‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 5 sur 120 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

de bien élever nos demoiselles. Nous donnâmes à ce recueil beaucoup de temps, et, après Tavoir transcrit plusieurs fois à loisir, nous le montrâmes à M"« de Mainlenon, qui le. lut d'un bout à Taulre, qui mit bon et une apostille à chaque cahier par laquelle elle adopte toqt ce qui y est contenu. »

Les entreliens avec les demoiselles se passaient à peu près de la môme façon que les entretiens avec les dames. Encore bien qu'il y eût à Saint -Cyr un enseignement régulier et un ordre du jour, chaque maîtresse disposait à peu près à son gré du temps et des leçons. Elle ne faisait pas ce que nous appelons des cours\ elle n'imposait pas des devoirs; mais comme tout était subordonnée Téducation, elle profitait de tout, d'un mot, d'une lecture pour faire des instructions morales à ses demoiselles, pour les redresser sur leurs défauts, pour leur donner des conseils sur leur vie actuelle et future.

D'après cela. M"" de Maintenon arrivait souvent à rimproviste dans une classe; elle prenait occasion.

riment de sa main, et qui est tout à fait conforme ^ une page du Recueil des Réponse*, Au-dessous de ce fragment est écrit de la main de M™« de Glapion, Dame de Saint- Louis : a Cet écrit est de la main de M»* de Maintenon, parce qu'ayant trouvé ce dont il s*agit mal rendu par une Damo de Saint-Louis qui n'avoit pas bien pris sa pensée, clic le corrigea en l'écrivant elle-même, w — J'ai donné ce fragment en fao-nmile dans V Histoire de la maison roijnlc de Saint-Cyr,

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soit d'une instruction faite par les Dames ou répétée par les demoiselles, soit d'une question qui lui était adressée par les unes ou les autres, pour prendre la parole, et elle donnait ainsi aux demoiselles, sur tous les sujets, les instructions les plus variées, les plus attrayantes, les plus sages. Elle se laissait interroger par les plus petites comme par les plus grandes; elle répondait à toutes avec une patience, une bonté égale à la justesse et à la droiture de son esprit ; elle mêlait aux préceptes les plus sévères des détails curieux, des anecdotes agréables ; puis, après avoir recommandé à ses cbères enfants de mettre en pratique ce qu'elle leuravaitdit, elle les quittait, les laissant émerveillées de son beau langage, de sa raison pleine de grâce et d'agrément, de sa piété douce, attrayante et pratique.

Les entretiens avec les Dames commencèrent à élrc recueillis en 1694, à l'époque où Saint-Cyr fut changé en monastère, où la maison prit une forme régulière, où M"« de Maintenon s'efforça, par des instructions plus fréquentes qu'auparavant, de rendre les Dames de Saint-Louis dignes de leur sublime vocation.

Les entretiens avec les demoiselles ne furent recueillis qu'en 1700. A celte époque. M"* de Main» tenon s'adonna entièrement aux classes, y allant tous les jours, y faisant les fonctions de maîtresse, enseignant aux Dames, par son exemple, à rendre leurs I. b

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élèves «, les plus parfaites qu'il soit possible, selon Dieu et selon le monde. » — « Je suis résolue, ditelle dans un de ces entretiens, de me donner tout entière et de vous aider de tout mon pouvoir à établir dans les classes un bon esprit, et cette éducation solide dont je vous parle si souvent : celle que nous leur avons donnée jusqu'ici a été trop extérieure et trop superficielle, n

J'ai inséré dans ce volume tous les entretiens de M"* de Maintenon avec les demoiselles, moins trois ou (quatre qui trouvent mieux leur place dans le volume intitulé : Comeils aux demoiselles^ etc. Quant aux entretiens avec les Dames, je n'ai mis dans ce volume que les entretiens relatifs à l'éducation ; d'autres, qui sont entièrement remplis de détails historiques, auront naturellement leur place dans la Corresp(fndance générale ; enfin il en est quelques«mis que j'ai entièrement supprimés. Ceux-ci sont remplis uniquement de détails inutiles à rapporter sur la tenue intérieure de la maison, les différenles fonctions des dames, etc. ; comme beaucoup de lettres de même genre et que j'ai également supprimées, ils n'ofifrent aucun intérêt pour nous.

On ne saurait aujourd'hui proposer entièrement et ^ absolument pour modèles ces instructions, si sages qu'elles soient; les temps sont changés; le nôtre ne s'accommoderait pas de cette éducation où l'instruction proprement dite n'était que secondaire, et

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entièremeiit sacrifiée i la manière de former le cœur, la raison, le caractère, où celle éducation dans son ensemble et ses détails était toute religieuse, où elle consistait presque uniquement dans le travail des mains, les soins du ménage, les lectures de piété. Nos maisons d'éducation ne pourraient supporter les prescriptions si austères, si minutieuses, si absolues qu'on trouvera dans ces lettres, ces nonfbreuses pratiques religieuses, cette clôture complète, cette privation de toute liberté pendant douze à treize ans, le soin qu'on prenait des demoiselles à chaque heure, à chaque moment, qui faisait que chacune d'elles était instruite, formée, dirigée, encouragée, corrigée en toutes choses par des institutrices saintement dévouées à celte œuvre, qui ne les perdaient pas de vue un seul instant, qui variaient leurs soins, leurs instructions, leur vigilance d'après les caractères, les âges, les circonstances. Mais quelque étrange et sévère que cette éducation puisse paraître, je crois qu'à ceux qui observent la manière dont les femmes sont aujourd'hui élevées, les résultats de cette éducation de luxe et de plaisirs, non- seulement pour le foyer domestique, mais encore pour la société et la vie politique, l'avenir et les hommes qu'elle prépare à la France, elle inspirera d'amères réflexions; qu'elle leur fera préférer celle éducation, pour ainsi dire virile, qui purifiait les mœurs privées et enfantait les vertus publiques; qu'elle leur fera estimer et

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rfgrellcr celle œnvrede M»' de Mainlenon qui a empêché pendant un siècle la corruption de la cour de gagner les provinces, qui a maintenu dans les vieux ch&teaux, où s'isolait la plus grande partie de la noblesse, de solides vertus, des mœurs simples et antiques, enfln qui a produit ce dévouement, ce courage, cette résignation chrétienne que les femmes ont déployée pendant la révolution.

11 me reste à donner quelques explications sur les manuscrits d'où j'ai tiré les Lettres et Entretiens sur r Éducation.

La plupart des lettres, écrits et papiers autographes de M"** de Mainlenon avaient été recueillis par les Dames de Saint-Cyr, qui en avaient fait plusieurs copies. Le tout formait, avec les mémoires écrits par elles, une bibliothèque particulière d'environ 50 i\ 60 volumes, mais où il y avait des répétitions et des doubles. Celte précieuse bibliothèque n'était communiquée qu'à un petitnombre de personnes. Vers le milieu du xviii* siècle, les Dames de Saint-Oyr (on ne sait par quelle raison) en laissèrent prendre copie à un écrivain protestant, La Beaumelle ; et celui-ci s'en servit pour publier ses romanesques Mnnoircs et sa fameuse collection de huîtres de i/"' df Mnintcnon, publications qui ont été si funestes à la rt'putalion de l'illustre femme '.

* Voir la préfaoe des Lettres historiques rt édifiantes.

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