille, qu'il faille attendre qu'elles aient quinze ans pour leur tenir de tels discours; nous les tenons à celles de sept ans, et nous nous en trouvons fort bien.
Mandez-moi tout simplement ce qu'auront coûté tous les jouets que je vous conseille -, car je veux les payer, et que les enfants m'en aient obligation. Je ne sais pourquoi on a défendu les dés dans les couvents; car tout ce qui a servi à la passion ne laisse pas d'y être en usage, comme les clous, les échelles, les lanternes, les bourses, les coqs, les lances, etc.; ainsi je n*en ferois point de difficulté si vos religieuses ne s'en scandalisent pas *, observez seulement de les faire jouer le plus souvent que l'on peut aux jeux où il y a de l'utilité soit pour l'esprit ou pour la mémoire.
A HADAI» DE POITrAfRES (1718). 285