‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 31 sur 120 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Observez les grandes mangeuses et faites -leur donner de pkis grosses portions^ (out cela doucement et par manière dessai, et nous en parlerons é mon retour.

(tUtf lui ciiToie le peUt traité de VE«pHt de ('[nstitut des fiHe* de SeUfU-Louiê^ et lui en tait i*éloge.)

Mai 1694.

Je crois, ma chère mère, devoir remettre entre les mains de la bibliothécaire un écrit qui doit demeurer à tout jamais dans la bibliothèque de Saint- Cyr'. Faites-en bien acheter la lecture a W^' de la Maisonfort, et si on désire quelque chose dans sa conduite, voilà un moyen sûr de Tobtenir. II faut que je sois bien désintéressée de ne me pas garder le plaisir de le lui montrer, car je crois qu'à la vue d*uo tel volume toute sa vivacilé se renouvellera^;

* L'une det religieuset de Chaillot, qui contiDuait à gouverner le n<»viciat.

* Lettrée idifiantet^ t. IV, S «lettre. — Âvit aux religieuses de Smîmi^LoMis, p. SO.

s G'e«t le traité de V Esprit de Vlnstitut, qui est plus loin. page 135.

* Pour comprendre celte phrase, il faut lire le ch. x de XHist, de la maison royale de Saini-Cyr, relatif au quiétiame, dans ler|url H"^ de la Maiaonfort fut le principal personnage.

134 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L'ÉOCCATKnU

ble témoignage de sa pieté et de sa volonté à leur égard, M*"** de Maintenon leur dit : « Cet écrit étant long, je lui ai proposé de le parcourir seulement, mais il Ta voulu lire tout entier : il Ta trouvé parfaitement conforme à ses intentions, et il désire que vous y soyez à jamais fidèles. » Elles supplièrent M""* de Maintenon avec instance de mettre aussi quelque chose de sa main a la fin de ce livre qui ptt marquer la part qu'elle y avott', et faire connotue dans la suite combien elle prétendoit qu'elles y de» meurassent inviolablement attachées-, elle leur li* pondit avec bien de la modestie : « Vous moqiM» vous de moi de vouloir que je mette mon hm auprès de celui du Roi ? et ne voyez-^vous pas qui convient beaucoup mieux qu'il paroisse a ceUes qà vous suivront que ce livre vous a été donné par TOtn saint et premier évéque, qui, ayant fait vos règles, a encore voulu vous marquer plus en particulier dans ce petit traité Tesprit de votre maison PL'ainilié que vous avez pour moi vous attache à tout oe qui vous envient et vous fait juger que les autres seront comme vous, mais l'autorité du pasteur doit faûn encore une plus forte impression. »

* Voir la lefire précédente avec les noies.

KTRBmil kytC LES DAMES DE SAINT-LOUfS (1694). 133 51. — ENTRETIEN AVEC LES DAMES

n SAIHT-IOUIS.

Aoât IC94.

1"* de Maintenon dit aux religieuses de Saintlis, à l'heure de la récréation, qu*elle avoit passé natinée à lire le traité de l*Ësprit de leur institut i novices, qu'elles lui en avoient paru charmées mvoient toutes résolu de rapprendre par cœur ir 7 avoir sans cesse recours, dirent-elles, dans rs doutes et leurs tentations, La communauté, qui lit déjà reçu ce petit traité avec beaucoup de joie d'empressement, marqua à M"^ de Maintenon iTie qu'elles avoient de l'avoir chacune en partiier. A quoi elle leur dit qu'on ne jugeoit pas en- ■e a propos de le faire imprimer, parce que leur iflon éloit alors si à la mode que chacun le voudroit ) pour faire sa cour, et non-seulement le lire, lis en juger-, « et je ne veux, ajouta-t-elle agréa- «nent, ni qu'on le loue ni qu'on le vitupère. » Elle rmit seulement qu'on l'eût en manuscrit; elle en pia plusieurs elle-même et en fil copier par queles personnes de confiance, et les distribua à mère qu'ils furent écrits. Les religieuses de Saint* luis, témoignant une grande admiration et un Eind plaisir de ce que le Roi, leur fondateur, avoit m voulu mettre une approbation de sa main sur livre qu'on en conserve au dépôt, comme un dou- I. 12

136 LETTRES ET ENTRETIENS SOR L*âOUCATl(m.

tion du clergé, le sel et la lumière des pauvres demoiselles de ce royaume. Votre vertu doit être incorruptible et éclatante pour préserver de la corrup- it tion et pour éclairer celles qui vous sont confiées : i si le sel perd sa force, avec quoi le salera-t-on ? il \ n'est plus bon à rien qu à être jeté dehors et foulé h aux pieds. On n'allume point la lampe pour la mettre {< sous le boisseau, mais sur le chandelier, afin qu'elle ^^ éclaire tous ceux qui sont dans la maison. i Il n'y a point de communauté religieuse semblable

à la vôtre; si vous perdez Tesprit de votre institut, i qui est-ce qui le rétablira? C'est pour cette raison i que votre pieuse institutrice, et les saints et savants n personnages qui ont travaillé avec nous à votre éttr | blissement, ont cru devoir faire tant de prières, tant . de délibérations, tant d'essais, afin de connaître la , volonté de Dieu et ce qui était de plus sOr et de plus ; propre à vous conduire a la fin pour laquelle vous . êtes établies. Nous avons taché de ramasser ici avec , soin ce qui vous distingue des autres congrégations , et ce qui fait le caractère principal qui doit vous animer en tout et vous conserver.

Voici donc, mes très-chères filles, la voie par laquelle Dieu veut que vous marchiez.

Je vous dirai ce que Moïse disoit aux Juifs : « Observez, exécutez ce que le Seigneur vous prescrit; ne vous détournez ni à droite ni à gauche, mais vous marcherez par la voie que le Seigneur vous a marquée, afin que vous viviez heureuses dans la terre que le Seigneur vous destine. » Montrez-le à celles qui viendront après vous; ne souffrez jamais aucun

ESPRIT im L^IXSTITrr DES FILLES DE SAINT- LOl'IS. l35

5t. — L'ESPRIT DE L'INSTITUT DES FILLES DE SAIiNT-LOUIS«.

S I. Avant^propos.

La Provkleace ay«nt permis que nous ayons été kargé non-seulement du gouvernement de votre saison dès son commencement, mtis encore des Remiors soins de son établissement, nous avons ni <levoir mettre dans un traité les vues que Dieu a m^gérécs au Uoi votre pieux fondateur, à M** de Éàntenon, votre charitable mère et pieuse instituliee, et i toutes les personnes sages, vertueuses et spérimentées, des lumières desquelles on s'est utiraient servi pour ce grand dessein.

Ayez toujours en vue, mes très -chères filles et srax qui vous gouverneront dans la suite, le desrin particulier de la Providence sur vous. L'on a irélendu faire revivre en vous ces excellentes filles pi*on a comptées autrefois parmi le clergé, que Ton murrissoitdes biens de TÉglise et que Ton regardoît romnie le modèle, le conseil et le soutTon de leur lexe. Il a plu à Dieu que vous fussiez ici, à Timita-

* Ce petit traité a ea pour auteurs M"** de Maintenon, Godet des farai», évéque deChartres, etFénelon. (Voir pages 1 1 1 , 1 31 et 1 33.) C"* de Maintenon en a formé le plan et écrit la plus grande parle; l'éfêque de Chartres a fait Tavant -propos, ajouté les citations libliqueii, enfin donné à i'œuvre l'aspect d*une instruction pastorale. C'eat lui qui parle et qui prescrit en vertu de son autorité. La part de Fénelon est moins distincte ; nous en citerons plus loin an trait curieux.

138 LETTRES ET ENTRETIENS STUI L-ÊDQCATIOII.

race dans son service. « Parce que tous atet dbéi à votre père, que vous avez gardé toutes les choseï qui vous ont été prescrites, dit Dieu par Jérémie^ ^ il y aura toujours quelqu'un de sa race en ma pré» ^ sence. » -

§ II. Grandeur de V institut. '

Vous ne devez jamais oublier^ mes chères filles, ^ le rang sublime que vous tenez dans TÉglise : voos < avez embrassé l'occupation inlérieure de Marie et J le travail de Marthe. Si le (ravail de Marthe éioit ^ utile^ si le parti de Marie étoit meilleur, le vôtre est '■ excellent, qui reufermeTun et rautre*,il n'y aaQOUi institut de filles si propre que le vôtre aux granéi desseins de Dieu, qui est la sanctiiicalion des âmes, ni qui doive être si conforme à la vie des apôtres, et à la vie même de Jésus-Christ, qui est le noodèle de la perfection. Vous succédez à ces anciennei veuves et diaconesses dans lesquelles Tapôtre demaiidoit une sainteté si affermie et une si abondante charité. Les veuves ecclésiastiques étoient, selon le langage des Pères, le soutien et le conseil de leur sexe -, et, selon les anciennes règles des conciles, elles dévoient être inviolablement attachées à Toeuvrede Dieu , aidant continuellement à TÉglise par leurs prières et par leur travail : veilà votre état.

Votre esprit est un saint mélange de prières et ^d'actions continuelles. Si la prière et le recueille* ment manquent, toute la régularité extérieure, même la plus édifiante, ne servira de rien, c'est un

KSPKIT DE l/lNSTlTlT DES TIMES DE S\INT-I01IS. 139

corps sans àme. Si le recueillement est sans le tra- Tiil journalier auquel votre état engage indispensar Ueinent, c'est une illtision dangereose; il faut une extrême fidélité aux exercices marqués par le recueillement et la prière. Imitez le prophète, qui prioit souvent de tout son cœur, se livrant sans parure, en certains moments, à la prière : Sept foin le J9itrje vauê ai offert deê louangei. Il commençoit sa journée par là : Met yeux vaut oni prévenu avant le jour ^ afin de méditer sur votre loi. Ses prières étoient S pleines d'ardeur et de force , dans les moments oà il s'y donnoit de tout son cœur, qu'elles animoient eosoite toutes ses actions.

Pendant ces précieux moments de la journée, fermez les portes de votre àme; retirez-vous avec Ueu, unissez-vous à loi de tout votre cœur, tachez d'acquérir une grande iacilité d'y recourir, et n'oubliez rien alors pour faire ce fond de ferveur, de pureté d'intention et d'amour de Dieu qui doit vous mettre en état de travailler ensuite partout en esprit de prière.

Le soin continuel des demoiselles dont vous êtes chargées ne pouvoit pas compatir avec des offices plus longs-, ne perdez donc rien des temps destinés à votre recueillement; méditez de tout votre cœur; sortez de la sainte messe tout enflammées de la présence de Dieu ; rentrez en vous-mêmes aux temps de vos examens, de vos lectures et conférences ; r^ nouvelez vos forées, comme l'aigle, lorsque vous approchez des sacrements ; au milieu de vos occuper tiens extérieures, élevez souvent votre cœur à Dtau

140 LETTRES ET Ë.NTUETIËKS SUR L*fiOUCATiO(f.

par de courtes et ferventes prières-, par exemple, par quelque demande du Pater^ ou quelque ver|Bt des psaumes : 0 mon Dieu! venez à mon aide^ hàte> voiLS de me secourir ; qtie voire nom soU eanciifié; 6 mon Dieu l qv£ votre volonté soit faite: que voire règne arrive; régnez^ Seigneur j dans mon cœur ^ par votre grâce; que je règne avec vous dans la gloire. Si on est tenté : Ne nous laissez pas succomber à la tentation ^ mais délivrez^nous de tout mal. C'est ainsi que votre travail sera une continuelle prière; c'est ainsi que vous accomplirez ces paroles de TEcclésiastique : Que rien ne vous empêc/ie de prier toujours; et celles de Notre-Seigneur : Il faut tovjours prier ^ et il r« se faut point lasser de le faire; et celles de saint Paul : Priez sans cesse. Vous serez aisément unies à Dieu, en travaillant, en instruisant, et en vos autres exercices, si vous avez bien soin d'employer le temps à Toraison, à Toffice, et à la sainte messe, et au contraire vous serez prodigieusement dissipées, si vous avez été volontairement distraites dans les moments de la prière.

C'est donc ce mélange do prières et d'actions qui doit être Tesprit de votre institut, mes chères lilles; si vous n'êtes intérieures, tous les règlements qu'on vous a donnés ne vous préserveront point de la coor tagion du monde, qui est à votre porte ; sans raison, ce grand ouvrage tombera bientôt en ruine, et dans une ruine déplorable, parce que la maison de Saint- Louis fera des maux affreux si elle ne fait pas de grands biens; mais si vous entrez dans ce véritable esprit de recueillement^ vous ferez des biens infinis

ESPRIT DB L'iRStmiT DBS PILLES DE SAINT-LOUIS. 141

u prochain et â vous-mêmes; vos fondions d'obéisi|pe et de charité ne vous détourneront point de ieu même, ni de cette continuelle prière que l'Écritre recommande ; ce qui est vocation et ordre de ieu ne dé.tourne point de Dieu, et toute outre voie oraison sentiroit l'entêtement, le sens propre, la tlonté propre et Tillusion. Enchantant, entravai!* it, en veillant sur la jeunesse qui vous est confiée, •us pourrez, comme je vous lai dit, demeurer dent la présence de Dieu, et unies à lui. N'ayez ni itaisie , ni curiosité pour chercher des lectures Iraordinaires et des ragoûts d'oraison. Dieu ne se Nive point dans l'amour-propre, dans le propre jur ment, ou dans la singularité, mais dans lasimplié, dans la régularité, dans l'obéissance aveugle.

§ 3. Éducation des demoiselles^

Si vous mettez toute votre confiance en Dieu, mes ss-ebères filles, sans vous appuyer sur vous-mêmes, sur aucun talent naturel, et sur aucune perfection jndaine, vous deviendrez, par votre humilité, et r votre abandon dans la main de Dieu, les vrais struinenls de la grâce pour sanctifier les familles culières et les couvents-, vous formerez d'excelites vierges pour les cloître?, et de pieuses mères t famille pour le monde.

En sanctifiant ainsi les deux principaux états de itre sexe, vous contribuerez à établir le vrai règne ) Dieu dans les deux sexes pour tous les états et mr toutes les conditions; car on sait combien une

142 LETTRES BT BNTRETlEXS SUR L^ÉOtCAITON.

mère de famille a de part à la bonne édnealioii de ses enfants, même des garçons; combien unefempe prudente et vertueuse peut insinuer la religion dans le cœur de son mari -, combien une bonne maKresse de pensionnaires dans un couvent peut faire de bien sur les jeunes filles qu'elle gouverne. Il y a dont dans l* œuvre de Saint-Lovis^ si elle est bien faite et avec r esprit d'une vraie foi et d'un véritable amour de Dieu^ de quoi renouveler dans tout le royaume Al perfection du christianisme.

Pour réussir dans ce pieux dessein du Roi votre fondateur, attachez-vous à inspirer aux demoiselles la crainte et Tamour de Dieu, moins par de beaux discours, que par le silence, le recueillement, la modestie, et la pratique des vertus pénibles. Il faut qu'elles travaillent, qu'elles obéissent, qu elles soient sobres, qu'elles ignorent le monde, qu elles soient savantes de la science de Dieu, qui s'apprend moins dans les livres que dans la pratique solide de la pauvreté d'esprit et de la mort à soi-même. Fuyez comme la mort, et pour vous et pour elles, tout œ qui n'est que pour orner, élever et contenter l'esprit-, craignez la science qui enfle l'esprit, ne cherchez que la charité qui édifie. Il y a une grande différence entre connoître Dieu par la science, par la pointe de l'esprit, parla subtilité delà raison, parla multiplicité des lectures, ou le connottre par led simples instructions du christianisme et par les leçons intérieures du véritable amour qui enseigne tout en rapetissant, en détruisant, en sacrifiant et en formant en nous toutes les autres vertus. Ces! l'onc-

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