‹ Lettres et extases de Gemma GalganiChapitre 22 sur 59 · Sur le même sujet · texte numérisé non relu

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Père, — Il y avait longtemps que je voulais vous écrire. Mais je ne le faisais pas parce qu'en vous écrivant je vous aurais certainement rappelé tout ce qu'il y a eu dans ma conduite de

fautif et de mauvais. Ce dernier déplaisir que j'ai procuré à Jésus, et à vous môme, Jésus me l'a pardonné, et vous, pas encore. Pourquoi? Accordez-moi ce pardon. La fameuse figure qui avait disparu durant plusieurs jours est revenue à sa place. Pardonnez-moi, c'est la dernière fois que je fais pareillechose. Je suiâ la pauvre Gemma.

63. — Son cœur est tellement dégagé des choses terrestres qu'elle ne trouve plus rien dont elle ait à se détacher.

Mon cher Père, — Voyez, toutes les fois que j'attends quelqu'une de vos lettres, je questionne Jésus, et il me dit : « Elle est proche. » Cette fois-ci elle était à peine arrivée que je m'empressai de l'annoncer à Jésus : « Et ne te parle-t-il de rien ? » demanda-t-il. — Si, lui répondis-je, il me recommande toujours d'être humble, détachée. Mais ensuite, Père béni ! il ne m'explique pas davantage ses paroles. De l'humilité, le confesseur m'en parle; quant au détachement, je ne vois guère à quoi on peut faire allusion, car je n'ai plus rien; je ne sais de quoi je devrais me détacher. Je n'ai que vous seul, ô mon Jésus! Mais savez-vous, Père, à quoi Jésus s'est arrêté ? « Dis-moi, ma fille, et cette dent du Vénérable Gabriel1, n'y es-tu pas trop attachée? » J'en suis demeurée vraiment stupéfaite et me suis récriée en me lamentant: « Mais Jésus, c'est une relique si précieuse! > Et le divin Maître, quelque peu sévère, de répondre : « Ma fille, je te le déclare : Jésus, et c'est assez. » Hélas! Père, c'est bien vrai, et Jésus a bien dit. Sœur Marie me l'ayant demandée pour la faire voir aux religieuses, quand je la lui eus donnée je me misa pleurer; car je voudrais l'avoir toujours avec moi. Mais, Jésus, Jésus, qu'allez-vous donc chercher! Bénissez-moi, mon Père, et priez toujours pour la pauvre Gemma.

i. Relique du Bienheureux que son directeur lui avait donnée.

64. — Elle commémore avec allégresse l'anniversaire de sa première communion1.

J'ignore, Père, si vous savez que le jour du Sacré-Cœur est aussi celui de ma fête. Hier je passai une journée du paradis. Je demeurai tout le temps avec Jésus; je fus heureuse avec Jésus, etavec lui aussi je m'affligeai. Le recueillement intérieur me tint plus que d'habitude unie à mon divin Maître; mais ma satisfaction fut plus grande encore quand, le soir, il me donna sa bénédiction. Je l'entendis me redire ces paroles : « Ma fille bien-aimée, aujourd'hui je suis contenl de toi. — 0 Jésus, puissé-je toujours vous contenter! » répondis-je. Puis je m'écriai avec toute l'impétuosité de mon cœur : « 0 froides pensées du monde, éloignez-vous de moi, je veux rester toujours avec Jésus, et Jésus seul. »

Pauvre Jésus ! il ne dédaigne pas de venir en ce fumier de mon corps. Et lorsque mon cher Sauveur me dit avec amour que toute sa joie est de s'entretenir avec moi, « ô Jésus! lui dis-je, sur quoi se fonde un tel contentement de votre part? Que trouvez-vous dans une âme qui mille fois vous fut rebelle, ô Jésus, qui de mille manières vous a outragé et même... déshonoré? Dans une âme indigne qui vous a si souvent préféré ses vilains caprices et les pauvres créatures de cette misérable terre? Mon Jésus, et vous me supportez encore? Plus j'y pense, plus je me perds, et je ne trouve rien de mieux pour me tranquilliser que d'avoir recours, au plus tôt, à votre miséricorde, ô Sauveur si bon ! »

Savez-vous, Père, où s'envole à présent ma pensée? Au beau jour de ma première communion. Hier, fête du Cœur de Jésus, j'éprouvai de nouveau la joie de ce beau jour de la première communion* Hier, de nouveau, je goûtai le paradis... Mais qu'est-ce, en définitive, de le goûter durant un seul jour tandis que plus tard nous le goûterons à jamais? Le jour de ma première communion fut, je puis bien le dire, celui où je trouvai mon cœur plus embrasé d'amour pour Jésus. Comme j'étais heureuse, lorsque avec Jésus dans le cœur, je pus m'écrier : « O

i. Au style de cette lettre, il est aisé d'inférer que Gemma en écrivit une grande partie étant en extase.

mon Dieu, votre cœur est de même nature que le mien; ce qui vous rend heureux vous-même peut aussi me béatifier. » Que pouvait-il manquer alors à mon bonheur? Rien. Et hier, comparant la paix intime que je ressentis au jour de ma première communion avec celle que j'éprouvais à ce moment, je n'y trouvai aucune différence.

Mais, ô Père, tous les jours ne se ressemblent pas. Il y en a où j'ai honte de moi-même. Oh! que de fois j'ai accordé mon regard aux vanités du monde, qui faisaient miroiter à mes yeux un paradis de délices, et qui ne m'ont laissé qu'un enfer au fond de l'âme! Mais que Jésus fasse vite; qu'il ravisse mon cœur; qu'il en prenne possession s'il ne veut que par mes péchés Je ne revienne promptement le lui enlever. O mon Dieu, je voudrais lier en gerbe toutes mes inclinations mauvaises, et vous les offrir en sacrifice pour que vous les consumiez entièrement dans le feu de votre amour. Mais si, ô mon Dieu, je suis incapable de réaliser tout cela en une seule fois, je prendrai du moins à tâche de combattre toutes mes passions, et je vous promets de ne pas m'approcher de votre Table sainte que je n'aie préalablement remporté quelque victoire sur moi-même. Mais l'obéissance! L'obéissance veut que chaque jour je fasse la sainte communion.

Père, lisez cette lettre, priez pour moi et bénissez-moi à chaque instant : la pauvre Gemma.

65. — Elle chante une hymne de reconnaissance en songeant aux bienfaits reçus du ciel.

Mon cher Père, — Vive Jésus! Voilà un moment que je me sens portée à redire ces paroles avec plus d'ardeur que jamais : Vive Jésus caché! Que serais- je devenue si Jésus n'avait soni;é à me chercher? Vive l'infinie miséricorde de Jésus envers moi! Que de fois j'ai cherché Jésus! mais jamais je ne me détachais de tout le reste. Que de fois j'aurais désiré l'aimer! mais je ne l'aimais jamais seul. Que de fois enfin Jésus est venu ! mais il a dû ensuite s'éloigner parce que je lui préférais quelque petite chose de trompeuse apparence. Mais il n'en sera plus ainsi, non; dorénavant, Jésus seul! Bénissez-moi : je suis la pauvre Gemma de Jésus seul.

66. — Elle traduit son bonheur d'être toute à Jésus, et à lui seul.

Il y a quelques instants que j'ai reçu Jésus. Quel grand bonheur, ô mon Père ! Moi qui mériterais de vivre avec les démons, je me trouve, au contraire, chaque matin entourée d'anges et de saints, et continuellement favorisée d'une intime union avec Jésus. Que le divin Maître est bon pour moi ! Qu'il est miséricordieux ! Je le possède encore en moi ; je suis toute en lui, et lui tout en moi. Cette intime habitation est bien trop vile pour recevoir Jésus, mais il la rend lui-même noble et spacieuse. Pauvre Jésus! Et qu'aimerai-je encore sur la terre maintenant que je le possède? Monde, ceuaér s, je ne puis vraiment plus vous aimer. Je vis sur cette terre, mais comme égarée, car jamais, jamais ma pensée ne se détache de mon Jésus. Bénissez-moi bien fort. — Je suis la pauvre Gemma de Jésus.

67. — Elle annonce la mort d'une de ses sœurs, intime confidente des secrets de son âme.

Père, Julie est morte. Priez beaucoup, beaucoup pour elle. Jésus donne force et courage, et il n'a pas manqué de m'en accorder. Vive Jésus! Bénissez-moi bien fort. — La pauvre Gemma.

68. — Elle explique les motifs de son ardente affection pour sa mère adoptive.

Aujourd'hui, Père, je devrai rester seule. Ma tante est allée à Saint-Paul et je me demande comment je ferais sans elle si je venais à me trouver mal1. Ne croyez pas, Père, qu'il y ait

i . « Se trouver mal » pour Gemma voulait dire avoir d'amoureux transports pour Dieu, des extases et de suaves défaillances. Son humilité appréhendait toute manifestation extérieure de ces extraordinaires faveurs. De là, ses angoisses à la pensée que sa mère

là proprement un attachement excessif, comme bien souvent je le dis à cette bonne mère elle-même. Elle me demande alors : « El qu'est-ce que je te fais, moi ? » — Je lui réponds : « Si je ne craignais pas de me trouver mal, et que je fusse assurée de ne pas perdre connaissance, je ferais volontiers le sacrifice de ne plus vous voir quand Jésus me le demanderait, mais la pensée de me trouver avec d'autres personnes, tandis que je n'ai pas l'usage des sens, me peine, m'afflige beaucoup et m'a inspiré l'ardente affection que je vous porte. » Je suis toute contente lorsque je me trouve dans les bras de ma chère mère, bien seule, sans aucun autre témoin. Mais, au fond, mon Père, qu'en est-il? Si parfois il m'est arrivé d'avoir une certaine préférence pour quelque créature, Jésus me l'a toujours reproché ; pour ce qui est de ma tante (ou de maman) il ne m'en dit rien. Est-ce bien sa volonté ? Priez-le de vous la faire connaître. Bénissez-moi toujours. — Je suis la pauvre Gemma.

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