Elle demande encore des suffrages pour les défunts
Ma bien chère amie, — Je t'écris de nouveau, ou plutôt je réponds à ta dernière lettre. Continue à prier pour Mère Marie- Thérèse. Elle souffre encore, mais elle est sur le point de s'envoler en paradis. Quand elle sera là-haut nous recevrons, j'en suis persuadée, mille fois plus de sa reconnaissance que ce que nous faisons maintenant pour elle. Nous devons aussi nous souvenir de toutes les âmes du purgatoire : il y en a beaucoup, et elles endurent des tourments continuels. A Corneto une autre religieuse est morte, il y a quelque jours; prions aussi pour elle. Crois-moi, tous ceux qui meurent ont besoin de suffrages. Soyons aussi saints qu'on voudra; nous devrons tous néanmoins secouer la poussière de ce monde en purgatoire. Pour moi je me tiendrais pour très satisfaite si je devais y l'ester jusqu'à la fin du monde, pourvu qu'ensuite j'aille au ciel. Mais je crains au contraire que l'enfer ne soit mon partage. Non, non, que Dieu ne le permette pas!
Je me porte très bien, et je suis heureuse de savoir qu'il en est ainsi de vous tous. Salue de ma part Joséphine et Euphémie; veuille bien aussi, je t'en prie, saluer ta mère. Adieu, et ne cesse de prier chaque jour pour la pauvre Gemma .
4. — Elle l'invite à faire l'Heure-Sainte pour correspondre à l'amour de Jésus, et à donner ensemble leur cœur à ce divin Sauveur.
Ma bien chère amie, — J'ai reçu ta lettre il y a peu de jours, et tu ne peux t'imaginer la consolation qu'elle m'a donnée. Je ne croyais pas le moment venu de t 'écrire de nouveau, mais je suis bien sûre que de ton coté tu ne me laisseras pas sans réponse.
Le jour de l'Assomption je priai beaucoup, beaucoup pour toi. Et ce n'est pas seulement en de telles solennités niais en tout temps que je te promets de ne pas l'oublier. Agis-eu de
même à mon ég-ard, car j'en ai encore plus besoin que toi. Prions Jésus de nous faire la grâce à tous de pouvoir l'aimer comme il nous aime lui-même. A quoi nous servirait d'être tant aimés de Jésus si nous n'étions ensuiteenflammés d'amour pour lui? Je lui dis parfois que, si je ne puis correspondre à sa tendresse, il cesse de me témoig-ner la sienne; de la sorte, je croirais être moins coupable. Mais ensuite je pense en moimême : si Jésus ne m'aimait plus qu'en serait-il de moi? Ne plus aimer Jésus, et Jésus ne plus m'aimer! C'est une chose par trop épouvantable; je prie mon Sauveur de me continuer son amour et de penser à moi, alors même que je ne réussirais pas à le payer de retour.
J'ai compris par ta lettre que jeudi tu as fait l'Heure-Sainte, et j'espère qu'il en est toujours ainsi. Comme on est heureuse, n'est-ce pas? après avoir passé une heure à compatir aux souffrances de Jésus! Pour moi, quand approche le jeudi soir, je me sens toute chang-ée, toute heureuse, et le vendredi m'est toujours une grande fête1. Tu sais tout ce qui m'arrive en cette nuit du jeudi au vendredi; je m'en trouve très bien. Mais ensuite, quand je réfléchis combien Jésus a souffert pour sauver mon âme et comment j'y corresponds, je pleure, je pleure tant et plus. Cependant Jésus est si bon qu'il aura certainement pitié de moi, sinon je tomberais dans le décourag-ement.
Tu me dis que Jésus veut tout ton cœur; tu le comprends de toi-même. Donc donne-le-lui, et donnons-le-lui ensemble. Jésus veut être uniquement aimé : choisissons-le pour l'unique objet de nos affections ; que lui seul soit notre pensée, notre conversation, notre vie. Le matin, durant ces précieux instants qui suivent la sainte communion, donnons à Jésus notre cœur. Qu'il ne nous le rende plus, qu'il le g-arde tout à lui, et pour jamais. Unissons-nous à Jésus; je veux tout faire pour consoler son cœur, parce que jusqu'à cette heure je l'ai beaucoup offensé. Quelque peine qu'il m'en coûte je veux tout sacrifier pour Jésus qui a tant fait pour moi. Prions-le de nous donner les richesses de son pur amour, de ne respirer que par
i . Du jeudi soir au vendredi soir de chaque semaine Gemma participait aux agonies de Jésus crucifié. Sa biographie rappelle en détails ces douleurs mystérieuses et les généreux élans de celle qui soupirait après un tel jour de fêle.
amour, de ne vivre que par amour. Que le règne de cet amour sacré s'étende encore davantage afin que tous aiment Jésus.
Je fus bien contrariée en apprenant que tu étais souffrante; mais j'ai prié Jésus et je suis sûre que cela n'a été et ne sera plus rien. Hier, à Lucques, comme tu l'auras su, il y eut une belle procession : tout se passa très bien. MgrVolpi voulut porter lui-même le Crucifix, et il en éprouva un peu de fatigue. Mais que ne ferions-nous pas tous pour Jésus?
Ne crains rien, personne ne verra jamais aucune de tes lettres, et je ne dirai pas non plus certaines choses que tu comprends. De nouveau je te recommande de prier beaucoup pour moi; je prie de même pour toi afin que Jésus te fasse toujours mieux connaître sa véritable volonté. Reçois une affectueuse poignée de main de ton amie, Gemma Galgani.
A une religieuse.
1. — Heureuse d'apprendre qu'on va fonder à Lucques un monastère de Religieuses Passionlstes, elle demande humblement d'y être admise.
Ma Révérende Mère, — Mon Jésus, je vous remercie! m'écriai-je au reçu de votre première lettre. 11 y avait si longtemps que je l'attendais ! Ce me fut une grande joie d'y voir affirmé de nouveau par vous que Jésus veut un nouveau monastère de Religieuses Passionistes. C'est vrai, Jésus le veut, et Jésus vous donnera bientôt cette consolation. De très nombreuses et saintes âmes prient continuellement pour que Jésus hâte ce moment. Parmi elles se trouve MraeC..., qui n'aura, dit-elle, aucune paix que cela ne soit réalisé ; et Jésus écoute volontiers ses ferventes prières.
Vous me dites, chère Mère, de prier. Mais le Père ne vous a-t-il donc pas dit que je ne sais comment faire une prière? Et, réellement, je ne sais pas. Et puis, quand bien même je saurais, comment Jésus peut-il m'exaucer en voyant que je ne me corrige jamais de mes nombreux péchés, et que iliaque
— iôi —
jour, au contraire, j'en commets de nouveaux? Pauvre cher Jésus, tant offensé par moi ! Mon cœur est si dur qu'il ne sait pas être ému à la pensée de ses manquements envers Jésus. Mais autant que je le sais et le puis, je veux m'en repentir. Dites immédiatement à Jésus qu'il ne refuse pas d'agréer ma douleur.
J'essaierai de prier pour tout ce que vous me recommandez; je prierai même beaucoup. Je l'ai déjà fait ce matin après la communion, à toutes vos intentions. Pauvre cher Jésus ! encore ce matin il s'est abaissé jusqu'à venir se salir les mains avec moi1 : il s'est fait sentir plus qu'à l'ordinaire. Mon Dieu! Jésus l'immensité et moi néant!... Je le retiens encore avec moi, je le presse, je l'embrasse, il est à moi, tout à moi. Je le lui dis, que je ne veux plus commettre de péchés; mais s'il ne soutient ma faiblesse, à la première occasion je me montrerai telle que j'ai toujours été. Je lui ai demandé de l'aimer toujours, toujours; mais... il sait combien je suis portée au mal. Il viendra lui-même, restera avec moi, me fortifiera et sera mon soutien. Vive Jésus !
Ma chère Mère, priez, priez beaucoup, et moi je le ferai pour vous. Vous me parlez encore de2... Je savais aussi ce qui en était. Chaque fois que Jésus reçoit quelque offense d'un prêtre, il pleure et me le dit. Priez beaucoup pour eux, car il y en a quelques-uns qui ne sont pas tels que Jésus les voudrait. Mon Dieu, quelle honte ! Et j'ai encore le courage d'accuser les autres, tandis que je suis la pire de toutes les créatures ? En vérité, je me reconnais à présent pour la plus indigne parmi les plus misérables. Mais je me corrigerai moyennant la grâce de Jésus.
Je voudrais maintenant vous dire quelque chose, mais je crains que le Père ne me gronde. Me prend rez-vous au couvent avec vous? Je me comporterai bien, j'obéirai. Gourons à Jésus, à ce cœur d'amour, à ce cœur rempli de tendresse ! Je vous attends demain matin près de Jésus. Est-ce que vous enverrez votre bénédiction à la pauvre Gemma de Jésus seul?
i. Expression déjà expliquée page 106.