A LA MEME
(Qu*il faut agir arec bonté et atec fermeté à l'éfard des demoiaeUct.)
Avril 1698.
Ne soyez pas pointilleuse pour épier toutes les fautes de vos demoiselles, et ne parlons plus de ce qui s* est passé à la semaine sainte-, Dieu l'a permis, cl a tourné les choses selon sa volonté. Ce qui est sftr, c'est que vous êtes véritablement religieuse, et qali faut affermir votre établissement par une solide piété ; vous avez des secours de tous côtés propo^ lionnes à vos besoins.
Lisez et relisez les écrits de M. Tabbé-de Fénelon; soyez en garde contre votre promptitude; il est vrai que vous êtes naturellement sévère, cela est bon jusqu'à un certain point. Soyez ferme, grave et silencieuse, à la bonne heure; cette conduite vous fera estimer et craindre par les demoiselles beaucoup plus que les pénitences.
Souvenez-vous toujours qu'il ne faut pas tout voir, et que plus les punitions seront rares, plus elles feront d'elTet-, apprenez à distinguer les fautes qui sont de conséquence de celles qui n'en sont pas. Adieu, madame ^ demandez à Notre-Seigneur des lumières, il ne vous les refusera pas.
^ Lettres et Avis j p, 241.
AUX RELIGIECSES DB SAINT-LOUIS (1698). 253 97». — AUX RELIGIEUSES DE SAINT-LOUIS.
fila'il M fondra jamaii diminocr le nombre de deux cent cinquante demoisellec tons que1<[ue prétexte que ee toit, sinon en cas d'absolue 'léoenilé, et par ordre du RoP.)
Ce l<raoât 169^.
L'évéque de Chartres a jugé à propos, mes chères filles, que j'écrivisse quelque chose de ce qui s*est passé dans les premières années de votre clablissement, et que j'ai suivi en tout de plus près que peraoone par Tintérét particulier que j'y ai pris.
Bientôt après que, selon l'intention du Roi, la maison fut remplie de demoiselles, on se trouva embarrassé et chargé du grand nombre, et encore plus de leur âge, qui, vers les dernières années, devient celui de tous le plus inquiet et le plus dangereux, les filles s'ennuyant de la clôture, de la règle et des mêmes exercices qu'elles pratiquent depuis si longtemps. Les personnes les plus vertueuses et expérimentées qui vous aident dans tous vos besoins craignirent qu'à Tavenir les demoiselles ne fussent même plus difficiles à contenir qu'elles ne le sont présentement. Après plusieurs difficultés et réllexions sur cette matière, on jugea à propos d'assembler ce qu'on connoissoit de meilleur et de plus capable pour examiner cette affaire et prendre enGn une ré-
* Leitres édifiantes, t. IV, lettre 170. — Lctires et Avis^ p. H .
* Les charges de la maison étant devenues phi» prrnndes qu'on n'avait cm d'aliord, il fut question de diminuer le noinhrc dci demoiselles; mais le Roi aima mieux augmenter la dotal ion annuelle de trente mille livres.
solution. Toutes les raisons pour et contre furent discutées avec le loisir et l'attention nécessaires, et enfin on conclut que la charité d'élever et d*instraire les filles jusqu'à quinze ou seize ans seroit bien peu de chose, si on les renvoyoit dans le monde à 1 âge le plus périlleux-, qu'à la vérité la peine de les garder jusqu'à vingt ans seroit bien grande, mais que celte peine éviteroit bien des péchés^ que les filles ont l'esprit presque formé à vingt ans; que la plus grande jeunesse est passée, et que le plus grand bien demandoit de s'en tenir à la fondation, sans proposer au Roi aucun changement. On n'a donc plus pensé à rien par rapport à Tàge, mais on est revenu plusieurs fois pour diminuer le nombre par deux raisons : Tune que la subsistance n'étoit pas assez forte, et l'autre, qu'il n'éloit pas possible de veiller assez exactement une si grande quantité de filles. Je l'ai représenté plusieurs fois au Roi par déférence au sentiment des autres*, mais Sa Majesté ne l'a point voulu , et a mieux aimé ajouter trente mille livres de rentes pour suppléer à ce qui manqueroit à votre fondation. Il faut que je rapporte ici un exemple bien convaincant de la fermeté de sa volonté sur le nombre de deux cent cinquante demoiselles qu'il veut faire élever chez vous.
Dans la nécessité où l'on se trouve présentement de changer les combles de la maison \ j'ai proposé au Roi d'être quelque temps sans recevoir de de-
* Ils étaient bâtis en mansarde et se trouvaient déjà à moitié pourris : on dépensa à les refaire trois cent mille francs. {Mém. de* Dames de Saint-Cyry ch. Xxvil.)