‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 82 sur 120 · DE LA CLASSE JAUNE · texte numérisé non relu

DE LA CLASSE JAUNE

(Au si^et d'ua aTantage remporté sur les ennemis. )

M°**deMaintenon, ayant appris la bonne nouvelle d'une défaite des ennemis, vint exhorter les demoiselles à en remercier Dieu, et leur dit ; « C'est tou-

* Lettres édifiantes, t. V, p. 245.

vois avec plaisir que vous êtes si portées; car celles de vos compagnes à qui vous inspirez de la piété et les maximes de l'Évangile les iront répandre dans le monde si elles y retournent. Si elles se marient, elles élèveront leurs enfants dans la crainte de Dieu et dans la piété; puis ils communiqueront aux leurs ce qu'ils auront reçu d'elles, et ainsi successivement à l'infini. Si elles sont religieuses, quel bien ne feront-elles pas par leurs bons exemples, et par les instructions qu'elles donneront à leur tour aux pensionnaires dont elles pourront être chargées ! Ces pensionnaires, élevées dans la piété, en élèveront d'autres dans les mêmes principes, et le bien ira toujours en augmentant, et le principal mérite et la principale récompense retomberont sur les premières qui auront inspiré le bien aux autres ; cela d'est-il pas bien encourageant et bien engageant à tâcher d'être utile au salut du prochain? Mais en retournant la médaille, comme l'on dit, il n'y a rien de pire et de plus dangereux pour son propre salut que de donner ou de mauvais exemples ou de mauvais conseils aux autres, de les détourner du bien ou de les porter au mal; c'est le métier du démon ; ce sont de ces péchés d'autrui qu'il est si difficile et même comme impossiblede réparer^ et dont je prie Dieu instamment, mes enfants, de vous préserver, et toutes celles qui viendront après vous. »

tribuer à me faire bien porter. Voilà, mes enfants, de quelle manière il faut proGter de tout pour vous former, et ne point vous réjouir sans savoir pourquoi : c'est ce qui m'a fait vous demander les raisons de votre joie. 11 y en a encore beaucoup d'autres que vous n'avez pas encore touchées.

« Que ne faites-vous de ces sortes de choses le sujet de vos conversations? Vous diriez de bonne amitié vos sentiments différents ; Tune soutfendroit une raison, et une autre la sienne-, cela vous amuseroit agréablement et vous donneroit occasion de faire de bonnes réflexions. C'est en profitant ainsi, de tout ce qui arrive, de tout ce que l'on voit ou entend que l'on se forme. De pareilles conversations avec vos maîtresses, où vous feriez bonnement toutes vos objections et où vous agiteriez le pour et le contre, pourroient suppléer en plusieurs choses i votre peu d'expérience.

«Vous vous plaignez de n'en avoir point. Qui estce qui en donne, sinon de s'appliquer et de réfléchir sur ce qu'on voit et ce qu'on enteml ? M™* de Saint-Pars a dit sur cela un joli mot : un jour que nous aous plaignions de votre enfance , elle dit que cela venoitde ce que vous vous formiez les unes les autres. Effectivement c'est de là que vient tout votre mal. Vous n'avez rien vu, vous n'en savez pas plus les unes que les autres, vous êtes de même âge et toujours ensemble ; comment vous formeriez-vous? On ne devient raisonnable qu'en écoutant et en croyant ceux qui en savent plus que vous.

« Je suis ravie de pouvoir vous dire que je n'ai

les toucher, quand même elle les trMveroit encore? Cela est moralement impossible-, mais par la même raison qu'il y a avantage à faire le bien et à T inspirer aux autres, il en est comme de la semence que le laboureur jette en terre, il ne la voit pas paroitre tout d'un coup ; cependant elle pousse avec le temps -, on la voit verdir, monter bien haut-, elle rapporte beaucoup, se multiplie et sert à en faire venir encore d'autres. Ainsi une Dame de Saint-Louis qui inspire le bien aux demoiselles, ou une demoiselle qui Y porte les autres par son exemple, ne voit pas d'abord le fruit de son travail, cependant il sera grand. Cette fille à qui on aura inspiré la piété et les maximes de l'Évangile les ira répandre dans le monde si elle y retourne ; si elle se marie, elle élèvera ses enfants dans la piété, et ceux-ci communique- .ront aux leurs ce qu'ils auront reçu d'elle. Si elle est religieuse, quel bien ne fera pas son exemple sur le cœur de ceux et de celles qui seront à portée de l'entendre et de la voir! Quelle consolation pour une Dame de Saint-Louis de penser que ce qu'elle du prendra au moins racine en quelqu'une! Quand il n'y en auroit qu'une seule, n'est-ce pas un grand tnen ? mais il est rare qu'il n'y en ait davantage. Que la vertu est charmante, que le bien est aimable l Je ne comprends pas qu'on le puisse connoitre et en voir la beauté sans l'aimer de tout son cœur. Quelle récompense doivent espérer les personnes qui auront procuré le salut à tant d'autres! Faitesvous présentement» mes chères enfants, ce fonds de vertu, car vous en aurez besoin au sortir d'ici pour

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toute la suite d^votre vie. M"* de La Ljinde * m'écrivoit l'autre jour qu'elle avoit besoin de se rappeler les instructions qu'on lui a données ici pour se soutenir dans son affliclion : elle vient de perdre son fils dans le temps qn'elle commençoit à en jouir, car il avoitdeux ou trois ans et étoit fort joli. Vous autres vous ne connoissez presque point ici Fennui ni les afflictions, mais comptez que vous n'en manquerez pas dans la suite, et vous pourriez, en vous accoutumant à bien prendre les petites présentement, vous mettre en état de supporter les grandes qui vous attendent dans le monde. »

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