‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 52 sur 120 · OK SAIXT-LOI'IS · texte numérisé non relu

OK SAIXT-LOI'IS

Madame nous dit qu\ Ile ne pourroit trop dire combien il étoit nécessaire d'iigir de concert dans les charges , et que ce concert ne consistoit pas seulement dans la soumission des subalternes pour ne rien faire de leur autorité -, que les oflicières et la supérieure même ont un grand besoin de consulter celles qui dépendent d'elles avant que d'agir et de donner dis ordres. « Pour moi, ajouta-telle, qui suis à la classe des rovges, tantôt première et tantôt subalterne pour essayer de tout '^, j'ai déjà Cait l'expérience de ce que je vous dis, et j'ai éprouvé plusieurs fois Tînconvénient qu'il y a pour les maîtresSbs de ne se pas consulter. Pur eximple, j'ai vu faire une faute à une petite fille qui m'a paru assez grossière et qui m'a même donné une assez mauvaise opinion d'elle ; je Tai mise en pénitence sans consulter les maîtresses. La première est venue un moment après, à qui j'ai rendu compte de la faute et de la pénitence que je venois d'imposer-, elle m'a dK : « Ah ! Madame, que j'en suis fâchée ! cette pea tite fille a de bonnes inclinations -, cette faute ne

* Recueil des Répomes, p. 43.

* Voir lunutes dc« |>;ged 118 et aOO.

308 LETTRES ET ENTRBTIElfS SUR L*ÉDUCATI0N.

(( vient point de malice, et je ne crois pas qu'il eD « faille tirer de conséquence-, et marque de cela, « c'est qu'elle me vint trouver hier au soir et me dit u telles et telles choses. » — Quand je Teus entendue, ajouta Madame, je vis bien que j'avois eu tort; je fus fort fâchée d'avoir donné ma pénitence, et je tirai ma conclusion qu'il ne falloit rien faire dans les charges sans concert, et qu'il faut que les demoiselles vous voient tellement unies qu'elles croient ne pouvoir déplaire ou contenter une sans déplaire ou contenter toutes les autres-, car il arrivera que si la première maîtresse punit ou récompense sans cousulterses aides, elle le fera souvent mal à propos, et de plus, elle découragera un enfant en lui don* nant pénitence pour une fautcqu'elle n'a faite que par surprise, et qui d'ailleurs contente ses maîtresses.»

DE SAINT-LOUIS

(Peu parier aox dcmoiscllci, et leur ôtcr les occasions de le faire beanooop elles-m^mes ; des petits emplois qu*oa peut leur donner.)

Madame dit aussi qu'il arriveroit immanquablement que quelquefois les demoiselles feroient confidence à leurs maltresses du goût qu'elles ont pour elles, du dégoût qu'elles ont pour les autres, que quelques-unes le feroient par sincérité, d'autres par

* Recueil des Réponses, p, 54.

flatterie; et que, pour éviter qu'elles fassent de ces sortes de discours, il faut les recevoir non pas sévèrement, mais d'une manière qui marque qu'on est si uni les unes avec les autres qu'on n'est pas flatté de ces sortes de préférences -, qu'on peut leur ré- . pondre, par exemple : Je suis ravie que vous m'aimiez, si cela vous donne plus de croyance en moi pour le bien que je veux vous insinuer-, mais si vous m'aimez par de bons endroits, vous aimerez bientôt iesautres comme moi, car vous trouverez en elles la même amitié pour vous, et que nous pensons si fort les mêmes choses qu'on ne nous doit point rcg^er comme si nous étions de différentes personnes.

a II leur faut peu parler, ajouta-t-elle, et leur ôter les occasions de parler beaucoup elles-mêmes, et pour cela, aux heures de récréation, les porter le plus qu^on peut à s'occuper à des jeux innocents. Il faut peu parler, parce que, premièrement, en parlant beaucoup on se hasarde à leur dire des choses qui ne conviennent point ou qui peuvent être mal prises par quelques-unes d'elles, supposé même qu'elles fussent bonnes. Il faut les mettre tantôt baut, tantôt bas, par rapport aux petits emplois dont on les charge, et ne point faire façon de donner le soin des lieux à celles, par exemple, qui auroient été dans les emplois les plus importants*, mais pour en user de la sorte, il faut que ce soit d'une manière qui ne les puisse aigrir -, il faut qu'en cela elles voient qu'on agit avec un esprit d'équité, puisqu'il ne seroit pas juste que quelques-unes eussent toujours les emplois agréables, et les autres tout ce qu'il y

310 LETTRES ET EMTftBTISNS SUA L*ÈOUCATlOfV.

a lie (iégoùUnl. Quand elles verroai qu oq a'a um telle conduite que par raison, que c^est Tesprit de votre maison et que toutes l^snmttfesseskgardoul, cela n'indisposera poinUeur eœur, eiae laisseca pas de rompre leur volonté. -n

Dl SAIMT^LOUtS.

(Des occa&iuts cù Pon pourroit pernuttre aui demoisellet de torlir, et de« préoatttioni^'oii djetreit preiiire.)

M*"* de Fontaines demanda à M*"* de llabtenon ce qu'elle entendoU par les personnes obscures auxquelles elle dit souvent aux religieuses de Saioi- Louis qu'elles pourroient confier leurs demoiselles, quand elles auroient des raisons indispensables de les faire sortir de la maison pour un peu de temps, de préférence à d'autres personnes d'un rang dis* tingué. (( Ces personnes obscures, répondit M^ de Mainlenon, sont de bonnes bourgeoises de la probité destiuelles vous seriez assurées. J'aimerois mieux, par exemple, eooiier une demoiselle à M°^ Balbien^ et à d auti^es femmes de œUe sorte qu'à tout ce qu'il y a de princesses ei de dames de qualité de la cour, quelque vertueuses qu'elles fussent, parce que ces dames ont bien d'autres eboscs â faire

* Lettres édifiantes, t. IV, p. 717.

* Sœur de l'architecte de la maison de Saint-Louin, et mère de la femme de chambre de M"* de Blaintenoii .

kXtC LES DASeS De 9AIKT-L0UIS (1700). 311

que de garder vos demoiselles, et que leur chambre éiânt remplie de monde^ elles n*y seroient guère en sûreté. Croyez-^vous que moi-même, avec tout iczéieque j'ai pour les faire garder, je me liaiarderois â en mener chez moi, si mon domestique nVtoit tourné comme il est, si je n'avois pas M"'Bal- Ikn qui, certainement, vaut bien une excellente niaiiresse, H'^de Normanville', qui a une conduite si sage, que, toute jeune qu^clie est, en lui confie Ji"^ la duchesse de B^iurgogne ? Outre cela, tous mes gens sont pleins d'iionneur; il n*y en a pas un qui n'ait autant de pudeur et de modestie que bien des Glles et des femmes. Sans cela je ne les croirois pas en sûreté dans ma maison > A plus forte raison ne consentirois-je de les abandonner à une jeune comtesse qui neseroit occupée que de son plaisir, et qui laisseroit votre demoiselle à elle-même mêlée avec desécuyersetdes femmes souvent peu raisonnables, ou qui se divertiroit avec elle, la mèncroità TOpcra, lui feroit lire des romans, etc. Je ne craiiidrois guère moins de les confier à une dévote qui leur inspireroit peut-être une piété de travers, ou qui passeroit toute la journéeà Téglisesans se mettre on peine de ce qu'elles deviendroient. Encore moins les confierois-je à une parente même, à une mère qui, n'ayant pas de chez elle, promèneroit sa fille de maison en maison, lui laissant voir toutes sortes de personnes sans choix. Mais s'il arrivoit, par exemple,

« C'élâil une demolKelIn de Salnl-Cyr que M»« de Maintenon tTall prise aupW^ d'elle comme secrétaire ou pour l'accompagner. Klle épo j«a le pn^sident de Chailly.

que VOUS eussiez quelque fille à £ftire traiter pour une maladie extraordinaire, que vous entendissiez parler d'un fameux médecin tel qu'est M. Fagon, et que votre maison n'étant plus en crédit comme elle l'est aujourd hui, vous ne pussiez pas le faire venir chez vous, je vous conseillerois de confier cette demoiselle à la femme de votre tailleur, si vouslaconnoisscz sage et vertueuse, plutôt que de la donner à une dame de qualité. Vous pourriez encore, en pareil cas, la mettre chez les sœurs de la Charité, s'il ' y en a voit dans ce lieu-là, ou chez une maltresse d'école dont le curé répondroit. Enfin vous ne devez laisser vos demoiselles qu'à des personnes dont vous seriez aussi sûres que de vous-mêmes, et ces sortes de personnes ne sont pas aisées à trouver ; elles sont rares, même parmi celles qui sont pieuses^ il y en a peu qui comprennent l'extrême danger qu'il y a de perdre une jeune fille de vue, même pour un moment. »

M"**' de Saint-Pars ^ demanda si on pourroit accorder ces sorties de la maison à une demoiselle qui auroit dessein d'y être religieuse, et d'aller quelque temps chez son père et sa mère pour voir un peu le monde avant que d'y renoncer, a Oh ! Dieu non, répondit-elle, ce seroit une coutume bien dangereuse d'y faire passer toutes celles que l'on voudroit recevoir au noviciat-, il seroit fort à craindre qu'elles ne perdissent en ce peu de temps tout le fruit de l'éducation que vous leur auriez donnée pendant plusieurs

' Voir page 27 2.

aonées, et qu'elles vous rapportassent un mauvais esprit qui gàleroit les autres. Le moindre inconvénient seroit qu'elles y. perdissent leur vocation , comme il arrive souvent a des filles que Ton fait liosi sortir des monastères dans la vue de leur faire ïonnoltre le monde, il est vrai qu'il n'y auroit pas iijet de regretter une vocation qui n'auroit pu souenir six semaines cette épreuve. Je crois néanmoins ue pour elles-mêmes il est de la sagesse de ne les y oint exposer, et qu'entre celles qui sont demeurées ins le monde, plusieurs auroient été bonnes reliieuses si elles n'avoient jamais vu que leur cou- «t. Il est difficile de résister à Toccasion, surtout de jeunes personnes qui aiment naturellement le aisir et la liberté.

ft II ne faut pas, cependant, vous lier si absoluenl par vos règlements ni par mes écrits que vous $ puissiez jamais, en aucun cas, faire certaines loses que, généralement parlant, il est bon d^évi- Ir. Il y auroit tels parents à qui on pourroit confier le GUe pour se former et lui donner quelques con- Mssances, ou pour d*autres bonnes raisons. Par cemple, j'ai permis que M"* de Boufllers * allât quelle temps chez M. le maréchal de Boufllers ^, parce

* Jeanne- Fraiiçoifie de Boufllers de Reuiiencourt flt proritnitioii 39 détembre 1703 et mourut en 1751, âgée de cinquanle-liuit H. C'était une ni^e du maréchal de Bouiners. qui aMiéla à la fémonie de aa profeMion. Elle devint supérieure de ia maison d<ilnt-Louls.

• LMIlustre défenseur de Ulle s'était lié do grande amitié. ■nt d4jà colonel général des dragons, atee M** do Mainto- Ml, dont il avait voulu épouser la nièce, M"' de Viilclle, qui Hit

que je suis aussi sûre de lui que de moi ; ce n'est pi5 à cause du nom qu'il porta que j*ai consenti : il yen a beaucoup de ce rang à qui pour rien dans ce nuMide je ne voudrois conGer une fille *, mais pour lui- je sois certaine qu'il la gardoil, comme on dit, àl'œil; jestis qu'elle ne sorloit jamais el qu'elle ne voyoit personne sans être acco:npagnée d'une sage goovern inle; que tout le domestique de M. de Boufllers est vertueux et réglé, comme le pourroil être un monaslère réformé. J'ai encore confié M'^' de La Noue' à M"*"* Bulbien, pour qu'elle lui fit voir quelque chose, qu'elle lui apprit à vendre, à acheter et pareilles choses de ménage qu'elle ne pourroit satoir ici, parce que je la savois autant en sûreté chez une femme de celle sagesse et de cette vertu qu'elle Tauroit été dans votre maison ; je suis assurée qu'elle ne la perdoit pas un instant de vue« Mais il ne faudroit user de cette liberté que pour des raisons trësparliculièros, et que les filles qu'on confieroit ainsi fussent elles^^ômcs sages et bien nées, car il y en a à qui cela pourroit être fort dangereux, quelq<ie précaution qu'on prit. C'est à la prudence d une supérieure et do son conseil à discerner les temps et les circonstances où ces sortes de choses se pourroieat permettre-, il y en a à qui il seroit très-mal de l'accorder, et d'autres où il n'y nuroit aucune consé-

M*"^ de Caylus. Elle refusa par modestie : « Ma oièee n*e»l paa un a.s rz grand parti pour vou8, dit-elle ; je ue vous la donnerai point, mais je tous regarderai à Tavenir comme mon neveu. •

< Françoise -Jacqueline VaMOiicolles de La Noue Pié-Fontaioes, Dame de Saint-Cvr, ûl profession le 3 février 1703.

ATEC LU DAMBS DE SAIXT-LOI'.S (l700). 315

foeoce. Pur exemple, notre mère ' Ttl sortir vos deiDoifflles du ruban noir ' pour s'aller promener sur iiaontagne' et «ux environs pendant que nous ilHms a Fontainebleau ; quelques-unes de vous, crai- [Bnt qu'il n'y eût quelque danger, m'en écrivirent çmt savoir mcn avis. J*avoue que si vous faites de treilles consultations n:i <!ehr>rs, il n'y a personne m ne vous réponde qu'il esl mieux de ne pas laisser iriir vos demoiselles, parce qu'en général il ne peut avoir d'inconvénient à prendre le parti le plus sûr, qu'on veut toujours enfermer les filles. Mais, dans I circonstances présentes, il n'y en avoit aucun f faire ce petit plaisir a vos demoiselles; tout ce qui im environne vous garde; la proximité de la cour los est une sûreté bien loin de vous être un piège, anme elle le seroit sous un roi qui auroit moins de nté pour Saint-Cyr que le nôtre; chacun s'emlene à vous servir et à vous garder pour lui plaire; DSi je ne vois aucun danger d'envoyer quelquefois rmnener vos demoiselles dans le village et aux enrons, bien accompagnées, car c'est à quoi il ne ni jamais manquer ; ajoutez à cela que vous êtes mreîllées par MM. les missionnaires *, qui ne vous ôueroient rien passer d'irrégulier. Il est vrai que i vous étiez à Tavenir, proche de la cour comme 0118 y êtes, environnées de gardes et de mousquelîrt'S qui ne seroient pas retenus, comme ils le sont

> La siipMeure, qat était tlon lÊJ^ do P«rou.

* Voir «ur les defnoiielle« du ruban voir, ou les uoirei, p. 1 T7 .

* C*e«t-À-dlre le coteau qui domine la maison de 8at»t-Cvr. ^ Le^ prêtres de Saint-Lazare attachés à la mait^on.

314 LETTRES ET ENTRETIENS SDB L'ÉOUCATIO!!.

que je suis aussi sûre de lui que de moi ; ce n estpi5 à cause du nom qu'il porta que j'ai consenti : il yao a beaucoup de ce rang à qui pour rien dans ce tOMh je ne voudrois conGer une fille *, mais pour lui- je sois certaine qu'il la gardoil, comme on dit, àlœil', jesss qu'elle ne sorloit jamais el qu'elle ne voyoit personne sans être acconpagnée d'une sage gonvern mie-, que tout le domestique de M. de Boafflers est vertueux el réglé, comme le pourroit être un monaslère réformé. J'ai encore confié M"* de La Noue ^ à M°** Balbien, pour qu'elle lai fit voir quelque chose, qu'elle lui apprit à vendre,,àacbeter et pareilles choses de ménage qu'elle ne pourroit sanoir ici, parce que je la savois autant en sûreté chez une femme de cette sagesse et de cette vertu qu'elle Tauroit été dans votre maison ; je suis assurée qu*elle ne la perdoit pas un instant de vue. Mais il ne faudroit user de cette liberté que pour des raisons trèsparticulières, et que les filles qu'on confieroii ainsi fussent elles^^ômes sages et bien nées, car il y en a à qui cela pourroit être fort dangereux, quelque précaution qu'on prit. C'est à la prudence d'une supérieure et de son conseil a discerner les temps et les circonstances où ces sortes de choses se pourroient permettre-, il y en a à qui il scroit très-mal de l'accorder, et d'autres où il n'y auroit aucune consé-

M"^^ de Cavlus. Elle refusa par modestie : « Ma nièce n*e»l patun as oz grand parti pour yoWj dit-elle ; Je ne vous la donnerai poiBt, mais Je tous regarderai à l'avenir comme mon- neveu. »

< Françoise -Jacqueline Yaseoncellea de La Noue Pié-Fontaioes, Dame de Sain!-Cvr, ût profession le 3 février 1703.

ATEC LES DAMBS DR SAINT-LOIIS (l700). 315

qoence. Par exemple, notre mère * ffl sortir vos demoiselles du ruban noir ' pour s'aller promener sur laaiODtagne' et aux environs pendant que nous étîcMis à Fontainebleau *, quelqucs*unes de vous, craignnt qu'H n'y eût quelque danger, m'en écrivirent ponmvoir racn avis. J*avoue que si vous faites de pareilles consultations nu dehors, il n'y a personne qui ne vous réponde qu'il est mieux de ne pas laisser sortir vos demoiselles, parce qu'en général il ne peut y avoir d'inconvénient a prendre le parti le plus sûr, et^o'on veut toujours enfermer les filles. Mais, dans les circonstances présentes, il n'y en avoit aucun defiiire ce petit plaisir à vos demoiselles; tout ce qui TOUS environne vous garde; la proximité de la cour TOUS est une sûreté bien loin -de vous être un piège, coiDRie elle le seroit sous un roi qui aurott moins de bonté pour Saint-Cyr que le nôtre; chacun s'emprwsei vous servir et à vous garder pour lui plaire; akiai je ne vois aucun danger d'envoyer quelquefois pfomeDer vos demoiselles dans le villageet aux en- TÎrons, bien accompagnées, car c'est à quoi il ne fnit jamais manquer ; ajoutez à cela que vous êtes sorveillées par MM. les missionnaires ^, qui ne vous lûseroient rien passer d'irrégulier. Il est vrai que si TOUS étiez à Tavenir, proche de la cour comme TOUS y êtes, environnées de gardes et de mousque^ tairt*8 qui ne seroient pas retenus, comme ib le sont

I La supérieure, qui était lUora M^^du Pérou. -* -Voir fur les demoiselles du ruban noir^ ou les noireg, p. 1T7. * C'est^-dire le coteau qui domine la maison de Saini-Cyr. ^ Les prêtres de Saint-Lazare attachés à la niai»on.

316 LETTRES ET ENTRRTIEKS SUR L'ÉDCCATIO!!.

aujourd'hui, par la protection spéciale dont le Roi vous honore *, si vous aviez un curé moins régulier que le vôtre; si votre fermier, votre fermière n'étoient pas des gens à qui vous puissiez vous confier, il y auroit un extrême danger à laisser sortir vos demoiselles, et pour rien au monde il ne le faudroit permettre. Mais tant que les choses seront comme elles sont aujourd'hui, quel mal y a-t-il que la supérieure, de temps en temps, envoie quelques demoiselles, sous la garde de personnes de confiance, entendre la messe a la paroisse ou voir un peu la campagne, ce qui est une récompense merveilleuse? Mais je vous conseille encore une fois, ajouta -t-elle, de ne pas consulter aux personnes du dehors des choses de cette nature, ou du moins de faire la consultation entière, car il y en a plusieurs de celle sorte qui, proposées toutes nues, sans être accompagnées de certaines circonstances, paroissent d'abord très-blàmables, au lieu qu'on les trouve bonnes ou du moins indifTérentes quand on en fait voir toutes les raisons et les manières de les faire. Il n'y a rien, par exemple, qui soit plus inviolable dans les couvents que h clôture ^ cependant notre évêque ne permet-il pas que quelques-unes de vous autres sortent quelquefois pour faire la visite des appartements de votre dehors \ quand cela est nécessaire ? Mais encore une fois, quand vous enverrez ainsi

1 Les appartements où logeaient Tévèqne de Chartres et autres hôtes de distinction. Ils étaient dans la cour, dite du dehors, où le public était admis. (Voir V Histoire de la maison royale de Saint- Ctfr, eh. IV.)

AVEC LA eusse JAUNE (1700). 3!7

promeDer vos demoiselles, vous devez toujours les Aire accompagner par quelque honnête homme de ceux qui sont attachés à votre maison, outre les femmes à qui vous les conûcrez ^ car elles pourroient être rencontrées par un fou, par un ivrogne ou par i|uelque impudent qui leur diroit une sottise, et |iioique Ton ne soit pas cause de ces aventures, il !St cependant fort désagréable de les essuyer. Il peut aicorc arriver des incidents dont ilsse démôlcroient dieux que votre tourière. Nous observons cela dans e monde quand nous allons à des promenades ou à es églises éloignées. »

f«». -ENTRETIEN AVEC LA CLASSE JAINE.

( Sar la manière de parler raîsonoablcmcnt et tor le siltiicc.)

Madame dit un jour aux demoiselles de la classe aone : je n'ai fait les Conversations^ que pour vous ipprendre a vous entretenir ensemble, à savoir dis- Hiter sans vous quereller. Si tout le monde était Tabord de même avis, il n'y aurait presque rien à lîre^ c'est ce qui m'a fait mettre des sentiments si liflérents surtout dans la conversation du men- \onge *. Quand vous avez joué quelque proverbe,

* Becutild'iitxtructioiit, [t. 127.

' Voir la iiolc de la iiagn 2:)I ella Préface ùe» Conseils aux dcmciteiies, etc.

* Vuir, la CoDvcriatioii XVIII, <lan.^ le 1. 1 des Conseils aux denoiseiles, etr.

318 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L*ÉDfJCAT10K.

parlez-en entre vous; dites,' par exemple, sur: ié maître y tel valet* : il me scml)leque je traiterois fort bien mes domestiques, je mettfois mes gens sur h pied de ne point donner de rakons, je youdroif qu'ils fussent prompts à faire ce que je leur dîrois. La manière de converser ne s'apprend pas comme des notes, mais Thabitude fait qu*on TacquieH insensiblement. Je ne comprends pas qu'à votre Age vous le sachiez si peu, et qu'il faille encore vous l'apprendre. Si quelque fille peu raisonnable s'ennuie, laissez-la s'ennuyer et ne vous rendez pas par mauvaise complaisance à parler de niaiseries. Vous pouv<z dire que vous ne dites rien de mauvais. C'est quelque chose de mauvais pour vous de ne point parler raisonnablement, puisque vous ne vous for^ merez jamais el que vous sertz toujours enfants.

Je vous exhorte encore au silence. Beaucoup parler montre le peu de pouvoir qu'on a sur soi-même. C'est une grande louange de dire d'une personne qu elle est maîtresse d'elle, et au contraire c'est lui attribuer un grand défaut de dire qu'elle ne l'est pas. Il y a bim des hommes qui ne voudroient pas d'une iille par la seule raison qu'elle seroit légère ou qu'ils l'auroient vue jouer ou parler toute une nuit, parce qu'ils jugent qu'elle seroit capable de bien plus grands maux.

Il y a si longtemps que nous vous demandons le silence; je voudroisque vous le gardassiez pour la-

* Voir le Pro\LTbe XXXI V, dani le t. II des Con$eiis aux demoi-

selles.

A MADAMK Or Î^KROî; 170 1 . 310

mwir de Dieu -, c'est là la vue la plus î:oli(le. En attor.-

iâai que tous Tayec, faites-leau moins pourune mat-

iMiequi iak tout pour vous. Madame la duchesse de

B&mgogBe vinit liîer ici avec M*** Dangeau. Elles

. charmées du calme qui régnoit par toute la

i, oii H y a cependant plus de 300 personnes.

M** la eomtesse de Gramont ne peut s'empêcher de

pfeorer de dévotion quand elle entre, parce qu*( n

partout un air de régularité et de piété qui

îi féTricr 1701.

11 m'a toujours paru que vous désiri> z que j'écri* sur les choses qui pourroient être de quelque conséquence dans votre muiion. Je mets dans ce nng'lâ Icd npréseutations des belles tragédies que j'ai fait faire pour vous et qui pourront peut-être, à Taveiiir, être imitées. Mon dessein a été d'éviter les mauvaises compositions des religieuses telles que que j'en avois vuàNoisy, j'ai cru qu'il étoit raisonnable et nécessaire de divertir les c nfants^ et je Tai vu pratiquer dans tous les lieux où l'on en a rasseinblé; mais j'ai voulu en divertissant celles de Saint-Cyr remplir leur esprit de belles choses doi t elles ne seront point honteuses dans le monde, leur

» Mémoint det Dames de SuuU-Cyr, cî*. xwili. — Mémoires de Languet de Geryy^ p. :j04.

320 I.KTTRES KT KNTP.KTIENS SCU l'ÉOUCATION. '

apprendre à prononcer, les occuper pour les retirer d^ la conversation qu'elles ont entre elles, et amuser surtout les grandes qui, depuis quinze jusqu'à vingt ans, s'ennuient un peu de la vie de Saint-Cyr. YœU mes raisons pour continuer chez vous les représentations, tant que vos supérieurs ne les défendent pas; mais vous devez les renfermer dans votre maison, et ne jamais les faire* voir i la grille, sous quelque prétexte que ce soit. Il sera toujours dangereux de faire voir à des hommes des fiUes bien faites, et qui ajoutent des agréments & leur personne en faisant bien ce qu'elles représentent. N'y souffrez pas, dis -je, aucun homme, quel qu'il soit, ni pauvre, ni riche, ni jeune, ni vieux, ni prêtre, ni séculier-, je dis même un saint s'il y en a sur la terre. Tout ce qu'on pourroit faire, si un supérieur vouloit voir ce que c'est, en effet, que ces pièces, seroit de faire jouer les plus petites, comme nous avons fait. Je ne suis pas sans peine sur ce que nous fîmes hier' ^ vous savez comment nous nous sommes embarquées; mais j'espère, et je vous en conjure, que ce soit la dernière fois.

* Les grandes demoiselles, en habit de Saint-Cyr, avaient joué AthaliCy au parloir, devanl Tévèque de No^on (parent de M"** de Maintenon) et les confesseurs de la maison. « Les demoiselles jouèrent si bien leur rôle, que monseigneur deNoyon et toute la compagnie en dirent très-satisTaits ; et, en effet, on peut dire (pi'elles n'avoient guère moins bien réussi que dans les premiers temps où d'habiles maîtres leur avoient montré, n (Mémoire* det Dames (te Saint-Cyr^ ch. xxviii.)

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