ESPRIT DB L*UISTITUT DES FILLES DE SAINT-LOUIS
lion de l'Esprit qui enseigne loule vérité, selun les termes de rÊcriture. Me craignez point que des filles instruites avec celte simplicité soient incapables de Tivre dans le monde ^ et quand, en effet, Dieu les y appelleroil, il ae faut pas moins leur inspirer la haine du monde, puisque Jésus-Christ Ta maudit à cause de ses scandales^ la cbarité vaut mieux que toute la politesse du siècle. Quand une fille aura bon sens avec une grande piété, elle sera bonne pour tout, elle sera fidèle à ses devoirs, et elle mettra en oeuvre tout ce qu'elle aura de talents naturels pour se façonner-, elle vaudra mieux qu'un bel esprit plein de ses pensées et de ses idées en Tair. Ce bon sens simple, quand il seroit grossier et mal poli, plaira plus aux gens même du monde qu'un caractère plus délicat, mais moins vrai et moins désabusé de soi-même. Ne prenez point sur cette jeunesse une autorité dure et à^)re ; toute hauteur est incompatible avec l'esprit de Dieu ; gardez-vous bien de mépriser tous ces petits pour qui le royaume de Dieu est fait, et a qui il faut que vous ressembliez, si vous voulez avoir part à ce royaume. Âbaissez-voas, pliez-vous, rapetissez -vous pour vous proportionner aces enfants; ne regardez ni avec dégoût, ni avec dédain, leurs saletés, leui*s maladies, leur édu nation bisse et grossière : Jésus-Christ, souveraine sagesse, nison de Dieu, a choisi pour compagnie et amis en ee monde des pêcheurs grossiers, ingrats, incrédules, lâches, infidèles; il a passé sa vie avec eux pour les instruire patiemment-, il a fini sa vie sans les redresser entièrement.
§ i. De la pauvreté.
Il ne vous est pas permis, mes chères filles, de vous regarder comme celles pour qui la maison est faite; tout est aux jeunes demoiselles, la fondation est uniquement pour leur éducation, vous n'y êtes que pour elles; regardez-vous comme leurs servantes en Jésus-Christ, de môme que saint Paul se regardoit comme le serviteur des peuples qu'il étoît chargé d'évangéliser , et que Notre-Seigneur luimême déclare qu'il est venu pour servir, et non pas pour être servi. Vous n'avez droit de subsister dans la maison des demoiselles qu'autant que vous les servirez, que vous les instruirez, que vous les édifierez, que vous les sanctifierez.
En vous regardant ainsi comme étant destinées de Dieu à leur service, vous ne devez jamais vous regarder comme maîtresses et propriétaires des grands biens attachés à leur maison. Vous faites vœu de pauvreté, et cette pauvreté ne doit pas élre moins réelle dans une maison de fondation royale , que chez les capucines. Le bien n'est pas donné pour vous enrichir, ni pour vous faire violer votre vœu de pauvreté, ce seroit une scandaleuse fondation; il n'est donné que pour l'établissement et l'éducation des jeunes demoiselles. Pour vous, mes chères filles, vous devez être pauvres au milieu de tant de richesses.
Épargnez religieusement tout ce que vous pourrez empêcher de coûter à la maison; il n'est point
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juste de quitter le siècle qui estime les richesses, et où vous auriez peut-être été pauvres, pour trouver dans un cloître, sous prétexte du vœu de pauvreté, les richesses et les commodités que vous n'auriez pas Nies dans le monde. Vous devez considérer que vous Mes reçues gratuitement pour Tceuvre de Dieu , et |ae vous devez vivre le plus frugalement qu'il vous sst possible sur les revenus de la maison.
Le Roi, votre fondateur, a ôté ces biens au peuile de son royaume, ou à l'Église qui les possédoit ^ : I a donc pris ces grands biens sur des peuples pauses et chargés, et sur l'Église qui tient en dépôt e patrimoine des pauvres et le prix des péchés les hommes pour une œuvre sainte. Comment des illes qui ont fait vœu de pauvreté oseront-elles disiper ce bien consacré pour contenter leurs fantaisies, i pour se rapprocher du luxe du siècle ? Je prie Dieu le ne le permettre jamais. Si vous viviez d'aumônes oufnalières comme les Capucines, cette aumône foas averti roi t de la nécessité d'épargner, de retranher et de vous réduire au pur nécessaire ^ vous auiez honte de vivre largement sur les charités qu on roQS feroit pour vous soulager dans vos extrêmes lesoins; cependant, vous vous trompez si vous :royez que la pauvreté des Capucines doit être plus sxacte que la vôtre. Quelle différence y a-t-il dans le fond, entre vivre d'aumônes journalières et vivre
« Celte phrase étrange , et où Ton volt poindre les idées rérolutionnaires de 1789, est de Fénelon. C'est M«« deMaintcnon {oi nous l'apprend dans une lettre qu'on lira à la suite du traité De Ceêprit de Vlitêtitut.
146 LBTTRES ET EUTREHENS SUR L'ÉDIKIATION.
d'aumônes qui se payent une fois l'année P Votre fondation est grande, royale et magniOque ; vous avez des biens immenses destinés à un très-saint usage; mais pour vous, tout demande une rigoureuse pauvreté : vous l'avez vouée, et vous savez combien votre très-bonne mère et pieuse institutrice, instruite des intentions du Roi votre fondateur, vous Ta recommandée. Quelle condamnation pour vous, si votre imperfection sur la pauvreté diminuoit un jour le nombre des demoiselles, ou que parla vous manquassiez à faire des charités auxquelles vous êtes obligées dans les lieux qui dépendent de vous !
§ 8. De la simplicité.
Il vous estdéfendu par votre établissement d'aug-' menter jamais vos bâtiments, et vous devez vous contenter de les entretenir. Ne souffrez jamais le moindre ornement dans le dedans : que tout fes* sente la pauvreté et la Simplicité. Votre fondateur, quoique magniOque en tout, n'a voulu de dorure chez vous que dans le sanctuaire; n'en ayez jamais sous quelque prétexte que ce soit. N'ayez point de riches ornements-, que votre oflicesoitsimpleet pour le dedans de votre maison-, ne faites rien pour attirer le peuple par des fêtes et par des spectacles : ils doivent aller aux paroisses-, vous n'èles point établies pour chanter comme des chanoinesscs, ni pour faire un oilice majestueux qui attire le public : il suffit de celui dont vous êtes chargées avec recueillement etsimplicité-, votre capital est d*instruireet
ESTAIT DB L'UttrilDT DIS FILLIS OB SAUfT-UMMS. 147
(le donner l'exemple d'une vie chrétienne, humble, silencieuse, frugale et laborieuse.
§ 6. Du détintèreftemeni.
Un des grands avantages que vous devez tirer des grands biens de votre fondation est de n'avoir jamais besoin de recevoir des dots, des legs pieux, des présents S ce qui est le poison le plus dangereux des meilleures communautés. Vous êtes dans une heureuse impuissance de ruiner votre œuvre par cet endroit; vous ne serez point exposées à recevoir de mauvais sujets pour avoir des dots qui payent vos dettes, qui soutiennent les dépenses de vos bâtiments, qui vous donnent de èeaux ornements, ou qui vous mettent en état d'étendre votre enclos par qoelque acquisition. Quel bonheur d'être a Tabri de tous ces pièges, de n'avoir aucun besoin du siècle , de pouvoir tenir ferme pour ses règles, sans craindre de rebuter des bienfaiteurs ! J'espère, mes chères filles, que vous serez fidèles àTintention de votre finidateur, qui vous a défendu de prendre jamais le plus petit présent. On donne, on reçoit, on possède, onn'est plus pauvre, on veut ménager les gens à qui on donne, et de qui on peut recevoir. On a des appuis mondains hors de la solitude^ tout cela se tourne en intrigues, en insinuations, en flatteries,
I Les lettres de fondation interdisaient aux Dames de Saint- Loals de reeeroir aucune dotation, aucun présent, excepté des «if de France.
148 LETTRES ET ENTRETIENS SOI L'ÉDCCATIOlf.
en jalousies. L'esprit de propriété, d'indépendance, de cachotteries, de partialités, d'entêtement, de dissipation, égare bientôt l'Ame la plus innocente. Je conjure les supérieures de ne se relâcher jamais sur cette règle, et j'espère que mes successeurs emploieront toute leur autorité pour prévenir un si grand mal.
§ 7. Du travail.
Travaillez sans cesse et faites travailler les demoiselles, mais à des ouvrages utiles à la maison, qui épargnent la dépense des ouvriers , et leurs entrées dans la clôture. N'employez rien de précieux, et que tout se ressente delà nauvreté, de l'humilité et delà simplicité. Accoutunftz votre communauté à vivi-e de peu, cela est facile à des demoiselles. Épargnez, retranchez, souffrez -même quelque chose , et que le motif de vos épargnes soit l'aumône que vous ferez aux pauvres demoiselles de la maison , et aux pauvres de vos terres : les autres bonnes œuvres ne vous regardent point , et la Providence vous marque vos obligations sur ce point.
Les demoiselles s'accommoderont mieux du travail que d'être toujours sédentaires; elles en auront plus de santé , moins d'ennui , et vous en tirerez de grands secours.
Votre journée est partagée en ces trois fonctions : 1® vos exercices de piété et l'office du chœur tel qu'il est établi dans la maison , et que vous ne ferez jamais ni plus long ni plus pompeux^ â® le caté-
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chisroeet Téducation des demoiselles, qui estrunique fin de votre établissement; 3"* le travail des mains pour épargner le fonds des demoiselles et pour les accoutumer à une vie laborieuse. Voilà le plan delà vôtre , et vous ne vous en formerez jamais d'autre.
§ 8. Du catéchùme.
Une des plus essentielles obligations est de travailler à rinstructioQ des demoiselles ; malheur à TOUS si vous ne leur enseignez la doctrine évangélique^ car la nécessité vous y engage. L'intention de votre fondateur, la charité que vous devez au besoin de tant d'enfants mal instruits , et votre quatrième vœu vous imposent cette nécessité. Vous avez promis rinstruction , comme la pauvreté , Tobéissance et la chasteté : quand vous seriez bonnes et régulières en votre particulier , si vous négligez le salut de ces petits, voire partage sera avec les impies dans T enfer ; votre âme répondra de celles de ces enfants , s'ils tombent dans le scandale et qu'ils se perdent par ignorance; Dieu vous demandera leur sang. Je jure par moi-même y dit le Seigneur, parce que vous n^avez point eu soin de mon troupeau , et que mes brebis ont été dévorées^ vous m'en répondrez en vos propres personnes. Qui ne tremblera pas à ces paroles redoutables, s'écrie un Père, si ce n est celui qui n'attend pas, ou qui ne croit pas l'éternité ? Tout est grand dans cet emploi , soit que vous envisagiez les sujets sur lesquels vous avez à travailler, soit que vo»:s considériez les vérilés dont vous devez les ins-
150 LBCTBES ET BXTBETISKS SUR L'àOCGATlON.
(fuîre \ ces jeunes plantes seront un jour ce grand arbre de TÉvangile , sur les branches duquel les oiseaux viendront se reposer, la foi en est la racine ; elles sont le champ que Dieu cultive par vous, el qu'il rendra fertile-, la foi en est la semence; elles sont le bâtiment que Dieu élève, la foi en est le fondement. Cultivez donc avec un soin infatigable la foi de ces enfants -, qu'elle croisse de jour en jour, et qu'elle arrive jusqu'à cette pleine connaissance selon laquelle Jésus-Christ veut se former en elles.
C'est dans voire maison et par vos soins continuels , qu'on doit voir bâtir le ferme fondement de la foi , dont parle l'apôtre. C'est de chez vous que doivent sortir ces chrétiennes enracinées , fondées et conGrmées dans notre croyance, qui continueront à marcher dans le monde selon les instructions qu'elles auront reçues ici, pleinesdela connaissance de la volonté de Dieu , avec cette abondante sagesse et intelligence que la pleine foi communique, fnicti* fiantes en toutes sortes de bonnes œuvres , fortes, patientes, pleines de joie dans les peines, persévérantes, rendant à Dieu de continuelles actions de grâces d'avoir daigné les éclairer par vous de la lumière évangélique, de les avoir arrachées de la puissance des ténèbres pour les faire passer dans le royaume de son fils bien- aimé , el de les faire participantes du sort et deThérilage des saints. Mais quel est cet évangile du royaume que vous leur devez annoneer? ce sont les vérités sublimes et éternelles, cachées dès le commencement, qui n'ont point été révélées aux enfants des hommes dans les autres
EsnuT DE l'ixstitot des filles db saint-louis. 149
chisroe et Téducation des demoiselles, qui est l'unique fin de votre établissement; S"" le travail des mains pour épargner le fonds des demoiselles et pour les accoutumer à une vie laborieuse. Yoili le plan delà vôlre , et vous ne vous en formerez jamais d*autre.
§ 8. Du catéchisme.
Une des plus essentielles obligations est de travailler à rinslruclion des demoiselles ; malheur à tous si vous ne leur enseignez fa doctrine ètangé- Uque^ car la nécessité vous y engage. L'intention de votre fondateur, la charité que vous devez au besoin de tant denfants mal instruits , et votre quatrième voeu vous imposent cette nécessité. Vous avez promis rinstruction , comme la pauvreté , l'obéissance et la chasteté : quand vous seriez bonnes et régulières en votre particulier , si vous négligez le salut de ces petits, votre partage sera avec les impies dans T enfer ; votre âme répondra de celles de ces enranls , s'ils tombent dans le scandale et qu'ils se perdent par ignorance; Dieu vous demandera leur sang. Je jure par moi-même ^ dit le Seigneur, parce que vous n'avez point eu soin de mon troupeau , et que mes brebis ont été dévorées^ vous m'en répondrez en vos propres personnes. Qui ne tremblera pas a ces paroles redoutables, s'écrie un Père, si ce n'est celui qui n'attend pas, ou qui ne croit pas l'éternité ? Tout est grand dans cet emploi , soit que vous envisagiez les sujets sur lesquels vous avez a travailler, soit que voi:s considériez les vérités dont vous devez les ins-
150 LBfTRBS ET ENTRETIBKS SUR L'ÈDl'GâTiOll.
(mire ^ ces jeunes plantes seront un jour ce grand arbre de TÉvangile , sur les branches duquel les oiseaux viendront se reposer, la foi en est la racine ; elles sont le cbamp que Dieu cultive par vous, et qu'il rendra fertile; la foi en est la semence; elles sont le bâtiment que Dieu élève, la foi en est le fondement. Cultivez donc avec un soin infatigable la foi de ces enfants -, qu'elle croisse de jour en jour, et qu'elle arrive jusqu'à cette pleine connaissance selon laquelle Jésus-Cbrist veut se former en elles.
C'est dans votre maison et par vos soins continuels , qu'on doit voir bâtir le ferme fondement de la foi , dont parle l'apôtre. C'est de chez vous que doivent sortir ces chrétiennes enracinées , fondées et confirmées dans notre croyance, qui continueront â marcher dans le monde selon les instructions qu'elles auront reçues ici, pleines de la connaissance de la volonté de Dieu , avec cette abondante sngesse et intelligence que la pleine foi communique, fnicti* flantes en toutes sortes de bonnes œuvres , fortes, patientes, pleines de joie dans les peines, persévérantes, rendant à Dieu de continuelles actions de grâces d'avoir daigné les éclairer par vous de la lumière évangélique, de les avoir arrachées de la puissance des ténèbres pour les faire passer dans le royaume de son fils bien- aimé , et de les faire participantes du sort et de I héritage des saints. Mais quel est cet évangile du royaume que vous leur devez amonoer? ce sont les vérités sublimes et éternelles, cachées dès le commencement, qui n'ont point été révélées aux enfants des hommes dans les autres
ESniT BB l'IXSTITUT des filles de SAI!fT*LOUIS. 151
emps, et que TÊglise propose aujourd'hui avecsim- )Hcité à tous ses enfants dans le catéchisme. Ces rérités , toutes simples qu'elles paraissent dans nos atéchîsines , sont tout le trésor de la science et de a sagesse de Dieu. Par votre sublime fonction de mléchîser , vous voilà associées aux ministres de lésus-Cbrist : vous dispensez tous les jours les véri- :és qu il a vues , qu'il a entendues de son Père , et [ofil a le premier annoncées aux hommes. Il vous 9it donné d'enseigner ce que tant de saints proihètcs et de saints rois ont désiré d'entendre et de nûr, et qu'ils n'ont pas entendu. C'est véritablenent dans ces incomparables fonctions que je ne mas appellerai plus les servantes de Jésus-Christ j ms ses épouses véritables et ses confidentes, puispi'il vous découvre tout ce qu'il a appris de Dieu QDpère.
0 vocation sublime ! qui a pu vous mériter une elle distinction dans tout le royaume de Dieu ? Dites nrec saint Paul : J'ai reçuj moi qui suis la plus petite k iMilef , cette grâce d annoncer les richesses iTtcom" mrmbks de Noire-Stigneur Jèsus-Chrisi. Je ne 'aorois jamais osé, Seigneur, si vous ne m'aviez Mne; donnez-moi de bien faire ce que vous me «Bmandez de faire.
Je me suis peut-être trop étendu sur cette ma* ière, mes chères filles; mais rien ne me parait plus aportant que de vous instruire et de vous persuakr lur ce qui est la fin de votre institut , l'objet de notre fondation , et l'unique intention du Roi votre Mriateur.
152 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L'ÉIHJCATIOlf.
§ 9. De Véloignement du monde.
Il y a des visites de parents proches qu'on ne peut éviter, quand elles sont rares; aussi ne prétends-je pas les blâmer; mais vous ne pouvez être trop sobres à cet égard. Je compte pour rien les cloîtres et les grilles ; ce n'est pas que je veuille qu'on les néglige , à Dieu ne plaise; au contraire, je les regarde comme des précautions essentielles, surtout dans le relâchement et l'imperfection des chrétiens de nos jours ; je vous charge même d'être inexorables làdessus , mais, encore une fois , je compte pour rien tout cet appareil extérieur de solitude et de sépare* iion du monde , si la séparation n'est réelle , effective , constante , et soutenue en tout, et si ce n'est véritablement le tombeau où les vierges de Jésus- Christ disparoissent et s'ensevelissent toutes vivantes pour n'avoir plus de société avec la terre; l'effectir est de ne point voir les gens du monde ; c'est de n'être point vues, c'est d'être ignorées , oubliées, anéanties dans une mort civile ; c'est de ne plus entendre. Évitez l'égarement de ces jeunes veuves dont parle saint Paul , qui , après avoir été nourries aux dépens du patrimoine de Jésus-Christ, sont tombées dans la damnation pour avoir violé leur première foi ; étant devenues fainéantes , elles se donnent la liberté de courir de maison en maison, et elles ne sont pas seulement fainéantes, ajoute Tapùtre, niais causeuses et curieuses, parlant de clioses dont elles ne devroienl pas parler. Obi qu'il
ESPRIT DE L'iXSTITUT DES PILLES DE SAINT-LOUIS. 153
est dangereux d'aller au parioir se ragoùter sur des choses dont le mépris et Toubli font toute votre paix et toute votre sûreté dans la solitude ! C'est chercher la tentation , et elle vous cherchera.
§ 10. Dunlence.
Comme on doit écarter le plus qu'il sera possible les visites du dehors, qui ne seront pas d'une absolue nécessité , il faut aussi une solitude au dedans qui soit proportionnée. Les commerces du dedans sont plus faciles et plus fréquents , plus vifs et par conséquent plus dangereux que ceux du dehors. Le parloir porte avec soi quelque scrupule, mais la con- Gance et répanchement du cœur, ^amusementd^ la conversation avec une de ses sœurs parott la consolai ion du monde la plus innocente et la plus nécessaire ; de là viennent les amitiés particulières au préjudice de la charité générale, les entêtements, les cabales , les rapports , les murmures, et tous les autres maux qui agitent tant de communautés , et qui font tant souffrir les supérieurs. Le silence sert a perfectionner les Ames, puisqu'il recueille et épargne bien des tentations -, il couvre les imperfections , il évite le scandale , et tient toutes les passions comme amorties. Le silence est le plus grand remède à Tinfirmité humaine dans une communauté : on peut dire que c'est le supplément de . la plus parfaite vertu. Je vous conjure, mes très* chères filles, de le garder inviola blement , selon qu'il vous est marqué dans votre règle. Le silence
154 LETIRBS ET ENTRETIENS SUR L*ÉDUCAT10N.
seul De suffit pas , si Ton ne se toit aussi à l'égard de soi-même ; il faut renoncer au bel esprit, il est ri« dicule dans le monde profane, affreux et diabolique dans les vierges de Jésus-Christ ; par là vous deviendrez les vierges folles de TËvangile, qui ont un peu de lumière prête à s'éteindre faute d'huile pour la conserver.
§ il.' De la régularité.
Votre régularité doit être d'autant plus exacte el sévère, que si jamais vous vous relâchiez, vous n'avez point les mêmes ressources que les autres com-* munautés pour vous relever. Vous êtes à la porte de Versailles, exposées aux plus violentes tentations et aux engagements les plus insensibles. La faveur qui vous soutient dans le bien présentement peut dans la suite vous précipiter dans les plus horribles maux. Mille beaux prétextes de piété viendront en foule pour se rendre faciles , et pour ne rebuter pas des gens puissants qui auront de bonnes intentions. Tout est perdu si on se reliche dans les moindres choses , car aussitôt qu'on est dans la pente du relâchement on ne peut plus se retenir : le passage des bagatelles aux points les plus importants est imperceptible , comme les nuances des couleurs qui passent insensiblement du blanc au noir , sans qu'on puisse maniuer l'endroit précis où commence ce grand changement. '
Dès que votre maison cessera d'édifier et de se soutenir dans une fervente régularité , elle ne peat
ESPRIT lŒ L'iNSTITIT DES FILLES DE SAINT-LOIIS. 155
éviter de faire des maux infinis et de devenir scandaleuse. Pour éviter ce malheur, il faut des précautions extraordinaires, et se roidir en tout contre le tMrrent. Ne croyez donc point, mes chères sœurs, avoir à soutenir les bienséances d'une fondation royale \ rejetez le nom de Dames ^ prenez plaisir i vous appeler les filles de Saint-Louis; ayez un air simple, religieux et monastique, contraire à toutes les politesses mondaines. Rendez vos parloirs inaccessibles à toutes visites superflues. Vous n'avez point de temps à perdre, étantchargées d*unsi grand nombre de pressants devoirs. Ne craignez point d*étre un peu sauvages, mais ne soyez pas fières. Il luitpeu voir et peu parler; mais quand on voit et quand on parle, il faut que ce soit avec huniilité et modestie, se comptant pour rien, comptant beaucoup plus les autres*, pleines de déférence et de respect, de soumission, d'égards, de craintes de choquer; vous devez être petites, et compter les gens médiocres au-dessus de vous. Si vous avez de la hauteur, Dieu vous confondra, et permettra votre chute-, vous ne vous conserverez que par l'humilité. Il faut expier tout ce qu'il y a eu de grandeur humaine dans votre fondation -, et si jamais par malheur, ce qu*à Dieu ne plaise, il arrivoit chez vous quelque scandale, il faudroit remédier promptement i Torgueii qui auroit été cause de cette profonde humiliation.
Que les premières professes se regardent comme les douze apôtres, colonnes de TÉglise -, c'est à elles à soutenir le temple de Dieu, qui ne pourroit tomber
lôû LET1RKS ET bNI RETIENS SUR L'ÉDUCATION. .
sans écraser un nombre infini de personnes dans sa chute. Qu'elles conservent précieusement jusqu*aax moindres pratiques de régularité, qui sont les dehors de la place, et que les conseillères veillent sans cesse pour ne laisser introduire aucun relâchement déguisé. Je vous conjure, par la modestie de Jésus- Christ, de ne changer jamais rien à votre habit, que pour le rendre encore plus modeste.
Faites votre possible pour établir peu à peu chez vous la conduite spirituelle de votre supérieure: toutes les anciennes communautés de filles en Orient et en Occident n'en avoient point d'autres; on ne trouvoit point que ce fût gêner les consciences. En effet ce n'est point les gêner, puisque, dans le train ordinaire, des filles raisonnables et vertueuses doivent se contenter de ces secours. Pour les entêtements et les fantaisies, le vrai moyen de les guérir est de ne les point flatter; et pour les véritables besoins extraordinaires, qui seront toujours très-rares, on a, outre la supérieure, le supérieur, l'évêque, les confesseurs extraordinaires envoyés de sa part, et les personnes qu'il pourroit encore commettre si les choses le niéritoient. Il faut être aussi sobres sur les lectures que sur les directions. Fuyez la curiosité, ne lisez que ce qui vous sera donné par vos supérieurs. C'est aux jmsteurs à distribuer la nourriture spirituelle. Il ne faut jamais supposer les états extraordinaires, qui sont souvent imaginaires, et trèsrarement véritables, quoiqu'ils puissent l'être. Un grand secret pour éviter l'illusion, c'est de ne point chercher dans les livres des choses très-vraies en
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elles-mêmes, mais Irès-fiiusses pour ceux qui ont la eoriosité de les étudier, et qui croient les sentir, parce qu'ils ont appris le langage de ces états extraordinaires dans leurs vaines lectures. Quand Dieu foudra mettre une âme dans un état de perfection ou d'épreuves, il le saura bien faire sans livres et sans étude ^ alors ce qui viendra sera moins suspect, n étant pas venu par le canal de la curiosité ou de . l'imagination. Tout ce qui est bon en ce genre vient plus de la grâce que du travail humain. Lors même qo'on est dans ces états, il est très-utile d*y être presque sans lesavoir, de s'ignorer soi même en cela, et d'en laisser le discernement à ses supérieurs.
U est très-essentiel, mes très-cbères filles, que nms sachiez éviter ce dangereux écueil qui se pré» sentera peut-être à vous plus d'une fois dans la mite. Souvenez-vous de Tavis important de Notre- Seigneur : Gardez-vous des faux prophètes qui vien^^ uni à vous couverts de peaux de brebis j et qui au dedans ne sont que des loups ravissants^ vous les reeonnoîlrez par leurs fruits. Gardez-vous de leur oiauvaise doctrine, quelque précieuse et parfaite qu'elle vous paroisse : vous larecoimottrez à la nouveauté, à la singularité, a la désobéissance, à Pentêtement, au soiç de se cacher aux supérieurs, aux troubles et aux autres excès qu'elle produira. Si TOUS prenez en tout les vraies idées de simplicité et d'humilité-, si vous êtes petites à vos propres yeux, recueillies dans une vie d'oraison et d'action; si vous êtes pauvres de corps et d'esprit par une vie frugale et laborieuse pour le corps, et opposée pour
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Fesprit a toute sorte de présomption, de vaine politesse et curiosité ; si vous vous regardez comme les servantes en Jésus-Cbrist des jeunes demoiselles; li vous vous précautionnez continuellement contre les relâchements insensibles qui ouvrent la porte au monde, vous établirez une œuvre que Dieu bénira, et qui portera des fruits jusque dans les siëclesà venir. Mais si vous ne pensez sérieusement à affermir les foibles fondements de votre communauté, tout . tombera bientôt en ruine.
Les maisons qui ont commencé par des personnel ferventes, simples, mortes à elles-mêmes, ont biea de la peine à subsister longtemps*, on ne voit encore que trop, que de grands instituts formés par des patriarches pleins d'un esprit prophétique et apostolique, avec le don des miracles, sont bientôt ébranlés par des tentations ; tout se relâche, tout s'aiïoiblit, tout se dissipe : la lumière se chalfge en ténèbres-, le sel de la terre s'aiTadit etest foulé aux pieds. Que sera-ce donc d'une communauté qoi nVst soutenue d'aucune congrégation, qui est à la porte de la cour, dépendante des rois et des hommes du siècle qui seront auprès d'eux en* faveur, qur aura de grands biens pour flatter les passions et poni exciter celle des gens du monde, et qui a été élevée d'abord jusqu'aux nues, sans avoir posé les fondements profonds de la pénitence, de l'humilité et de l'entier renoncement à soi-même? J'avoue que je compte infiniment plus sur le recueillement, sur la présence de Dieu, sur l'oraison du cœur, sur l'adoration en esprit et en vérité, sur l'amour de Dieu,
ESPAIT M l'IXSTITOT DES nLLCS DE SAINT-LOUIS. 159
oesur toutes les règles les plus importantes deTexifieuT : mais l'intérieur est vrai et solide, il inspipra cet attachement inviolable a^ix règles extéieures. On aimera mieux se taire que de parler; rrrailler que d*ètre oisive; rendre les parloirs in- Éîles en ne voyant personne, que mettre sa sûreté Ibds une grille qui est pourtanttie bienséance et de léœssité. On aimera mieux épargner par la charité pie de dissiper par le luxe et la mollesse; renoncer i la curiosité, pratiquer la religion, que faire une itade pour se contenter et pour orner son esprit. Enfin on aimera mieux suivre la volonté des supérieurs que de s'attacher à la sienne propre. Voilà le mil moyen que la maison de Saint-Louis soit la ■tison de Dieu.
Quittez, mes chères filles, tout autre esprit pour vous remplir de celui-ci. Vous n*étes point redeva- Ues aux autres établissements de l'Église, encore noins au siècle et à la chair, pour vivre selon leur B^irit. Voici votre portion, Jésus-Christ vous Ta hite selon la mesure de votre vocation. Vivez donc lelon cet esprit; l'esprit de Dieu agit différemment 1ms les diverses parties du corps de Jésu s-Christ. Il y a diversité d'opérations, diversité de dons, diverâté de ministères; et c'est un seul et même esprit ^i opère toutes ces choses en les distribuant à cha- CQD selon qu'il lui platt. Ici vous trouverez ce qu'il I plu a Dieu de vous départir. Laissez-vous conduire en tout par cet esprit ; ne vous écartez jamais de ces règles, ni de ces conseils. Qui pourroit vous donner ce précieux trésor, si vous le perdiez? Pré-
ferez celle divine sagesse aux royaumes et aux couronnes, loules les richesses ne sont rien auprès d'elle. Ne faites point entrer en comparaison avec elle ce qu'il y à de plus riche et de plus précieux sur la terre : lous les biens vous viendront avec elle ; vous recevrez de ses mains des richesses innombrables. Réjouissez-vous quand celte sagesse marchera devanl vous; elle est la mère de tous les biens-, faites-en part à toutes vos sœurs-, apprenezla sans déguisement à toutes celles qui viendront après vous -, ne leur cachez rien des grands avantages qu'elle renferme , elle est un trésor infini : toutes celles qui en useront sçront les amies de Dieu, recommandables par leurs vertus et par leurs services, car Dieu conduira lui-même celles qui agiront dans cet esprit. Il n aimera que celles qui en seront remplies ; et les autres qui en seront privées seront comme rien devant lui, encore qu'elles paroissent consommées devant les enfants des hommes.
Envoyez, Seigneur, cet esprit de sagesse du haut de votre trône; communiquez-le abondamment a toutes celles que vous avez déjà choisies, et que vous choisirez dans la suite pour gouverner celte maison-, qu'il soit et qu'il travaille toujours avec elles, afin qu'elles connoissent en tout temps ce qui vous sera le plus agréable, et qu'elles Taccomplissent constamment avec une parfaite fidélité;
Approbation du roi.
« Tai lu ce traité qui explique parfaitement le$ inieniions que f ai eues dans la fondation de Saint-
A M. UK LA CHETARDIE (1709). 161
Louis ; jt prie Dieu de tout mon cœur que les Dames ne s'en départent jamaùm
Signé : Louis.