‹ Lettres et extases de Gemma GalganiChapitre 29 sur 59 · Elle est tourmentée et frappée par le démon · texte numérisé non relu

Elle est tourmentée et frappée par le démon

Monseigneur, — Il faut maintenant que je vous dise ce qui m'arriva hier dans la nuit. Je ne me mis pas du tout au lit, car je pris peur en entendant le démon blasphémer; et je croyais qu'il viendrait dans ma chambre. Il me fut impossible de dormir et de prier. Le soir, je ne fis pas la méditation ni ne priai pas non plus de onze heures à minuit. Je n'allai pointau lit. Le matin, je me levai pour me rendre à l'église ; il me semblait néanmoins que je ne pouvais pas faire la sainte communion. Je sortis sans l'avoir reçue. Mais quand je fus dehors le démon commença à jeter de grands éclats de rire. Je compris ce que cela voulait dire ; je rentrai dans l'église et communiai. Jésus m'assura que si je ne m'étais pas surmontée ce matin, jamais plus je n'aurais pu me vaincre. Il médit encore de me faire violence pour en finir avec cette petite iempête, qui ne durerait plus beaucoup.

Hier soir, de nouveau, le démon tâcha d'empêcher ma méditation ; mais je réussis à la faire.

Le diable m'a encore frappée (je dis le diable, mais je ne sais pas qui c'est). Voici : hier matin, la tant»1 nie commanda d'aller puiser un seau d'eau; j'y allai et an remplis les brocs. Pour les rapporter je devais passer devant une image du Cœur de Jésus. A la vue de ce divin Coeur, je sentis

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le mien battre violemment trois ou quatre fois. Je saluai le Sauveur par ces mots : « 0 mon Jésus, hâtez-vous, accordezmoi la grâce de m'unir toujours davantage à vous; faitesmoi vite vous appartenir, de telle sorte que nous ne puissions plus nous séparer. » Après avoir prononcé ees paroles, je ressentis une si forte bastonnade sur l'épaule gauche que je tombai à terre, sans rien casser. Je ne pus m'expliquer cet incident, mais je sentis qu'on m'avait fait grand mal.

Aujourd'hui j'ai prié un peu; mais, à la fin, le diable est venu, et, à vrai dire, j'ai passablement souffert. Il n'était pas seul; ils étaient deux. J'étais épouvantée; j'avais le Nom de Jésus présenta l'esprit, mais je ne pouvais le proférer de bouche. La divine Mère m'avait dit, dès le début : « Voici l'assaut; il durera jusqu'à ce que tu puisses avoir en main l'image du Conjrère Gabriel. »

Et il en a été ainsi.

Bénissez-moi et priez pour la pauvre Gemma.

9— De nouveau tourmentée et battue par le démon, elle en demeure victorieuse et se voit ensuite réconfortée par Jésus.

Monseigneur, — Il y avait déjà quelques jours que le démon me laissait un peu tranquille; mais par contre, maintenant, il y a deux jours qu'il me tourmente extrêmement. Mercredi soir, sur le tard, je commençai par éprouver une grande tristesse ; je compris qu'il était là. Il se mit d'abord à me suggérer de ne pas prier, parce que je n'en avais pas besoin. Il me disait que si vous voulez me faire entrer au couvent il ne faudra pasy aller, sinon, que le premier soir il me mettra en pièces avec des tenailles; puis, il me fit encore éprouver la bastonnade. Finalement, grâce à l'eau bénite, et plus encore à saint Paul de la Croix, il me laissa. Je me mis à prier un peu. Quand je fus au milieu de ma méditation, il se présenta de nouveau, et je lui dis : « Va-t-en, vilaine bête. Ne vois-tu pas qu'au lieu de me porter tort, tu me fais mériter ? » Il s'enfuit au loin, très loin ; je continuai ma prière, et tout finit bien.

Hier, je croyais qu'il m'aurait laissée en paix, puisque

«c'était pour moi la grande et belle soirée. Il vint et me tourmenta de neuf à dix heures, m'engageant à aller me reposer au lieu de prier. Puis, vers neuf heures et demie, il me laissa un peu, parce que je criai avec force : « Vive la croix, vivent les peines! » A peine avais-je dit cela, qu'il s'en alla. Je pris le crucifix entre mes mains et me recueillis un peu. Jésus arriva pour m'offrir sa croix ; je la pris, et, à ce même instant, il me donna les stigmates aux mains et aux pieds avec de vives douleurs. Je voulus alors me lever et me mettre à genoux pour faire l'Heure-Sainte ; mais voilà que, de nouveau, cette mauvaise bête de démon était là, sous la forme d'un jeune homme, et médisait à l'oreille : « Que fais-tu ? Tu es vraiment stupide de te mettre à prier un malfaiteur qui prétend se venger sur loi. Vois ce quil te fait; il te cloue sur la croix comme lui : vois le mal qui! te fait. Foule-le aux pieds, crache-lui à la face, dis-lui qu'il te laisse tranquille et que moi je te guiderai. » Alors, en signe de mépris pour le tentateur, je baisai Jésus et dis intérieurement : « 0 Jésus, je vous remercie au contraire de tant de grâces, et je veux vous aimer beaucoup. » Et lui (le diable) de me répéter toujours à l'oreille : a Mais comment peux-tu prendre en affection un malfaiteur, condamné à mort, et que tu ne connais pas ? Regarde-moi, je suis un beau jeune homme, plein de bonté, qui ne fais jamais du mal à personne ; moi, je ne crucifie personne. Celui-là, regarda, il fait toujours souffrir; moi, au contraire, je fais toujours plaisir. Obéis-moi, et alors je te délivrerai de toutes tes douleurs aux pieds et aux mains. Si tu m'en crois, je te procurerai de continuel/es délices, et t'emporterai avec moi. » Après m'avoir dit toutes ces choses, il me laissa et je me remis à faire l'Heure-Sainte. Elle me réussit bien : j'étais à peine à genoux que Jésus arriva subitement, et je m'entretins un peu avec lui. Je lui demandai où il s'en était allé. Il me répondit : « J'étais à côté de toi. — 0 mon Jésus, lui dis-je, j'ai bien souffert avec cette bête infernale; et puis, je suis chargée de péchés, je vous aurai offensé... » Et lui de me dire : « Ma fille, tu ne m'as offensé en rien, en rien, parce que tu n'y as jamais consenti. »

Je me suis entretenue avec Jésus tout le reste de la nuit ; j'ai souffert avec lui, et j'ai été heureuse. O Monseigneur! Que

l'aspect de Jésus est ravissant! Que celui du démon est, au ■contraire, horrible et repoussant !

Bénissez-moi et chassez-le-moi vite (le démon). Priez Jésus pour la pauvre Gemma.

10. — Nouveaux assauts du malin esprit qui l'excite au désespoir. Jésus la réconforte et tout en la délivrant des souffrances corporelles lui annonce d'autres peines intérieures.

Monseigneur, — Hier, comme à l'ordinaire, je passai une mauvaise nuit. Le démon se présenta devant moi sous la forme d'un homme gros et grand, et me frappa sans discontinuer. & Tu crois peut-être, me disait-il, que Jésus te veut du bien? Au contraire, il t'a délaissée. Tu n as plus à espérer qu'il puisse te sauver : tu es entre mes mains. » Je répondis que Dieu est miséricordieux et que je ne craignais rien. Lui, alors furieux, dit en me donnant un grand coup sur la tête : « Maudite sois-tu ! » et il disparut.

Hier soir, j'étais tellement fatiguée que je finis par demander à Jésus un peu de repos. J'allai donc dans ma chambre; j'y trouvai le monstre habituel qui commença à me frapper avec une corde remplie de nœuds, et à me faire violemment donner de la tête contre terre.

Jésus étant survenu : « Ma fdle, me demanda-t-il, que veux-tu faire? — Uniquement votre sainte volonté, répondis-je. — Alors, ajouta-t-il, je veux te délivrer et, en mémoire des cinq jours que tu as souffert, souviens-toi de mes plaies. » Je le priai que s'il voulait me faire endurer encore un peu ces tourments, je les supporterais et les offrirais tous pour les âmes du purgatoire. Il me répondit qu'il me délivrait ; que quant aux souffrances il m'en accorderait tant et plus, mais que toutes seraient intérieures.

Le Confrère Gabriel vint ensuite; il parut me mettre sa main sur la tête et m'engager à répéter, par trois fois : Ab insidiis diaboli libéra nos Domine. Je le fis, et je crus voir qu'il me bénissait. Puis il s'en alla.

Je vous demande votre sainte bénédiction ; priez Jésus pour la pauvre Gemma.

11. — Autres embûches du malin esprit dont Gemma demeure vie torieuse en se serrant le corps avec une corde hérissée de clous. Jésus la console en disant que durant la tentation il était dans son cœur.

Monseigneur, — Hier, j'allai aux Quarante-Heures avec ma tante; elle me laissa ensuite revenir seule. Je sortis de l'église et un homme alors m'accosta. J'entendais qu'il parlait, mais je ne compris pas ce qu'il disait. Il se mit à me suivre ; j'eus peur et pressai le pas. J'entrai en plusieurs églises, et lui était toujours devant ou après moi. Je marchais sans savoir où j'allais et je me trouvai dans l'église de la Trinité. Commeje pleurais, la personne chargée de l'église le remarqua et me conduisit dans une chambre. Les religieuses m'aperçurent et m'interpellèrent. J'étais toute épouvantée ; je n'en pouvais plus parler.

Hier, j'éprouvai une violente tentation ; la lutte dura bien une heure environ, mais avec le secours divin je triomphai. J'appellai le confrère Gabriel, qui vint aussitôt et me dit : « Si la tentation jette le trouble dans ton cœur et que ton âme soit sur le point de céder à l'ennemi, aie recours à moi et tu n'auras aucune chute à redouter. » A peine était-il reparti que ce méchant démon arriva seul. Il voulait que je l'imite; moi, jamais... Il m'a frappée très fort, mais je suis demeurée victorieuse, grâce à Jésus.

Puis, dans la nuit, je me sentis encore sous le coup d'une forte tentation. Je sortis de ma chambre, j'allai dans un endroit où personne ne pouvait ni me voir ni m' entendre; je pris la corde que je porte chaque jour jusqu'à midi; je la remplis de clous et je m'en serrai si vigoureusement que plusieurs pointes pénétrèrent. Mais la douleur fut telle que je ne pus y résister et que je tombai à terre sans pouvoir m'en retourner. Longtemps après, il me sembla voir Jésus. Oh ! comme à ce moment il me parut heureux. 11 me releva et me témoigna un amour extrême. J'aurais voulu lui dire alors bien des choses, mais je n'eus pas môme le courage «le le regarder. Finalement, je lui fis cette question : « Mon Jésus, où étiezvous quand je me trouvais en cet état? — Ma Jitit, répondii-il, j "étais avec toi, et très près* — Où donc? demandai-je.

— Dans ton cœur. — 0 mon Jésus ! si vous aviez été avec moi je n'aurais pas eu de telles tentations : qui saura jamais, mon Dieu, combien je vous ai offensé? — Mais est-ce que tu Cy complaisais ? — Au contraire, j'en éprouvais une vive douleur.

— Alors, majîlle, console-toi, lu ne m'as aucunement offensé. » Et il ajouta : « Si je t'envoyais des tentations encore plus fortes, que jerais-tu ? — Pourvu, ô Jésus ! que je ne vous offense jamais, envoyez-moi, d'ailleurs, ce qui vous plaira. Voyez, Jésus, ajoutai-je, c'est mon corps qui résiste, mais je saurai bien le réduire au silence. Très souvent, il gémit et ne voudrait pas m'écouter, mais je le surveille. Hier soir, il paraissait vouloir se révolter quand j'étais sur le point de prendre la discipline, mais ensuite je le calmai en lui donnant quelques bons coups. »

De plus, je crois que le démon est revenu rôder un peu autour de moi ; car, pour m'adonner à la prière, oh ! quelle contrainte il faut que je m'impose! Ne pouvoir prier d'aucune manière, c'est pour moi un vrai tourment. Pour réciter les sept Ave Maria que vous me donnâtes hier pour pénitence il m'a fallu toute la nuit : je les aurai bien recommencés une centaine de fois. Ce coquin (le démon) ne voulait pas. J'ai souffert un peu, mais j'ai fini par les dire. Il y avait quatre jours que je ne pouvais réussir à prier ou à méditer : j'étais presque découi'agée. Hier, je me recommandai de cœur à ma céleste Mère, et elle m'obtint de Jésus presque une heure de prière convenable.

Bénissez-moi et priez Jésus pour la pauvre Gemma.

12. — Jésus Enfant lui apparaît et lui donne des maximes d'une céleste sagesse pour supporter joyeusement la souffrance.

Monseigneur, — Aujourd'hui, pendant l'heure de garde, j'étais réellement éveillée; il m'a semblé que Jésus était venu. Dès que je l'ai vu je lui ai dit : « Maintenant vous allez sûrement m'accorder la grâce que je désire; vous ferez connaître la vérité à mon confesseur. » Et Jésus de répondre : « Ma fille, la vérité, celui qui devait la connaître Va connue. Pour toi, sois heureuse que je te conduise selon ce qui m agrée davantage et par des voies âpres, douloureuses. Il te semble

que la terre se dérobe sous tes pieds, et le ciel à ta vue; ma/V que ta foi, ton amour et ton espérance ne se dérobent jamais. Ne songe qu'à gagner des mérites par la pratique des vertus; méprise les dires du monde et, en dépit de tes ennemis, marche dans le chemin tracé par ma volonté. Tiens-toi étroitement unie à moi, humilie-toi en ma présence, aie recours sans cesse à mon infinie bonté, et sache tirer parti de ce que le démon emploie pour ta perte. Ma fille, me disait encore Jésus, si ton amour est sincère, aimemoi aussi parmi les ténèbres. Le Seigneur prend plaisir à jouer familièrement avec les âmes qui lui sont le plus chères; ce sont des jeux d'amour : tantôt il les console, les met en vénération auprès des hommes; tantôt il permet qu elles deviennent la risée du monde. Tantôt il leur fait courageusement braver tout V enfer, tantôt il les laisse s'épouvanter pour un rien. Celui qui croit souffrir a peu de lumière ; celui-là est éclairé qui souffre et ne le croit pas. Celui qui se met sous terre demeure dans le ciel et vit sur la croix. Celui qui cherche la première place ici-bas a la dernière devant Dieu; celui qui connaît la croix, la demande; celui qui ne la connaît pas, la fuit. »

Et il me demandait si je le connaissais, si je l'aimais. Moi, je l'embrassais bien fort, lui protestais de mon grand amour et ajoutais : « Je fais tout cela, si vous êtes Jésus; sinon, allez-vous-en. » Il me répondit qu'il était Jésus, réellement, le petit Jésus. Je l'ai prié de ne pas me faire accomplir des choses au-dessus de mes forces, parce que je ne suis bonne à rien et qu'ensuite je ne sais comment correspondre à tant de libéralité de sa part. Je lui ai dit de chercher quelqu'un de plus apte que moi. Il m'a répondu : « Tu fais ce que tu peux. Je veux précisément me servir de toi parce que tu es la plus pauvre et la plus pécheresse de toutes mes créatures. Tu mériterais seulement que je t'envoie en enfer; mais je veux, au contraire, que tu sois une victime, que tu soufres continuellement pour apaiser mon Père indigné contre /es pécheurs, et que pour tous tu t'offres à lui en sacrifice. — Mon Jésus, ai-je répondu, faites ce qui vous plaît, je serai satisfaite. »

Il m'a demandé ce que je désirais le plus en ce monde. g Vous aimer beaucoup, beaucoup, ai-je répondu, et entier au COU"

vent. » Il m'a dit encore : « Pour donner une preuve certaine à ton confesseur, Je te laisserai toute seule et Je ne me ferai voir ni sentir Jusqu'à ce quil te manifeste son désir de mon retour. » Me voilà seule depuis hier : êtes-vous content que Jésus revienne? Bénissez-moi et envoyez de nouveau Jésus : sans lui, j'ai peur. — Gemma.

13. — Elle raconte comment le Sauveur lui fit connaître les interprétations malveillantes dont les faits extraordinaires survenus en elle étaient l'objet.

Monseigneur, — Pardonnez-moi si je vous importune encore ce matin. Si vous voyiez combien de personnes ont changé d'attitude à mon égard depuis quelques jours! Il me semble que ma tête me fait clairement apercevoir les pensées qui leur viennent à l'esprit. Puis, hier soir, Jésus me montra un grand nombre de personnes qui avaient porté un jugement défavorable : l'une d'elles pense désormais que je suis somnambule ; d'autres croient que je suis malade; d'autres, que je cause moimême les stigmates des mains et des pieds en m'égratignant. Jésus m'a dit qu'il permettait toutes ces choses et qu'il en permettrait de pires encore. Il m'a néanmoins assurée que par le moyen du Père il persuaderait pleinement mon confesseur. Quant aux autres, il veut qu'ils demeurent ainsi. Bénissez la pauvre Gemma.

14. — Elle explique l'inutilité d'une expérience tentée sur elle par le docteur.

Monseigneur, — Si vous aviez été seul, Jésus vous aurait bien persuadé. Voyez ce qui m'est arrivé dans la journée, quand je me suis mise à faire les trois heures d'agonie. Jésus m'ayant annoncé hier soir que vous deviez venir aujourd'hui, je ne voulais pas me mettre en prière, parce que j'en étais confuse. A la fin, je me suis surmontée. J'ai d'abord souffert à la tête et au côté ; mais, après un certain temps, le Sauveur m'a ainsi parlé : « Ne te souviens-tu pas, ma fille, avoir été autrefois avertie par moi qu'un Jour viendrait où personne plus

ne te croirait ? Eh bien, ce jour est maintenant arrivé. Mais combien tu m'es plus ar/réable ainsi méprisée, qu'au début, où tous te croyaient une sainte! » Jésus m'a dit alors qu'avec vous il y avait encore quelqu'un, mais que ce personnage n'a rien vu1. Il m'a dit aussi que c'était un médecin, ce qui ne lui plaît pas. Il a voulu qu'aujourd'hui je fasse un sacrifice et je l'ai fait volontiers. Quant à ce que j'éprouve, que ce soit donc, comme l'a déclaré ce docteur, un effet de l'hystérie; c'est précisément parce qu'il en est ainsi que Jésus a plus de bienveillance pour moi. Il m'a néanmoins assuré qu'en comparaison des épreuves par où je dois passer, ceci u'est rien. Plus tard, quand il est revenu, il m'a dit de vous avertir pour que vous agissiez de manière à n'attirer l'attention de personne. Il m'a déclaré sa satisfaction que certains soient au courant, mais il veut que désormais aucun autre ne le sache. Vous finirez par être persuadé de certaines choses. Je sollicite votre sainte bénédiction, et vous prie de recommander à Jésus la pauvre Gemma.

15. — Pour la récompenser de ses souffrances, Jésus lui donne à baiser ses plaies sacrées et la délivre momentanément de ses peines.

Monseigneur, — Hier soir j'ai réussi à prier assez convenablement; je me fis un peu d'effort et tout alla bien. Dès le commencement Jésus arriva et me demanda si j'avais beaucoup souffert. Je lui répondis : « Avec vous, ô Jésus, on souffre volontiers. Qu'est-ce, ô Jésus, que souffrir longtemps, si ensuite vous venez et consolez aussitôt? » Il m'assura que ces jours-ci il s'était constamment tenu près de moi, voyant ma souffrance et me souriant. Il m'invita aussi à baiser ses plaies pour me récompenser de ce que j'avais bien combattu. Mais pour le peu que j'avais souffert je ne méritais pas une si grande récompense. Jésus m'apparut couvert de blessures; il

i. Par sa détermination, injustement fixée d'avance, do n'ajouter aucune foi au surnaturel des stigmates, ce témoin mérita (fa M pas même constater ces mystérieuses blessures qui c« jour-là ne se montrèrent pas.

me fit approcher de lui, et je les baisai toutes. Quand je fus à celle du côté, il me sembla que je n'en pouvais plus... Comme j'étais heureuse !

Survint ensuite le Confrère Gabriel (car j'aime beaucoup ce saint), et il me dit qu'il me délivrerait de toute espèce de tentation. Je le priai (je ne sais pas si je fis bien) de me laisser quelque chose, parce qu'autrement je n'aurais rien à offrir à Jésus quand arrive le soir. Il y a eu certaines journées où le soir je n'avais rien à donner à Jésus, et j'étais mal à l'aise. Mais le Confrère Gabriel me déclara que, de par la volonté de Jésus, il allait au contraire, pour le moment, me délivrer de tout, et que je devais vous informer de l'exacte réalité du fait. Pour ce qui est de souffrir de nouveau, il me donna l'assurance qu'il m'en fournirait aujourd'hui l'occasion. Je compris bien ce qu'il voulait dire. Il me bénit et me laissa extrêmement consolée. Bénissez-moi vous aussi et priez pour la pauvre Gemma.

16. — Elle raconte comment le Sauveur la disposait au pur amour par le moyen des souffrances et de l'abandon.

Monseigneur, — Excusez-moi encore pour cette fois. Veuillez m'écouter. Vendredi je ressentis un de ces coups1 très forts. Ne me grondez pas, car je ferai toujours tout mon possible pour empêcher de pareilles choses. En repensant à la communion faite peu d'instants auparavant, je me sentis défaillir; et, en pensant à Jésus, je formulai la demande que je lui adresse quotidiennement : « 0 mon Dieu, puissé-je vous aimer autant que je le voudrais, souffrir autant que je voudrais, et vous causer ainsi de la joie » (car, chaque fois que je souffre, il éprouve une vive allégresse). Et Jésus se faisant sentir très fort : « 0 ma fille, dit-il, parce que l'amour se témoigne par la douleur, tu souffriras désormais beaucoup dans ton âme et, plus tard, beaucoup dans ton corps. » De ces choses je ne saurais rien dire, car je n'ai pas saisi en quoi elles consisteraient.

Je priai le Sauveur de m'enlever de la tête certaines préoccu-

i. Nom que la séraphique vierge donnait à ses transports d'amour divin.

palions, et hier soir, en effet, il m'endormit l et me promit de tout retirer. Il finit par s'éloigner lui-même ; et, quand je m'éveillai, j'étais seule, absolument seule. Mais Jésus, avant de s'en aller, m'avait consolée en disant : « Ne t'afflige pas si je fais semblant de t 'abandonner. Ne crois pas que ce soit un châtiment; c'est une invention de mon cœur pour te détacher entièrement des créatures et l'unir à moi. Lorsqu'il te semble que je te repousse, c'est alors au contraire que je t'attire à moi avec plus de force. Quand tu me croiras éloigné, c'est alors que je serai le plus près. Prends courage, parce que la paix arrive après lé combat. Ma fille, tu as besoin d'amour et de fidélité. Aie donc maintenant patience si je te laisse seule ; souffre, résigne-toi, console-toi. N'imite pas certaines âmes qui, attachées aux consolations et aux délices spirituelles, aiment peu la croix. Dans l'aridité, elles délaissent peu à peu leurs prières parce qu'elles n'y trouvent plus les douceurs qu'elles y avaient goûtées en d'autres temps. Toi, au contraire, agis de la sorte : unis tes peines aux miennes, regarde comme un grand bienfait l'absence de ce que j'ai retiré et embrasse joyeusement cette croix si tu veux m'être agréable. Voilà, ma fille, le moment de pratiquer de grandes vertus. »

Après avoir parlé, Jésus me chargea de vous rappeler ceci : « Quand il veut élever une âme, il l'humilie d'abord beaucoup. C'est maintenant à toi d'être humiliée, me dit-il; puis viendra l'heure où à leur tour les autres le seront. » Sur ce il partit; et maintenant me voilà seule. Que ferai-je?

Je vous demande votre bénédiction ; priez pour la pauvre Gemma.

i. Expression que son humilité lui fait prendre pour signaler ses ravissements extatiques durant lesquels, privée de l'usage dos sens, elle s'entretenait intimement avec le divin Époux.

17. — Elle sollicite l'autorisation de prier le Seigneur de la faire mourir phtisique.

Monseigneur, — Si vous vouliez m'accorder une permission, comme je serais heureuse ! Une fois déjà vous m'avez dit non ; allez-vous me le dire encore? Contentez-moi. Si je demandais à Jésus de mourir phtisique (non pas maintenant, cela s'entend, mais quand le moment sera venu), seriez-vous content? Quelle consolation pour moi si vous me disiez oui ! Je le désire, mais, de toute manière, je serai contente de faire ce que vous voudrez.

Vous souvenez-vous que ces jours-ci, étant venue me confesser, je vous parlai d'une personne, de ses petits accès de colère contre moi1? Gomme Jésus m'en a largement dédommagée! Il est encore beaucoup plus bienveillant pour moi. J'ai pu m'en apercevoir ce matin, après la sainte communion. En vérité, je croyais n'avoir rien fait pour lui, tandis qu'il en éprouve une satisfaction comme si c'était considérable. Par sa miséricorde les occasions ne me manquent pas, même à présent; tout vient de ma mauvaise volonté et de mon inclination au mal.

Je vous demande votre bénédiction ; et, vous, priez beaucoup, beaucoup pour la pauvre Gemma.

18. — Elle implore la faveur de pouvoir entrer chez les Religieuses Passionistes, ne fut-ce que comme simple converse.

Monseigneur, — Me ferez-vous cette charité : allez-vous me retirer du monde? Je ne puis plus vivre ainsi ; je ne puis pas être avec Jésus autant que je voudrais. Le croyez-vous? Je n'en puis plus réellement. Mettez-moi n'importe où : je travaillerai, je serai la servante des religieuses; mais ôtez-moi du monde. Je ne trouve aucun repos hors du cloître.

Ce matin je voulais vous dire quelque chose ; mais je n'ai pas osé. Hier soir un Père a dit (il revenait de Rome) que les

i. Par humilité elle s'abstient d'ajouter qu'elle avait tout supporté avec une patience inaltérable et en silence.

Religieuses Passionistes ouvrent leur noviciat en octobre. La... (une compagne) m'en a causé ce matin ; elle pense y entrer. Et moi? Père, approuvez-vous que je me présente moimême? Je me rends là-bas, et je demande qu'on me prenne, même comme domestique si on veut. Ne m'acceptât-on qu'en qualité d'esclave, que je serais contente, et à ma place. Vous me l'accordez, n'est-ce pas, cette permission? Croyez-moi, elles me prendront. Une fois chez elles je vais chercher le Père, et si lui approuve elles ne me renverront pas. Vous m'y envoyez, n'est-ce pas? Voyez : le P. Provincial ayant manifesté le désir de trouver une converse pour les Sœurs Passionistes, vous vous êtes souvenu aussitôt d'une autre ; et pourtant j'étais avant celle-là. Vous m'y envoyez, n'est-ce pas? Je saurai tout faire, n'en doutez pas. Approuvez-vous que j'écrive immédiatement ?

Quel acte de charité vous ferez en me délivrant ! N'importe où je me trouve, le croiriez-vous ? je suis pour tous un sujet d'ennui. De toute manière je me recommande à vous. Bénissezmoi et priez beaucoup pour la pauvre Gemma.

19. — Elle parle de son prochain passage à un nouveau degré mystique, et puis, au ciel.

Monseigneur, — Un matin après la sainte communion, il me sembla que Jésus me dît ces paroles : « Déjà ton confesseur a dû s'apercevoir que je veux te faire passer par tous les degrés de la vie mystique. Déjà, la première partie de ta vie est écoulée; maintenant nous sommes à la fin de la douleur amoureuse : surviendra bientôt la douleur douloureuse, et enfin, la nuit très obscure. Ce sera là la seconde et dernière partie de ta vie ; après quoi, ô ma fille, je te conduirai au ciel. » Vive Jésus !

Quand je vous demandais de me mettre au couvent, c'était à cause du grand désir que j'en avais. Jésus me disait : « oui, mais Passioniste ». Et d'autres fois, il m'engageait à vous demander de me cacher. Mais à présent je ne dirai plus rien, parce que ma céleste Mère ne me veut que Passioniste ; sinon, on paradis. Oh ! quel bonheur... en paradis! J'y vais?

Bénissez-moi, je suis la pauvre Gemma.

20. — Elle parle de l'apparition d'une Religieuse Passioniste délivrée du purgatoire.

Monseigneur, — Je transcris ici quelques notes que vous me demandâtes hier soir. Je vous les envoie, mais à condition qu'à peine lues vous les brûliez toutde suite ; sinon. je ne vous envoie plus rien. La chose arriva ainsi. L'an dernier, au mois de décembre, passait ici le Père, qui revenait de Corneto. et parlant d'une certaine (Religieuse Passioniste), il dit qu'elle était bien affligée. Cela, Père, m'affecta assez peu ; mais Mme C... en fut impressionnée, et me pria, si Jésus venait, de lui faire quelques demandes à ce sujet. Je me souviens que je l'oubliais toujours. Un jour enfin, pour la contenter, je m'informai auprès de Jésus. Elle me faisait demander pourquoi (cette religieuse) était si attristée. Il me sembla alors voir Jésus. Je lui posai cette question, et il me répondit ainsi : « ... elle est affligée pour plusieurs motifs. Ayant auprès d'elle une novice converse quelque peu négligente, et peu soucieuse des règles, elle comprend bien que cela finira mal. Un autre motif qui l'affecte encore plus c'est celui-ci : Mère M. -Thérèse est malade, et ne l'a dit qu'à elle seule. Son mal est très grave. Elle(la religieuse affligée) prie continuellement pour que je la lui conserve en ce monde ; mais c'est inutile ; d'ici quelques mois je l'emmènerai avec moi. Elle l'a déjà compris et en soufre beaucoup. » Je rapportai cela à M "e C... qui me le fit écrire ensuite sur une petite feuille de papier, le prit avec elle et le remit au Père quand elle fut à Rome. Puis, en ces derniers temps, Jésus m'a dit en différentes circonstances que Mère M. -Thérèse touchait à sa fin. La dernière fois qu'il me le répéta, c'était le jour de la Fête-Dieu. Mais je n'en faisais aucun cas, et ne m'en préoccupais nullement. Lorsque quelque Père Passioniste passait, Mllie C... demandait comment allait Mère M. -Thérèse, et on lui répondait habituellement : « Elle va bien. » C'était inexact, car la maladie persistait. Ces graves malaises avaient été d'ailleurs provoqués par de continuelles disciplines et pénitences. Tout ce temps se passa ainsi; lorsqu'un vendredi, il me sembla que le Sauveur me disait : « Gemma, Mère

M. -Thérèse de l'Enfant Jésus est en purgatoire ; prie pour elle , parce quelle souffre beaucoup. » En l'entendant parler ainsi, je ne pensais pas qu'il s'agit de celle dont il m'avait si souvent entretenu. Je la connaissais sous le nom de Mère M. -Thérèse et nullement sous celui de l'Enfant Jésus. Bien des fois, Jésus m'exhortait à prier pour elle, et à faire prier les autres. Il ne pouvait rester séparé d'elle. Je faisais le plus que je pouvais ; mon Ange gardien m'apprit à offrir, pour les âmes du purgatoire, surtout pour celle-là, tout ce que j'avais à endurer, jusqu'à la moindre petite chose. Un jeudi même, Jésus me fit souffrir pour elle deux heures de plus, et il me dit ensuite que je l'avais soulagée dans ses tourments. Il n'y avait plus que quelques jours avant l'Assomption de la T. S. Vierge, et j'espérais bien qu'en cette solennité Jésus emmènerait cette âme avec lui. Le matin de la fête, vers les neuf heures, j'étais chez les religieuses, occupée à lire les Gloires de Marie. Il me sembla (si vous saviez un peu combien je souffre d'écrire certaines choses !) il me sembla qu'on me touchait sur l'épaule. Je me tournai, et je vis près de moi une personne vêtue de blanc. Quelle frayeur j'éprouvai! Je me levai pour m'échapper, je voulus crier, je ne pus faire ni l'un ni l'autre. Cette personne me demanda : « Me connaistu? » Je répondis que non, mais toute tremblante de peur. Elle ajouta : « Je suis Mère M.-Thérèse ; je suis venue te remercier du bien que tu m'as fait et de la sollicitude que tu as eue pour que je puisse aller plus vite au ciel. Continue encore quelques jours, et puis je serai éternellement heureuse. » Elle n'en dit pas davantage ; je continuai ma lecture, et elle s'en alla. A partir de ce moment, je redoublai de prières ; j'éprouvai néanmoins quelque déplaisir, parce que je croyais vraiment qu'en ce jour elle serait allée en paradis.

Enfin hier matin, après la sainte communion, Jésus me dit qu'aujourd'hui même, après minuit, elle devait s'envoler au ciel. Il m'a semblé, en effet, que cela s'est parfaitement réalisé. Le Sauveur m'avait promis de m'en donner un signe. II était minuit, et je ne voyais rien encore; la sonnerie retentit, et rien. Vers la demie, il me sembla que Marie venait n'avertir en médisant que l'heure approchait, l'eu de temps après, j'ai vu arriver Mère M .-Thérèse accompagnée de bob Ange gardien. Elle était revêtue de l'habit de Passioniste ; elle m'a

dit que son purgatoire était fini, qu'elle allait au ciel. Croyez bien que j'ai alors souffert beaucoup; je voulais y aller, moi aussi. Mais, hélas ! personne ne m'écoutait. Avant de partir, elle m'a chargée d'avertir (cette) Mère de se tenir en paix. Elle est allée en paradis vers deux heures. Elle était toute souriante et souverainement heureuse ; si vous aviez vu ! Jésus est venu la prendre, suivi de l'Ange gardien. 11 lui a dit alors : « Viens, ô âme qui m'as été si chère. » Et il l'a enlevée. Maintenant, j'ai tout dit. Pour vous, dès que vous aurez lu, brûlez tout et n'y pensez plus.

Il y a encore autre chose. Sachez que le jeudi, quand il me semble voir Jésus, je le prie pour vous, et lui parle en ces termes : « Mon Jésus, pensez à mon confesseur et faites qu'il me dirige de manière à me faire accomplir toutes choses selon votre bon plaisir. » Et Jésus me répond : « Toi, fais-lui tout connaître, obéis en tout ; dis-lui aussi que je veux encore qu'il te cache. » Cette fois, j'ai bien tout dit ; mais je n'en puis plus. Je vous promets de toujours vous obéir, de tout vous dire, le bien comme le mal.

Bénissez-moi et priez beaucoup pour la pauvre Gemma.

Lettres à diverses personnes.

A sa mère adoptive.

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