‹ Lettres et extases de Gemma GalganiChapitre 28 sur 59 · Père, envoyez-moi en Paradis · texte numérisé non relu

Père, envoyez-moi en Paradis

Père, — Écoutez : Vive Jésus! Je veux aller en paradis! Père, il faut m'y envoyer : Jésus le désire; il n'est aucunement

fatigué de moi, bien que je sois méchante et que j'aille de mal en pis. J'ai demandé à l'Ange s'il me porterait en paradis, et il m'a répondu qu'il le ferait quand je serai très, très bonne. Je vais maintenant devenir telle, et de la sorte il m'emportera bientôt. Vive Jésus ! Priez pour moi. Bénissez-moi. — La pauvre Gemma de Jésus.

118. — Lettre de Gemma à la Très Sainte Vierge. — Derniers épanchements de son âme'.

Ma chère Maman (pardonnez-moi cette expression), — Mon Dieu bien aimé! Ma chère Maman, ma débile existence se poursuit ici-bas dans la lutte; mais je suis contente. Entre la crainte et l'espérance je m'abandonne à Dieu. « Et si je suis tout pour toi (m'a dit Jésus ce matin), qui pourra jamais te vaincre ? Et pourquoi, au lieu de t 'attrister ', n augmentes-tu pas ton espérance ? Ma fille, humilie-toi sous ma puissante main. Sois sûre, néanmoins, que ta prière ne s'éloignera jamais de moi sans avoir obtenu quelque grâce; et alors même que tu l'aies faite sans ressentir beaucoup d'amour, et que, à première vue, elle te paraisse stérile, je la rendrai assez puissante pour monter jusqu'à moi. » Il m'a dit à la fin : « Gemma, que les tentations ne t'abattent pas; mais résiste toujours sans te laisser vaincre; et puis ne crains pas. Si la tentation persiste, persévère dans la résistance, et la lutte elle-même te conduira à la victoire. »

ché les entrailles, exprimé le sang des veines. La grâce l'avait transformée en créature céleste; les mérites qu'elle avait déjà acquis étaient immenses. Et moi, pleinement conscient de tout, et malgré ma paternelle affection pour une telle enfant, sans l'autoriser directement à partir, je priai volontiers le céleste Époux de la prendre avec lui. Je fus exaucé, et Gemma, à la fleur de ses plus belles années, s'envolait vers le sein de Dieu, en m'adressant, avec son habituelle candeur, le salut mentionné plus haut, lettre 1 1 5 ». — P. Germain.

i. Cette lettre fut écrite par Gemma peu de jours avant sa mort, alors que la violence de ses douleurs commençait à porter atteinte à sa lucidité mentale. On ne peut cependant qu'admirer son énergie et sa grandeur d'àme, qui lui inspirent encore un tel langage. Voir dans la Vie les peines auxquelles fait allusion ce dernier écrit (chap. xxi).

0 ma mère, priez toujours pour moi; je désire que Jésus nous contente tous; mais je puis très bien m'être trompée! Chère mère, je ne vais pas bien du tout, non; ma vie s'éteint, se consume peu à peu. Et mon âme? 0 mon Dieu ! Je suis tourmentée; mais Jésus m'engage à m'adressera sa Mère. ((Ma fille, dit-il, recommande-toi chaque jour à elle . J e l'ai créée belle, gracieuse, aimable, douce afin quelle puisse chercher les âmes, les gagner et les sauver ; je lai créée bienveillante, afiable, pacifique afin quelle ne méprise personne. » Et nonobstant ces paroles, je perds courage et je pleure. Je suis ingrate, très ingrate, non seulement envers Jésus, envers Marie, mais encore envers certains autres, envers mon bon papa, ma bonne tante... Avec quelle bienveillance ils me supportent, ô mon Dieu ! Et vous, que ferez-vous? Me repousserezvous, à la fin? Non, non, Jésus, ne m'abandonnez pas, je me conduirai bien.

Je prie pour cette œuvre1 ; et si Jésus la veut, il la fera. Chère Maman, des victimes, il en faudrait tant! Et puis Jésus agira et fera tout... Quant au démon je n'en ai presque plus peur moi-même, bien que parfois, la nuit, il me trouve seule, en proie à l'épouvante et à mille autres choses. Et comme mes peines et mes douleurs ne se traduisent par aucun signe extérieur je n'en dis rien. D'autres fois je crie, je crie fort et je m'adresse à Jésus en lui promettant de l'aimer. Ma Mère, amour de la part de tous; ma Mère, j'ai beaucoup de promesses à rappeler à Jésus; mais il est caché... Je dirai le « nunc dimittis » à mes derniers instants. Comme elle me veut du bien ma céleste Mère! Elle me dit toujours : « Gemma, ne fais attention qu'à moi, souviens-toi dans quel jardin je t'ai plantée. Que de fois tu m'as offensée, et que de fois je t'ai accordé mes bienfaits! Oh! dis-moi combien de fois je t'ai appelée ! Crois-tu que je te rappelle cela pour ta confusion? Oh! non, c'est uniquement pour t'exciter à m'aimer. Par affection pour toi et par pure bonté je veux que tu m'aimes, parce qu'en m'aimant tu comprendras mieux ce que je suis et ce que tu es. »

Pardonnez-moi ce mot, Maman ; je ne sais comment il me vient spontanément aux lèvres. O ma bonne Maman ! Vive

i. La fondation d'un couvent de Religieuses Passionisles à Lacques. Voir les lettres 52-55.

Jésus, vive Marie! Jésus bientôt et saintement se vengera par son divin amour, de la plus ingrate de ses créatures. Priez pour moi ; dites à Jésus que je serai bonne, obéissante; mais que, s'il y consent, je veux aller vite en paradis. Bénissez-moi, je suis la pauvre Gemma.

P.-S.1 0 Père ! priez Jésus de m'emporter avec lui en paradis; je ne puis rester dans le monde. Je suis dans la maison de ma parente ; mais je me trouve contente et l'esprit en repos.

i. Dans ce post-scriptum, la sainte enfant parlait directement à son Père spirituel. Comme on le voit par le contexte, elle avait bien l'intention de rédiger ces lignes pour lui seul; mais la pensée de Jésus €t de Marie dominait alors tellement son esprit que la plus grande et meilleure partie de la lettre les concerne directement.

Lettres à son confesseur ordinaire,

1. — Elle témoigne le désir de correspondre à l'amour de Jésus.

^7jvs(jr.onseigneur, — Veuillez m'éeouter. Hier soir j'ai vu que 2|jyyt vous étiez trop pressé : je ne vous ai pas entretenu . Mais ce matin j'ai eu la pensée de vous écrire ; car si je n'étais pas sincère et ne vous disais tout, Jésus me gronderait; c'est même ce qu'il m'a le plus recommandé ces derniers jours. Chaque matin, après la communion, un peu plus tôt, un peu plus tard, toujours avant midi, le même fait se renouvelle1. J'emploie tous les moyens pour me distraire ; mais il en est toujours de même. Gomme hier matin je me tenais attentive à ce que voulait Jésus, il mesug-g-érade lui offrir mon âme d'abord; et ensuite, toutes les années qui me restent à vivre. Je lui répondis que, de ces années, je n'en voulais pas la moindre parcelle pour moi, mais uniquement pour lui. Il me demanda si je lui offrais toutes les fatig-ues que l'obéissance et ma condition exigeaient de moi; je le fis volontiers. Il me demanda encore à la fin si je lui offrais du fond du cœur toutes les amertumes, les petites peines qu'il m'enverra pour éprouver ma fidélité et ma résig-nation à sa divine volonté. J'offris tout de bon cœur. Puis, hier au soir, avant d'aller à table, je récitai quelques prières parmi lesquelles cette oraison jaculatoire : « Faites, ô Seigneur, que de ce modeste repas, je passe à la participation de votre cène ineffable. » Je m'arrêtai quelques minutes à cette considération, et je me sentis fortement attirée vers Jésus tandisque mon cœur battait bien fort. Et c'est là ce qui m'arrive chaque fois que je pense à Jésus; particulièrement quand il me semble que ce divin Maître m'invite à le recevoir, et que, selon son

i. L'extase, les palpitations du cœur, les suaves défaillances*

habituelle expression, il vient lui-même se reposer dans mon cœur. Que pensez-vous de ces choses? Elles me paraissent impossibles à moi-même aussi bien qu'à vous. Que Jésus, en effet, veuille venir dans un cœur où se trouve tout ce que vous savez, c'est véritablement incroyable. Je me recommande à vous ; ne me tourmentez pas à ce sujet. Je ne sais que faire : je voudrais être parfaite et tout autre; mais on me prend à partie... parfois même je suis forcée de me fâcher avec Jésus et de dire : « Voyez, mon Sauveur, si vous vous étiez montré moins aimable pour moi et si vous ne m'aviez pas fait connaître votre extrême bienveillance à mon égard, je vous aurais moins aimé. Vous en avez agi différemment, et, moi, je ne puis me passer de vous. » J'ai demandé à Jésus que, si c'est vraiment lui, de le montrer clairement; si c'est le démon, de le chasser, car je n'en veux pas. Je lui ai même déclaré que, si c'est ma tête, je n'en voulais pas non plus et que je la couperais plutôt.

Bénissez-moi ; je me recommande à vous afin que vous m'aidiez à sauver mon âme, car je suis prête atout pour son salut. La pauvre Gemma.

2. — Elle est rassurée par Jésus dans ses incertitudes et ses doutes.

Monseigneur, — Hier encore il n'y eut rien ; il m'arriva néanmoins une chose assez curieuse. M'étant mise à prier comme à l'ordinaire, Jésus me disait : « Gemma tu ne les veux pas aujourd'hui mes plaies ? Non, répondais-je, mon confesseur ne le veut pas. — Et pourquoi ne le veut-il pas ? — Oh ! pourriez-vous l'ignorer, vous? Il a peur que vous soyez le démon; ce serait alors une très mauvaise affaire. — Et Jésus : Je le ferai voir qui je suis, ne craignez rien. — Moi aussi j'ai bien peur. — Qu as-tu donc à redouter encore ? me disait-il : Je t'ai fait connaître plusieurs jois qui je suis. Que crois-tu ? Tes doutes me déplaisent beaucoup. — Mais, répliquai-je, je doute parce que les autres doutent. Par charité donc, si vous êtes vraiment Jésus faites-vous connaître tout à fait. M'en croyez-vous? Nous ne pouvons ainsi aller de l'avant, ni moi, ni mon confesseur, ni ceux qui sont au courant de ces faits.

Je crains beaucoup, ô Jésus, parce que j'ai peur d'être trompée par le démon, et aussi de tromper les autres, et alors...?» Tandis que je parlais Jésus me regardait et voulait aussi que je regarde ses plaies qui versaient du sang- en abondance. « Viens, approche- toi, disait-il, considère ces blessures, touche-les. Non, sois-en bien sûre; non, je ne te trompe pas. » Je pleurais, mais je ne m'approchai pas; et lui répétait toujours : « Non, je ne te trompe pas, ne crains pas. Dis à ton confesseur de faire ce qu'il veut; je suis prêt dès maintenant à lui faire connaître si clairement les choses que le doute ne sera plus possible. » Puis il cessa de parler. De le voir en cet état je souffrais beaucoup, et il me semblait éprouver quelques sensations aux mains et aux pieds. Mais à peine m'en étais-je aperçue que je me levai, m'échappai bien vite et laissai là Jésus. J'obéis de la sorte et fus contente. Plus tard je voulus aller voir si Jésus se trouvait toujours où je l'avais quitté; mais il n'y était plus. Ce matin, après la sainte communion, je l'ai encore senti; il était satisfait et m'a dit d'être bonne, obéissante, que tout irait bien. Puis je ne comprenais pas ce qu'il voulait me dire par ces paroles : « Dis, Gemma, hier tu n'es pas venue devant le Saint Sacrement pour... » et je gardais le silence. « Pourquoi faire ? — La visite d'humilité conseillée par le Père. » Je m'en souvins alors aussitôt. Jésus m'a dit de ne jamais l'omettre, et de m'en acquitter comme l'Ange me l'enseignera.

C'était bien Jésus; car après j'étais contente, très contente1. Je traçais sur moi le signe de la croix, et il ne s'en allait pas quand même. Il ajouta qu'il allait me donner un signe certain pour reconnaître désormais si ce serait lui ou le démon. « Lorsqu'une apparition sera devant toi, me dit-il, prononce aussitôt ces paroles à haute voix : Bénis soient Jésus et Marie! Si elle te répond, c'est une preuve qu'elle vient de moi; si elle ne répond pas, lève-toi et détourne-toi, car c'est le tentateur. Obéis aveuglément, et ne crains pas. Sois attentive, mafille^ vis en paix, et je serai toujours avec loi. »

Bénissez-moi : je suis la pauvre Gemma.

i. Ce contentement est, en effet, d'après la théologie mystique, l'un «les î-iiruos i;" ont discerner les apparitions célestes îles opérations .iiaixMoues.

3. — Jésus lui montre sa croix et lui enseigne comment on aime. L'échelle du paradis.

Monseigneur, — Durant l'heure de garde il m'a semblé voir Jésus avec sa croix sur les épaules, et me disant : « Gemma, la veux-tu ma croix? Vois, c'est le présent que je t 'ai préparé. » J'ai répondu : « Mon Jésus, donnez-la-moi, oui, mais donnez-moi aussi la force, car mes épaules sont faibles. Mon Jésus, qu'au moins je ne succombe pas sous son poids. » Il me l'a promis et m'a demandé si je la voulais pour toujours ou seulement pour le vendredi, comme à l'ordinaire. Je lui ai répondu qu'il en agit lui-même à son gré. « Injormes-en ton confesseur, dit-il alors; s'il y consent je te l'accorderai pour toujours. » Je déclarai ensuite à Jésus que je voulais l'aimer beaucoup, mais que mon cœur est petit et que je ne sais comment faire. Il s'est aussi montré à moi couvert de plaies en disant : « Ma fille, regarde-moi et apprends comment on aime. Ne sais-tu pas c/ue l'amour m'a donné la mort? Vois ces blessures, ce sang, ces meurtrissures, cette croix, tout cela est une œuvre d'amour. Considère-moi, ma fille, et apprends comment on aime. » Je lui ai dit : « Mais, mon Jésus, si je souffre c'est un signe que je vous aime. » Il m'a répondu qu'il ne peut donner à une âme de signe plus évident de son amour que de la faire souffrir et de la faire marcher dans la voie du Calvaire. « La croix, a-t-il ajouté, est l'échelle du paradis et le partage de tous les élus en celte vie. Te déplairait-il c/ue je t'offrisse de boire mon calice jusqu'à la dernière goutte? Mais ce n'est pas encore l'heure. » Jésus a parlé (de la sorte), et j'ai répondu : « 0 Jésus! que votre très sainte volonté soit faite ».

Approuvez-vous que je lui demande de me faire endurer chaque nuit l'agonie? Si vous le voulez, je le veux bien, et Jésus aussi; si vous n'êtes pas de cet avis, moi non plus. Je vous demande votre sainte bénédiction, et priez Jésus pour la pauvre Gemma.

4. — Ne se sentant pas disposée à souffrir, le Sauveur l'encourage en lui disant qu'il ne lui fera boire que goutte à goutte le calice de sa Passion. L'Ange gardien lui explique pourquoi elle est vivement affectée par ses tribulations.

Monseigneur, — Parfois, quand je dois me mettre à prier (spécialement le vendredi) il me semble n'en éprouver aucun désir. Jésus me dit : « Ma fille, embrasse la croix, et sois sûre qu'en te rassasiant de souffrances tu satisfais aussi mon cœur. Souviens-toi que plus la croix est anière pour ton cœur plus elle est conforme à la mienne. Vois, dit-il encore, j'ai compassion de ta faiblesse, je t'abreuve goutte à goutte au calice de ma Passion, et chacune de mes visites ne t'apporte qu'une part légère de soujfrance . »

Est-ce que je fais mal de n'en avoir aucun désir quand Jésus m'appelle? Encore en ce moment-ci, jeudi soir, je me sens toute drôle, et ne voudrais pas souffrir cette nuit. Mais, le croiriezvous?mon Ange gardien m'engage à rester en paix« parce que, dit-il, le poids de la souffrance est déterminé par la main divine et proportionné à ce que Jésus veut en faire ressentir. Le Sauveur en règle ainsi toutes les circonstances et dispose ton cœur pour la recevoir ». Et puis ce n'est pas à la douleur de se conformer à nous, c'est à nous de nous conformer à la douleur.

Je vous demande votre sainte bénédiction ; priez beaucoup pour la pauvre Gemma qui en a grand besoin.

5. — L'Ange lui présente deux couronnes : l'une de lis, l'autre d'épines; Gemma choisit celle-ci et ressent toutes les douleurs de la Passion.

Monseigneur, — Il y avait longtemps que je priais Jésus Ac m'enlever toute manifestation extérieure; mais voilà que, au contraire, il en ajoute une autre : il m'a fait ressentir quelques petits coups de sa flagellation. Aux douleurs des mains, îles pieds, de la tête et du cœur il ajoute celle de ces meurtrissures. Qu'il soit toujours remercié!

Enfin, vers les cinq heures, je fus si péniblement affecté! par le souvenir de mes grands péchés que j'en étais comme, hors de moi ; maisà cettcépouvanle succéda bientôt la couliaiue.

et je me calmai aussitôt. Je n'éprouvais encore aucune douleur; après une heure environ, il me sembla voir mon Ange gardien tenant deux couronnes en ses mains, l'une d'épines tressée en forme de coiffure, et l'autre de lis très blancs. A première vue, cet Ange me causa comme toujours un peu de frayeur; mais ensuite ce fut de l'allégresse. Nous adorâmes ensemble la majesté de Dieu, et nous nous écriâmes fort, très fort : « Vive ' Jésus! » Puis me montrant les deux couronnes, il me demanda celle que je désirais. Je ne voulais pas répondre parce que Le Père me l'avait défendu; mais il insista en m'assurant que c'était lui-même qui l'envoyait. Et pour m'en donner la preuve, il me bénit et m'offrit au Père éternel en me disant de m'oublier moi-même en cette nuit et de songer aux pécheurs. Ces paroles me persuadèrent, et je répondis à l'Ange que je choisirais celle de Jésus. Il me montra la couronne d'épines, et me la présenta; je la baisai plusieurs fois, et l'Ange disparut après l'avoir posée sur ma tête.

Je commençai alors à souffrir aux mains, aux pieds et à la tête; plus tard, par tout le corps; et je sentais des coups violents. Je passai ainsi la nuit; le matin je fis effort pour me lever afin qu'on ne connût pas toute la gravité de mon état. Je ressentis ces coups et ces douleurs jusque vers deux heures. L'Ange revint alors (à vrai dire je n'en pouvais plus); il me soulagea entièrement en me disant que Jésus avait eu compassion de moi parce que je suis bien petite et incapable de souffrir jusqu'à l'heure de la mort du Sauveur (la troisième heure).

Ensuite je fus bien : tous mes os néanmoins étaient endoloris et à peine pouvais-je me tenir debout. Mais quelque chose m'affligeait, c'était de voir que les marques n'avaient pas disparu. Le matin, quand je fis la communion, je priai instamment Jésus de les ôter, et il me promit qu'il le ferait le jour de sa Passion. — La pauvre Gemma.

6. — Ineffablement unie à Jésus, elle s'offre à lui en victime pour les péchés du nionde entier.

Monseigneur, — Ignorez-vous que depuis un an Jésus attend mon sacrifice pour soulager un peu son cœur? Je vous l'ai dit l'autre soir. Je suis la victime. Jésus est et doit être mon sacrificateur. Ne vous semble-t-il pas qu'il ne peut plus

attendre? Pour moi, temporiser me paraît impossible. Si vous saviez combien grandes ont été à la fois ma joie et ma douleur depuis vendredi jusqu'à cette heure! J'étais sous l'impression de certaines étreintes (je m'exprime de la sorte ne sachant comment dire), mais très fortes. J'avais l'impression que mon âme quittait mon corps, et il me semble encore tout à fait surprenant que, les ayant éprouvées par trois ou quatre fois, mon cœur n'ait pas changé de place ou brisé ses liens. Après que tout cela était arrivé, je me sentais comme lentement consumée : parmi ces étreintes, c'était la souffrance; et dans cette consomption, le contentement. Si Jésus veut réellement le sacrifice de ma vie, je le lui fais immédiatement; s'il en veut d'autres, je suis prête : il me suffit d'être sa victime, et sans retard, pour expier mes innombrables péchés ainsi que ceux du monde entier (si je puis y réussir).

Cette nuit je disais à Jésus que je n'en pouvais vraiment plus, et lui me répondait : « Ma fille, moi aussi je n'en puis plus à cause de tous les mauvais traitements qu'on m'inflige. Tant d'horribles péchés se commettent en ce moment que je ne puis plus résister. Toi, par tes souffrances , arrête le châtiment que mon Père a préparé pour tant de pauvres pécheurs. Ne le fais-tu pas volontiers ? » J'ai répondu que si, mais que j'avais peur de n'y pouvoir tenir. Jésus m'a dit : « Ne crains pas, je te ferai souffrir, mais je te donnerai aussi la force. 0 ma file! tu ne t'en aperçois pas, mais je t'aide plus maintenant qu'au début. Oh! combien tu m'es plus chère ainsi qu'au milieu des consolations! y> Lorsque Jésus eut parlé de la sorte, je me sentis un grand désir de souffrir beaucoup, beaucoup plus encore; mais ce ne fut là qu'une pensée et je n'en soufflai mot : « Regarde, reprit alors Jésus, de quelle manière me traitent aujourd'hui les personnes du monde. Je suis fortement indigné contre ceux qui m'offensent. » Je le priai de prendre patience et de décharger sur moi sa colère en me faisant souffrir beaucoup plus, parce qu'il me semblait en avoir la force.

Je vous prie de m'envoyer votre bénédiction et de recommander à Jésus la pauvre Gemma.

7. — Jésus parle de nouveau de la voie de la Croix. Elle lui demande la grâce de l'aimer toujours davantage, et il lui présente son calice.

Monseigneur. — Hier soir, Jésus m'a dit de vous rapporter ceci : « Tu dois lui déclarer que je V enverrai beaucoup de croix. » 11 m'assura qu'au lieu de l'amour je recueillerai la haine et le mépris, et que, pour comble, il m'abandonnerait lui-même ; que néanmoins quand il m'aura mise en cet état, je ne devrai pas songer à en voir la fin, mais me préparer à d'autres croix et à les porter courageusement. Jésus m'a dit ensuite : « Sais-tu, ma fille, pourquoi je suis heureux d'envoyer des croix aux âmes qui me sont chères? Je désire posséder leur cœur, mais entièrement. Dans ce but, je les entoure de croix. Je les enveloppe de tribulations et les empêche ainsi d'échapper de mes mains. Dans ce but, je sème leur route d'épines, afin que, ne s' attachant à personne, ils trouvent en moi seul tout leur contentement. Ma fille, me disait Jésus, si tu ne sentais pas la croix, on ne pourrait pas l'appeler une croix. Sois sûre aussi que, sous la croix, tu ne saurais te perdre. Le démon n'a aucune puissance contre les âmes qui, pour mon amour, gémissent sous la croix. 0 ma fille, combien qui m'auraient abandonné si je ne les avais crucifiés/ La croix est un don extrêmement précieux, et c'est l'école de bien des vertus. »

Je priai ensuite Jésus de ne pas m'accorder d'autre grâce que celle de l'aimer beaucoup, beaucoup, et il me dit : « 0 âme chérie de mon cœur! si tu veux avoir pour moi un réel amour, voici mon calice. Peux-tu le boire jusqu'à la dernière goutte? A ce calice j'ai trempé mes lèvres, et je veux que tu y boives toi-même. » Je lui répondis qu'il fît de moi ce qu'il voudrait. Il me dit ensuite : « Cette croix que je t'ai envoyée ne t'agrée pas beaucoup, et même elle te déplaît; mais plus elle te contrarie, plus elle est semblable à la mienne. Ne te semblerait-il pas abominable de voir un père dans les tourments et sa fille dans les délices? »

« Quand je serai pour toi un époux de sang, ajoutait-il, je viendrai vers toi, mais il faut que tu sois crucifiée.

Montre V amour que tu as pour moi, comme fai montré celui que fai pour toi. Et sais-tu comment'} En endurant des peines et des croix sans nombre. Tu dois par conséquent tenir à honneur que je te conduise par des chemins âpres et douloureux. Je permets que le démon te tourmente, que le monde C ennuie, que les personnes les plus chères te causent de l 'afjliclion, et que, par ce martyre obscur et quotidien, ton âme soit éprouvée et purifiée. Et toi, ma fille, ne songe alors quà l'exercer aux plus hautes vertus, car c'est le moment. Marche à grands pas dans la voie du vouloir divin, humilie-loi et reste persuadée que si je te mets sur la croix, je t'aime. »

Je vous demande votre bénédiction. — Gemma.

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