‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 48 sur 120 · ADX RELIGIEUSES DE SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

ADX RELIGIEUSES DE SAINT-LOUIS

moiselles, afin d*ôtre moinsembarrassé pour leur trouver du logement, quand il faudra travailler au leur; il n'a jamais voulu y consentir, disant qu'on s'accoutumeroit à avoir moins de Glles que la fondation ne porte, et qu'il ne vouloit pas donner cet exemple, quelques raisons qu'il y eût de le demander. Je vous marque ceci pour vous faire comprendre combien vous frustrerez l'intention du Roi si jamais vous diminuez le nombre des demoiselles. Quant à la vigilance, l'expérience vous fait voir tous les jours que cinquante personnes ne sont guère plus difficiles à gouverner que trente, les exercices et les instructions se faisant en général.

Ceux du dehors ont peine à comprendre avec quelle facilite vous conduisez ce grand nombre de filles, et cette facilité augmentera tous les jours si TOUS vous donnez à votre devoir sans réserve. Je sais qu'il y a eu des désordres et qu'il y en aura peut-être encore de temps en temps *, mais je sais aussi qu'il s'en trouve partout où il y a de la jeunesse , en quelque petit nombre môme qu'elle soit. U y a une raison décisive a laquelle il faudra toujours se rendre : c'est que ce nombre de deux cent cinquante vous est marqué dans votre fondation, et que c'est l'intention ferme du Roi, que l'abbaye de Saint-Denis ^ vous est donnée à cette intention, et que vous ébranlerez le fondement de votre établissement, quand vous fournirez ce prétexte a ceux qui

> Le titre dabbé de SainUDcnis avait été aboli et ses liiens tfalent été donné» à la maison de Saint-Cyr, quand cet institut ftil fondé.

256 LETTIIES ET ENTRETIENS SUR l'ÉDUCATION. j

Youdroient vous Ater l'abbaye de Saint-Denis. D tf y [ a que l'impossibilité de nourrir des demoiselles qui ^ en pût faire diminuer le nombre; mais il faudrait ^ pour cela que vos biens fussent considérablement , diminués, que vous le représentassiez au Roi^ à votre conseil du ^lehors et du dedans, à votre évèque, à vos supérieurs, et encore plus à Dieu, qui jugera vos intentions. Ne pensez donc plus à rien changer, mais à bien conduire Tœuvre que Dieu met entre vos mains.

On a cru qu'un des meilleurs moyens pour vous en bien acquitter étoit de vous donner le pouvoir de vous défaire de celles des demoiselles dont l'esprit i seroit dangereux. Il faut les observer dès leur plus grande jeunesse pour voir si elles se corrigent , et i c'est à quoi vous devez travailler avec la vigilance i qui vous a étr si souvent recommandée; maisquand i vous verrez une fille qui a mal fait dans toutes les classes, dont le naturel est mauvais, l'esprit séditieux, ennemi de la règle, qui communique ses peines, qui veut entraîner les autres, vous ne devez pas la laisser monter aux bleues. Ne vous faites point là-dessus une fausse charité, et considérez que si vous êtes cause de la sortie d'une fille, vous l'êtes aussi de l'entrée d'une autre, et que les exemples de sévérité sont d'une grande utilité dans le gouvernement. Vous êtes maîtresse absolue sur cet article : elles n'auront ce que le Roi leur a donné ^ qa'i con-

1 Le Roi venait de faire one dotation spéciale de soixante mille livres à prendre annuellement sur le trésor, pour Tournir aux de-

A SADAHE h: BERVAL (1698). Î57

dition de vous satisfaire et de demeurer avec vous JDsqu*à vingt ans. La manière d'appliquer ce dernier bienfait du Roi vous sera marquée dans une instruction particulière.

î»S». — LETTRE A MADAME DE BERVAL,

MAITRUSI GilfélALB DES CLASSES.

( Qu*U faut eseticr les demoiselles à ivoir da courage. ) 4 soât 1698.

J*ai oublié, dans ma dernière lettre, de vous parler du courage : c'est un endroit essentiel sur lequel il faut examiner vos filles. On n'est bonne à rien quand on n'a pas de courage. Marquez-leur cer- UiÎDS ouvrages pénibles et pressés, pour voir comment elles s'en acquitteront. La vie de communauté s*oppose quelquefois à ces sortes d'épreuves : la clocbe sonne, il faut tout quitter; mais vous devez UD peu déranger vos noires dans certaines occasions, et voir comment elles se porteront de manquer un repas, une récréation, et ainsi du reste. Quand il y aura quelque chose a achever, celles qui seront de bonne foi et courageuses seront ravies de poursuivre ce qu elles auront commencé. Les jeunes personnes ne sont pas portées à cette sorte de modération, et veulent, au contraire, trop forte-

laoiMtles sortant de Saint-Cyr une dot de trois mille lirres. 11 en loruit h peu près vingt par année.

* f étires et Àvû, p. 164.

ment achever ce qui est commencé ; il n'y a que la vertu qui doive modérer en ces occasions , et quand elles s'y portent naturellement, c'est qu'elles sont lâches ou indifférentes, ce qui est bien mauvais. Je vois souvent vos noires en passant : il y a bien du temps perdu, et il est rare que je les trouve dans cette activilé où je les voudrois. Il est bon de soutenir les jeunes personnes par les louanges quand elles font bien; mais il faut aussi les blâmer et les contrarier pour éprouver leur humeur, car les louanges qui les soutiennent trop venant à manquer, elles tombent dans le découragement.

(QMliléi <|a*ii faat aoi dcmoitellet qui désirent être Damci de Saint-Loiii^)

6 août 1699.

Je crois, ma chère fille, que dans le choix des sujets pour votre maison, vous devez vous attacher à la droiture de l'esprit et à la bonne humeur, car je ne parlerai point ici de la piété et de la vocation, puisque vous ne pouvez avoir de doute là-dessus. Tâchez donc de suivre dans les classes les filles qui ont Tesprit bien fait, qui prennent simplement ce qu'on leur dit, qui ne sont ni difficultueuses, ni rai-

« Lettres et Avis^p, iGG,— Lettres édifiantes, t. IV, p. 141.

' Le premWr des nianuscriU cité* plus haut porte cette noU t c On ne peut trop lire et trop pratiquer tout ce qui est dans ealle lettre. »

▲ HJU>A1I« DB BKRVAL (1698). 259

soDoeuses, ni soupçonneuses, ni pointilleuses, qui SB font aimer des plus sages et haïr de personne, dont on aime la société, qui aiment leurs maltresses, qui parlent peu, qui sont timides, qui aiment à faire plaisir, qui sont actives, car toutes ces qualités marquent un bon esprit et un bon cœur. Prenez le milieu entre un trop grand goût pour Tesprii el la crainte des grands esprits : on aura toujours assez d'esprit quand on l'aura droit, doux et commode^ les grands esprits vous rendront de grands services s'ils sont dociles et soumis. Craignez les discoureuses; défaites-vous de ce que j'entends souvent : Cette fille, dit-on, n'a pas de talents pour Tinstruction, et n'a pas de facilité à parler. Il ne faut pour parler, mes chères filles, que savoir ce qu'on veut dire, et avoir du bon sens. Que j'aurois grand'peur d'une fille éloquente, et qui se distingueroit par là ! Quelle tentation de vanité, et que Dieu béniroit peu ce qu'elle diroit dès que l'orgueil s'y trouveroit ! Où est la difficulté de faire une instruction et un catéchisme, le livre a la main, ftisant répéter et comprendre ce qui y est, l'appliquant à l'état de vie dans lequel on se trouve, ne disant rien dont on ne soit assuré, consultant sur ce que l'on ne sait pas, et parlant tout simplement dans la présence de Dieu ? voila ce qu'il vous faut ^ toâte autre 'manière vous sera un piège. Tachez de distinguer l'activité de la dissipation et de la légè«^ reté; craignez les esprits légers, inquiets, peu maîtres d'eux-mêmes, qui font beaucoup do bruit et peu d'ouvrage, qui tourmentent ceux qui sont au-des-

258 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L'ÉMIGàTIOir.

ment achever ce qui est commencé ; il n'y a que

la vertu qui doive modérer en ces occasions, et (

quand elles s'y portent naturellement, c'est qu'elles i

sont lâches ou indifférentes, ce qui est bien mau- s

vais. Je vois souvent vos noires en passant : il y a i;

bien du temps perdu, et il est rare que je les trouve <

dans cette activité où je les voudrois. Il est bon de ^

soutenir les jeunes personnes par les louanges .,

quand elles font bien; mais il faut aussi les blâmer y

et les contrarier pour éprouver leur humeur, car ^

les louanges qui les soutiennent trop venant à man- ^ quer, elles tombent dans le découragement.

(QMlitéf qu'il faat aoi dcmoltellet qal défirent être Damei de SûatO^ooEf ^)

6 août 1698.

Je crois, ma chère fille, que dans le choix des sujets pour votre maison, vous devez vous attacher à la droiture de l'esprit et à la bonne humeur, car je ne parlerai point ici de la piété et de la vocation, puisque vous ne pouvez avoir de doute là-dessus. Tâchez donc de suivre dans les classes les filles qui ont Tesprit bien fait, qui prennent simplement ce qu'on leur dit, qui ne sont ni difficultueuses, ni rai-

* Lettres et Avis^ p. IGC. — Lettres édifiantes, 1. IV, p. 141.

' Le premUr des manuscrits cités plus liaul porte cette noU t c On ne peut trop lire et trop praUquer tout ce qui est dans eatle lettre. »

dition de vous satisfaire et de demeurer avec vous I jusqu'à vingt ans. La manière d'appliquer ce dernier \ bienfait du Roi vous sera marquée dans une instruction particulière.

yS». — LETTRE A MADAME DE BERVAL,

MAITU8SI GÉNAIALB DES CLASSES.

(Qu*U faut esdlcr les demoiselles à afoir da courage.) 4 aoât I69S.

J'ai oublié, dans ma dernière lettre, de vous parler du courage : c'est un endroit essentiel sur lequel il faut examiner vos filles. On n'est bonne à rien quand on n'a pas de courage. Marquez-leur certains ouvrages pénibles et pressés, pour voir comment elles s'en acquitteront. La vie de communauté s'oppose quelquefois à ces sortes d'épreuves : la cloche sonne, il faut tout quitter ; mais vous devez un peu déranger vos noires dans certaines occasions, et voir comment elles se porteront de manquer un repas, une récréation, et ainsi du reste. Quand il y aura quelque chose à achever, celles qui seront de bonne foi et courageuses seront ravies de poursuivre ce qu elles auront commencé. Les jeunes personnes ne sont pas portées à cette sorte de modération, et veulent, au contraire, trop forte-

uoiMlles sortant de Saint-Cyr une dot de trois mille liTres. Il en sortait à peu près vingt par année.

* Lettre* et Avis, p. 164.

260 LETTRES ET ENTHETIENS SUR L*ÉDUCATl<m.

SOUS d'eux, qui donnent de la peine et n'en prennent guère. Examinez la bonne foi jusque dans les moindres clioses ; il y en a qui ne les font que superficiellement, qui balayent sans se soucier que le lieu en soit plus net, et ainsi du reste ; ces caractèœs sont mauvais et se portent en tout. Aimez les bonnes filles, qui se donnent tout entières à ce qu'elles font •, la vertu en retranchera rextrémité, et le profit vous en demeurera. Voyez dans les récréations celles qui sont simples, gaies et commodes, qui prennent tout en bonne part, qui ne se fâchent de rien : c'est ce que j'appelle être de bonne humeur -, examinez si sur ce qu'on dit elles vont droit au fait-, si elles cherchent à s'instruire quand elles n'entendront pas d'abord, si elles se rendent à la raison, ou si elles parlent pour parler, si elles aiment à embarrasser, si elles ne sont pas frappées et convaincues par la raison. Je serois infime si je disois tout ce qu'il y a à examiner et je vous embarrasserois peut-être. Comptez que les bons caractères d'esprit sont ceux avec qui on est à son aise, à qui il faut peu de ménagements, et pour une religieuse je vous ai déjà dit que je préférerois à toutes les autres celle que la supérieure mettroit à toutes les charges de la maison, sans craindre de la fâcher. Vous, par exemple, ma chère fille, comptez que vous n'êtes pas telle que je le désirerois, si voflre supérieure ne sent qu'elle pourroit vous mettre, en sortant de la charge de maîtresse générale, quatrième maltresse des rouges.

A VADAHE DE BBIIVAL (l698). 261

A Conpièguc, toptenibre 16tt8.

Je ne voudrois pas changer ce quart d'heure d oraison qu'on a jugé à propos de mettre dans le règlement de la journée des demoiselles; ne pourroît-on pas le faire tout haut pour les exciter, y parlant tantôt plus, tantôt moins, et souvent point da tout? On pourroit quelquefois aussi leur lire quelque sujet d'oraison à deux ou trois reprises : un quart d'heure est bientôt passé. Ne changez pas ce qoi est réglé.

Vous ne pouvez trop éviter les conversations des demoiselles entre elles. J'ai donné bien des fois toutes sortes de jeux, et la maison en a bien donné aussi ; il faudroit remettre dans les classes des volants, des jonchets, des échecs, des damiers, des trous-madame , etc., etc. Mais c*est une ruine d'avoir toujours à recommencer ; vous savez combien de jeux j'avois établis dans le jardin, rien n'y subsiste ; je suis sûre qu'on a encore à Marly ces sortes de jeux, qui furent inventés dans le mùme temps.

Ne souffrez pas que vos filles travaillent au réfectoire et à l'oraison. Du reste, elles ne peuvent trop travailler, et si vous^ pouvez leur donner le goût de l'ouvrage, ce scroit un bien plus solide que vous ne

' Lettres et Atis^ p. 24C.

262 LETTRES ET ENTBBTIBNS SDR L'&OUGATION.

pouvez VOUS rimaginer : je vois tous les jours ce qu'attire Toisiveté.

Vous verrez tous les jours, de plus en plus, que vous devez être fermes et douces, laborieuses, tranquilles, que vous devez travailler incessamment sans vous impatienter sur le succès. Dites aux demoiselles ce que vous voulez sans les pressentir, et sans chercher ensuite ce qu'elles pensent.

Je vous crois en retraite, et j'espère que vous en sortirez toute fervente pour vos devoirs, demandez pour moi toutes les grâces dont vous savez que j'ai besoin, et surtout l'humilité ^

iOi*. -<- LETTRE A MADAME DE JAS,

MAITRESn MS JAUMKS^

29 seplenbre 1698.

Je consens de tout mon cceur qu'on donne le ruban noir à la Borde, si notre mère * et ma sœur de Berval en sont d'accord ^vec vous. Vos raisons de le désirer sont très-bonnes , et les nôtres le sont ausîsi quand nous craignons qu'elles ne se lassent et

> Ce mot se rapporte peut-être aux hommages publies que le Roi lui rendit au camp de Compiègne, et dont Saint-Simon nous a laissé le curieux tableau.

* Lettres et Avis, p. 823.

< Gabrielle de Jas de Saint-Bonet ût profession le 1^ Janvier 1694, et mourut en 171?, âgée de quarante- trois ans. M"^ de Maintenon l'appelait sa sournoise et son pauvre mouton, à canse de son amour pour le silence et de sa grande douceur.

* M"* du Pérou, alors supérieure.

A VADAVB 0B lAS (1698). 263

ne se démentent, quand elles sont noires si. longtemps ^ -, mais si cette fille est telle que vous la dépeignez et qu'elle voulût être Dame de Saint- Louis, on pourroit la prendre avant les vingt ans^.

J'ai parcouru Placide ', car je n'ai guère de loisir-, il nie parolt fort bon, et ces sortes d'amusements aussi; je comprends bien qu'ils vous font connoitrc Fhumeur de vos filles.

Je n'ai plus rien à vous dire de particulier sur IP* de ***. Il faut lui faire une grande honte sur son mensonge , la menacer de le rendre public, le faire en effet si elle ne promet de s'en corriger, prier pour elle, et prendre patience. Âyez-en une infinie sur leur légèreté -, c'est l'âge le plus diflicile * : elles ne sont plus petites filles, et elles ne sont pas encore grandes. Vous me faites plaisir de me dire des nouvelles de votre santé; je ne suis pas en peine de votre ame , elle est , par la grâce de Dieu , en bon chemin. Que ne donnerois-je pas pour que le corps fût de môme !

Mes compliments aux. jaunes*, elles ont écrit une lettre charmante à la princesse.

Mille amitiés à la communauté, je n'écris aujourd'hui qu'à vous.

> Il était (l'usage de ne donner le ruban noir qu'aux demolseUe« blencs ; la maîtresse des Jaunes le demandait pour une des siennes.

* H sera question plus loin de cette demoiselle la Borde.

> Histoire de piété.

^ Les jaunes avaient de quatone à dix-sept ans.

264 LETTRES ET ENTBETIBNS 80R L'ÉDDCATION.

m \ — LETTRE A MADAME DE LA ROZtËRE^ :::

a octobre 1698. '^

Il faut bien, ma chère fille, que je répare par ma lettre la faute que j'ai faite de ne vous pas voir en particulier quand j*ai vu les autres. Mon peu de loisir me fait manquer à bien des choses que je devrois, que je voudrois faire ; c'est une grande pitié d'avoir pour mère une personne qui court les champs, qui va à la chasse, ou qui est au jeu quand il faut entretenir ses filles. Vous êtes trop bonne de me souffrir avec autant de défauts; mais je vous assure aussi que j*en suis bien punie, et qu'il n'y a rien dans tous les plaisirs dont je vous parle qui puisse me consoler de n'aller plus à Saînt-Cyr.

Vous avez grande raison d'aimer vos enfants, et il faudra les aimer toujours tous, quoiqu'ils ne vous donnent pas une égale consolation. J'en ai plus que je ne puis dire sur votre classe*, continuez, et même augmentez tous les jours pour répondre i l'honneur que Dieu vous fait de vous employer à son œuvre.

Adieu, ma chère fille. Dites à ma sœur Marie- Constance de mander à son abbesse de me faire cinquante paires de gants de fil tout unis, i quarante sous la paire; co sera pour cent francs de

» Lettres édifiantes, t. IV, lettre 1 74. — Lettres pieuses, p. 1712. > Jeanne-Marie de la Rosière, née en 1674, morte en J7 55. Elle ût profession le 33 novembre 1695.

A HADAHB DB BBRVAL (1698). 265

marchandise; et dites i ma sœur de Veilhant et à ma sœur de Radouay que les dernières nouvelles de Pologne ne sont pas si bonnes que les autres ; mais on n'a pas encore vu M. le prince de Conti ^

MAimiSSI GiMfBALK.

J'ai recommandé souvent à la maltresse générale de donner des noires très-volontiers, et je crois qu'il leur est meilleur de travailler dans les offices que d'être assemblées autour d'elle, ou travailler sans elle et par conséquent avec beaucoup de négligence ; elles pourroient se rassembler les dimanches et les fêtes pour se récréer et pour entendre les instructions. Une noire, confiée à madame Girard ^, ne perdroit pas son temps, une sous ma sœur de la Combe * n'y feroit-elle pas bien ? J'en voudrois donner une à ma sœur l'économe, une à ma sœur Gauthier ^, et le reste, et en même temps exhorter les Dames a les bien employer. Hais je crois qu'il ne

s A la mort de Sobieski, roi de Pologne, le prince de Cunli .at élu par la majorité de la diète polonaise ; mais une minorité prit poor roi Télecteur de Saxe ; GonU, qui éfait parti avec une escadre <|IM commandait Jean Bart, ne pnt pas même aborder à Dantzig, et il tai forcé de revenir en France.

> Lettres et Avis, p. 174.

> C'était une mattrense séculière chargée de la coulure. « C'était U roùitre.

' Maîtresse des sœurs conTertes.

266 LETTRES BT EiNTRBTIBNS SOU L*ÉDGCAT10Ef.

Saudroit pas simplement s'en tenir aux noires, et ^' qu'on devroit avoir à peu près la même conduite * pour les lilles des deux grandes classes, avec la dif- -^ férence qu'elles n'iront pas seules dans la maison-, ^ les maîtresses en ayant moins dans la classe les '' connoltront et les veilleront mieux. J'enverrois ^^ ainsi au dehors cellen qui savent bien tout ce ^ qu'elles ont à apprendre, et ce seroit peut-être un * sujet d'émulation. Tout ceci ne sont pas des règles, ^ mais seulement des propositions sur lesquelles je <' vous prie de faire vos réflexions et de les commnni- ^ quer à la maîtresse générale. Une Bile ne perdroit point son temps avec ma sceur de Fontaines * : ce moyen les formeroit un peu, vous soulageroit et les ennuieroit moins*, on les changeroit souvent. Adieu, ma chère fille.

MAITRESSE Dt LA CLISSE RODOE

Oui, certainement, vous êtes dans le fort de l'institut, ma chère fille, et le goût que Dieu vous donne ne diminuera ni votre mérite ni votre récompense. La classe rouge est la plus importante ^ ce sont les premières impressions *, donnez-vous-y tout entière,

^ Elle était alors dépositaire, * Lettres et Avis, p. 270.

> Marie-Françoise Lerranc de Beaaliea, n^ en 1670, morte en 1741 . Elle ût profession le 16 Jantier 1 698.

A HAOAHB DB URVAL (1698). 265

marchandise; et dites à ma sœur de Veîlhant et à ma sœur de Radouay que les dernières nouvelles de Pologne ne sont pas si bonnes que les autres ; mais on n'a pas encore vu M. le prince de Conti \

MAITRESSI GÉNflALK.

J*ai recommandé souvent à la maltresse générale de donner des noires très-volontiers, et je crois qu'il leur est meilleur de travailler dans les offices que d'être assemblées autour d'elle, ou travailler HUIS elle et 4)ar conséquent avec beaucoup de négligence; elles pourroient se rassembler les dimanches et les fêtes pour se récréer et pour entendre les instruclions. Une noire, confiée à madame Girard ', ne perdroit pas son temps, une sous ma sœur de la Combe ^ n'y feroit-elle pas bien? J'en voudrois donner une à ma sœur l'économo, une à ma sœur Gauthier ^, et le reste, et en même temps exhorter les Dames à les bien employer. Hais je crois qu'il ne

A A la mort de Sobieski, roi de Pologne, le prince de Conli .at Qu par la majorité de la diète polonaise ; mais une minorité prit pour roi l'électeur de Saxe ; Contl, qui était parti avec une escadre ifiie commandait Jean Barl, ne pat pas même aborder à Dantzig, et il tai forcé de revenir en France.

* Lettres et Avis, p. 174.

> C'était une maîtresse séculière chargée de la coulure.

* C'était la roùière.

' Maîtresse des sœurs converses.

268 LETTRKS RT BNIHeTlENS SUR L'ÉOUCATIOK.

trop porter vos filles à chanter et à psalmodier au chœur-, que vous pouvez même l'exiger de toutes les rouges et de toutes les vertes , sans distinction de celles qui ont de la voix ou de celles qui n'en (Mit point, parce qu'il leur en peut venir en chantant; et leur faire regarder à toutes comme un grand honneur de chanter les louanges de Dieu ; mais je crois qu'on peut laisser aux premières maîtresses des grandes classes la liberté d'en dispenser quelquesunes, et qu'elles pourroient permettre à une fille qui n*auroit point du tout de voix de porter an psautier françois ou une Imitaiùm. Je suis cepen* dant persuadée que peu auront un véritable besoin de cette dispense *, il est rare de trouver a leur âge des personnes qui n'aient pas assez de voix pour chanter avec tout le choeur, et il sera difficile de les discerner d'avec celles qui le feroienl par paresse. Ce qu'il faut observer généralement, ajoutalïadame, c'est de ne point permettre aux demoiselles d*avoir au chœur d'autres livresque ceux qui servent àprier. — Ne peut-on pas leur laisser porter des livres k la messe, dit M*"® de Montalembert *, pour empêcher qu'elles y soient oisives ? — Il est vrai, répondit îfadame, que toutes ne sont pas assez avancée dans la piété pour s'occuper de Dieu sans secours , mais il faut bien distinguer les Hvres qu'on leur peut permettre; elles n'en doivent point porter d'autres, encore une fois, que ceux qui servent à prier, comme, par exemple, le Psautier, t Imitation, les Soliloques

^ Voir pago 98.

de saint Augustin, un Exercice pour entendre la messe, en s*unissant au prêtre. Il seroit très-utile de leur apprendre à s*occuper des mystères qui y sont représentés, et porter celles qui ne sont pas capables de cette occupation à dire leur chapelet ou autres prières vocales, et noii pas à passer le temps à lire, parce qu'on ne vient point à TËglise, et surtout a la messe, pour lire, mais pour prier, et Ton seroit peu édifié d'elles dans le monde si on leur voyoit un livre de lecture pendant toute la messe ou vêpres, principalement les fêtes et les dimanches a la messe. Je pensai l'autre jour en aller ôter un que j'aperçus dans les mains d'une demoiselle lorsque j'allois communier, et je l'aurois fait si je n'avois appréhendé de les mal édifier, x»

L'on demanda à Madame quels livres il ne leur falloit pas laisser porter a l'Église : « Je ne leur en laisserois point porter, dit-elle, ni d'histoires, quoique pieuses, ni même de morale, à moins que ce ne fussent des méditations-, je ne croirois pas, par exemple, qu'il fût à propos d'y porter les Confettions de saint Augustin, quoique ce soit un bon livre. — Y pourroient-elles avoir \ Introduction^ de saint François de Sales? dit une de nos sœurs. — Quoique ce livre soit excellent, répondit Madame, il ne conviendroit pas d'y lire quand on doit prier, à moins que ce

1 Vintrodttction à h vie dévote était une des leoturcs ordinaires à Saint-€yr. «> M™« de Malntenon y prenoit souvent les sujets de •es instructions et nous a bien rcc4)mmand6 d'en faire apprendre par cœur aux demoiselles les plus beaux cliapilrcs. » ( Mim. dti Dame$ de Sahit-Cttr.)

ne fût pour prendre les méditations qui y sont. — Il y a, dit M°^ de Lagny, un chapitre qui marque la manière d'entendre la messe qui est merveilleuse. — Il seroit bon, reprit Madame, qu'elles le lussent avant que d'aller à TÉglise , et qu'elles le sussent même par cœur, mais ce n'est guère le temps d'étudier la manière de bien entendre la messe quand il s'agit de l'entendre effectivement.

« A. propos d'apprendre par cœur, dit M*^ de Bouju, n'y a-t-il pas des mesures à prendre ou a garder pour ne pas trop charger la mémoire des enfants sous prétexte de leur remplir l'esprit de bonnes choses? — Il ne faut jamais, répondit Madame, se piquer de faire briller les filles en leur faisant apprendre plusieurs choses par mémoire^ c'est une vanité qui est ordinaire aux personnes qui élèvent les enfants : elles croient par là en faire de petites merveilles; et, en effet, on les admire; mais il est très-dangereux de pousser trop les enfants sur cet article, on leur fait faire quelquefois des efforts de tète qui nuisent beaucoup à la santé, qui pourroient même détraquer leur esprit ; et, après tout, cela n'est pas fort utile, il vaut bien mieux que vos filles sachent moins de choses et qu'elles les comprennent, et que les maîtresses s'occupent davantage de former leur jugement que de remplir leur mémoire. — Seroit-il bon, dit M"*' de Bcrval, de faire apprendre aux enfants le Nouveau Testament par cœur? on ne pourroit leur mettre rien de meilleur dans resprit. — Le Nouveau Testament, repartit Madame, est un livre si sacré qu'il ne doit être

AVBC LES BAMS DE 8A1XT-L0IIIS (1698). 271

lu que par les personnes qui ont assez de raison et de piété pour s'en nourrir-, il ne le faut pas lire indifféremment comme un autre livre, seulement pour se remplir Tesprit, mais il faut en lire peu et méditer beaucoup -, ainsi, je ne le permettrois point dans les petites classes-, il suffit de leur faire apprendre par mémoire Tépttre et Tévangile des fêtes et des dimanches, et quelques autres endroits choisis. Je q'cd permettrois la lecture dans les grandes classes qu'à celles qui se distinguent par leur piété, encore feroi&-je attention à leur donner ceux qui seroient les plus clairs et ne leur laisserois-je point lire les obscurs dont elles pourroient abuser, tels que sont certaines épitresde saint Paul et TÂpocalypse. Si vous en rendez la lecture commune, ajouta-t-elle, elles ne feront aucun discernement de ce livre divin d'avec les autres; elles n*en seront plus frappées quand elles seront en âge de le goûter. Notre infirmité a besoin d'être excitée par quelque chose de nouveau^ et qu'aurez-vous à leur donner quand eiies seront grandes, si vous leur prodiguez ce qu'il yade plus excellent dans un âge où elles ne peuvent encore en concevoir le prix? Il seroit utile de leur fure apprendre par cœur les psaumes; ils leurfourniroient l'esprit de saintes aspirations, elles n'en pourroient guère abuser. V Imitation est encore un excellent livre à leur faire goûter. »

272 LKTTRES ET ENTRISnBNS SUR L'ÉDOCATIOK. 10C *. — LETTRE A MADAME DE SAINT-PARS»,

M.'.ITRESSE DES SOiCBS C02ITE1SF.S.

J'emploierai le premier loisir que j'aurai à parler aux maîtresses sur la conduite des demoiselles-, en attendant, ne soyez plus inquiète, donnez -leur ce qui est raisonnable. Si elles ne mangent pas, c'est tant pis pour elles; si elles gâtent, mettez dans la portion des pauvres : on ne peut pas mettre ordre à tout en même temps. Nous avons lieu de tout espérer de la bonté de Dieu sur votre maison; le plus pressé est de vous sanctrfier; après cela, vous sanctifierez toutes vos filles; travaillez donc avec patience, n'irritez point leurs foiblesses.

Je n'approuve pas que vous coupiez une poire en deux; il faut traiter vos demoiselles avec honnêteté: elles 0)1 seront plus dociles. Cherchez, ma chère fille, le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné comme par surcroît. Je suis parvenue a ce que j'ai tant désiré d'avoir a vous retenir : modérez donc votre zèle, allez au bien doucement, pensez à vous, et surtout n'altérez jamais la charité, s'il vous est possible; voilà ce qu'il y a de plus important présentement.

* Charlolle de Gillierde Saint-Pan fût la cin(lui^IIlc Dame de Saint-Louis. Elle flt des vœux solennels en \ 603 et mourut en 1716, Af^ée de soixante -quatre ans. (détail une religieuse de la communauté du père Barré, que M"** de Maintenon avait piise. dès Noisy, pour gouverner les sirurs converses; elle i>it presque toqjoars employée à la dépense, au dép5l, etc.

A MADAME OB VANDAM (1699). 27S

L'un SIS HAITIISSIS Dl LA CLASSE JALT^E.

Vous avez fait une chose dans la classe sur laquelle je vais vous dire mon avis, ma chère fille, car TOUS savez que je compte beaucoup sur vous, surtout pour nos grandes filles : vous punissez une des ▼ôtres parce qu'elle a mis une épingle pour relever un ruban; je n'aurois pas fait semblant de le voir; je ne croyois pas même qu'une autre maîtresse que la première imposât des pénitences, à moins que ce ne fût de concert avec elle; sans cela on en pourroit punir dont elle seroit contente. Mais pour revenir au fait présent, si j'avois voulu reprendre cette fille, je lui aurois dit : a Quelle enfance de vous croire mieux quand un ruban est un peu plus haut ! Ces foiblesses-là sont de votre âge ; mais vous êtes si bien instruite ici, que vous devriez, plutôt que les autres, haïr le monde que Jésus-€hrist a condamné ;)> et cela sans aucune àpreté. Je crains celle de votre piété, ma chère fille ; vous Tavez souvent poussée trop loin pour vous, il faut encore moins la pousser pour les autres. Vous avez un grand zèle et vous devez l'avoir; mais il faut prendre les moyens propres à réussir ; vous n'inspirerez jamais Tamour de Dieu en punissant et en grondant. Vos filles seront

' Extrait des écrittde M^ de Maintenon, p. 513. * Marie-Henriette de Vandam d'Audegnio fit profession le 14 mars 1608 et mourut en 1708, âgée de quatre-YiDgV4ix ans.

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plus portées à vous imiter quand elles verront votre patience, votre douceur, votre paix et votre joie. Je voudrois que vous profitassiez davantage de vos lectures : saint François de Sales dit qu'on ne prend pas les mouches avec du vinaigre, mais avec du miel -, ne vous appliquez-vous pas ces maKimes-laP Si vous étiez première maîtresse, vous feriez hb grand nombre d'hypocrites, comme nous l'avons vu ici autrefois, car la jeunesse devine bien vite ce qu'il faut faire pour plaire à la maltresse. Je ne doute pas, ma chère fille, que vous ne receviez mes avis avec le m6me cœur que fe vous les donne.

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