‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 49 sur 120 · A LA MÊME · texte numérisé non relu

A LA MÊME

(Combien la doaceor et la raison {ont de bons efTtfts.)

Vous ne serez pas excusable si vous ne devenez comme nous vous désirons, car il y a peu de chose à faire -, tout ce que vous dites aux demoiselles est bon, jusle et raisonnable : il n'y a que le ton à changer. Soyez persuadée, et on le voit déjà, que la douceur et la raison feront de meilleurs effets que la sécheresse, la moquerie, la rudesse et tout ce qu'on a employé jusqu'ici avec la meilleure intention du monde. On m'a mandé que vous êtes encore malade*, j'en suis bien fâchée. Adieu, ma chère fille.

* lettres et Avis, p. 365.

AUX DBMIULLR DE LA CLASSE BLEUE (l 600). 975

i09<. — LETTRE AUX DEMOISELLES DE LA CLASSE BLEIE.

Vous avez bien prévu, mesdemoiselles, ce que je devoîs vous répondre, et vous vous êtes bien doutées qu'il y avoît de l'avidité à ce que vous demandez. Vous devez ôlre en fonds pour longtemps, après tout ce que vous avez entendu, et avant de recommencer à prodiguer la parole, il faut voir dans quelle terre elle est tombée-, on en jugera par ce qu'elle produira. Je vous avoue que j'en espère beaucoup, et que la bonne foi dont vous avez paru faire votre retraite me fait croire que nous en ver-» rons un fruit très-solide. Si cela est, vous entendrez M. Tiberge, et qui vous voudrez-, il ne seroit pas juste de vous refuser du secours quand on en verra l'utilité -, mais ne vous méprenez pas entre la curiosité et le zèle de l'instruction. Prenez garde que vous ne songiez à vous divertir, et comptez que tant que vous serez si sensibles à la manière devons annoncer la parole de Dieu, que ce n'est pas sa parole que vous aimez, mais l'éloquence do celui qui vous l'annonce. De quelque façon qu'on vous parlât des personnes que vous aimez, pourvu que ce fût à leur avantage, vous l'entendriez avec plaisir-, si vous êtes capables de cette droiture pour des créatures, Dieu vous en demande une plus grande et plus de simplicité -, ce qui est très-bon par soi-môme n'a pas

> Lettres et Avis, p. 477.

276 LBTTRBS BT ENTRfiTIElffS SUR l'ÈDCGATKKI.

besoin d'assaisonnement. Dieu est souverainement bon, cherchons-le avec humilité, et gardons-nous bien de l'aimer plus ou moins, selon le goût que nous avons pour ceux qui nous parlent de lui. Vous avez de Tesprit, mais il faut de bonne heure le sacrifier : il n'est bon, en effet, qu'à être la matière du sacrifice que nous devons faire de tout notre cœur.

DE SAINT-LOCIS

(Ce qa*U faut dire aux demoiteUet lonqn^ellct questioaDent sor les chotM qa*on iguore.)

Madame nous dit souvent que quand il arrive que les demoiselles nous demandent quelque chose que nous ignorons, il ne faut nullement s'embarrasser de leur dire qu'on ne le sait pas : celte simplicité ne leur peut nuire ^ on n'est point obligé de tout savoir, et il faut leur apprendre à elles-mêmes qu'il vaut mieux paroitre ignorantes que de faire Thabile. a Pour moi, me dit-elle, je ne m'en embarrasserois pas du tout. Si ce qu'elles demandent étoit une chose curieuse ou qu'elles dussent ignorer, je leur dirois : Je n'en sais pas assez pour éclaircir votre question -, mais je le saurois, je me garderois bien de vous dire une chose qui ne serviroit qu'à nourrir votre curiosité. Si elle étoit nécessaire à leur dire,

> Recueil des Réponses , p. 64 et 65.

je leur promettrois de m'en instruire et de la leur dire après ^ »

DI SAIMT-LOL'IS.

(5e fe point décvunger tor l'éducation, oeeaper let demoÎKlIei, travailler avec elles.)

ie09.

Madame nous dit un jour qu'une des choses dont nous devions nous garder étoit le découragement : « Il faut, dit-elle, compter que, malgré vos soins et vos instructions, vous aurez des filles qui se perdront ^ il n'en faudra qu'une de ce caractère pour faire murmurer tout le monde contre votre éducation -, quand il n'y en auroit pas qui portassent si loin le dérèglement, il est toujours vrai qu'il y en aura un grand nombre en qui vous ne verrez pas sitôt le fruit de votre travail. Mais si vous avez besoin de fermeté et de courage, pour ne vous point abattre par le mauvais succès, ou par Tincertitude où Dieu laisse même quelquefois d'avoir fait tout ce qu*on auroit pu faire pour conserver les unes, et pour en ramener une autre de l'égarement, vous avez aussi de grands sujets de vous consoler en

> « C'eut aisez la manière dont M"^' de Maintenon répond aux quesUoni qu'on lui Tait ; je ne sais si c'est pour nous apprendre ù le /Ure, ou si en effet elle ignore certaines choses ; je sais bien cpi'aprèa un tel exemple nous ne devons pas nous embarrasser de montrer que nous en ignorons beaucoup. » {Note de If*"' de Bervai»)

s Recueil desRéponsetj etc., p. 38.

278 LETTRES ET ENTRETIENS SDR C*ÉIWCATION.

celles mêmes qui ne marcheroient pas d'abord dans la vérité-, car outre que Dieu ne récompense pas votre travail par rapport au fruit qu'il produit, il est certain que ce seroit encore pis si elles n'avoient eu nulle éducation. 11 est rare que des personnes qui ont connu la vérité ne reviennent pas, et ne soient touchées dans de certains moments favorables, quand même elles auroient fait de grands écarts. Je trouve encore que c'est une grande consolation de les avoir préservées jusqu'à vingt ans de la corruption du siècle *, il y a peu de filles de cet âge dans le monde dont on n'ait parlé -, et quand ce seroit sans fondement, c'est toujours leur rendre un grand service de les y mettre avec une réputation sans tache qu'il y a lieu d'espérer qu elles y conserveront, car l'âge où elles sortent d'ici est un âge où une fille est formée pour l'ordinaire, et elles y passent les années les plus dangereuses de leur vie. Cest une des grandes raisons que les gens sages, qu'on a coasuites sur cet établissement, nous ont données pour les garder jusqu'à vingt ans -, car ayant bien prévu la peine que cela vous donneroit, on voulut d'abord vous les oter à quinze ans, mais vous jugez bien yous-mômes que si vous ne les aviez eues que jusqu'à cet âge, vous n'auriez fait pour elles que ce que font les maîtresses d'école pour les filles qu'elles instruisent pour la première communion, et à qui elles apprennent à lire et à écrire 5 ce n'auroit pas été les élever et les former comme vous faites en les gardant jusqu'à vingt ans. 11 faut donc qu'animées par les grands avantages de votre état, vous passiez

AVEC LES DAMES DE SAIM-EOLIS ilu.'J'. '279

par-dessus toutes les difficultés qui s'y trouvciiL^ il faut avoir ooe palîeace sans bornes pour attendre celles qui ne font pas aussi bien que les autres; nous eo avons déjà tant vu qui, après avoir fort mal fait et nous avoir donné bien de la peine, sont présentement de bonnes religieuses, ou font fort bien dans les autres places oii la Providence les a conduites. Un des meilleurs moyens de les contenir et de les occuper, les faisant travailler avec douceur, travaillant avec elles pour leur apprendre à bien faire l'ouvrage que vous leur commettez, et pour qu'elles n'aient jamais lieu de croire que vous les surchargez pour éviter le travail que vous pourriez prendre. U iaut pourtant li-dessus être raisonnable : il y a des rencontres où il faut les laisser faire, et où il suiSt de voir comment elles font \ la discrétion et la bonne foi doivent vous régler de ces rencontres, et alors je suis sûre que les demoiselles seront assez raisonnables pour n'être point blessées de ce que vous les ferez travailler. »

DB SAIMT'LOUIS.

(Qa*oa ne derroit point admettre dans It communauté ima fille qui ne teroiC pat propre aox claaaea, quand même elle auroit du talent pour les autrti chargea.)

Madame dit un jour que ce n'étoit nullement son avis qu'on reçût une fille qui ne seroit pas propre à

1 Recueil des Bépontet, p. C) «t G4.

réducation, quand même elle auroit du latent pour les autres charges, parce que l'éducation des demoiselles étoit notre principale affaire ; qu*ei!e n'entendoit pas cependant qu'on dût exclure une fille parce qu*elle n'auroit pas le don de la parole, ni de la facilité pour l'instruction, quand d'ailleurs elle pourroit être capable d^autres fonctions dans les classes, puisque ce qu'on appelle éducation ne se termine pas à la seule instruction, et qu'il y a mille autres choses à faire dont une fille qui a bon esprit peut fort bien être capable ; qu'en ce cas les maltresses devroient se partager; que les unes instruiroient , et que les autres s'appliqueroient au reste, qui n'est pas moins nécessaire, mais qu'elle ne croyoit pas qu'on dût jamais recevoir une fille qui auroit une entière incapacité pour les classes.

DE SAINT-LOUIS

(Avec quelle douceur il faudroit remédier aui maufaisct coutniMi qn se teroient introduites dans une classe.)

M""* de Maintenon parlant aux religieuses de Saint-Louis sur les demoiselles « elles lui demandèrent comment elle feroit si elle étoit maîtresse de classe : (( J'y serois peut-être aussi embarrassée qu'une autre, répondit-elle, quoique je vienne ici

^ Lettres idifimiteit, t. VI, p. 687.

décider. — Mais que feriez-vous, ajouta M"** de la Haye ^ si vous étiez embarrassée ? — Jo rccourrois à Dieu pour lui demander la lumière dont j'aurois besoin, répondit M"^ de Maintenon , et je ferois simplement devant lui ce que je croirois de meilleur. — MaiSy madame, dit encore la mêmey si Ton vous nommoit première maltresse et qu'on vous dit comme a une religieuse de Saint-Louis : Ma sœur, voilà une classe dont on vous donne la conduite, et que vous trouveriez dans les filles qui la composent bien des défauts, de la paresse, de la mauvaise humeur, de la grossièreté, de rindocilité \ supposez même que cette classe eût été négligée, qu'on s'y fût relâchée sur la vigilance, sur l'éducation, que la règle n'y fût pas gardée ; comment vous y prendriez-vous pour remédiera tout cela et donner à nos filles un autre pli? changeriez-vous tout d'un coup tout ce que vous trouveriez de mal? — Je m'en garderois bien, dit M""* de Maintenon *, j'agirois plus tranquillement, je garderois exactement les règles, Tusage et les coutumes générales -, je metlrois ordre aux choses les unes après les autres, mais en disposant tout avec douceur et modération-, je tâcherois pourtant d'en venir efficacement à mon but, qui seroit cette éducation solide que je vous prêche continuellement en détruisant leurs défauts et en travaillant à les remplir de toutes les vertus convenables à leur sexe; je leur parlerois souvent en

> Marguerite Lcmétayer de la Haye-le-^>>mte, née en IGli, morte en ITOG Elle fit profetslon le 23 noyembre 1695.

général et en particulier. Si je youlois, par exemple, attaquer leur paresse, je commencerois par leur faire quelques instructions sur la nécessité et la beauté du courage ; je leur dirois que je suis résolue de les rendre courageuses, sans leur reprocher qu'elles ne le sont pas; je desccndrois cependant dans le détail des fautes qu'elles peuvent faire lidessus ; je leur ferois voir que c'est une grande foiblesse de se plaindre à tout propos du froid et du chaud et des moindres incommodités, et d'être n avisées pour fuir les plus petites contraintes. — Et si après cette instruction , dit M°^ de Radouay \ vous les entendiez s'en plaindre encore et que vous les vissiez, par exemple, s'enfoncer la tète dans les épaules, que leur diriez-vons? — Je leur dirois, rcpondit-elle : En avez-vous moins froid pour vous en être plainte? Si cela l'adoucissoit, je vous permettrois de le dire -, mais puisqu'il ne vous en revient aucun soulagement, je vous conseille de supprimer vos plaintes. — Vous les railleriez donc quelquefois? lui dit M°" de Saint- Périer ^. — Oui, répondit-elle, cela leur fait souvent mieux sentir le ridicule de ce qu'elles font de mal à propos qu'une réprimande sérieuse. — Il leur arrive quelquefois, dit M'"'' de la Neuville ', de montrer tout ce qu'elles pensent, et de dire, par exemple : Oh! que j'aime telle chose! oh! que je hais telle antre!

< Voir page 93.

• Voir page 251.

* Sœur de &!■»« do bi Haye. Elle fit profènion en 1099, et mourut en 1736.

AVEC LES DAMES DE SAINT-LOUIS (iGOi)'. 283

— Voilà justement, reprit M"*' de xMaiiiteiion , ce que j'appelle une conduite déraisonnable dont il faut bien les défaire ! Je lisois, il y a quelques jours, OB eoUetien de saint François de Sales, où il dit que ceux qui chercbent tout ce qui est conforme à leur inclination et qui fuient tout ce qui leur est ooQtraire se privent par là de T usage de leur raison, qui fait la différence de Thomme et de la bête, puis* qu'au lieu d'agir par le principe de la raison que Dieu nous a donnée, elles le font par Tinslinct naturel. Il est surtout Irès^mal de montrer ainsi ses goAts et ses répugnances sur la nourriture ^ il y a m cela une bassesse dont les honnêtes gens auroient hûDte, et si quelques-unes de nos demoiselles avoient ce défaut, il ne leur faudroit pas souffrir. »

DI SAINT-LOUIS

(Sur certaines pratiques religieuses.)

... « Pour répondre à votre question, je crois qu*en effet il y a des pratiques de piété tellement propres aux religieuses, et même à des ordres particuliers, que je ne pense pas qu'il convient d'en instruire les demoiselles comme de choses auxquelles elles fussent obligées, et d'exiger d'elles qu'elles les pratiquassent, comme seroit de ne se point

> RtcwU des Réponses, ip, 29.

284 LBTTRES ET ENTRETIENS 8UR L*fiDOCATIOIf.

excuser et de ne vous point dire les raisons quand vous les reprenez d'une chose qu'elles n^ont pas faite, ou qu'elles ont cru devoir faire; pour moi, je pense que j'écouterois leurs raisons si elles étoient bonnes, et que je ne leur ferois pas une querelle de ce qu'elles me les diroient, dès que ce seroit sans hauteur. Je ne dis pas qu'on ne fit fort bien d'instruire et d'exercer dans ces pratiques une fille qui voudroit être religieuse, en lui montrant combien elles sont utiles, et qu'elles sont en usage dans de saints monastères, qu'on ne pût même montrer ce bien aux autres et les y faire aspirer comme à l'exercice d'une grande vertu -, mais il y a bien des choses à faire auparavant qui sont plus pressées : fuir le péché, pratiquer le bien qui convient à leur état. »

DE 8AIHT-L0UIS.

( Ne point remarquer les défauts des demoiselles, quaud on u^en est point chargé; en cas qu'on leur TÎt faire des fautes considérables, on en deTroit avertir.)

« Vous me demandez quelles sont les personnes qu'il faut avertir des fautes qu'on verroit faire aux demoiselles *, je vous assure que, pour moi, je ne saig pas ce que vous pouvez remarquer dans la conduite des demoiselles que leurs maîtresses ne voient

^ Recueil des Réponsei, p. 31.

AVEC LBS DAÉB8 DB SAUTT-LOUIS (1699). 2g5

mieux que vous \ vous ne devez pas les examiner, n'en étant pas chargées. C*est, dites-vous, que vous les avez vues badiner pendant que vous leur faisiez le catéchisme, ou que vous en avez remarqué qui étoient assises pendant le Magnificat ou la messe. Eh bien! c'est peut-être une fille qui se trouve mal, et qui prend beaucoup sur elle de n'être pas à Tinfirmerie-, c'en est une autre qui arrive et n*a jamais oui dire qu'il fallût être à genoux ou qu il fallût prier Dieu; ou ce sera un jour malheureux qu*elles ne TOUS écouteront pas parce qu'elles auront vu un je ne sais quoi qui les distrait, quoique d'ailleurs les maîtresses en soient contentes ; je voudrois donc qu*on laissât les maîtresses en repos. S'il arrivoit pourtant qu'on remarquât des fautes de quelque conséquence; par exemple la sœur converse qui couche dans chaque classe, si elle voyoit des choses dont les maltresses ne s'aperçussent pas, je crois qu'elle devroit d'abord le dire a la première maltresse, à qui l'on fera toujours plaisir de l'avertir immédiatement; et si la chose étoit de telle nature qu'elle dût revenir à la supérieure , il seroit bon d*aller à elle. Enfin, il faut prendre la voie qu'on croit la meilleure, et s'adresser à la personne que, de bonne foi , on croit la plus propre à remédier au mal. »

286 LETTRES ET ENTRETIENS SUIl L'ÉDUCATJOX. 4i6 ». — INSTRUCTION DE MADAME DE MAINTENON

AUX OAMtS BK SAIlfT-LOlIIS.

(Sur le secours qu^on peut tirer des demoiselles.]

Il n'y a point de communauté de filles si grande que la vôtre, ni dont les emplois soient si étendus, tant pour le spirituel que pour le temporel; mais U n*y en a point qui aient de si grands secours, tant pour le grand nombre des confesseurs ^ que de gens d'affaires et de domestiques au dehors ; le secours au dedans doit se trouver dans les demoiseHes, et comme les bons laboureurs se croient riches quand leurs enfants sont grands, parce qu'ils les servent sans intérêts, vous devez de même tirer de grands services de tant d'enfants que vous élevez. Les demoiselles en seront plus soumises et plus intelligentes ; vous en serez soulagées dans les embarras où vous pourrez vous trouver, et tout ce que vous avez à craindre est d'en abuserai faut donc prendre le milieu entre les deux extrémités , ou de les tenir dans les classes sans en tirer aucun service, ou de les charger de tout celui de la maison, pendant que les Dames et les sœurs en rendroient trop peu.

Je crois qu'il faut continuer à avoir toujours des

* Lettres édifiantes, t. V. — Uttres e< iivM, p. 19. — Ce dernier manuscrit porto : u Gardé au dépôt, écrit de 8a main et Intl-tulé ainsi : Â nos chères filles, »

AUX DAnS DE SAI.IT-LOCIS (l700). 287

noires, mais il ne fout pas en augmenter trop le nombre-, le relâchement s'y metlroit et obligeroî* peut-être à s'en défaire. Il vaut mieux en avoir moins, les bien choisir et les garder pour soulager les Dames dans leurs charges, comme aux classes, à la porte, à la sacristie, à l'inBrmerie des demoiselles, etc. Il faut que les noires qu'on mettra aux classes aient dix-huit ou dix-neuf ans, afin qu'après avoir servi de maîtresses, elles n'aient point le chagrin de retourner dans l'assujettissement des classes-, les plus sages doivent être choisies pour cet emploi. n faut être simple à demander ce secours dans le besoin, et de bonne foi à le rendre quand le besoin cesse. Outre le secours des noires qui sont pour les chairs, on en peut tirer beaucoup des classes ; quand il faut changer de lits à 1 infirmerie des demoiselles ou qu'gn veut la nettoyer à foml, on peut demander un certain nombre de bleues ou de jaimes, et de même à la lingerie, au garde-meuble, au réfectoire, au balayage, a la sacristie ou ailleurs.

Il ne faudroit point mêler les classes, mais prendre tantôt les unes, tantôt les autres. Tous ces services doivent se rendre en silence, ou ce seroit un grand désordre, un grand bruit et une grande dissipation.

Il y a des services que les petites classes peuvent rendre, comme des fleurs à éplucher pour des sirops, des fruits à ramasser, des légumes à préparer, etc.%

Il faut avoir l'art défaire des récompenses de tous ces services, en n'y nommant que le» plus sages.

Avec tous ces secours, il faut n'en point faire ve-

288 LETTRES ET ENTRETIEM SUR L*60UCATI0!f.

nir du dehors, ce qui seroit irrégulier et dangereux. Quand il y aura des gaalades à veiller j il fauti>ien regarder quelles filles on y mettra et tacher de les assortir de façon qu'on puisse être en repos.

Il faut, autant qu'il sera possible, que le secours des demoiselles soit pour les demoiselles, et qu'elles soient loin des Dames malades, qui doirent être servies par leurs sœurs.

Quand il n'y aura rien d'extraordinaire dans la maison, il faut que chaque personne fasse sa charge et qu'on laisse les demoiselles dans leurs classes; il faut de même êlre exactes i leur rendre les sœurs qui les servent, quand la raison qui les en a privées en est passée.

Rien ne dispose tant à secourir que de voir quon ne le demande que dans la nécessité et qu'on n'exige rien injustement.

Quand les sœurs verront que dans les temps de leurs maladies les Dames et les demoiselles se mettront aux services les plus bas, elles en seront bien plus portées à les rendre de bon cœur dans le temps de leur santé.

De même, les demoiselles se mettront à tout quand elles verront que la nécessité étant passée , on se mettra à les servir comme auparavant.

Encore une fois, il faut être simple à demander du soulagement, quand on se trouve surchargé, sans se piquer de vouloir s'en passer, et faire tout soi-même; c'est cette ressource que j'ai toujours comprise, qui m'a fait passer sur la mauvaise santé de quelquesunes de nos filles; nous avons bien des bras à notre

ATBC LES DAHBS DB SAINT-LOUIS (1700). 289

senrice, pourvu que nous ayons une bonne tète pour les employer. Tout ira bien, mes chères filles, si TOUS concourez toutes à la même fin, qui est Téducation des demoiselles, en vous sanctifiant tous les jours, si vous êtes unies entre vous, si vous n'entreprenez jamais sur les emplois les unes des autres, si vous renvoyez toutes les particulières a celle qui en est chargée, si vous ne vous mêlez point des biens qu*on ne vous demande pas, car la charité doit être réglée, elle est sage, elle est prudente, elle craint de troubler la paix, elle retient le zèle qui pourroit la faire perdre ; je prie* Dieu de tout mon cœur de la faire régner dans votre maison.

ii7'. — ENTUE^IExN AVEC LES DAMES

DI SAINT-LOUIS

(Sur Ici demoiielles qui ront au parloir.)

28 mars 1700.

Le 28 mars 1700 on demanda à Madame si ce qu'elle marquoit dans ses écrits^ que le temps que l'on permet aux demoiselles d'aller au parloir doit ordinairement se réduire à une demi-heure, s'entend pour les proches parents, comme père et mère, et si cela se doit observer même dans le temps du quartier*, a Oui, répondit Madame, c'est des plus proches parents dont j*ai voulu parler, puisque si

1 Recueil des Réponses , p. 506.

* Le» parenU n'élaieot aduiis à Yidler les demoiselles que pen« dans les octaves des quatre grandes fêtes de Taimée. On appelait ce temps le quartier.

Î90 LETTRÉS ET ENTïtEtlENS fttJR l'ÉDCCATieN.

les demoiselles sont demandées par d*autres, elles ne doivent que s'y présenter, et sortir presque aussitôl-, une demi-heure est plus que suffisante pour nos domoîsellcs qui n*ont aucune affiu're à traiter. Cela n'empèclie pas que si un père ou une mère que Ton sauroit ôlre fort raisonnables demandoient à voir leurs filles plus longtemps, ou à les voir en particulier, surtout celles qui sont assez âgées pour penser au parti qu'elles veulent prendre, on ne dût avoir pour eux cette complaisance, et il ne fendra pas être ric-à-ric avec eux, pour un quart d'heure de plus ou de moins, parce qu'il n'y a point d*égard qu'on ne doive avoir pour un père et une mère; mais généralement parlant, une demi-heure suflSt aux demoiselles pour voir leurs proches, dans le temps môme du quartier, et ce seroit encore trop pour des parents éloignés, surtout de jeunes cousins, et môme de jeunes frères qu'il faut observer de près, et avec lesquels il faut couper court. »

Madame de Bouju^ lui dit : a Si un père et une

* Marie-Anne de Bonjn de MonfçrraB, née en I67Î, morfe en ] 7 1 2. Elle flt profesàion le 9 décembre 1 694. Voici ce que dil il'«Ue M"*" de Maiutenon dans une lettre à révt^quc de Chartres i « C'est une flllc qui a b'^aucoiip de vertn. de l'esprit, une prodigieuse mémoire, de la candeur, de la sfmplîietté, une vStaeit^ qal eomprend fout dans un moment, un esprit vraiment rellgicm; enfin, un sujet à soutenir tout le bien qu'on établit ici, pourvu qu'on la calme, qu'on aniorti^e cette extraordinaire vivacité, ce torrent de pensées et de paroles, cette légèreté de dire tout ce qui- lui vient h l'esprit. )) On trouvera dans Tes Lettres historiquei et idifiantet un grand nombre de lettres de M**« de Mafntenon à cette llame, ou rar cette Dame, qu'elle appelait sa ch^e jaene, parce qu'on FatiK CUt passer immédiatement de la classe Jaune au notiefaC.

service, pourvu que nous ayons une bonne tète pour les employer. Tout ira bien, mes chères filles, si vous concourez toutes à la même fin, qui est Féducation des demoiselles, en vous sanctifiant tous les jours, si vous êtes unies entre vous, si vous n'entreprenez jamais sur les emplois les unes des autres, si vous renvoyez toutes les particulières à celle qui en est chaînée, si vous ne vous mêlez point des biens qu*on ne vous demande pas, car la charité doit être réglée, elle est sage, elle est prudente, elle craint de troubler la paix, elle retient le zèle qui pourroit la faire perdre; je prie* Dieu de tout mon cœur de la faire régner dans votre maison.

ii7». — ENTUEi^IEN AVEC LES DAMES

DI SAIHT-LOL'IS.

(Sur lès demoifelles qui ront au parloir.)

28 mars 1700.

Le 28 mars 1700 on demanda à Madame si ce qu*elle marquoit dans ses écrits^ que le temps que Ton permet aux demoiselles d'aller au parloir doit ordinairement se réduire à une demi-heure, s'entend pour les proches parents, comme père et mère, et si cela se doit observer même dans le temps du quartier^, a Oui, répondit Madame, c'est des plus proches parents dont j*ai voulu parler, puisque si

> Recueil des Réponses, p. 506.

* lAè parenU n'étaient admb à visiter les demoiselles que pen* (Uns les octaves des quatre grandes fêtes de Tannée. On appelait ce temps le quarlicrm

292 LETTHES ET BNTAET1RK8 SUR L'ÉDUCATION.

OU qu'elles y dissent des vers? — Il ne faut avoir cette complaisance, répondit Madame, que pour un père et une mère, encore faudroit-il attendre qu'ils le demandassent avec instance , et qu'ils fussent seuls; autrement nos parloirs deviendroient irréguliers comme ils le sont dans d'autres couvents, où Ton en fait des espèces de théâtres. » — Madame de Champigny demanda si étant seule avec son père au parloir, elle y pourroit chanter, en cas qu'il le souhaitât. — «Non, dit Madame, ce ne seroitpas une chose bienséante à une religieuse de chanter au parloir-, il faut répondre que cela ne se fait point ici. »

M"' de Saint-Périer raconta qu'une petite fille avoit entretenu un des ses parents au parloir avec autant d'esprit et de vivacité que l'auroit pu faire une fille de quinze ans, et qu'on l'en avoit louée. — « Mon Dieu, reprit vivement Madame, ne louez jamais vos filles d'ôtre causeuses-, je Taurois plutôt reprise d'avoir tant parlé. II faut leur apprendre qu'on juge qu'une fille a du bon sens quand elle ne se presse point de répondre, qu'elle rougit, qu'elle hésite, qu'elle n'ose parler, parce que c'est une marque qu'elle a assez de raison pour craindre de dire des sottises, qu'elle sent qu'elle n'a rien à dire et qu'elle aime mieux se taire que de parler mal à propos. Elles devroient être timides, répondre un oui ou un non, et souvent par une simple révérence

née en 1672, morte en 1642. Elle flt profession le 9 décembre 1G94. C'était une des belles voix qui chantaient dans les chceors û'Esther.

AYBC LES DAMES DB SAIÏfT-LOtJIS (1700). 293

bien respectueuse, car toute fille qui répond vivement àdes gens qu'elle connolt peu est une étourdie, et les gentillesses qu'on admire dans les jeunes filles sont ordinairement de vraies marques de folie, au jugement des personnes de bon sens. Ne vous ai-je pas raconté que lorsque madame la duchesse de Bourgogne vint en France, avant qu'elle n'arrivât, ceux qui en venoient dire des nouvelles au Boi, croyant faire leur cour, inventèrent mille reparties igréables qu'ils disoient qu'elle avoit faites? On trouToit tout cela fort joli ; mais quand le Roi étoit seul avec moi, nous disions tous deux : Il faut que cette petite soit une folle et une étourdie, si à son igeelle s'avance de dire tant de choses. Nous fûmes ravis au contraire de voir qu'elle étoit fort timide, car au commencent elle ne disoit presque pas un mot. »

IiK SAI NT- LOUIS.

(Des bout el des maoTtii caractères d'esprit; qa*il est important de bien couAOÎtre celui des filles qu'oa reçoit pour la maison ;

12 iTril 1700.

Le 12 d'avril de Tannée 1700, Madame nous dit à la récréation : « Je crains qu'on ne compte trop ici sur ce que les demoiselles qui se présentent pour le noviciat ont fait aux classes-, on aura vu com-

« ntciteildesRépotuei^it, \n. ^Leftrei édifimitei, t. V.

29i LBTTA£S ET ENTRETIENS SUft t*ÉDi:GAT10S«

mettre une faute confidérable à une fille, on lui aura vu quelques défauis, c'en e^ assez pour être prévenue contre elle; cela n'esl pas juste; vous ne devez compter pour le bien et pour le ladi que anr la persévérance, parce qu'une fille qui s'est eoutonue la même dans toutes les classes rnootre que c'est son caractère. Ainsi je ne ferois pas faire un long noviciat à celle qui auroit bien fait partout, et sans en exclure une dont on auroit été méeoBleote dans les premières classes, et qui paroltroit fort changée a la classe bleue, je prolongerois son oo^ viciât, aGn de lui donner le temps de s'afferaiirdans le bien, si son changement étoit sincère, et d'éprou» ver s'il est dissimulé, ou si c'est un esprit léger et inconstant dont il seroit à craindre qu'après avoir bien fait .quelque temps, elle ne retombât dans ses premiers défauts.

« Une des choses à quoi vous devez autant vous appliquer dans le choix de vos sujets, continua Ma* dame, c'est de connottre le caractère des filles : il est très-important de n'en prendre que de bons, parce que c'est ce qui se rectifie le moins ; la piété qui peut retrancher tous les vices n'6teque rarement les défauts qui viennent du caractère de l'esprit. Pour moi, j'aimerois mieux ce que vous appelez ici une méchante, qui n'est souvent qu'une espiègle, que je ne m'accommoderois d'un esprit de travers, ou d'une mauvaise humeur, quoique pieuse. J'aime assez ce qu'on appelle de méchants enfants, c'està-dire enjoués, glorieux, colères, et même un peu têtus, une fille un peu causeuse, vive et volontaire.

parce que ces défauts se corrigent aisément par la raison et la piété, et o^énie presque toujours par Vègeseul. Mais un esprit mal fait, un esprit de travers se soutient en tout. — Qu'appelez- vous, lui dit-on, un esprit de travers, un esprit mal Tait?— Cest» répondit Madame, un esprit qui ne se rend point à la raison, qui ne va point au but, qui croit toujours qu*on veut lui faire de la peine, qui donne QD mauvais tour a tout, et qui, sans être malicieux, prend les choses tout autrement qu'on n'a prétendu les dire. Mais rien n'est pire qu'un esprit faux, ou déguisé et dissimulé, ou entêté et opiniâtre-, prenez garde à tous ces défauts, et i Thumeur, ce sont les plus importuns pour une communauté-, car rien n'appesantit plus le joug de la supériorité que d'avoir à gouverner des esprits difficiles, auxquels il faut mille ménagements. Dieu souffre tous ces défauts parce qu'on peut bien être sauvé, ayant l'esprit mal fait : il est, ajouta-t-elle agréablement, plus ipdulgent que nous, car il reçoit bien des gens en son paradis que je serois bien fâchée que nous admissions dans notre communauté. Cependant, il a'est que trop commun de trouver de ces esprits de travers même dans les sociétés les plus saintes, car, dit-elle en riant, les couvents sont pleins de filles qui souvent ne savent ce qu'elles disent, mais qui savent bien ce qu'elles font, parce qu'agissant de bonne foi, Dieu qui agrée tout ce qui est sincère leur tient compte de leur piété quoiqu'elle ne soit pas toujours fort droite-, mais bien qu'on puisse se sauver avec une dévotion de travers, je vous le redis

encore, je n'en voudrois point recevoir ici pour rien au monde, à cause de l'obligation où vous êtes d'inspirer une piété droite i vos demoiselles. — Qu'appelez-vOus, dit M°*' de Glapion, une dévotion sincère et cependant de travers? — C'est, par exemple, répondit M™* de Maintenon, quitter le saint Sacrement pour aller prier Dieu devant Timage d'un saint, sortir de sa classe quand on y doit être pour aller faire des prières de surérogation, mettre la tête contre un lambris de peur de laisser échapper sa dévotion et être toute troublée si Ton est interrompue pour quelque chose de nécessaire ; c'est être une heure à la porte du confessionnal à attendre que la contrition tombe du ciel, et dire encore après cela qu'on n'est pas disposé à se confesser parce qu'on ne sent point ladouleur de ses péchés; c'est dépenser beaucoup à orner une chapelle pendant qu'on laisse manquer ses sœurs saines et malades de leurs besoins, employer à la prière beaucoup plus de temps qu'il n'est marqué, et négliger de remplir les devoirs de sa charge -, et mille choses semblables.

Madame deRiencourt^ demandas! c'étoit la même chose d'être un peu boudeuse ou d'être de mauvaise humeur. «Non, répondit Madame en riant; je permettrois bien un peu de bouderie; il n'y a guère d'enfants qui n'y soient sujets; ils n'ont pas pour cela Tesprit mal fait ; mais j'appelle une mauvaise humeur celle d'une personne aisée à blesser, qui est soupçonneuse, qui philosophe sur un air, sur une

< CharloUe-CatherJne de Uicncourt, née en 1G67, morte en 1741. Elle fit proression le 9 décembre 169^.

^ AirB£ LES DAMBS DB SAIKT-LOCIS (1700). 297

parole, enfin avec qui l'on n'est point à son aise, à qui l'on craintd'avoir affaire, au lieu qu'une fille de bon esprit est celle qui prend tout en bonne part, qui laisse tomber beaucoup de choses sans les relever, et qui, bien loin de croire qu'on a dessein de l'attaquer, quand on n'y pense pas, ne s'aperçoit pas même de celui qu'on aurait de la fâcher, qui s'accommode de tout, qui trouve des facilités à tout ce ({u'on veut, qu'une supérieure peut mettre sans ménagement à toutes les charges et avec toutes sortes de personnes; voilà ce que j'appelle un bon esprit-, c'est un trésor pour une communauté. Ainsi ce que je crois de plus important dans une fille, après la bonne vocation et la piété, c'est ce bon esprit: quand TOUS trouverez cela, passez par-dessus les autres défauts, car vous ne trouverez jamais de sujets accomplis. — Quels défauts pourroit avoir une personne qui auroit ces bonnes qualités? dit madame de Gautier'. — Elle pourroit, répondit Madame, être un peu glorieuse, ou trop vive, ou dissipée, ou prompte,ou impatiente, ou lente, peu capable, peu intelligente, mais tout cela se corrige avec le temps et la piété. » — Madame de la Haye dit qu'on trouvoit dans la petite de Boulainvilliers^ toutes les bonnes qualités dont Madame venoit de parler; qu'elle avoit toujours contenté ses maîtresses, et n'avoit jamais rien eu à démêler avec ses compagnes. — • Il est vrai , ripartit madame de Gautier, que

* Voir pape 25.

» Demoiselle de Saint-Cyr qui fit profcBaîon aux Carméliles (1<? Pari».

298 LEtiRKS ET ENTRETIl^NS SUa L'^DVCATIOV.

c'est un bon esprit^ mais elle parolt avoir un lempérament bien délicat, quoiqu'elle soit rarefoent malade. — Croyez*voiis, reprit fortement Madamei que les lempérameats les plus délicats rendent le moins de services à la maison? Vous^-méme êtes une preuve du contraire^ et combien en avez-vow ici de malsaines qui remplissent toutes les diarges où on les niei! Quand une fille délicate i du ooumge joint un bon sens et un bon espjrit, eUe vous est plus utile qu'une fille forte et robuste qui n'auroit pas ces bonnes qualités. Croyez-moi, Dieu partage ses dons, et vous ne trouvez pas tout dans la mênie personne ^ il est rare que ces esprits doux, faciles et accommodants se trouvent dans un corps grossier. »

i 19».— LETTRE A UNE MAITRESSE DES CUSSES.

J*ai tant parlé et tant écrit sur la manière d'élever vos demoiselles, que je crois n'avoir plus rien i faire qu'à vous faire comprendre , par la pratique, ce que je vous ai dit *. Par tout ce qui me revient

* C*e8t ce qu'elle Ht en eiTet. Voici ce qu'on Ht dans les Mémoires des Dames de Suint-Cifr ; n M">« de Muinteoon donna a«x classes une grande application dans ce temps-là : elle fut presque deux ans îk les suivre du matin au soir, les jours qu'elle venoit ici, qui éloienl quasi tous ceux de la semaine^ Je l'ai Tue loiiveni arriver avant six heures du matin, afin dVtre au lever des demoi-

A une VAinmsE d» classes (i700). 5199 de vos classes, je vois que les maîtresses gàlent vos filles, et que la première compte trop avec les autres ; les subalternes se mêlent trop de la conduite générale; elles n*ont rien à accorder ni à refuser; mais il faut que je vous voie agir pour pouvoir vous donner mes avis avec quelque utilité. En attendant, guérissez-vous, ma chère fille, car j'espère beaucoup de la piété et de la droiture que Dieu vous a donnée. Je vous verrai, s'il lui pLntt, d'aujourd'hui en huit jours ^ mille amitiés a nos chères demoiselles, et que TOtre froideur ne diminue rien de la vive tendresse fiej'ai pour elles.

et rairre ensuite toote leur jonrnée en qualité de première maitretse, pour pouvoir mieux Juger de ce qu*ii y aToil à faire et à établir dans le dessein où elle étoit de mettre les clioses sur un pfed où elles pussent se soutenir. Elle aidoit à peiner et tialiiller hs petltas ; die pattotl deux oa trois lieares de suite à une classe, } cilsoit observer Tordre de la Journée, leur parloilen général et eo particulier, reprenoit l'une, cncourageoit l'autre, donnoit à d'antres les moyens de se corriger. Les demoiselles éloient char- BBéea de set instrveKons ; elle leur en faisoft sur toute sorte de n^ls, mais principalement sur la religion, la crainte de Dieu, l'horreur du péché, l'amour de la bonne réputation qui doit être une recommandation aux personnes de notre sexe, la bonne gloire, kprobit^> U droiture, la raison, la simplicité, la véritable dévotisB, ele.... » On trouvera plus loin ces instnieUons.

300 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L*ÉOUGATION. iâOi. — LETTRE A MADAME DU LONDE,

Mai 1700.

N*est-ce pas à vous, ma chère petite mère *, que je (lois une lettre depuis si longtemps? Recevez donc celle-ci d'aussi bon cœur que je vous V écris, et soyez bien assurée de Tamitié que j'ai pour vous. Je compte fort sur votre capacité pour les classes, quand quelques années vous auront appris à mêler la fermeté avec la douceur : c'est la vertu chérie et pratiquée par Notre- Seigneur , mais il savoit reprendre fortement.

Assurez vos chères sœurs que tout ce qu'elles aiment à Fontainebleau est en parfaite santé. Je commence à compter les jours; les lieux me seroient bien indifférents sans vous, et vous êtes cause que je suis encore attachée. Je demande pardon à ma sœur de Radouay de montrer de tels sentiments, mais il est diflicile , et surtout à moi, de cacher ce que Ton sent.

' Lettres utiies et agréables, p. 1208.

* Marie- Charlotte- Angélique du Londede Lambert. Elle flt prafession le 24 février 1700 et mourut le 17 août 1734,ftgée de cinquante-ïîcpl ans. « Elle ût ses vœux, disent les Mémoires de Saiui-Cyr, malgré madame sa mère , avec une grande volonté d'y ('tre fidèle ; aurai les a-t-elle observés si exactement qu'elle nous a été un sujet de grande édiÛcaUon et de bon exemple, surtout pour riustruction des demoiselles, ayant beaucoup de lèie et uu talent particulier pour leur faire goûter ce qu'elle disoit. • (Cil. XXVI.)

' Elle avait fait profession depuis peu de temps.

AUX DAMES DB SAl!fT-LOUIS (1700). 301

Vous serez demain nommée première maltresse

des rouges^; commencez par bien demander les

grâces qui vous sont nécessaires; ne dites pas un

mot du passé dans la classe, ne montrez point que

tous voulez changer quelque chose, et passez les

premiers huit jours à faire garder la règle sans rien

établir^ nous verrons ensemble, à mon retour de

Harly, ce que nous aurons à faire pour tâcher de

bien élever vos enfants. Priez beaucoup pour eux ;

ee temps-là ne sera pas perdu.

Page 1