LETTRES ET BHTRETIElfS SUR L*ÉIHICàT10lf
simplicité. Elle écoute la lecture ayec encore plus déplaisir, et c'est sa principale attention*, elle fiut la récréation d'aussi bon cœurque lereste, y apporte la joie, saute, danse, et joue volontiers à tout ce que les autres désirent; elle pense à les réjouir, car cette personne raisonnable fait bien tout ce qu'elle fait, et il ne seroit pas raisonnable d'être sérieuse à la récréation, et de n'y vouloir jamais 'parler que de choses graves ou de dévotion. Elle écoute ensuite la lecture où l'instruction, tâche de la retenir, et demande ce qu'elle n'entend pas ; elle apporte la même application aux exercices de l'après-midi qu'elle a fait à ceux du matin; elle travaille de son mieux, elle ne perd pas un moment de temps, elle chante avec les autres, et est ravie de chanter les louanges de Dieu ; elle éeoute le catéchisme sans ennui, tâchant de s'en bien instruire. Elle va souper comme elle a dtné, et ensuite à la récréation, oik il faut encore bien sauter, se promener, jouer et rire, car cette personne est fort gaie. Elle fait la prière et l'examen, et s'ira j coucher parfaitement contente de sa journée, d
Ensuite M"* de Maintenon, s'adressant à ces jeunes demoiselles, leur dit : a Ne trouvez-vous pas tout cela bien raisonnable? et ne l'est-il pas en effet d'ar dorer Dieu, de l'aimer et d'apprendre â le servir? C'est pour cela seul que nous sommes au monde; c'est la première chose qu'on nous apprend dans noire catéchisme, parce que c'est la plus imporUinte et ia plus nécessaire, et ce que vous devez faire toute votre vie. N'est-il pas encore bien raisonnable que
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les jeunes personnes apprennent à lire, à travailler, H toutes les autres choses qu'on vous montre ici? Vous serez bien aises, quand vous retournerez dans le monde, de savoir Caire quelque chose, ou pour roUre ménage, ou pour vous personnellement, ou poor vos parents, suivant les occasions. U est aussi très-raisonnable que vous vous réjouissiez; vous en ivez bien des sujets, mes chères enfants : vous êtes chrétiennes, quel bonheur I que de gens qui ne le lODt pas, et qui ne le seront jamais! vous êtes ici dans une bonne maison, à Tabri de toutes sortes de maux corporels et spirituels*, vous êtes jeunes et gaies; réjouissez-vous donc, cela est de votre âge-, je prie Dieu, mes enfants, que vous en ayez toute votre vie autant de sujet que vous en avez présentement. »
Notre première maltresse', dit M^^ de Saint- Baziie^, nous parle presque continuellement de raison, et nous dit souvent que, si c*étoit une marchandise qu'on pût acheter, elle en feroit bonne provision pour nous en donner à toutes. — C'est en eflfet une excellente marchandise, dit M""* de Maintenon*, c'est elle qui apprend à s'accommoder de tout, à vivre avec toutes sortes de personnes, et à lavoir se passer de celles qui nous plaisent davantage. »
M*"* de Gruel dit qu'une demoiselle sortie d'ici n avoit pu durer avec les gens avec qui elle étoit, parce qu'ils n'avoient pas une piété assez droite. «Sa piété elle-même n'étoit pas droite, repartit
< C'était lP>«deGniel. (Voir sur cette Dame^p. 800 et 322, etc.) * Demoiselle do la claaie rouge.
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M"" de Maitttenon; elle en saToit ht définition, mais eHe ne la pratiquoit pas, poisqa'elle consiste à s*accommoder à son état et aor personnes avec qui on vit. Une personne bien raisonnable sait supporter bien patiemment ceux qui ne Ib sont pas, sans même leur laisser apercevoir qu'elle les supporte -, elle fait son compte en elle-même d*en rencontrer partout où elle va, de sorte que rien ne la surprend ni ne la fâche. Je vous assure, mes chères enfants, que sans être prophétesse, je vous prédis que vous aurez beaucoup à souflfnt. Dieu a- disposé les choses de telle manière qu'il y a des peines dans tous les états -^ et cependant on aime la vie, quoiqu'elle soit remplie d'aflfiiclions et de disgrâces. Que seroit-ce si Dieu y avoil mis beaucoup de plaisirs?" On ne pourroit se résoudre à la quitter; on ne penseroit point à cette vie éternelle qui est le fondement de notre espérance. Comptez donc, mes enfants, que vous aurez partout de la contrainte, soit que vous vous fassiez rch'gieuses, ou que vous retourniez dans le monde. On croiroit que les religieuses en ont beaucoup plus que les personnes mariées-, c*est tout Te contraire. Les filles sont présentement bien contraintes. On les marie sans leur demander leur consentement, sans s'informer de Thumeur de celui qu^on lour destine, s'il est raisonnable, s*îl a de la piété, de sorte qu'elles se trouvent engagées pour toute leur vie sans presque savoir â qui . II est certain que les contraintes des religieuses ne sont pas si grandes que celles qu'on a â essuyer dans le monde. Vous passez ici une vie douce et tranquille, et vous
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iie savez presque ce que c'est que la peine ; vous le
sentirez un jour.
ft Vous croyez peut-èlre que quand vous serez de grandes personnes vous n'aurez plus de règlcsà garder, et je réponds à cela que si vous ôtes aussi rûsoonablcs que j'espère que vous le serez, vous saurez bien vous faire vous-mêmes une règle de journée que vous suivrez Cdèlement, au cas qu'il n'y en ait pas dans l'endroit où vous serez. C'est assez pour l'ordinaire d'avoir sa liberté pour ne savoir qu'en Caire. C'est pour cela qu'autrefois, quand nous faisions des voyages, quelques dames et moi, n'eùt-ce été que pour six semaines, la première chose à quoi nous pensions, c'était de nous faire une règle. Étant à lUcbelieu'pour quelque temps, nous réglàmesjaos journées d*uue manière fort agréable. On se levoîtà l'heure qu'on vouloit, nous descendions dans la diambre de M"* de Richelieu'^ .pour lui souhaiter le bonjour, nous allions a la messe ensemble, et revenions causer avec elle jusqu'au dîner, pendant lequel on faisoit une lecture ^ après quoi nous tenions conversation, ne manquant jamais de tra\'aiUer^ ce fut dans ce temps que je fis cet ornement de tapisserieque j'ai depuis donné aux Dames de Saint- Louis.
> Chez M*' la duchetfe de Rfchelien. Cette anecdote se rapporte au temps du yeuvage de W^' de Maintcnon.
s Anne Poussart, duchesse de Richelieu, dame d'honneur de la reine. Après Ui mort de la reine mère (en IGGG), qui faisait une penaloD à M"** de llaiotenon (alors M™« veuve Scarroii), vile lui olHt une retraite dans sa maison. Celle-ci refusa ; mais elle f^qncntalt balilliiellemeiil son hfttel, où elle M lia avec la plupart des gens disUngués de cette époque.
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Après la conversation, chacune se retiroitdans sa chambre et y faisoit ce qu'elle vouloit; à trois heures et demie, on se rassembloit chez M*** de Richelieu pour y garder le silence, ou chanter ; à quatre heures, on s'ailoit promener jusqu^au souper, puis on caosoit une demi-heure, et après la prière, qui se faisoit en commun, chacun se retiroit de son côté. On ne manqua pas à un point de cette règle pendant six semaines; ce temps-là m'a toujours paru le plus heureux de ma vie, et je vous avoue que depuis que je suis à la cour, je n*cn ai point eu de pareil. Cela vous fait voir, mes enfants, que vous n'êtes pas les seules qui ayez une règle, et que toute personne raisonnable s'en fait une, ou se la fait faire par son directeur, et la suit fidèlement, quand rien ne l'en empêche. On a pour l'ordinaire mauvaise opinion d'une personne que l'on voit vivre sans règle, se levant un jour matin, un jour tard, dînant tantôt à une heure, tantôt à une autre, et ainsi de toutes les choses qu'elle a à faire. Adieu, mes enfants, devenez bien raisonnables, et je vous assure que vous serez fort aimables.»