UO >. — RÉPRIMANDE AUX DEMOISELLES
DE LA CLkSSE JAUNE.
( Sar la maataiM gloire. )
<c II y a longtemps que je vous parle de cet orgueil mal placé que je tâche de détruire à Saint-Cyr, et
* Recueil d*in$lTHClioni, p. 308.
lÉPBIliJIOB A LA CLASSE JAUNE (1701). 349
cependant je Ty troaye encore. Je ne saurois compr»dre ce qa*a bit une de vous. On l*envoie balayer, et parce qu'on lui marque ce qu'elle doit faire, die s'en choque et dit : une servante ne doit pas me commander, ^'est à nous à faire ce que nous voulons. Peut-on voir une telle insolence ? Quoi ! parce qu'on vous dit : vous balayerez là, ou vous ferec cela , vous êtes choquée ! Mais moi , si on m'envoyoit aider à une servante, la première chose que je ferois seroit de demander ce qu'elle veut qoe je fasse, car certainement je ne saurois par où commencer. Il faut qu'il y ait bien du travers dans votre tète. Et où en serions*nous si c'étoit un aflEront de s'instruire de gens au-dessous de soi ? On ta bit tous les jours et personne ne s'avise de s'en eroire déshonoré. On dit à une autre de porter du bois et de balayer, elle répond qu'elle n'est pas une servante. Non certainement vous ne Tètes pas; mais je souhaite qu'au sortir d'ici vous trouviez une chambre à balayer, vous serez trop heureuse , et voua saurez alors que d'autres que des servantes balayent. Je me souviens qu'allant un jour chez M** de Monchevreuil qui attendoit compagnie, elle avoit bien envie que sa chambre fût propre, et ne pouvoit pas la nettoyer elle-même parce qu'elle étoit malade, ni la faire faire par ses gens qu'elle n'avoit pas alors; je me mis i frotter de toutes mes forces pour la rendre nette, et je ne trouvai point cela audessous de moi. J'aurois beau frotter votre plandier, aller quérir du bois ou laver la vaisselle, je ne me croirois point rabaissée pour cela. Que tout le f. 30
3bO LETTOES .ET ENTRETIENS AJiK L'ÈWCàJWi.
monde vienne à Saiot-Cyr et qu'on vous iKMive toutes le balai à la nudo, on ne le trouvera ^as étrange el cela ne vous déshonorera pas. Jiou&aoames toutes nées demoiselles, mais pauvres ibaioiselles, et comme dit Jeannette, j wroisbeau m'«lever au-dessus du rang où Dieu m*a fait naître, Je ne serai jamais qu'une simple demoiselle. On ne jieut se donner la naissance ni se r<â(er4 ainsi .toutes ces choses ne sauroieat vous faise mépriser. Ua'y a^ue les gueux revêtus qui ont oetie sotte gloire et qui croiroicnl se rabaisser en les laisanL Vous me serez pas moins nobles, pour porter du bois ou ^pour Jbalayer ^ vos preuves sont ici et vous devez croiie qu'en ne doute point de votre noblesse. Je swspersuadée que vous feriez toutes ces choses avec plaisir si on ne vous le disoit point, quand ce ne serai! que pour sortir de voire banc, ononler et descendlre ^ et parce qu'on vous y envoie une lois enlr.o^ aïoîs, cela vous Xait faire mille insolences. C'est ua orgueil insupportable. On oonnoUilans le monde la noblesse par son honuètelé ^ elle aime à faire ^plaisir^ Â soulager, à «pargner de la peii^ \ et il est étonoèot que vous ne vouliez pas rendre sei vice à une maâson qui fait tant pour vous. Encore une Sois^ vous &'«e seriez pas dégradées. Il faut que je votus dise une parole de M"^ Balbien qui m'a toujours paru admimirable. Elle éloit à la Xéte des bleues , dans Je .temps que les Dames faisoient leur noviciat, ûo obligea une demetsellede lui venir demander jmt-
> Cette phraBe se retrouve dans les CotueiU aus àtmoMUt, t. I, p. ?«.
RÉPIIIIAVDE A LA CLASSE lAtXE (170l). 351
don, et elle lui dit : Voyez, mademoiselle, où vous a réduite votre orgueil, jusqo'iiux pieds d*unc couturière , d'une petite femme de chambre ! Cela n'est-il pas admirable ? Voilà une fomme qui mérittml MBurément bien d'être née de parents nobles. Rien n^est si beauque de ne point sortir de son état. Ceux qui ont le cœur véritablement noUe no sont point pwtés à s'élever ni à mépriser personne. Si ovfevçoit une de vous de servir chez qaeli|ue particulier et qu'elle ne pût s'y résoudre, aimant mieux pisser ses journées depms le malin JMsqu^au soir à travailler pour gagnercequî lui seroit nécessaire, je ne pourrois la blâmer. Si on venoil faire à une autle la proposition' d'un- mariage avec un homme sms nftîssance, et qif^eBbme répondit : je ne puis îaincre la répugnance que ji' sens là-dessus , je la ptarndrois de ce qu^elTe refuse un parti qui pottrroit la rendre heureuse, mais je ne le trourerois pas étrange, cas ce sont dos fnclinations ordinaires â la noblossc. Si j'ent-endois dire à une demoiseRe : j'aurois bien mieux aimé voir mourir mon frère que de savoir qu'il a fui, cl de pcnsT qu'il pssse pour un poltron, je dirois aussi : voilà qui est d'uD'Cœur noble et j'en pense tout autant que vous. Si plusieurs disoient : j'aime mieux être toute ma TÎe vêtue d'étamine que de recevoir des présents, wre de mes cinquante écus avec ce que je purs gJigiier par mon travail que de prendre quelque chose, je dinm : voîlides demoiiselles qui sentent leur noblesse, et c'est en cela justement que consiste la bonne gloire, w
352 LETTRES ET BNTRETIEIIS SUR L'ÉOOCATION. 141 >. — LETTaE A UNE MAITRESSE DE CLASSE.
J'ai tant filé pour votre service, que je me suis bit mal à la main, et que je ne puis plus écrire.
J'ai à répondre à deux de vos lettres. Il s'en but bien que je sois telle que vous me croyez, mais oe vous lassez point de prier pour moi, et de demuider surtout rbumilité.
Vous avez bien fait de marquer à Saint-P&ul et à Bégny que vous êtes contente d'elles ; il but soutenir les vertus naissantes. Mettez toute votre délicatesse de conscience à vous donner tout entière à vos filles, sans autres intentions que leur salut et la gloire de Dieu.
Reposez-vous tout simplement quand Tobéissance vous l'ordonne, ce ne sera pas pour vous un relâchement. La modération que nous demandons dans les récréations de nos enbnts est difficile i fixer, il but compter qu'il y aura toujours à les reprendre là- dessus.
Je n'ai point prétendu rien cbânger à la décoration du chœur, mais il y but exiger d'elles une trèsgrande modestie , et qu'elles entendent la messe à genoux. Il est aisé de voir si celles qui s appuient sont foibles , délicates , et sortant de l'infirmerie ; il but condescendre à celles-là en les exhortant i se contraindre. Ne soyez pas blessée du grand nombre \
< Lettres et Avis, p. 800.
j aimerois mieux en voir vingt assises dans les temps
de maladies que deux par lâcheté \ guérissez-vous
en tout de Tenvie de parollre.
Je n'approuve point que vous jouiez aux échecs;
lei jours que la classe u'a pas les jeux , vous devez être assez occupée de Toir comment leur récréation se passe. Courage, ma chère fille, tout ira bien-, iostroisez vos filles des pratiques de leur état présent» et prévenez-les sur celles desétatsoù elles pourront se trouver.
Je reçus hier une lettre où chacune de nos sœurs me dît un mot : la même raison qui m*a empêchée de vous écrire de ma main m'empêche de leur répcmdre \ je suis bien fâchée de ne le pouvoir faire à one très-belle lettre que j'ai reçue des bleues, et encore à une plus belle de ma sœur de Sailly.
Voici une lettre de monseigneur de Chartres pour TOUS \ je ne vous ferai pas la façon de la cacheter. Cette main impotente pour voire service ne m'empêche pas de me porter fort bien d*ailleurs.