DAME DI SAINT-LOUIS ET INFIRMIERE
Je vous envoie des oranges pour réjouir le cœur
» M"« de Mainlenon répèle celle phrase dans plusieurs de ses inslrucUons. (Voir page 8.)
« Lettres et i4M«,p. 435. — Lettres édif., l. I,p. 354. > Marie de Gautier de Fontaines fbt la si&ième Dame de Saint- I 3
26 LETTRES ET ENT|JSTIEMS SUR l'ÉOUCATION.
de vos malades. On dit que vous vous amusez trop à elljes len particulier, et que vous n'êtes *pas assez occupée des soins du général ^ on dit que vous n'êtes pas présente aux repas, et que vous faites faire des distribiftions par des converses qui s'en acquittent mal ^ pn dit que vous donnez trop à manger et que y.o^s êtes trop bon^e. Je vous conjure de regarder avep la sœur Anne ' et M"'*' de Butery à la dose de quiqquiua qvie vou$ donnerez à vos demoiselles, et si effectivement elles le prennent. On m'a dit aussi qu'il y ^ des demoiselles qui font des façons pour prendre leur quinquina^ ne souffrez point ces sottises-la dans une maison où Ton doit se conduire en tout par la raison. Je n'aurois pas souffert aux enfants du Roi la moindre résistance pour prendre une médecine; et en leur assurant qu'elles étoient fort mauvaises, je les leur faisois avaler comme de Teau. Quanta leur déjeuner, il faudroit donner du bouillon ^ celles qui en voudront, et du pain sec i celles qui ^ v^eulent point de bouillon ^ on peut leur donner quelques rôties au vin à la collation, mais non pas toujours, et quelquefois des biscuits. Les jaunes ne sont plus des enfants , mais il faut les conduira avec de la Cermoié: occupez-les tout
Louis ; elle fit bc» vœux solennels le 1 1 décembre 1 G93 el mourut le iO jaDvier ^718. Elle était d'uiie grande beauté ^l exerça cuvent les charges d'infirmière, de portière, de mat tresse des converses. Elle avait une su:ur, aussi Dame de Saint- Louis, qu*on appelait M""« de Fontaines.
^ Sœur de la Charité qu*on avait fait venir pour apprendre aux Darnes de Saint-Louiji à soigner les malades.
 NADAME DU ^ÈR(^ f68è). 27
dooeetneçt; (pêffffî«ftfe2-lMif dé là gaieté et de ta <roiiTemtioti, quand elle ë^ ^Aénlte, Mh né sôiiU fret aucune li^i^oii particulière. Adiéii, je vous dmne le bonsoif ; entret^ darfd Véiptii et datis \eë maximes dé la inaisottj et êùnïplet que le moyeti le plus sûr pouf se foire aimer des demoiselles è^ de s^en faire estimer;
lî*. — LBTTRB A MADAME DU PÉROU»,
DAMI 9K 8AIMT-10UIS, ÉklTÉtitt VKS MOVTCtS.
(ERe loi domic des {nitrnctions tôt la eonfluite àd éàriéMîK)
L« 26 octobre 1686.
Je suis persuadée de voire «èle et de rotre capacité, et il faut employer Tun et Fautre pour notre chère maison -, il est vrai que je suis fort vive pouf
* Lettres édifiantes, t. I, 85« leUre. p. 379.
* CaUierine Travers du Pérou, née en 166G, morte en 17 48. Elle avait élé élevée ù Noiav, et fut l'une des quatre pi'euiières Dames de rinStitut de Saint-Louis. Elle Dt profession le 2 Juillet 1686, et quoiqu'elle n'eût que vingt ans, ùit immédlatemeht nonv^ mée maîtresse des novices, mais sous les ordres et la direction de M^^ de Brinon, qui remplit en réalité cette charge. L^ lettre 12 téffiolpue Testime que M"* de Maintcnon fEiisait de sa capacité et lei eqiérances qa*el]e fondait sur elle. M™« do Pérou ftil en effet Tudè des lumières et des saintetés de la maison de Saint-Louis ; elle en exerça continuellement les plus iniporlantes charpes et fut nommée sept fois supérieure. C'est elle (|ui a écrit les Mémoires sur la maison de Saint-Louis, qui forment la plus grande partie des Mémoires des Dames de Salnt-Cvr. Elle était surtout remar(iuat)le par i*on l»on sens, sa dndture, son calme, sa fermeté, cl ces qualités n'excluaient ni la candeur, ni la tendresse, ni la grâce.
* Le premier et le plus important trarail que M"* de Haintenon
tous ses intérêts, et je crois même que je vais quelquefois jusqu'à rimpatience ; mais il me semble qu'il y a quelque raison à se presser et à se bien servir du temps favorable où nous sommes. Dieu sait que je n'ai jamais pensé à faire un aussi grand établissement que le vôtre, et que je n'avois point d'autres vues que de m'occuper de quelques bonnes œuvres pendant ma vie, ne me croyant point obligée à rien de plus, et ne trouvant que trop de maisons religieuses ] moins j'ai eu de part à ce dessein et plus j'y reconnois la volonté de Dieu, ce qui me le fait beaucoup plus aimer que si c'étoit mon ouvrage ; il a conduit le Roi à cette fondation, comme vous l'avez su, lui qui, de son côté, ne veut plus souffrir de nouveaux établissements *.
Il est vrai qu'autant que j'aurois tremblé dans le gouvernement de Saint-Cyr, s'il avoit été fait par moi , autant m'y trouvé-je hardie , voyant qu'il avoit été fait par la volonté de Dieu, et que cette même volonté m'en a chargée; aussi puis-je vous dire avec vérité que je le regarde comme le moyen ^ue Dieu m'a donné pour faire mon salut, et que je sacrifierois ma vie avec joie pour qu'il y soit glorifié. C<; qui me presse souvent, et peut-être un peu trop quelquefois, c'est que je voudrois que tout fût bien établi avant la mort de M"* de Brinon, la
eut à faire fut de créer des institutrices^ et les instructiona qu'elle donna pour le noviciat sont très- nombreuses et très- remarquables. On verra quelles qualités, quelles perfections elle exi^^cait des demoiselles qui aspiraient à être Dames de Saint-Louis.
1 CVest-à-dire de nouveaux couvents ou établissemcuis religicu\ .
A HADAMB DU PÉROU (1686). 29
mienne et celle de M. Tabbé GobelinS afin que l'esprit de la maison subsiste toujours malgré les oppositions qu'il trouvera peut-être dans Tavenir, car vous n'aurez jamais une supérieure plus habile et plus absolue, une amie plus zélée pour la maison» ni un supérieur si saint que vous avez présentement.
Nous avons de plus toute l'autorité spirituelle et temporelle entre les mains : le Roi et Tévéque^ sont prêts a faire tout ce que nous pouvons désirer^ c'est à nous à mettre les choses dans l'état de perfection où nous voulons qu'elles soient pour toujours. Une des choses qui s'y opposent le plus et qui nous donnent le plus de peine, c'est la facilité que M"^ de Brinon a pour recevoir de mauvais sujets^, et vous devez toutes être fermes là-dessus, et en user sans complaisance et sans crainte : vous en rendrez compte à Dieu, et c'est une des plus importantes actions de votre vie.
> Directeur de M™* de Mainfenon et le supérieur spirituel de la maison de Saint-€yr : « 11 avoit été homme de guerre dans sa jeunetse et s'étoit fait homme d'Eglise par un vrai détachement du monde et par amour de la science et de la vertu ; avec un aspect fort commun, il avoit beaucoup d'esprit et de pénétration, et lui disoit bien toutes ses vérités. « {Mémoires des Dames de Saiiit-Cyr, ch. XIX.)
* L'évéque de Chartres. Salut-Cyr était alors dans le diocèse de Chartres.
* Cette expression n'a pas le sens qu*on lui donne vulgairement. M*« de Maintenon entend des novices reçues par complaisance et qui n'ont pas de vocation religieuse. En effet, M>»« de Brinon faisait de mauvais cAolx et inspirait aux novices « son esprit de grandeur et ses Idées de dame importante, » (Voir là-dessus VHist, dt h mttMOfi de Saint^Cifr, ch. vt.)
Dam l'examen de vos filles, attachez-vous toujours A la vraie piété, àresprit droit, au goût qu'elles ont pour l'institut, à l'envie d'y devenir habiles^ ft l'attachement aux règles, à l'esprit de communauté, A réloignement du monde, voilà le principal poui* une Dame de Saint-Louis -, car pour l'humeur un peu trop prompte, comptez que nous avons les vices et les vertus de notre tempérament : celui qui fait prompte, fait active, vigilante, attachée au succès de ce que nous entreprenons-, celui qui fait douce, fait nonchalahte, paresseuse, indifférente à tout, lente et insensible; la piété rectifie l'un et l'autre dans les suites, et assurément c'est là l'essentiel. Qui est plus prompte que M"* de Brinon et moi? et nous en aimez-vous moins? Vous me direz peut-être, et avec raison, que les inférieurs ont à souffrir de ces humeurs-là, mais je vous répondrai qu'il faut souffrir, et après tout, vous n'aurez de supérieures que celles que vous choisirez. En mémte temps qiié j'eleuse les promptes, et peut-être par amour-propre, je vous exhorte bien à corriger le plus que vous pourrez celte humeur-là dans toutes vos filles.
Vous pouvez montrer tout ce que je vous mande à qui vous voudrez : plût à Dieu qu'il fût assez bon pour que vous en tirassiez toutes quelque profit.
Je n'ai jpasie temps de corriger votre orthographe-, vous y avez tant profité depuis quelque temps, que vous la saurez bientôt*. L'exactitude qui est étabfie
' Voir la note de 1A page 6. U faut ajouter que lloh n*attachait alora à eette science '4o*uDe médiocre importance et que les geito les mieux élevés, même les beaux eupritt». y mettaient beaucoup
A «AbAMB DU t»ËllOO (1686). 31
à se rendre à la commutlauté fètti Uh bien itttonceyable à la maison. Il n'y a pas à hésiter à faire le chapitre aux postulantes et A les éprouver par des moi^ tifications -, noiis avons tant voulu ôter les tnAtaièt^ de couvent, que nous ferit^n^ à là fin une hiÀisôn particulière dont on se troUverbit mal datis la suite. Parlez là-dessus à la supérieure et établissez ce cha^ pitre au pitis tôt. Vous le pouvez faire danis votre réfectoire, ou, s'il y a que1(}tie difficulté, je vous oflDiô tout mon appartement à choisir.
Agissez de concert avec la supérieure ; elle à biëtl de l'esprit et de la vertu, et il faut tâcher d'atheiler les autres à votre point. Adieu, ma très^ôhère fille.
(Sur le mèbe t*jet;)
Décembre 1686^
Quoique vous soyez beaucoup plus instruite que moi, je lié puis retenir mon zèle pour le bien dé Saint- Cyr, et je vais vous dire tout ce qui me viendra dans resjirit pour vous aider à tormeir Vos novices^
n n*)ésl pas besoin avec vous de poser pour prîh-
d'inexactiHkde. M"« de Mafntenon disait : « <|Ue potirvn qu'on ne nt pas de fautes grossières sur cette matière, on passoit aisément aux femmes les autres nianquemcnts ; elle disoit mf'me que quand on auroil su parfaltemenl tout ce qui est de celte sorte de science, !i ne faudroit pas s'en servit* exaHehient en écrivant des lettres, que cela sentolt trop la pédanterie dans une personne de notre sexe et l'envie de faire la savante. » (Mém. des Dames de Sainl-Cyr.)
* Lettres édifiantes, t !» «6* lettre, p. 38^.
* Voir U note 3 de U pa|;iB 17 .
32 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L'ÉDUCATltm.
cipe que tout dépend de leur piété : je sais que vous comptez le reste pour rien -, mais il faut ne rien oublier pour leur inspirer une piété droite, ferme, courageuse et simple.
Apprenez-leur la religion dans toute sa grandeur : faites-leur voir qu'elle est en esprit et en vérité; qu'elle ne consiste point dans les seules pratiques extérieures ni dans une observance judaïque de la loi, mais qu'elle doit être dans le cœur-, que c'est elle qui doit entrer dans toutes nos actions, qui doit les animer et les régler, depuis les plus importantes jusquesaux plus petites.
Qu'il faut être soumise, fidèle à toutes les pratiques de la religion, mais sans gène et sans scrupule.
Qu'on doit juger de la cause par les effets -, que notre salut n'est pas attaché à la seule spéculation, mais qu'il faut éviter le mal et faire le bien.
Qu'il faut commencer par l'éloignement de tout péché ^ c'est la première obligation, et, sans cellelà, toute la piété n'est qu'illusion et amusement.
Que la volonté doit être absolument gagnée et déterminée à servir Dieu le reste de sa vie, quoi qu'il vous en coûte.
Jusque-là vous ne pouvez compter sur une fille ^ il n'y a que cette volonté entière qui fait entrer dans la voie sainte et qui fait avancer chaque jour.
Que la pureté de votre conscience et le zèle pour leur perfection ne vous fasse pas écarter de la vérité : ne leur donnez pour péché que ce qui est péché mortel, véniel, fautes-, nommez les choses par leur
A lUllAME DU PÉROU (1686). 33
nom autant qu'elles peuvent être décidées, mais ne décidez pas hardiment.
Conduisez-les à Dieu par le chemin de Tamour, et faites-leur voir que, quand le cœur en est rempli, on ne ménage plus rien, on donne tout, et on ne demande ni le plus ni le moins, parce qu'on veut tout donner et tout faire.
Servez-vous de celle comparaison si connue, mais si juste, qui est ce que nous sommes capables de dire pour une créature que nous aimons trop. Ou lui sacrifie son bien, son temps, sa santé, ses amis, sa liberté, son plaisir, ou, pour mieux dire, on trouve un plus grand plaisir dans ce sacrifice entier de toutes choses qu'on n'en trouve en les possédant.
Quelle honte, si on ne faisoit encore plus pour celui quia tout fait pour nous, qui ne peut changer, qui ne peut finir, qui est sans défauts; et auquel nous serons unis pour rétemité!
Quand leur cœur sera touché de ces vérités, rien ne leur coûtera, rien ne les ébranlera ^ elles entreront dans celle liberté qui est le caractère des en* fants de Dieu.
Elles auront une sainte hardiesse avec lui, telle que ces enfants avec leur père quand ils sont bien convaincus qu'ils en sont aimés tendrement. On est bien hardi quand on sent qu'on aimeroil mieux mourir que d'offenser Dieu, qu'on voudroit lui plaire aux dépens de tout^ qu'on veut vivre et mourir dans ces sentiments, et que celui qu'on aime les voit dans votre cœur.
34 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L*ÉinJCATION.
Elles seront fermes avec un tel appui et marcheront avec courage au travers des sécheresses, des langueurs, des inégalités, des découragements, et, en un mot, de tout ce qui exerce la vertu.
Si elles sont courageuses, elles seront ferventes et courront avec agilité, indépendamment de la foîblesse du corps et de l'esprit.
Examinez-les sur le courage : que pouvez-vous espérer dans la suite, si les commencements sont lâches?
Le caractère d'une novice doit être une bonne volonté et une ferveur que voué soyez obligée d'arrêter : qu'elles veulent tout, qu'elles croient ne rien faire, et qu'elles volent aux pratiques intérieures tt extérieures.
C'est à vous à les ménager et à leur faire désirer d'aller plus loin -, mais une novice. qu'il faut exciter et qui fait le moins qu'elle peut sera, selon toutes les apparences, une mauvaise professe.
Qu'elles soient détachées des aiséà du corps : nourrissez-les durement dans tout ce qui n'intéresse pas leur santé essentiellement. Qu'elles négligent leiir personne le plus qu'il sera possible, sans ôli'e singulières ou malpropres *, mais ne leur souffrez pas le moindre soin, ajustement ou affectation. Observes ce qu'elles font dans les moindres choses : on doit juger des grandes par les petites. Celles qui ont dé l'ordre dans ce qu'on leur confie, qui sont propres, qui sont arrangées, soigneuses, exactes, seront capables pour notre maison.
Mais, madame, ce que je ne puis assez vous re-
commander, c'est l'esprit de simplicité : qu'elles soient sincères, franches, ennemies des moindres duplicités. SujiYez cette idée en tout : voyez si elles sont fines ou si elles veulent Têtrc^ si elles sont de bonne foi dans leur conduite et dans leur conversation, car cette droiture de cœur, qui est la simplir cité, se remarque en tout ^ si elles sont capables d'avouer leurs faiblesses, leurs fautes \ si, dans leur confiance, elles ne retiennent rien^ si elles disent le bien qui est en elles comme le mal quand on leur demande ^ car la simplicité est ingénue et ne cherche que la vérité, sans vouloir se louer ni se blâmer.
Voyez où elles se portent naturellement, et observez-les avant de leur ouvrir l'esprit sur toutes ces délicatesses, de peur qu'elles ne songent à vous les montrer pour vous tromper.
Inslruisezrles de ce qui est nécessaire et solide ; ne donnez rien à leur curiosité^ empêchez les grands raisonnements, raffinements, objections, et tâchez de démêler si c'est la vérité qu'elles cherchent ou si elles veulent disputer pour se divertir, pour embarrasser ou pour montrer leur esprit.
Si la simplicité est nécessaire et aimable dans la société, elle est encore d'une plus absolue nécessité dans la piété.
N'oubliez rien pour les faire marcher dans cette voie^ qu'elles prennent un confesseur, qu'elles n'en changent pas que par de bonnes raisons, qu'elles lui soient soumises ep tout ce qui n'est pas mal, et qu'elles ne parlent jamais qu'à vous de la manière
dont elles sont conduites et quand cela sera nécessaire.
Attirez leur confiance pour les mener à Dieu, mais ne les accoutumez point à traiter souvent de leur intérieur; donnez -leur des maximes fortes, libres; faites taire leur esprit et animez leur cœur.
Donnez-leur des pratiques d'oraison sans raffinements; qu'elles y soient simples dans la présence de Dieu; qu'elles méditent les vérités qui leur sont proposées, s'abandonnant à son amour, soit sensible, soit languissant; qu'elles y prennent des résolutions selon leurs besoins, qu'elles y soient fidèles et exactes à y donner tout le temps prescrit.
Qu'elles n'en parlent jamais entre elles et ne leur en parlez pas souvent; cela les accoutume à parler trop d'elles, à s'occuper d'elles-mêmes, et les fait entrer dans des raisonnements inutiles et dangereux.
Menez-les simplement, gaiement et humblement, par cette voie d'amour, d'abandon, de bonne volonté et de bonne foi dans tout ce qu'elles font.
Occupez-les beaucoup ; accoutumez-les au silence ; qu'elles se divertissent innocemment, et ne leur laissez guère de temps pour les conversations entre elles.
Betenez-les sur les exercices de piété qui ne sont pas de la règle; accordez-leur-en quelquefois, mais toujours comme des grâces, et allez au-devant de cette lassitude où l'on tombe quand on a trop fait en commençant.
Inspirez-leur cette dévotion dont nous parlions l'autre jour, qui est de suivre l'esprit de l'Église en
AVIS AOX DAMBS DE SAINT-LOUIS (1688). 37
8*occupant des mystères dans le temps qu'elle a marqué.
Elles passeront leur année bien saintement si elles se préparent à la venue de Notre-Seigneur, si elles le reçoivent de tout leur cœur, si elles Tadorent avec les bergers, si elles lui offrent tout avec les rois, si elles vivent dans la soumission et dans la retraite avec loi, si elles travaillent, souffrent, meurent, et ressuscitent avec lui.
Je garde votre lettre pour parler de ce que vous me marquez quand j'irai au noviciat ; je ne demande qu'à vous aider en tout, autant que j'en suis capable.
Ne souffrez point une grande diversité de livres : le Nouveau Testament, limitation, Grenade, Rodriguez, saint François de Sales et quelques autres, suffisent pour toute la vie d'une personne ; on n'a point ici beaucoup de temps pour lire, et ce n'est pas un malheur-, l'observance de la règle et les charges prennent toute la journée. Qu'elles ne cherchent point l'éloquence, ce n'est que par vanité, et nous ne savons pas seulement ce que c'est qu'éloquence.
Si les Dames de Saint-Louis veulent suivre les intentions de leur fondateur, il faut qu'elles se regar-
1 AviM aux religieuset de Saint-Louity p. 6 . — Le le\te porle : « E\lrail de quelque» autre» avis donnés dans le temps de ¥■• de I. ^
38 LITTKBS BT BMTRBTIBNS SUR L'ÉDUCATION.
dMt comme chargées uniquemeûldu soin des jouD^ demoiselles qui font partie de la communauté» qui diantent Toffîce avec elles, qui n'oDt rieû de particulier et qui en tout doivent être traitées comme les enfants de la maison : même instruction, mêmes règles, même nourriture , mêmes maximes , même esprit, sans nulle différence que celle qu'il y a entre des personnes toutes formées et celles qu'elles doivent former, et entre des personnes qui doivent donner l'exemple et les autres en profiter. Je sais que les Dames ont fait des vœux, et que par li elles sont obligées à une plus grande perfection que les demoiselles ; mais c'est aussi le seul point qui les distingue et le seul moyen qu'il y avoit pour les attacher à réducation des demoiselles.
C'est leur unique affaire qui s'étend bien loin si elles en connoissent toutes les obligations. Ce n'est pas assez d'un ordre extérieur et de Taccomplissement de la règle de la journée \ il faut attaquer les mauvaises inclinations et les vices s'il y en a, en faire de solides chrétiennes, leur donner des principes sur tout, afin qu'elles puissent y revenir quand elles seront assez malheureuses pour s'en écarter pendant quelque temps de leur vie.
n faut donner à toutes môme instruction sur la religion et sur les mœurs ^ il faut un soin égal de leur santé; mais je crois qu'il ne seroit pas mal è propos d'avoir une attention particulière à ouvrir
BrinoD, dont on n*a retranché que les articles que M™* de Maintenon a changés eHe-même, «( l'origlBal ett ëàna la ctaiette de la lupérienrt M enUer. ^
faire par leur exemple et par leur iiistrucais il l'uut que ces distiiictions se tassent inière imperceptible pour les autres, ird des alTaires temporelles, les Dames doif une grande application pour qu'il n'y ait lésordre dans leurs dépenses, et considérer lérîte de leurs épargnes est bien différent les autres maisons qui ont besoin de ménase soutenir, qui veulent quelquefois s'»et que pour les Dames de Saint-Louis elles m A craindre ni à désirer. Le Roi, par sa snce, leur a donné de grands biens, et par [prévoyance les a garanties de tout prétexte , puisqu'elles ne peuvent ni bâtir ni acqué- I toute leur épargne les mettra en état de s d'aumônes, et c'est là le motif qu'elles .voir dans le gouvernement du temporel, tution de Saint-Louis est une manière de
SG^^-i-
40 LETTRKS KT KNTHETIENS Sl'K i/KDICATION.
règle et à un oliice, puisque la clôture étant établie, les filles ne pourroient aller chercher dans les églises cette consolation et cette nourriture pour leur piété ; mais il ne faut pas qu'elles augmentent là-dessoi ce qui est établi , et qu'il y ait jamais plus de temps au chœur ni plus de chant, se tenant toujours au principe que tout doit être par rapport aux demoiselles qui ne peuvent être plus longtemps à Téglise, et qui doivent partager leurjpumée entre la prière, rinstruction, le travail et le relâchement qui leur est nécessaire.
11 faut se garder du prétexte spécieux de vouloir plus de perfection, plus d'oraison et plus de dévotion, puisque la leur consiste en raccomplissement de leurs vœux et à suivre l'intention et les conditions de leur fondation.
Il y a des maisons destinées à la contemplation, au chant des louanges de Dieu, à l'adoration perpétuelle du saint Sacrement, et à plusieurs autres manières de servir Dieu, qui sont excellentes; mais Saint-Louis est fait uniquement pour former les jeunes demoiselles et celles qui sont nécessaires pour les instruire. Il faut bien comprendre cette obligation avant de s*y engager; mais quand on a fait les vœux , il faut être bien convaincue que tout ce qui détourne de celui d'employer toute sa vie à instruire, enseigner et élever les demoiselles ne seroit que tentation. 11 faut donc que les Dames se rendent parfaites pour perfectionner les autres, et qu'elles y travaillent autant par leur exemple que par leurs paroles.
AVIS AUX DAMES DE SAINT-^LOOIS (1688). 4l
Le. commerce des présents étant interdit aux Dames de Saint-Cyr , puisqu'elles n'en peuvent recevoir, il faut que leurs ouvrages soient utiles à la maison en général ou en particulier : le nombre des en&nts qui y sont, la lingerie et la sacristie fourniront assez d'occupation.
Surtout, mes chères enfants, évitez la trop grande liberté, ne courez point par la maison, n'allez qu'où vous avez affaire , ne faites jamais de visites qu'avec permission, et prenez les relâchements dont vous avez besoin dans la communauté, et toutes ensemble. Vous êtes perdues si le dégoût de la communauté vous prend et s'il vous faut des commerces particuliers les unes avec les autres.
J'ai oublié de dire sur les ouvrages particuliers que les Dames de Saint-Cyr n'en sauroient faire particulièrement, puisqu'elles n'ont point de quoi acheter ce qu'il faut pour travailler; néanmoins les mattresses des classes pourroient apprendre à broder, car on pourra dans la suite vouloir faire des ornements; enfin, tout doit être en communauté, et tout travail doit être utile à la maison.
Les supérieures ne pourroient s'opposer trop fort au commerce des Dames avec les demoiselles*, elles ont en santé leurs maltresses et dans leurs maladies les infirmières.
J'ai passé trop légèrement la nécessité de séparer les Dames d'avec les demoiselles; il faut être implacable là-dessus, et cela se pratique dans tous les lieux où il y a beaucoup d'enfants. Les écoliers ne eonnoissent que leurs maîtres; les pensionnaires
49 LBfTMi BT mTRBTIBNa SUR L*ftDOCATIOIf«
detUrfuIines n'ont auoun oommeroe qa'sree celles qui sont chargées desclasies; on ne laUroit trop renfermer les demoiselles dans la leur; et si onyeut en être craintes, respectées et estimées comme il Caut l'être pour leur inspirer le bien, il faut rarement se montrer à elles.
On ne peut assez louer Dieu de l'éloignement que Ton a dans votre communauté pour les parloirs ^ c est la sûreté de votre vocation, c'est Tintention des fondateurs, c'est votre bonheur pour le temps présent et pour l'avenir, et les anciennes ne peuvent trop soutenir cette sainte pratique.
On a une conduite sur les ecclésiastiques, qui est encore une grande bénédiction. Je prie Dieu de tout mon cœur qu'elle ne change jamais; que, sous quelque prétexte que ce soit, on ne les voie point qu'a l'autel etau confessionnal ; que l'on n'en parle point \ qu'il ne soit question ni des confessions, ni des confesseurs ', que l'on n'ait point de préférence pour les uns ni pour les autres, et que l'on aille simplement à celui que l'on veut, sans dire les raisons de son choix. 11 faut que les sacristines soient exactes à ne parler aux prêtres que pour les choses nécessaires, et que ce soit avec une modestie qui les édifie.
Je vous conjure, mes chères filles, de garder une grande simplicité dans le choix de vos livres, de prendre ceux que votre supérieure vous donnera, sans vous mettre en peine de qui ils sont. Attacheatvous aux choses que vous y trouverez, et point aux termes; lisez pour profiter*, n'ayez point d'autres vues) elles sont toutes vignes et dangereuses , et
ATlft AUX AAlItft DB lAINT^LOOIfl (iMS). 4S
QOOft floanDM trop iMurê«ses d'être obligées, pef notre saxe et par notre ignorance, à être simples ei soumises^ puisi^ue e'est la voie la plus facile et la plus sûre.
Ne soyez point curieuses de savoir ce qui n'est {KHUt utile i votre salut et à Téducation des demoiselles : ce sont les deux seules choses dont vous êtes chargées. Partagez votre vie entre les prières. Tins* tniciion de vos filles, Texercioe de vos charges, el le divertissement honnête et réglé qui vous est né* œssaire) attaohez^vous à une exacte obéissance envers vos supérieurs, et en cela ne croyez rien de petit-, c'est ce qui soutiendra votre maison.
Rien n'est si dangereux dans les communautés que ces esprits qui en méprisent les règles, les coutumes et les maximes, qui y trouvent de la petitesse et qui prétendent que Dieu ne peut compter ce qui n'est pas grand \ c'est le discours de l'impie, et vous ne pouvez trop tôt vous défaire de ces sortes de caractères d'esprit. Nous n'avons rien de grand i donner a Dieu*, tout est également petit devant lui; il n'y a que notre amour et la pureté d'intention qui y donnent le prix, et l'assujettissement à votre règle lui plaira, comme si vous souffriez le martyre.
Concevez bien vos obligations devant Dieu, et ne croyez pas en être quittes pour être de médiocre» religieuses, il vous faut un zèle ardent à suivre les intentions de votre fondateur, et que vous vous regardiez comme plus chargées que lui de la suite du grand établissement qu'il a voulu faire et des granda^ biens qu'il vous a donnés. Les vues chrétiennes eC
désintéressées quil a voulu vous inspirer, et si j'ose parler de moi, tous mes soins et toute mon application, tout cela, dis-je , sera inutile, §i vous ne travaillez sans relâche a établir une vertu solide dans votre maison.
Il n'y a point de communauté qui ait tant de surveillants que la vôtre ^ vous devez l'exemple à deux cent cinquante demoiselles qui ont toujours les yeux sur vous, et dont la plus jeune se mêle de juger tout ce que vous faites.
Examinez bien la vocation des demoiselles que vous voudrez recevoir Dames de Saint-Louis : il leur faut de la santé, de Tesprit et quelques talents, s'il est possible^ mais la vertu et la véritable vocation sont préférables à tout, car avec une vertu solide et droite tout se rectifie.
Soyez de même pour vos sœurs converses, et vous verrez qu'une fille pieuse et d'une piété droite vous rendra plus de services avec une force médiocre, qu'une fille forte ne vous en rendra si elle n'a pas la vue de Dieu, et la raison en est, que celle qui sert Dieu en vous servant fait tout ce qui lui est possible, et l'autre le moins qu'elle peut.
Souvenez-vous de ce que je vous ai dit mille fois sur les relâchements dont vous avez besoin ; ne les prenez jamais devant vos demoiselles, à moins qu'ils ne soient très-modérés, et qu'elles vous voient toujours en état d'attirer leur estime et leur respect. Ne vous séparez jamais, quoi qu'il pût vous arriver dans la suite, et s'il y en a de plus sages les unes que les autres, qu'elles ne s'éloignent point de
leurs sœurs» qu'elles les attirent à la vertu par leur douceur et par leur amitié.
Gardez un milieu entre rindifférence de votre charge ou le trop d'attachement*, il faut la bien faire et s'y affectionner, mais tâcher de donner toujours quelques heures à la communauté et à Tunion générale.
Quand vous entrerez dans vos affaires temporelles, il faut vous faire dqyier un état de vos revenus, les prendre toujours au-dessous de ce qu'on vous dira, les non-valeurs, les réparations, les aumônes dans vos terres, les gages de vos gens d'affaires, et ensuite faire votre projet de dépense par avance, car autrement vous vous trouveriez toujours en arrière.
Votre ménage doit être un grand ordre, une ap^ plication à ne rien laisser perdre et à conserver ce que Ton a, le retranchement de toutes sortes de délicatesses, et une vue d'épargner pour faire plus d'aumônes, c'est-à-dire pour établir plus de filles, soit en les mariant, soit en les mettant dans des couvents, car ce sont là les aumônes dont votre fondateur vous charge. Il faut préférablement aux aumônes donner aux demoiselles tout ce qui leur est véritablement nécessaire, c'est-à-dire un grand soin d'elles dans leurs maladies, et qu'elles soient bien nourries et bien vêtues dans leur santé.
Souffrez que je vous dise encore que l'assiduité à la communauté est ce qui vous sera le plus utile : quand de bonne foi vous partagerez votre journée entre les observances, les fonctions de votre charge
46 LirmCS BT KIITMriBNI son L'fcMHlATfmf.
et qoeiquêt heures à la eo«imun«uté, tout n'en ao-
rez guère de reste.
iS». — LETTRE A MADEMOISELLE DE GLAPION*,
Déeenbre IftSf.
Vous écoutiez hier avec uRit d'attention ce que je vous lisois, que je ne veux pas attendre aux étrennes à vous donner un livre pour écrire ce qui vous touche le plus. Je vois avec plaisir que Dieu vous occupe *, je le prie de tout mon cœur d'achever son ouvrage en vous, et ce que je puis vous dire par mon expérience, c'est qu'il n'y aura jamais que lui qui vous rendra heureuse dans ce monde ici et dans l'autre. Adieu, ma chëre enfant, avertissez -moi quand notre troupe sera sur pied', j'en ai bien envie.
1 Lettres et Avit, t. H, p. 403. — Avis aux Religieuses de Saint Louis, p. 988.
* llari«-lfadeleiiie de GUpion des RoulU, née en 1674, nerto fu 1729. Ce fût elle qui joua Hardochée dans Esther et dont Racine disait : < J'ai trouvé un Mardoctiée dont la voix va droit au cœur. • Elle devint Dame de Saint-Louis, fit profession le 28 novenlire 1695, et fût élue trois fois supérieure. KUe devint Tanta et la confidente ordinaire de M™* de Maintenon, qui l'aimait comiae si elle eût été sa flile. — Voir le portrait que j'ai tracé de cette femme remarquable dans leB Lettres hist. et édif., t. L p. 879.
* La troupe des demolseUes qnt devaient jouer Esther,
AV» AUX MAiriiESSIt M» CLAS8I8 (l€€9) 47 !#'. — LETTBE à MAWMOISBLLB DE GUMW.
n jaoTier 1689.
GmrdeK-moi le secret que je vous eonfte ; c'est mercredi que je compte que nous ferons représenter Es(ker^\ tenez tout prêt. J'ai fait écrireA M. Nîters* de se rendre A Saint-Cyr pour accompagner avec le elafecin. Je suis ravie, ifia chère enfant, de vous voir occupée de Dieu comme vous Tètes -, je le prie de tout mon cosur de se rendre le mettre de vous, et de vous eonduire dans la voie la plus assurée pour votre saiut . ^ Je pouvois y contribuer, je m'estimerois trop heureuse, et vous pouvet vous adresser A moi avec toute soKe de liberté. .
{7 i. AVIS AUX MAITRESSES DES CUSSES.
Je crois que pour être une bonne maîtresse d«s classes, il faut premièrement up grand désir pour le
« Lettru ééii.y U 11, Wtlre 2S. — Uttfêi «I ivû, |^. 4^4. — Àvii aux Relig. de Saini-Louis, p. 988.
* Ësther fut en effet représentée devant le roi lè mercredi tS Janvier 16SS. (Votr VBUt. de la meimn fvyirft èlt JMiir-€^,
* Organiste de la maison de Saint-Lo^is.
^ Extrait des écrits de M^ de ÏÏaîntenén aux Keiigieuses de Strint'Louie MT Itt devin ée ftair InHift, p. &0S. (V«lr »ar ee 41 1» JPré^M.)
48 LBTTRES BT BMTRETIKNS SUR L'ÉDUCATION.
salut de toutes celles qui la composent et être dans la volonté de ne rien omettre de tout ce qui peut le leur procurer, soit réprimandes, exhortations, louanges ^ qu'il faut faire un divorce parfait avec 1*1mour-propre, ne se souciant pas de ce que les jeanes personnes diront après l'exhortation, la réprimande ou la louange \ ne se jamais persuader qu'il faille les gagner par la flatterie et par là de perdre le fruit de l'instruction : je crois cette conduite trës*dangereuse.
Il faut leur dire la vérité dans toute sa pureté, qu'il n'y a que les violents qui ravissent le ciel, que la jeunesse a plus à faire que les autres, parce que les passions des jeunes gens sont plus vives, mais aussi qu'après cela il n'y a presque plus rien à faire; que dès que nous avons commencé ou résolu de commencer, Dieu nous aide, et ce qui nous a paru de loin très-difficile devient doux dans la pratique, parce que Dieu aide aux gens de bonne volonté. Il faut les conduire à la pratique, et, pour cela, entrer dans ce qui leur fait de la peine, qui est pour l'ordinaire l'assujettissement aux règlements-, leur montrer que ce qu'elles font malgré elles et en murmurant deviendra leur salut, si elles le font pour Dieu et par charité pour celles qui viendront après elles ^ qu'il faut s'accoutumer à la soumission et à l'obéissance-, qu'en quelque état qu'on se trouve, soit dans le monde, soit dans le couvent, il faut obéir ou par devoir ou par complaisance; qu'on se trouve toujours dansla nécessité d'obéir aux autres; que ce n'est point une nouveauté, que celase trouve partout, queoelaest
A VADBMOISBLLB DE 6LAPI0N (1689). 49
de tous les temps; qu'elles savent bien que les livres ne sont pas faits pour elles, et que cependant dles les trouvent pleins de toutes ces choses. Je ne dis pas qu'on dise toujours de suite les mêmes choses, ni tout à la fois, mais je. crois qu'il faut, dans tout ce qu'on dit aux jeunes gens, leuj^ faire sentir leurintâ*èt, la paix qu'on trouve en faisant le bien et la récompense qu'elles en peuvent espérer. Je crois même qu'il ne faut pas étudier ce qu'on a àdire ni penser à arranger ses discours ; qu'il faut, comme Jésus-Christ le dit lui-même, attendre tout du Saint- Esprit, parler et dire tout ce qu'il nous dicte et se taire dès qu'il cesse de parler; je crois qu'on sent quand il cesse, dès qu'on commence à faire quelques retours sur soi, pour s'applaudir ou même pourvoir si ce qu'on a dit a été trouvé beau et s'il a fait quelque effet sur les esprits. C'est à Dieu à répandre sur chacun ce qu'il convient et à donner ses bénédictions à la bonne volonté delà maîtresse, sans qu'elle doive jamais les rechercher elle-même.
Décembre 1689.
On me fit hier des plaintes des bleues, et elles ne peuvent en être plus fâchées que je le fus; elles îonf
* Lettres et AvU, p. 465. — Lettres édij., t. Il, lettre 33. — Apis aux relig, de Saint'LouiSt p. 1 90.