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Ce matin j'ai fait avec Jésus la convention concernant la nourriture. Tout va très bien, Père : le goût ne sentira plus rien. Quant aux aliments, Jésus me les fait retenir, mais apparemment en très petite quantité. Car si je mange davantage je les rejette; ce qui n'a pas lieu en ne prenant qu'une quantité minime. Ce matin, à la suite de cela, j'ai encore parlé avec Jésus de ma santé, et en votre nom, mon Père, je lui ai demandé de me rendre bien portante et même de me redonner un peu d'embonpoint. Écoutez la réponse : « Dis à ton Père que je le ferai pour cette fois seulement, et pour peu de temps1. » Je n'y comprends rien. Père, dites-moi votre pensée. Depuis les paroles de Jésus, comme je me sens paisible ! Je me sens tellement remplie de confiance que jamais, jamais, pas même dans les premiers temps, je n'en ai éprouvé de semblable. Quant à l'autre permission, vive Jésus!... Oh! comme j'attendais votre lettre pour commencer! mais... Je ne ferai rien, soyez-en sûr. Savez-vous, Père, qu'en cela j'ai dû beaucoup lutter? Avoir le désir, le confesseur me permettre... mais comme Jésus est habile! Je suis calme et j'attends votre décision. Bénissez-moi et priez pour la pauvre Gemma.
i. Et de fait après vingt jours seulement d'une sanic florissante et si merveilleusement récupérée Gemma redevint malade et mourut peu après.
61. — Elle s'accuse d'avoir enlevé et caché son portrait qu'on avait fait à son insu.
Père, — Pardonnez-moi ! Je viens encore de faire une des miennes. Le portrait que vous fîtes expédier de Rome est entre mes mains (caché dans la maison). Dès qu'il fut arrivé on le dissimula. Je le cherchai tant et. plus, mais ne le trouvai pas. Alors après mille questions faites à la bonne tante j'appris qu'il se trouvait dans la chambre d'Euphémie. Cela me parut invraisemblable. Lorsque j'eus la certitude que personne ne me voyait, je courus dans cette pièce, je le pris et le cachai dans le petit salon derrière le rebord d'un sopha.Ni ce soir-là, ni le jour suivant personne ne s'aperçut qu'il manquait, mais quand on alla le chercher on ne le trouva plus. Je fus interrogée (Jésus, Père, m'a secourue pour que je ne fasse pas de mensonge) : « Gemma, me disait-on, ne l'aurais-tu pas pris, est-ce bien vrai ? — Pourquoi vous en troubler? répondais-je ; laissez-le tranquille. Que voulez-vous en faire? Jésus fait bien les choses ; si vous aviez pu retirer de ce portrait quelque sujet d'édification, je vous l'aurais certainement laissé. Mais il n'y a pas lieu de conserver la physionomie d'une personne vilaine, scandaleuse, et dont le passé vous est assez connu ; il est bon qu'avec l'anéantissement de son corps tout le reste aussi disparaisse. » C'est ainsi que cela s'est passé quand ma tante me questionnait ; ce qui n'est arrivé que deux fois. Je me suis confessée, et à grand'peine j'ai tout révélé, absolument tout. C'est lui (le confesseur) qui m'a imposé de vous écrire de suite pour savoir ce qu'il faut faire. Commandez-moi, Père ; pardonnezmoi, je remettrai le portrait à sa place. En cela, mon Père, je n'ai aucunement la volonté de déplaire à Dieu, ni à vous, ni aux autres. Vous n'en doutez pas, je suppose? Répondez promptement; je ferai ce que vous voudrez. Bénissez-moi : je suis la pauvre Gemma.