‹ Lettres et extases de Gemma GalganiChapitre 10 sur 59 · Toujours l'épreuve et la résignation · texte numérisé non relu

Toujours l'épreuve et la résignation

Il y a bien long-temps que Jésus me reproche de ne vous avoir pas fait savoir combien je me sens changée et contente depuis le moment (vous vous en souvenez bien) où sur le point de quitter Lucques, vous me suggérâtes une belle prière dans laquelle je promis à Jésus d'être soumise en tout à sa très sainte volonté. Et que de fois, oh ! Père, j'ai répété ces jours-ci, vraiment de tout mon pauvre cœur (ce ne sont pourtant pas mes paroles ; ce sont les paroles de Jésus qui, à certains moments, se faisait fortement sentir à mon âme) : votre bon plaisir, ô Jésus ! jamais le mien ! Je brûle de vous contenter; je ne veux que vous seul et votre très sainte volonté. — Oh! combien je m'aperçois, Père, que en faisant ce que veut la bonté de Jésus toute croix devient une joie, à tel point que souffrir m'est trop doux! Il n'y a pas de croix ni de crainte pour qui s'unit étroitement à Jésus. Lésâmes prédestinées, Père, ce n'est qu'au ciel que Jésus les rendra bienheureuses. Sans Jésus et sa volonté il me semble qu'au ciel même je devrais m' alarmer. Oh! que vous êtes digne d'amour, ô sainte volonté ! Si daus l'enfer les damnés se conformaient à cette divine volonté, le feu et leurs supplices se changeraient en douceurs. O Père! n'est-ce pas

i . Qu'on veuille bien ne pas être désagréablement impressionné par ce retour fréquent de Gemma au même thème douloureux. Les peines intérieures sont les épreuves les plus ordinaires auxquelles Dieu soumet les Ames qui tendent à lu perfection. Et quel plus bel exemple de fidélité, de générosité et de courage à proposer alors que celui de cette augélique enfant?

Jésus qui rend l'amour parfait? Ohl que je serai enfin contente si ma vie s'achève un jour dans un entier acquiescement au divin vouloir ! Une fois que j'avais cette pensée, Jésus me dit : « Ce ne serait pas mourir, ce serait vivre éternellement. » Vive Jésus! Bénissez-moi. La pauvre Gemma.

25. — Encore des gémissements de la chaste colombe parmi ses désolations.

Cette fois c'est d'une autre manière que je veux vous écrire: jeveuxvous exposer un peu monétatd'âme; il est si embrouillé queje n'y vois plus rien. Oh! qu'était-ce donc tout ce qui s'est passé jusqu'ici? Toute cette foule de choses que je voyais, que je sentais, dont à peine je me souviens, au point qu'il me paraît avoir fait un long- rêve de deux ans; oh! qu'était-ce vraiment? Mon Jésus s'est enfin lassé de me supporter avec toutes mes froideurs. Pauvre Jésus ! il a bien raison. Quelle souffrance, Père ! Néanmoins je me trouve très bien ; je ne puis moins faire que de remercier et d'adorer Jésus. Mais il voudra certainement s'éloigner toujours davantage. Au lieu d'avancer dans le bien, je vais de mal en pis. Je fais la communion ; mais c'est comme si je ne la faisais pas du tout. Je prie sans aucune ferveur, bien que de toute manière je voulusse beaucoup aimer Jésus. Mais j'ai le cœur si léger...

Je vais maintenant vous dire une chose importante : Je ne suis plus capable de penser à Jésus; ou plutôt j'y pense toujours, mais je ne sais comment... Me comprenez-vous? Oui, oui, vraiment, nous sommes au De prof undis ; mais cela va assez bien. Seulement je me trouve un peu étrange : à l'intérieur je suis heureuse; tandis qu'à l'extérieur je me sens venir les larmes, mais sans y penser, car je n'en voudrais pas. Ensuite tout ce qu'on me dit, soit qu'on me parle spécialement de couvent, ou d'autre chose, tout me fait de la peine. Personne ne m'est plus cher comme auparavant. Je n'ai plus même de reconnaissance pour ceux auxquels je la dois. Je ne sais vraiment pas si je suis encore de ce monde. Lorsque j'appelle Jésus et que je le cherche il ne me répond pas même intérieurement. Avant c'était lui qui m'appelait, maintenant c'est moi qui l'appelle. Mais au lieu de me répondre il me ren-

voie ; je reviens à la charge, et il s'éloigne toujours davantage. Il fait toujours ainsi. Cela va bien, n'est-ce pas, Père? Bon Jésus! mais quand vous déciderez-vous à revenir encore? Il me suffit de savoir que vous êtes tout près... Du passé je ne puis plus en parler parce que je nem'en souviens pas. Quelqu'un le connaît... Et puis, je ne comprends pas non plus pourquoi Jésus en s'en allant m'a aussi emporté l'esprit, mais tout de bon ! J'ai écrit ce qui me venait; si ce sont des folies ne vous en inquiétez pas. J'ai reçu une lettre d'une autre dame (membre de la Ligue"). A tous je répondrai bientôt quelqu'une de mes folies, si on s'en contente , et si on ne s'en trouble pas. Je m'arrête. Soyez attentif à Jésus ; mais n'attendez pas que Jésus vous parle de moi; vous-même parlez de moi à Jésus. Père, cela continuera-t-il? Je suis la pauvre Gemma.

N. B. — Il y avait longtemps que je priais mou lointain Jésus de me faire connaître si je demeurerais statiounaire (je veux dire quant à la souffrance) ou bien si j'allais encore empirer. Mais ce matin il me l'a dit : j'ai compris que j'irais de mal en pis. Oh! que ferai-je? Il ne me répugne nullement de souffrir, mais où ?... et avec qui?...

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