‹ Lettres et extases de Gemma GalganiChapitre 9 sur 59 · Encore la peine et l'angoisse · texte numérisé non relu

Encore la peine et l'angoisse

Ce matin Jésus est venu ; mais il ne s'est pas fait sentir. Et qu'importe ? Je suis contente quand même. Qu'il me prive de tout, Jésus; mais qu'il ne me prive pas de son amour. Je ne sais plus le prier, pas même lui parler; et alors je fais ainsi : à peine Jésus est-il entré en moi que j'appelle le Confrère Gabriel et notre Mère, et eux, les mains jointes, se mettent à prier. Mais la divine Mère pleure presque toujours. Personne au reste ne me dit jamais un mot; ils ne me regardent pas même. Mais que m'importe? Qu'ils me privent aussi de tout, je ne m'en plaindrai pas davantage, et je serai même dans l'allégresse. Et puis quel dégoût dans la prière ! Le croirezvous ? Même lorsque je suis à l'église, je m'ennuie. Cette fois encore grondez-moi, je ne m'en plaindrai pas. Pauvre Jésus! Durant le temps que je consacre à la méditation, il me semble que je suis en purgatoire. Je la fais néanmoins. Voyez à quel point j'en suis venue. Se peut-il quelque chose de pire ? Je suis pourtant contente, parce que telle est la volonté de Dieu. Enfin, je fais toutes mes prières habituelles, et même, pour réagir, je les prolonge.

Mardi soir j'obtins la permission de rester une heure entière avec Jésus. Je priai, j'attendis. Mais Jésus ne parut pas et ne se fit pas sentir davantage. Que de choses, Père, j'aurais à vous dire de Jésus, s'il me faisait seulement une visite de cinq minutes ! Mais il faudrait que ensuite vous me répondiez, sinon... L'amour de ce divin Jésus me donne la force de souffrir tant et plus. Qu'il me mette où il voudra.

Demain je vais trouver mon confesseur : j'ai déjà lu la lettre que vous m'avez écrite indirectement, et où vous lui disiez de

me laisser libre. OPère, mais ne m'avez-vous pas toujours dit que mon état présent est le plus sûr et me fait du bien? Ne serait-il pas mieux que je demeure ainsi? Je parle de la sorte, mais du reste je ne veux en rien faire ma volonté. Si je devais choisir je resterais ainsi sans Jésus, sans personne. N'en doutez plus, Père, je demeurerai ainsi tant qu'il plaira à Jésus. D'ailleurs la pensée d'aller bientôt en Paradis m'engage à former ce bon propos. Je serai toujours calme, môme dans cet état. Je suis la pauvre Gemma.

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