LKTTBE A MONSIEUR L'ÉVÉQUE D£ CHARTRES
Le 17 DMii«93.
Puisqu'on est déterminé à faire un ordre singulier de Saint-Cyr, je voudrois bien que vous fissiez on petit ourrage qui seroit intitulé : V Esprit de Tinsiiiui des filles de Saint- Louis.
Que TOUS élerassiez le bonheur d'être appelées i instruire et à élerer tant de demoiselles qui passe^ ront par cette maison \ que tous traitassiez succinctement combien l'éducation doit être étendue, par les différents états où elles seront appelées, mais combien cette éducation doit être renfermée dans Unstitut et les pratiques de la religion; que vous parlassiez sur la perfection des vœux-, que vous fissiez comprendre, aux Dames, le bonheur d*èire dans une communauté où elles n'ont rien apporté, où tout est égal, et avec quelle union elles doivent vivre, n'ayant aucune des occasions qui désunissent quelquefois les autres ; qu'en leur inspirant une grande estime pour tous les autres ordres religieux, vous leur lassiez sentir tout l'avantage du leur qui les sépare
1 L€Ureê édifiuntu, 1. 111, lettre 166. -^Avis aux reliyiausei de Saimi'Louis,
* « Elle lui envoie le projet d*un petit traité qu'elle désiroit qu'Uftt sur l'esprit de Tiiistltut des religieuses de Saint-Louis, et qu'il fit, en effet, conjointement avecM.de Fénelon. » Le plan do M™« de Maintenon fût exactement suivi. Elle y fit elle-même do nombreuses corrections et additions, de telle sorte que ce livro doit être regardé comme son ouvrage. 11 Ait imprimé en 1 099 à l'imprimerio royale, en un petit vol. in -32, qui renfermait aussi lesconsUtutions et règlements de la maison de Saint-Louis. — Voir ce traité, p. 1 35, ainsi que les Lettres qui le précèdent et le suiveol.
112 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L'ÉOUGATKHf.
et les rend tout à fait indépendantes des intérêts du monde, ne pouvant ni lui donner, ni recevoir de lui; quelle reconnaissance cet état indépendant leur doit donner pour Dieu et pour leur fondateur -, mais en même temps combien elles doivent éviter la hauteur que cette indépendance inspire. Qu'elles doivent, au contraire, regarder avec humilité que c'est leur pauvreté et la charité du Roi qui les a rassemblées; qu'elles doivent aimer cet état humiliant et le considérer souvent comme un préservatif contre la grandeur de leur institut; l'application qu'elles doivent avoir pour épargner afin d'aider aux demoiselles; qu'elles doivent entrer dans les sentiments des bons pères et des bonnes mères qui s'épargnent tout pour établir leurs enfants.
A regard de la chasteté, combien elle doit être pure dans une maison qui sera toujours remplie de jeunesse et d'un sexe qui doit se tenir caché; combien, par la situation de leur maison, elles seront exposéessi elles nes'enferment plus .qu'aucunes religieuses; combien, au dedans, leur séparation doit être grande entre les Dames et les demoiselles; combien les punitions sévères pour les moindres fautes qui ont rapporta cette vertu; dans quel éloignement il faut être pour les hommes quelque proches qu'ils soient; dans quel respect pour les ministres de Jésus-Christ.
Le mérite de l'obéissance dans toutes les communautés, et combien il faut la pousser loin dans la leur, par le danger du désordre, si jamais les Dames montroient aux demoiselles quelques exemples de