‹ Lettres et extases de Gemma GalganiChapitre 2 sur 59 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

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A son Directeur.

1. — Gemma commence timidement à s'ouvrir à son nouveau directeur qu'elle ne connaît pas encore.

|)ère, tout ce que j'écris, je l'écris uniquement par obéissance et avec la plus grande peine. Il m'en coûte beaucoup d'avoir à révéler ce qu'il me semble voir et entendre chaque jour; mais j'ai reçu un ordre, et cet ordre doit l'emporter sur tout.

Hier soir, me trouvant en prière devant le saint Sacrement, je m'entendis appeler; il me sembla que c'était Jésus. (Père, avant de continuer à me lire, je vous demande par charité de ne pas me croire, ne croyez rien du tout : j'écris uniquement pour obéir; sans cela je n'eusse pas dit un mot de ce qui va suivre.) Jésus me dit : « Ma fille, écris donc à ce Père que ton confesseur se mettra volontiers en rapport avec lui. Fais-le, car tel est mon désir. » — Je répondis : Mon Jésus, si je vous comprends, vous voulez que le Père sache tout ce qui me concerne*?... J'allais continuer; mais il me parut que Jésus (si ce n'était ma tête) m'interrompait, disant : « Telle est désormais ma volonté. » Après avoir cru entendre ces paroles, il me fut impossible de parler, et Jésus, me sembla-t-il, continua encore : « Ma fille, obéissance aveugle, obéissance parfaite, voilà ma première recommandation. Voici la seconde : Sois comme un cadavre; tout ce qu'on voudra de toi, exécute-le promptement. Enfin, ces jours-ci tu n'entreprendras rien sans m'avoir préalablement demandé conseil. »

Père, par charité ne croyez rien de tout ceci; pour l'écrire j'ai dû me faire une grande violence; mais j'ai voulu obéir.

Ce matin, après la sainte communion, Jésus, m'a-t-il semblé,

s'est fait sentir. Père, quels moments! Mais après quelque temps tout était fini. Je disais et redisais à Jésus : 0 mon Jésus!... sans pouvoir ajouter autre chose; mais Jésus me comprenait.

Bénissez-moi et priez beaucoup pour LA PAUVRE GEMMA.

2. — En entendant parler de Jésus, son cœur s'embrase. — Fruits précieux de ses méditations sur les vérités éternelles.

Et maintenant, Père, si vous pouviez voir dans mon cœur! Bien que j'aie fait pleurer Jésus, il continue toujours de m'aimer et me fait sentir sa divine présence, trop fortement même... Si vous saviez la violence que je dois me faire lorsque, étant en compagnie, on vient à parler de Jésus, du ciel, ou d'un sujet semblable!... Parfois je suis obligée de me retirer, et souvent de prier l'interlocuteur de changer de conversation ; sans quoi je risquerais d'en mourir. Mais mourir, non, pas encore. Jésus me l'a dit, semble-t-il : « Tu ne mourras pas encore, non. » Je n'insiste pas, vous savez déjà tout sur ce point.

Savez-vous, Père, ce que je me suis mis en tête? De devenir une sainte à tout prix. Cette résolution, je l'ai prise hier soir. Dans ma méditation je pensais : On ne vit qu'une fois; il est certain qu'il faut mourir; et si on a des comptes à rendre à Dieu?... Or je sais que ce Dieu châtie les méchants dans un feu éternel. Cette malédiction, Père, m'a saisie d'épouvante. Pour l'amour de Jésus, envoyez votre Ange éloigner de moi le démon (il y a deux jours qu'avec l'aide de ma céleste Mère je l'ai vaincu); et priez Jésus de me donner de grandes grâces pour le combattre victorieusement. Après un si grand nombre de fautes, je reconnais en Jésus un véritable père plein de miséricorde. Et quoi! si après tant de péchés je no roconuaissais par la bonté du cœur de Jésus, plus que paternel à mon égard, où serait ma raison? Et quel cœur serait le mien! Enfin, la lumière aura brillé dans mon âme, puisque je vois tout le mal que j'ai fait par le péché.

Oh! quand je vois pleurer Jésus, mon cœur est vraiment transpercé; je pense... je pense... que par le péché j'ai aug-

mente J'angoisse dont il fut accablé pendant son oraison au jardin des Oliviers... A ce moment Jésus vit tous mes péchés, tous mes manquements, et en même temps il vit la place que j'aurais occupée dans l'enfer, si votre Cœur, ô Jésus, ne m'avait accordé le pardon1. Jésus, Jésus, Jésus, non, je ne flatterai plus ma nature, je veux avec votre grâce la tenir sous le joug de ma volonté... Enfin, voici mes dispositions : Je vous dédommagerai, ô Jésus, en me traitant comme votre esclave et en courbant mes épaules sous votre croix... O Jésus, mon Dieu!... Je sais bien que celui qui veut s'élever trop haut ne tarde pas à chanceler et tombe de nouveau dans la fange. Père, je m'arrête. Bénissez-moi à tout instant : la pauvre Gemma.

3. — Elle s'ennuie dans cet exil ; se réjouit d'être humiliée, méprisée, et aspire vers une perfection toujours plus haute.

Père, Père, — c'est encore Gemma qui vous écrit. Je suis toujours en ce monde! Mais que je m'y ennuie! Il est bien vrai qu'il n'est pas de félicité sur la terre. Pour moi, si par la miséricorde de Dieu j'y passe quelques instants heureux, c'est lorsque je me vois méprisée et humiliée. A vrai dire, de petites aventures de ce genre ne me manquent pas, et même Jésus les multiplie chaque jour. Oh! qu'il est bon! Si vous saviez de quels moyens il s'est servi pour confondre mon orgueil! Oh! comme je suis mauvaise, si vous saviez! Qui me donnera les vertus qui attirent Jésus? Priez-le et faites-le prier de me donner bien vite les moyens de remédier à ma grande misère, de me faire connaître l'horreur de mes ténèbres, de m'éclairer et de me permettre d'atteindre, selon mes désirs, à la ferveur et à l'amour de toutes les âmes saintes; mais ce n'est pas assez, je voudrais égaler en pureté tous les anges et même notre Mère, la très sainte Vierge Marie. Bénissez la pauvre Gemma de Jésus.

i . A partir de ce passage la lettre fut continuée dans l'extase. On a vu dans la préface comment il lui arrivait de perdre plus' ou moins complètement les sens lorsqu'elle écrivait, parlait ou entendait parler des choses célestes. Elle-même y fait d'ailleurs allusion au commencement de cette lettre.

4. — Elle s'humilie d'avoir éprouvé de la répugnance à obéir à son confesseur qui lui avait ordonné d'aller s'ouvrir à un autre prêtre. — Elle remercie le Père des reproches qu'elle en a reçus à ce sujet.

.Mon cher Père, — que Jésus vous rende mille fois le grand bien que ce matin vos paroles ont fait à mon âme. Je suis vraiment résolue à me conformer toujours, dorénavant, à la volonté de mon confesseur, sans penser à ce qui en résultera. Si vous saviez quel grand bien m'ont fait vos reproches ! Oui, tout ce que vous me dites est vrai; je me laissais troubler par trop de pensées... Il est temps de me résoudre à suivre désormais la volonté de mon confesseur. Toutes les fois d'ailleurs que j'ai voulu ag-ir à ma tête, je l'ai payé très cher. Désormais, non, il n'en sera plus ainsi. Je vous promets de ne plus pousser une plainte, de ne plus me lamenter. J'irai où le veut mon confesseur; mais ce sacrifice est accepté depuis déjà quelques jours. Encore une fois je tiens à vous remercier de vos chères réprimandes. N'en doutez pas. je saurai en profiter et vous pourrez vous-même le constater. Bénissez-moi et priez pour la pauvre Gemma.

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