DE LA CLASSE BLEUE
5 octobre i70S.
Je n'aurois pas cm, dans l'état de langueur où je suis, pouvoir sentir une si grande joie que celle qac j*ai, de savoir que vous profitez des avis qu'on vouî a donnés depuisquelque temps sur votre conscience; vous pouvez juger par là de quelle conséquence Hs étoient pour vous. Tout ce qu'on fait pour votre éducation, mes chères filles, auroit été inutile si
* Lettrée et ÂtnSfP, |76.
A MADAHE DE LA TIEFVILLE (1705). Ii7
répondre aujourd'hui, mais à tout ce qui me revient de vous. Je vous conjure, ma chère fille, de profiter de mon eiLpérience et de ne pas vous laisser aller à tous les goûts de Saint-Cyr-, on y a eu longtemps celui des manuscrits, et ils nous ont fait tant de mal, que nous avons été contraints de les défendre ^ J'ai dit qu'il ne falloit point vous envoyer les méditations que vous demandez -, toutes ces écritures-là ne sont qu'une grande perle de temps. Il y a tant de si bons livres, et il vous en faut si peu : le Nouveau Testament, \ Imitation, Rodriguez, saint François de Sales, les livres de votre ordre, en voilà plus qu'il n'en faut pour vous sanctifier. Le long temps que vous êtes à l'église, joint aux charges de votre maison, ne vous laisse guère de loisir, et ce n'est pas un malheur. La lecture fait plus de mal que de bien aux jeunes filles; celles qui sont simples se contentent des livres que j'ai marqués, et encore y en a-t-il qui en savent faire un mauvais usage; les autres font les beaux esprits et excitent une curiosité insatiable. Nous avons éprouvé tous ces inconvénients, et, encore une fois, je voudrois bien que vous en profitassiez.
N'étes-vous point un peu indiscrète de vouloir garder mademoiselle d'Auinale parce qu'elle vous est bonne, sans penser qu'elle nous l'est aussi? Pressez donc votre résolution, ma chère fille, de nous la renvoyer vers les jours gras. J'espère que dans ce temps-là Champlebon sera accoutumée à vospen-
* Voir la noie de la page 249 du t. 1.
124 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L*ÉDi:CATlON.
soigneusement dans Tintervalle de votre confession et de votre comiAunion, mais conservez-vous aussi après ravoir faite -, et cela sans contrainte, sans affectation et avec le sentiment delà liberté d'un enfant avec son père, qui ne craint rien tant que de le fâcher, mais qui n*a point le cœur ni resserré ni attristé par cette crainte, parce qu'elle ne vient point de Tappréhension de châtiments, mais de la tendresse qu'on a pour lui. Que ce soit là le fond de votre cœur et de votre piété -, vivez dans rinnocence et la joie de votre état. Je ne vous dirai pas de ne point faire d'oraison, mais de n'en point parler; employez le quart d'heure que Ton vous a donné à dire à Dieu que vous l'aimez, ou que vous voulez l'aimer, à considérer les obligations que vous lui avez, à parcourir vos défauts, a lui en demander pardon, à faire des résolutions de vous corriger. Cette oraison est utile et simple : il n'y faut point de méthode-, n'en discourez points ayez quelques secrets avec Dieu. J'ai encore une chose à vous dire que je crois nécessaire, c'est de vous appliquer ce que vous entendez dans les lectures et instructions^ n'examinez point si ce que l'on vous dit est beau, mais tournezle à votre profit. Je ne finirois pas, mes chères fille?, si je me laissois aller au zèle que je sens pour vous-, servez Dieu avec joie et une sainte liberté 5 évitez le péché, quelque léger qu'il soit, et tout ira bien. Ce qu'on m'a mandé de vous redouble rimpatience que j'ai de vous voir et remplit mon cœur d'une tendresse que je ne puis exprimer.
runion, au repos, à Téducalion, qui est la fin de rétablissement de Saint-Cyr. Vous êtes religieuses, vous aspirez a la perfection, vous avez voué d'élever et d'instruire toute votre vie, voilà un assez grand ouvrage.
Pour remplir de si grands desseins, il faut travailler sans cesse, mais sans trop d'empressement; mettez-vous donc à l'aise et en repos, et ne vous agitez point de soins temporels jusqu'à vous troubler. *
Possédez-vous dans la présence de Dieu, pratiquez toutes sortes de vertus, veillez sur vos filles, priez pour elles, attaquez doucement et continuellement leurs défauts, et encore plus leurs vices si elles en avoient; n'oubliez rien pour former Jésus-Christ en elles et pour les rendre raisonnables.
Que toutes les instructions, les conversations, les réprimandes, les punitions, les récompenses, les complaisances, les relâchements, soient employés pour les rendre vertueuses, de bonnes mœurs, modestes, discrètes, silencieuses, secrètes, bonnes, justes, généreuses, aimant l'honneur, la fidélité, la probité, faisant plaisir dans ce qu'elles peuvent, ne fâchant personne, portant partout la paix, ne désunissant jamais, ne redisant que ce qui peut plaire et adoucir. Treize ans ne sont point trop longs, mes chères filles, pourlesinstruire et les former à tant de bonnes choses •, voudriez-vous renoncer à ce noble travail pour vous inquiéter et les inquiéter sur un ouvrage un peu plus tôt fait?
Il faut que vos demoiselles travaillent à tout ce qui se fait dans la maison \ mais tout ce que je viens
selles, et c'est en attendant qu'elles puissent entrer à Saint- Cyr.
J*espèrc que Tamitié que vous aviez pour ma Nanon* lui procurera les prières de votre maison et les vôtres.
Soyez ponctuelle, je vous prie, nette et préciseen affaires*, adressez-vous directement à moi : j'ai été deux mois à vous demander une adresse pour vous écrire ; il y en a un que j'attends les noms des petites demoiselles que vous avez prises. J'aime l'ordre-, tous ces détails sont écrits sur mon livre -, je ne brûle vos lettres qu'après y avoir répondu, et je ne passe pas un article. Ne vous amusez point à me faire des compliments, c'est un temps perdu; tâchons de rétablir votre maison. J'espère vous donner un petit secours à la fin de janvier ou au commencement de février. Je vous envoie cent écus sur les pensions de mes filles; marquez toujours quand vous aurez reçu mes lettres.
rj2». — LETTRE A MADAME DE LA VIEPVFLLE.
(Contre Tamuseinent et le danger des maouserits; que les Giles ne peareot être trop sobres sur la lecture.)
20 décembre 1705.
Ce n'est pas à ce que vous m'écrivez que je veux
elle avoil souvent de semblables renconlrcs. » {Note des Lettre* et Avis.)
* M"« Balbien, qui était morte.
• Lettres édifiantes, t. V, lettre 99,
Affi BA9IES DE SAIIfT-LOVrS (1706). 181
etigieuse avec plusieurs demoiselles, quand cela est lécessaire^ vous voulez retrancher leur nourriture, etranchez la vôtre ; vous voulez qu'on ait moins de Dge blanc, ayez-en moins, mais ne retranchez jalais ni pour vous ni pour elles que dans des cas rès-extraordinaires, car on ne vous a marqué que ; nécessaire; mais, encore une fois, ne les souffrez oint mal nourries quand vous le serez bien, ni mal ètues quand vous serez très-propres.
Je sais ce qui est dû à la profession et à la gravité ^ligieuse, mais je sais aussi que vous avez fait vœu e pauvreté-, tout s'accommodera quand on le voudra, ous a vez grand besoin d' une supérieure affectionnée t zélée pour l'institut-, que le conseil pense de lème, et que la maîtresse générale soit l'avocate des emoiselles, car on sera toujours tenté de retrancher ur elles, parce que le grand nombre fait que le loindre retranchement est considérable.
On sera de même tenté de les faire trop traailler pour épargner, mais on ne le peut sans rendre sur leur éducation, qui est un ouvrage de ersévérance. Huit jours passés sans leur parler ne laroissent point y avoir nui-, il est pourtant vrai que e mal est réel, quoique invisible, et qu'il faut rendre le moins qu on peut sur les maîtresses des lasses et sur les filles.
Il est impossible que de temps en temps on ne I8se des fautes : les maltresses des classes changent-, 3S esprits sont différents-, il y en a de plus portées is unes que les autres à innover. Il faut que la suérieure tienne la balance et entre dans la conduite
sionnaires. Il y a assurément du miracle à ce qui se passe à Gomerfon laine. Je vous prie de dire a Marlinville' qu'elle avoit bien pris ses précautions avec moi pour revenir, et qu'elle a bientôt changé d'avis; je prie Dieu qu'il la fasse aussi bonne religieuse qu'elle est intelligente et propre à vous servir. Mais je vous en conjure, ma chère fille, de marquer moins de goût pour Saint-Cyr ; j'ai peur que vos anciennes ne vous haïssent. Marquez-leur de l'amitié; pour moi, j'en ai beaucoup pour elles, et meurs d'envie de vous aider à rétablir leur maison et à assurer leur repos et leur salut.
11 Wfrier 1706.
Vous voulez donc que je vous écrive encore sur le gouvernement de votre maison -, je vais le faire par complaisance, mes chères filles, car j'ai écrit partout ce que je vais vous dire, et je l'ai redit tant de fois, que j'en ai souvent importuné.
On se trompera toujours quand on voudra conduire une communauté de trois cent trente filles selon les idées d'un ménage particulier : il faut se contenter chez vous d'un grand ordre et de ne rien perdre; il faut que les petites vues cèdent aux grandes, et sacrifier de petits intérêts à la paix, a
* L*uiie de8 demoiselles envoyées à Gomcrfonlaioe.
* Lettres et Avii, p. lOC.
se porte pas bien; ma sœur de Garnier est convalescente, de sorte que je ne vois que M'** de Lajonchapt ' enétat de vous parler-, mais il ne faut pas la tuer. Contentez-vous de faire des lectures pour vos instructions, et ne souffrez pas que vos trois maîtresses vous disent un mot jusques à mon retour de Marly. J'espère que vous vous piquerez d'honneur, et que vous me ferez voir que trois muettes vous conduiront fort bien.
i 95*.— LETTRE AUX MAITRESSES DES CLASSES.
24 mari 1706.
Je conjure les maltresses de classes de tenir la main à ce qui suit:
De revenir toujours à l'éducation des demoiselles, qui doit être chrétienne et raisonnable;
D'avoir ce but-là devant les yeux dans tout ce qu'on leur dit -,
De l'expliquer dans les petites classes aux exercices nécessaires, catéchisme, lecture, écriture, apprendre par cœur pour la répétition du dimanche et des fêtes*,
De ne leur permettre ni vers, ni conversations, ni proverbes que par récompense ;
De leur apprendre à travailler; de promettre, à
t Urne» de Saint-Péricr , de Bouju et de Garnier étaient maîtrtties des bleues, M"« de Lajoncliapt était une des noires.
^ Lettre» et Avit, p. 105. — Avis mue religieuses de Saint-Louis, , p. C80.