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Ces jours-ci il m'est arrivé une chose curieuse. Pendant que je priais, je perdis les sens et je me trouvai devant le Confrère Gabriel, qui me demanda : « Gemma, n'as-tu rien à me dire? » — « Oh si, beaucoup de choses, môme de la part de mon confesseur. Il veut savoir, au sujet de ce couvent, qui est-ce qui doit commencer cette œuvre; qui est-ce qui doit l'achever, et combien de temps faudra-t-il attendre encore. » Quand j'eus dit ces paroles, certaines personnes me vinrent à l'esprit et le Confrère Gabriel me les présenta une à une. Elles étaient sept et j'en reconnus trois2. — « Oh! quelles sont
i. D'après ces dernières paroles il est facile de comprendre quelles étaient les véritables dispositions de la Providence concernant celte âme de prédilection.
2. Les jeunes filles qui entrèrent les premières au noviciat du nouveau monastère furent, en effet, au nombre de sept, parmi lesquelles trois seulement pouvaient être connues de Gemma.
celles-là? » lui demandai-je. — Et lui de me répoudre: « Elles seront Passionistes. Dis à ton confesseur que c'est lui-même qui devra commencer cette grande œuvre. Qu'il s'arme de courage : car le diable, de son côté, prépare de terribles assauts. Mais qu'importe? Qu'on aille de l'avant f... » Il se tut; puis, me montraut une demoiselle, il me dit : « Regarde (et je regardai) : celle-ci mettra la dernière main à l'œuvre. La connais-tu ?» — « Non, répondis-je. » Il me dit le nom, le prénom, la ville où elle était née et avait grandi. Puis, le Confrère Gabriel me laissa et disparut lui-même. Je demeurais toutefois peu convaincue de tout cela; et la même chose m'étant bien arrivée au moins trois fois de suite, à la dernière il ajouta : « Un vendredi, dans deux ans, on commencera. » Je vous prie de me donner votre bénédiction et de prier aussi pour la pauvre Gemma1.
54. — Elle comprend dans une vision, que, en raison de son état de victime, elle doit renoncer au désir d'être religieuse, et elle y renonce, en effet, généreusement.
Père, — Tout est fini. Hier, à la messe de minuit, lorsque le prêtre faisait l'offertoire, je vis mon Jésus qui m'offrait comme victime au Père éternel. Il en fut très heureux, Père, et me pressa dans ses bras ; Il me conduisit ensuite à notre Mère et lui dit en me présentant : «. \ oici ma chère jille que vous devez garder comme un fruit de ma Passion ». A cette vue, je me sentis défaillir, et peu après j'allai recevoir Jésus. Ce matin, j'ai renouvelé mes bons propos à l'Enfant- Jésus. Je l'ai prié d'accepter la mortification de mon désir et de l'uni]' à sa sainte Passion. Je l'ai prié d'accepter mon amour uni à l'amour de son propre Cœur, à celui du Cœur de
i .Les religieuses qui vinrent àLucques pour commencer la nouvelle fondation partirent de leur monastère de Corneto le jeudi iG mars ioof>, deux ans après la mort de Gemma; et le vendredi, provisoirement installées chez les Franciscaines, où elles devaient demeurer muannée environ, elles se trouvaient effectivement à leurs débuts. Après d'assez graves difficultés, victorieusement surmontées, elles purent enfin entrer en possession de leur couvent, le 3i juillet n>.>S; c'était bien un vendredi.
sa très sainte Mère. Je voudrais néanmoins un présent : le pardon de tous mes péchés. Je l'espère. Je brûle du désir de vous voir, ô Jésus; mais je m'abandonne à votre volonté. Recommandez-moi à Jésus : je suis la pauvre Gemma.
55. — Elle insiste pour qu'on s'occupe promptement de la fondation désirée.
Quelle violence ne dois-je pas m'imposer, pour faire quelque progrès dans le bien ! Je suis tellement faible dans la vertu et avancée dans le mal que personne ne saurait me dépasser. Mais, avec le secours de Jésus, je veux devenir sainte. Le confesseur le veut et me le répète fréquemment. Hier soir, avec sa permission, le Confrère Gabriel - est effectivement revenu, après trois mois et plus d'absence. Si vous aviez vu, comme il parlait, et avec quelle force! Ses jeux étincelaient comme deux lumières. Il m'entretint beaucoup du nouveau couvent. Comme il se plaint de ce que vous en demeurez là sans même penser que le temps presse1! Aussi bien se passerat-il encore une année avant que vous commenciez2. Faites tous comme vous voudrez; Jésus, lui, y pense continuellement. Bénissez-moi : la pauvre Gemma.
56. — A l'occasion des fêtes de Noël, la pensée de Jésus victime dans la grotte de Bethléem l'encourage à faire le sacrifice du désir d'être religieuse.
Père, — Quand vous recevrez celte lettre, Jésus Enfant sera déjà né. Savez-vous, Père, ce que je voudrais faire pour Jésus? Ce que font les Angles. Mais, puisque je n'en suis pas capable, je voudrais au moins lui offrir les hommages les plus expressifs de ma dévotion, et je prie notre bonne Mère de présenter à Jésus nouveau-né ces toutes petites choses dont
i . Elle voulait dire que Jésus l'appellerait à Lui, si ou ue réalisait pas rapidement l'œuvre demandée.
2. Effectivement, de la date de celte lettre au 2 octobre 1903, où, avec le mol a proprio de Pie X, on commença activement la fondation, il s'écoula juste une année.
il me gratifie souvent. Sachez que je me lamente toujours, je n'ai pas encore fini. Mais je forme encore la résolution de ne plus le faire. Et savez-vous pourquoi? Ce malin, après la sainte communion, je pensais en moi-môme : Oh! quelle immense douleur ce dut être pour Marie de songer, après la naissancede Jésus, qu'Userait un jourcrucifié! Quelle angoisse elledulavoir constamment dans le cœur! Que de soupirs elle dut exhaler! Que de fois elle dut verser des pleurs ! Et jamais elle ne se plaignait. Pauvre Mère! Lorsque ensuite elle le vit effectivement crucifié-, elle fut comme transpercée de mille glaives. Je sais fort bien, en effet, que tout mauvais traitement, infligé au fils, en présence du père et de la mère, atteint pareillement et le fils et ses parents. Donc ma divine Mère fut aussi crucifiée avec Jésus. Et jamais une plainte. Après ces considérations, j'ai résolu de ne plus me lamenter au sujet de mon genre de vie. Cette promesse, Père, je l'avais déjà faite, et, à vrai dire, assez bien tenue, concernant surtout mon grand désir d'entrer au couvent. Je n'en parlais plus jamais. Le confesseur, voyant que je n'en disais plus rien, a exprimé la crainte que le démon ne fût pour quelque chose dans mon silence. Jésus veut que vous songiez à le rassurer. Croit-on, peut-être, mon cher Père, que je n'en souffre pas? C'est, au contraire, mon plus grand sacrifice! Priez Jésus de bien vous éclairer. Bénissez-moi aujourd'hui, et toujours : La pauvre Gemma.
57. — Dans une splendide apparition, Marie lui met au cœur le désir d'un couvent meilleur en l'invitant au Ciel.
Vive Jésus ! Ne vous fâchez pas, mon cher Père, si j'écris assez rarement. Ce n'est pas manque de confiance, ni dégoût, ni difficulté à vous révéler toute chose, mais uniquement parce que je me suis sentie un peu mal, et même plus mal que d'habitude. Mais, vive Jésus! Ecoutez-moi, Père; avant de vous mettre à lire cette lettre, priez, priez beaucoup et avec ferveur. Vous avez besoin d'être éclairé avant de la parcourir. J'ai a vous décrire un fait étrange. 11 m'est survenu de nouveau ce qui m'arrivait autrefois, c'est-à-dire de voir... Cvoy vmoi, Père, il y a certaines choses que je fuis ; je m les
voudrais pas ; je renonce volontiers à toutes les consolations de Jésus et ne les désire pas. Jésus a été l'homme des douleurs, et moi je veux aussi être la fille des douleurs... H y a bien longtemps que Jésus m'ordonne de vous écrire ; mais je temporisais. Ce matin, il m'a déclaré que si je ne me mettais en devoir de le faire, il fermerait pour toujours les trésors de ses miséricordes, et m'a enfin stimulée de mille manières. Vive Jésus! Le bon Maître, Père, continue, ou pour mieux dire, augmente ses consolations. Je ne sais pas si vous êtes déjà au courant de ce qui m'arriva mardi?
Je reposais au lit, et ne dormais pas encore. Il me sembla voir une belle dame qui s'approchait et se disposait à m'embrasser. Je poussai un cri et appelai ma tante ; j'ignore si elle vint, car je fus aussitôt ravie hors de moi et de ce monde...
Je fis immédiatement mille protestations, et ma céleste Mère me regardait, souriait et disait : « Chère fille, quel agréable encens tu m'offres ainsi I1 » Père, pardonnez-moi si j'ai peutêtre cédé trop vite; mais je laissai faire ma bonne Mère. Elle me prit dans ses bras, et je faillis expirer dans l'excès de mon bonheur. Que de caresses !... elle est si bonne pour moi ! Elle me disait qu'elle était venue chercher ma gerbe de fleurs. Comprenez-vous? Elle me trouva bien pauvre, bien dénuée et m'excita à la vertu, particulièrement à l'humilité et à l'obéissance. Puis elle prononça quelques paroles que je n'ai pas comprises": « Ma fille, dit-elle, amende-toi, perfectionne ton âme, et prompiement. » Ce qui alors se passa je ne le sais : Ce « promptement » me fit bondir le cœur si violemment que la divine Mère y posa sa belle main. Je ne pouvais parler, mais intérieurement je demandais un éclaircissement. J'ouvris les yeux et du regard je l'interrogeai. « Dis à ton Père, réponditelle, que s'il ne pense à toi, je te conduirai promptement en Paradis. » Elle m'embrassa en me disant : « Qu'il se hâte, sinon, promptement, plus promptement encore qu'il ne croit nous serons ensemble. » Elle me quitta, et mon âme nageait dans la joie. 0 Père, après de telles choses, quel aspect prend le monde ! Je ne sais si vous l'avez éprouvé. — Je la
i. Par la ponctualité à obéir au directeur, qui lui avait ordonné le résister à toutes les apparitions insolites jusqu'à ce qu'elle eût >leine certitude de leur origine divine.
priai beaucoup de me donner un peu de santé et encore un peu de vie. Elle me le promit en me répétant ces paroles : « Dis à ion Père que je te l'accorde ; mais que s'il ne songe à toi, je te l'enlèverai de nouveau et t'emporterai avec moi1. »
11 vous faut prier, Père; vous entendez? Ma vie est une souffrance continuelle; mais je suis paisible et calme. Je ne vous demande plus d'entrer au couvent, puisque un couvent meilleur m'est réservé! Je sollicitai de l'apparition un signe qui me fît connaître qu'elle était bien réellement la Mère de Dieu : « Je te redonne la santé, dit-elle, fais-le-lui savoir. » — Père, réfléchissez bien à ce que vous lisez. Jésus, je l'espère, vous fera tout comprendre. J'ai déjà révélé cela à mon confesseur ; il m'a dit de vous mettre au courant de tout, et m'a recommandé de me tenir tranquille sans ajouter autre chose. Réjouissez-vous ; je vais mieux. Jésus m'accorde encore un peu de vie aux conditions posées par la céleste Mère. Bénissez-moi : la pauvre Gemma.
58. — Dans la craints de se distraire de la pensée de Dieu elle fait difficulté d'accompagner certaines personnes de la maison à d'honnêtes spectacles.
Père, — Écoutez bien. Ce soir, pour obéir à ma tante et à ma sœur, j'ai dû aller voir avec elles certains jeux, divertissements, etc. Je ne veux plus y aller, entendez-vous? jamais plus, jamai?. Je veux rester toujours avec mon Jésus; bien que alors même il ne m'ait pas quittée je garde néanmoins dans l'esprit une foule de pensées. Mon bon Ange n'était pas content ; aussi, lui, n'est-il pas venu. Avez-vous compris? Je ne veux plus y aller. Pensez-y bien. Ce soir j'ai obéi, mais j'ai senti un vif reproche intérieur. Quand vous célébrerez la messe, demain matin, il vous faudra dire à Jésus de si bien me renfermer dans son cœur que là je ne voie plus rien, n'entende plus rien, ne pense plus à rien et n'aime vraiment plus que lui. Vous devei encore dire à Jésus qu'il commande lui-même à mon cœur do
i. De fait Gemma recouvra la santé à ce moment] niais ce no lin que pour peu de temps. La condition de s'occuper rapidement ai l'œuvre ne s'étant pas réalisée, la jeune vierge rechuta et mouru peu après.
lui rendre amour pour amour. Je tiens à vous dire un fait étrange. Ce matin tante m'a chargée d'écrire une longue lettre à un parent éloigné. Je me suis misé à l'œuvre, j'ai pris la plume, mais je n'ai pu rien faire. Et savez-vous pourquoi? C'était chose inutile : Jésus veut que je ne réussisse en rien afin que mon esprit ne s'occupe que de lui. Bénissez-moi et priez pour la pauvre Gemma de Jésus.
59. — Afin de remporter sur elle-même de nouvelles victoires elle sollicite avec instances la permission de demander à Dieu de lui enlever le sens du goût, et désire mortifier ses propres inclinations au point de ne jamais les satisfaire en rien.
Mon cher Père, — J'ai à vous dire quelque chose concernant l'ordre que vous m'avez donné de me bien porter. Jésus, je l'espère, me fera faire l'obéissance. Je suis même certaine que à la fin du mois je ne rejetterai plus aucun aliment1. Et maintenant, mon cher Père, depuis bien longtemps, ce me semble, il m'inspire de lui demander une grâce. Je ferai ce que vous me direz ; mais vous allez voir qu'il n'y a aucun mal à me l'accorder. Vous trouverez sans doute à alléguer une foule de prétextes : que je suis très amaigrie, que cela n'est pas nécessaire, mais en réalité ils n'ont aucune valeur. Ecoutez : êtes-vuus content que je demande à Jésus la grâce de ne plus sentir jusqu'à la fin de ma vie le goût d'aucun aliment? Père, cette faveur m'est nécessaire. J'espère que Jésus vous dira de me l'accorder. Quoi qu'il en soit je serai satisfaite. Veuillez y réfléchir2. Père, ne vous fâchez pas; mais je voudrais encore obtenir de vous une autre permission. Vous êtes si bon que, si Jésus vous inspire un tant soit peu, vous me l'accorderez aussitôt. Je
i. Sachant combien son exacte obéissance plaisait au Seigneur, durant une grave maladie qui la rendait incapable de retenir toute nourriture, on songea à lui commander de se bien porter. Et l'expérience comme en d'autres circonstances analogues réussit parfaitement.
2. Cette permission fut accordée et Dieu exauça pleinement ce désir. Par crainte de favoriser de faciles excès la demande qui suit n'obtint pas gain de cause ; mais Gemma n'en fut pas moins exacte à se mortifier en tout.
voudrais faire une promesse à Jésus : celle de ne chercher en rien ma satisfaction. Et n'en doutez pas, Père, je saurai me modérer, sûrement; ne craignez pas que je tombe dans l'excès. Mais comprenez-moi bien, plus de satisfaction en rien, en rien. (Je n'entends faire aucune exception). Ces deux petites choses sont en définitive tout ce que je vous demande, et il n'y a aucun mal à me les accorder. De toute manière néanmoins je me tiendrai pour satisfaite. Priez beaucoup pour moi qui crains d'être infidèle à Jésus; faites spécialement prierpour cela. Père, donnez-moi une réconfortante bénédiction : je suis la pauvre Gemma.