AUX RELIGIEUSES DE SAINT-LOUIS
que les plus grands vices. C'est ce qui reste à faire à la p'upart de ceux qui se donnent à Dieu : après avoir orné son esprit , s'en être , pour ainsi dire , fait une idole, il faut nécessairement y renoncer, en faire un sacrifice et le soumettre à Thumble doctrine de Jésus-€lirist. Croyez-moi, ne préparez pas tant d'ouvrage à vos enfants^ insinuez-!eur partout Tesprit et les maximes de Notre-Seigneur, qui en férité n'inspirent que la véritable grandeur. Si dles font quelque faute, dites-leur : Comment accordez-vous ce que vous dites ou ce que vous faites ivcG rÉvangile P Si vous avez, par exemple, àcomhittre quelque acte de paresse , citez-leur saint P^ul , qui àimoit mieux travailler de ses mains , quoiqu'il fût tout occupé à prêcher TËvangile aux nations, que d'être à charge aux autres. Cette sorte d'éducation ne vous fera pas tant d'honneur auprès des mondains; mais souvenez vous toujours, mes chères filles, que vous ne les élevez pas pour plaire au monde , que c'est pour en faire des personnes toutes vertueuses , toutes sages et toutes raisonnables-, je dis raisonnables, car quoiqu'il faille les porter à embrasser de grand cœur la pratique exacte de rÉvangile, il n'y faut mêler rien de bas et de petit, ne leur point faire de contes, ne leur en point faire accroire^ ne l^r point faire de crimes de choses indifférentes, ne leur point donner comme choses d'obligation celles qui ne sont que des conseils, enfin leur dire toujours vrai et ne rien outrer; je croîs que c'est le meilleur moyen pour les affermir dans la piété, et que toutes les railleries des mon- I. 20
dains ne les pourront ébranler quand elles seront i'
certaines que vous ne leur avez jamais rien ensei- >
gné de trop fort ou de faux. >
« Quant aux livres que vous leur donnez , je i
voudrois qu'ils fussent bien choisis; ils devroieot ;:
tous renfermer le même esprit, sans s'écarter de ce ''.
que doivent faire tous les chrétiens dans une vie ;$
simple et commune. Ce que vous leur faites liresor v.
la religion, quoique excellent, ne leur sert pas ordî- c
nairement beaucoup; elles croient que cela n'est ^
bon que pour le clotlre , et il est à craindre qae \\
celles qui ne veulent pas s'y renfermer ne laissent v
sous ce prélexte toute autre piété. Il arrive encore, j
quand on leur lit de ces choses si extraordinaires *t
et singulières , qu'après que Ton a passé, bien du i
temps à les lire, il en faut passer autant à leur faire a
comprendre qu'elles sont plus admirables qu'imita- i|
blés -, il faut, du moins, alors leur en faire tirer tout i;
le fruit qu'il est possible, en les portant en effet à jj
l'admiration que ces choses méritent, à adorer les q
diflérentes conduites de Dieu dans ses saints, à |
leur faire entendre qu'il faut les suivre avec fidé- i
lité quand il les tient sur nous, et soumettre tou- \
jours ce qu'il nous inspire aux lumières de ses mi- ^
nistres. ;
« Que vous avez besoin, mes chères filles, d'avoir \ une piété plus éclairée, plus droite, et plus solide que sensible et démonstrative, pour ne pas prendre
le change dans celle que vous devez inspirer à vos \ enfants! Acioulumcz-les donc à écouler les lectures avec simplicité, à s'édifier de ce qui est bon, à