AUX RELIGIEUSES DE SÂIN14«0UIS
que les plus grands vices. C'est ce qui reste à faire à la plupart de ceux qui se donnent à Dieu : après avoir orné son esprit , s'en être , pour ainsi dire , Cait une idole, il faut nécessairement y renoncer, en faire un sacrifice et le soumettre à Thumble doctrine de Jésus-Christ. Croyez-moi, ne préparez pas tant d'ouvrage à vos enfants^ insinuez-!eur partout l'esprit et les maximes de Notre-Seigneur, qui en vérité n'inspirent que la véritable grandeur. Si elles font quelque faute, dites-leur : Comment accordez-vous ce que vous dites ou ce que vous faites avec l'Évangile ? Si vous avez, par exemple, à combattre quelque acte de paresse , citez-leur saint Paul , qui àimoit mieux travailler de ses mains , quoiqu'il fût tout occupé à prêcher rÉvangile aux nations, que d'être à charge aux autres. Cette sorte d'éducation ne vous fera pas tant d'honneur auprès des mondains; mais souvenez vous toujours, mes chères filles, que vous ne les élevez pas pour plaire au monde , que c'est pour en faire des personnes tontes vertueuses , toutes sages et toutes raisonnables-, je dis raisonnables, car quoiqu'il faille les porter à embrasser de grand cœur la pratique exacte de rÉvangile, il n'y faut mêler rien de bas et de petit, ne leur point faire de contes, ne leur en point faire accroire^ ne l^r point faire d<; crimes de choses indifférentes, ne leur point donner comme choses d'obligation celles qui ne sont que des conseils, enfin leur dire toujours vrai et ne rien outrer-, je crois que c'est le meilleur moyen pour les affermir dans la piété, et que toutes les railleries des mon-
232 LETTIIES ET ENTRETIENS SUR L*ÉnUCATIOX. 85». - ENTRETIEN AVEC LES DAMES
DE SAIMT-L0CI8.
{ Des services quo l'on peut tirer des dvmoisellet, et de la diierlUoii «Tec laquelle on doit eu user.)
. . . Madame nous dit en une autre occasion : <cqu*on pourroit tirer de grands services des demoiselles^, mais qu'en cela il falloit un grand désinléressement et s'oublier beaucoup soi-même; qu'une maîtresse de classe qui ne penseroit qu'à ce qui l'accommode le mieux ne voudroit jamais donner ses filles, qu'une officière qui en auroit besoin les voudroit avoir trop \ * souvent, mais que les unes et les autres devroient penser au bien de la maison et au besoin qu'ont les demoiselles d'être instruites -, que, outre la bonne foi qui étoit nécessaire pour tenir ce tempérament, la supérieure et la maîtresse générale doivent veiller pour qu'on ne tombe point en Tune de ces deux extrémités : c'est une balance qui penchera toujours, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, et qu'il faudra de temps en temps redresser. Quoiqu'il soit utile à la maison et avantageux aux demoiselles de les faire agir, il faut bien prendre garde à ne les point trop tirer de leurs exercices, car on s'aper-
du Maine. Ce fbt par le conseil et avec rapprobaUon de cette dame qu'il composa son Abrégé d'histoire.
* "Recueil des Répomes^^, 13.
* Pour les besoins de la maison.
ALX HAMPS PK sMN r-I.OllS (IOOG). '23'^
cevra bien moins vite du tort qu'en recevroiL leur éducation qu'on ne s'apercevra de TutiKlé de leurs services, celle-ci étant très-visible, au lieu que Faotre ne parottroit pas à la communauté ; c'est pourquoi une maltresse qui verroit^ par exemple, I fie ses filles auroient été quelques jours sans lire : devroit le dire à la maltresse générale, et même à la npérieure, pour empêcher qu'on ne les lui ôlàt trop lOOTent. »
DI S AI RT -LOUIS
( Portrait d*uac fille propre i bien servir la maison.)
« Je vous prédis, dit un jour Madame, que Dieu punira, comme il punit les autres religieuses, i vous les imitez dans l'inliumanité qu'elles ont foor la santé des filles qu'elles reçoivent, ce qui «gage les filles à des déguisements bien contraires i h simplicité, et à des contraintes qui en effet Miîsent beaucoup à leur santé, au lieu que, si elles oioient dire leurs incommodités, on leur donneroit de petits soulagements qui raccommoderoient une santé délicate. Ces maisons, où Ton est si attentif à oe prendre que des sujets d'une santé vigoureuse, sont pourtant remplies de filles infirmes, vaporeuses
* Recueil des Rép<m»eM, p. 10 el 30.
234 LETTRES BT ENTRETIENS SUR L*ÈDUCATIOK.
et visionnaires, et qui le deviennent après leur profession pour punir le défaut de charité de ces mai^ sons. Il le punira de même chez vous si vous avez la même àprelé. Je ne prétends pas, en vous disant ceci, vous persuader qu'il faut remplir votre maison de filles malsaines, mais seulement vous inspirer de demeurer sur cela dans des bornes raisonnables-, ces bornes raisonnables servent, ce me semble, de règle par rapport à la disposition présente des filles sans raisonner sur un avenir fort incertain, et ne pas juger, par exemple, sur un petit rouge qu*on verra à une fille, que sa poitrine est attaquée. Il faut même encore que vous remarquiez que vous recevez des filles dans un âge où elles sont sujettes a des incommodités qui n'ont point de suite; vous Tavcz déjà expérimenté en plusieurs qui ont présentement une santé robuste et que Ton condamnoit comme des filles qui toute leur vie devcH.ent être infirmes. Quand on a un vrai sujet de croire qu'une personne a véritablement la santé attaquée d*un mal qui ne se guérira point et qui la rendroti incapable des fonctions de la maison, je crois <)u'ii ne la faut pas recevoir. Quand je parle de vos fonctions, je ne veux pas dire qu'il soit nécessaire que toutes vos religieuses soient propres aux travaux pénibles de la maison-, c-est même à quoi on peut le mieux suppléer, et par conséquent ce qui est le moins important.
« Cette fille servira bien la maison » est une phrase que je n'aime guère, si Ton entend par là qu'elle a bien de la force et de la vigueur pour soutenir son
A HADAVE DB BERVAL (l697). 235
avall^ ce que j'appelle rendre service a la maison 'est pas d'avoir de meilleurs bras qu'une autre; les ras ne sont pas ce qui vous manquera, vous en .yezioi assez à votre disposition; ce que j'appelle lonc une fille en état de rendre service à la maison, fest une fille d'une piété solide, d'un sens droit, l'une régularité exacte et en laquelle on peut se confier, i laquelle, par exemple, vous pouvez confier toutes vos demoiselles, assurées qu'elles sont en de bonnes mains, qu'elle ne leur laissera rien faire de mal à propos, et ne leur donnera que de bons eiemples. Je croirois donc qu'une fille de ce caractère devroit être reçue (quoiqu'elle fût délicate), par préférence à la plus vigoureuse personne du monde qui n'auroit pas ces qualités-là. Quand donc on vous CD présente une que vous soupçonnez d*une santé bible, et qui avec cela est un sujet médiocre, je ne balancerois pas à m*en défaire, parce qu'en effet TOUS avez besoin de filles qui aient de la santé, et qu'il ne convient de passer par-dessus que lorsque TOUS êtes récompensées par des qualités préférables i la santé. »
MAITBKSSK OÉXÉEALl DES CLASSES.
Ce 21 janvier 1697.
le vous écrivis l'autre jour un mot sur ce qui me parut le plus pressé -, il faut que je vous entretienne
« Lettres édifiantes, t. IV, 122- lellrc— Le/fre* et Àiiâ, p. 17 1 .
un peu plus à mon aise aujourd'hui. Vous voilà, ma chère iille, dans une des plus grandes places de la maison -, rexpcrience, la sagesse et la vertu, auroient dû être formées avant d'être en place ' , mais la nécessité ne nous laisse pas agir avec autant de prudence que nous le voudrions; justifiez-nous, ma chère fille,, par votre conduite, et ne cessez pas de prier pour obtenir les grâces qui vous sont nécessaires. Conduisez bien vos noires, et ne vous commettez pas avec les maîtresses des classes -, prenez plus d'autorité sur la rouge, mais une autorité douce^ appuyez-vous sur votre supérieure et sur moi, disant toujours : Notre mère vous mande de faire telle chose; M""' de Maintenon dit de faire de telle façon. Lisez et relisez les règlements pour aider à la supérieure aies faire observer; observez-los vous-même, c'est la meilleure manière pour persuader. Ma sœur Mn rie -Constance est un bon conseil pour vous; soyez dans une parfaite union avec celles qui composent celui (le conseil) de la maison ^; nous Tavons formé de celles que j'ai cru qui m'entendent le mieux, qui ont plus mon esprit, puisqu*on le veut compter, quelque peu qu'il le mérite ; qui considèrent plus les demoiselles , mais surtout qui sont les plus attachées a la supérieure, et les plus éloignées
« M"»* de Berval n'était âgée que de vingUhuit ans.
' La maison de Saint-Louis était administrée à l'intérieur par un conseil dit du dedans et composé de : la supérieure, Tassistante, la maîtresse des novices, la maîtresse générale des classes, la déposai taire. Ces nflicières claicnt élues ordinairement pour trois ans. (Voir VUist. de ta maison royale de Saint-Cyr, ch. vin.)
de ces malheureuses opinions qui nous font tant de mal et dont je crains tant les suites ^ Il est malheurrax, ma chère fille, qu'une des premières de la eommunauté donne Texen^ple d'avoir un confesseur particulier-, je ne veux pas vous trop contraindre, fOUS le savez bien, mais je voudrois qu'il n'y eût rien i reprendre en vous et que vous fussiez conduite par quelqu'un de ceux qui nous conduisent tous. En attendant que Dieu vous fasse faire ce qu'il lui plaira, De traitez avec votre confesseur que les affaires de votre conscience, et ne lui parlez point de celles de la maison \ il en est revenu souvent des choses qui ont tombé sur vous. Soyez circonspecte en tout, ma ehère fille; allez doucement , comptez que tous les yeux sont sur vous , instruisez-vous peu à peu de votre charge pour y suivre l'ordre qui, je crois, y est établi. Si on fait des injustices aux demoiselles, svertissez-moi avant de vous en plaindre ^ soyez en garde contre votre générosité et libéralité naturelles-, Q &ut que ces vertus s'accommodent avec la paufrété que vous avez vouée; ouvrez les yeux sur tout ce qui se passe pour faire des avertissements; mais s'en faites point sans le conseil de ma sœur Marie- Constance. Aimez qu'on vous avertisse , ouvrez les jreux sur vos novices et postulantes , mais ne formez pas vos avis sur une seule action. Saint François de Soles dit qu'un homme peut être ivre sans être ivrogne -, appliquez cette règle à tout ; mais rien
« \je quiéUime, qui causa de grands troubles à Saint-Cyr. (Voir l'IfiVoin; de celte maison, cli. X.)
$38 LETTRKS ET ENTRETIENS SOR l«*ËDUCATION.
n'esl si important que les sujets a recevoir. Adieu -, je sens bien en cette occasion le zèle que j'ai pour votre maison et l'amitié que j'ai pour vous; il y a aussi pcut-êtn^ un peu d'amour-propre qui me fait désirer que mon clioix soit approuvé. Cette lettre ne doit être que pour vous '.
88». — LETTRE A UNE DAME DE SAINT-LOriS.
Je pense comme ma sœur de Loubert et vous sur les retraites, et je suis très-persuadée que toutes ces pratiques de piété doivent être désirées et demandées -, c'est assez, ce me semble, d*en avoir réglé une tous les ans pour leur donner Toccasion île rentrer en elles-mêmes et d'entendre les instructions qu'on leur fera; mais de recommencer à toutes les grandes fêles, c'est les lasser et les rebuter en voulant les attirer. On doit suivre l'esprit de l'Église, leur expliquer la fête qui approche; vous savez ce que j'ai toujours dit la-dessus : on peut bien leur donner un peu plus de silence la veille de ces jours^ là, et un peu plus de temps pour prier, encore voudrois-je qu'elles le demandassent. Je n'ose rien décider en particulier sur les communions : ce que vous proposez est fort de mon goût \ cependant, il faut
1 La plupart des lettres de conseil ou de piétéiine M<** de Miintenon écrivait à chaque Dame de Saiut-Cyr étaient, eu réalité, pour tout« la communauté.
* Lettres et A vh, p. 245.
A LA PRESIÈRB SIAITRRSSB DES VERTES (1697). 239
consulter tant de personnes et on pense s! diffërem* . ment, qae je n'ose rien avancer, aimant beaucoup mieux me soumettre que de soumettre par autorité on par complaisance.