‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 113 sur 120 · DK LA CLASSE VERTE · texte numérisé non relu

DK LA CLASSE VERTE

M*"" de Main tenon étant entrée dans la classe verte pendant qu'on y lisoit la vie de saint Edmond, où il est d'abord parlé de la piété de sa mère, elle demanda à M"* de Bourneuf si elle croyoit qu'il fût fort nécessaire d'avoir de la piété dans le monde, et la demoiselle ayant répondu que oui , M""* de Maintenon ajouta : « Oui, assurément, et bien plus que dans les couvents, où l'on ne voit que de bons exemples, et où tout ce que l'on fait et tout ce que Ton entend a rapport à Dieu et y rappelle inces-

t Lettres édifiantes, t. VU, p. 43.

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samment. Cependant, grâce à sa bonté, quoique soit difficile de se sauver dans le monde, il n'est pas impossible*, mais quelles précautions croyez-vous qu*il faut prendre pour ne pas manquer cette grande affaire du salut même au milieu du monde^ mademoiselle de Vandeuil , lorsqu'on y est nécessairement engagé par son état? — Madame, dit la demoiselle, je crois qu'il faut avoir un grand recours à la prière et une grande fidélité à ses exercices de piété, et à fréquenter les sacrements. — Cela est bien dit, reprit M"® de Maintenon ; il est de foi que notre salut est attaché à la prière, et personne n'a tant besoin de prier que ceux qui demeurent dans le monde. Je pense quelquefois que c'est à eux principalement que Notre-Seigneur a dit : Cherchez, frappez et demandez , car pour les personnes de communauté il semble que toutes les grâces et tous les moyens de salut viennent en foule au-devant d'elles ; au lieu que nous autres, pauvres misérables mondains, il nous faut ramer sans cesse pour nous procurer ces secours qui seuls peuvent nous soutenir contre les mauvais exemples et la perversité du siècle, et pour nous faire marcher dans le chemin étroit par lequel il faut nécessairement passer poiv être sauvés et parvenir à ce royaume céleste pour l'acquisition duquel nous devons sacrifier toutes les choses de ce monde et notre vie, s'il étoit nécessaire-, cela est-il aisé, Saint-Maixant? — Non, madame, dit la demoiselle, je trouve que le chemin large Test bien davantage, car il n'y a qu'à ne se contraindre en rien. — Oui , reprit M"' de Main-

tenon, mais où mène-t-il, ce grand chemin? — A Tenter, répondit la demoiselle. — Oui, dit M°^ de Haintenon, à la perdition éternelle; il faut donc bien se garder de le suivre, et, quoi qu'il nous en coûte, nous efforcer de marcher par le chemin que Jésus-Christ a tracé. »

En continuant la lecture de la vie de saint Edmond, il fut dit que sa mère avoit soin de lui envoyer de temps en temps de petits cilices et autres instruments de pénitence qu'elle metloit secrètement dans les paquets de linge et de hardes qu'elle lui envoyoit; sur quoi plusieurs demoiselles secouèrent la tète, faisant voir que ces sortes de présents n'auroient pas été de leur goût*, M"** de Maintenon s'en étant aperçue, dit : « J'en vois quelques-unes d'entre vous à qui le soin de cette sainte femme n'auroit pas fait plaisir *, mais elles ne penseront peut-être pas longtemps de même, et nous pourrons bien les voir les plus empressées à imiter celles de leurs compagnes qui sont mortes il y a quelque temps en odeur de sainteté-, je vous avoue que je ne pense jamais à ces chères enfants qu'avec une consolation infinie. La petite de Polignac, par exemple, qui avoit eu une conduite si édifiante, et à qui on trouva de petits ^^^^^ ^^ ^^ qu'elle avoit retenu des conférences ,^lÉH^tructions et des lectures qu'elle avoit enteiippiisur la vie cachée-, elle n'avoit pas naturellement beaucoup d'esprit ni de mé < moire, mais elle avoit mis toute son application à suivre l'attrait que Dieu lui donnoit pour cette vie cachée dans laquelle elle avoit déjà fait bien des

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[)rogrès, selon le témoignage de son confesseur el de ses maîtresses. La petite d*Argenteuil, qui éloil aussi de votre âge et de votre classe , n'avoit-ette pas mille inventions pour se faire souffrir? die ne mangeoit jamais de fruit, ni rien qui pût flatter son goût. L'attrait général des vertes étoit alors la mot' tiOcation *, il falloit les retenir et veiller continuellement sur elles pour les empêcher d'en trop ùin\ ce que je ne vous dis pas, mes enfants, pour exiger de vous des choses semblables ^ mais, en vérité, il est bien juste que nous tâchions de souffrir quelque chose pour Notre-Seigneur, qui a tant souffert pour nous. Cependant les mortifications auxquelles je vous exhorte davantage, et qui lui seront les plus agréables, et à vous les plus utiles, ne sont pas tant celles du corps que celles de Tesprit : retenir une réponse mal à propos que Ton est sur le point de faire, une parole contre la charité, une raillerie, un bon mot qui feroit briller notre esprit, une excuse point nécessaire , et qui ne feroit que contenter notre amour-propre ] se retenir de cueillir une fleur, de regarder quelque chose d'agréable, ne se pas plaindre du froid, tlu chaud et des autres incommodités légères qui se rencontrent, et cent choses de cette nature qui ne peuvent faire tort à votre sant?, mais un très-grand bien à votre âme.

a J'oubliois encore la fidéKté à garder votre silence et votre règle, Tobéissance et le respect envers vos maltresses. Voyez que d'excellentes pratiques vous pouvez faire sans nuire a votre santé, car malgré l'admiration que vous me voyez pour vos

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anciennes compagnes, que je regarde comme des saintes, je suis fort d'avis que vous ménagiez et fortifiiez votre santé pour être dans la suite plus en état de soutenir la règle des différentes maisons religieuses auxquelles, selon l'apparence , bieu destine plusieurs d'entre vous. Priez donc de tout votre cœur, aimez Dieu sincèrement, servez-le fidèlement par vos exercices de chaque jour ; fuyez soigneusement tout ce qui peut lui déplaire^ ne faites jamais, si vous le pouvez, des fautes volontaires, quelque légères qu'elles soient ^ gardez exactement les commandements de Dieu et ceux de rÉglise-, ménagez bien toutes les occasions de peine que Dieu vous envoie-, ayez l'habileté d'en faire votre profit pour le ciel, car il veut bien nous tenir compte de tout ce que nous endurons avec soumission à ses ordres, quoiqu'ils soient désagréables à notre nature. Une bonne ménagère dans le monde ne laisse rien perdre, et met tout à profit, de même une bonne ménagère pour Dieu profite de toutes les occasions pour pratiquer la vertu, et sait souffrir mille petites choses secrètement entre Dieu et elle, sans que personne s'en aperçoive. Cette vertu, mes enfants, quoique bien parfaite, n'est point audessus de votre âge ; elle me paroît très-droite et très-solide, et telle que je la désire à moi-même. Adieu, mes enfants. »

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