IÔ
2. — A 1 occasion de la Pentecôte, elle lui parle avee enthousiasme de l'Esprit-Saint, de Jésus et du paradis.
Ma Révérende Mère, — Nous voici arrivés enfin au beau jour de l'Esprit-Saint. Dieu veuille que ce feu divin nous consume toutes les deux ensemble ! Que cette pure flamme nous rendrait heureuses! 0 chères ardeurs qui béatifiez les âmes que vous embrasez, venez aussi aujourd'hui dans nos cœurs; rendez-les dignes de vous, et enflammez-nous, brûlez-nous, consumez-nous !... 0 ma chère Mère, si vous avez la bonté de prier chaque jour pour moi, je vous en supplie, redoublez vos instances en cette belle solennité de la Pentecôte; je ferai de même pour vous, selon mon pouvoir.
Que l'Esprit-Saint, vraie lumière de toutes les intelligences, communique à mon Père les vraies clartés, à moi ses divines ardeurs; qu'il consume en mon être toute affection répréhensible et rende mou pauvre cœur semblable au sien. Cette demande, je vous en prie, répétez-la aujourd'hui fréquemment.
Quand pourrai-je dire que je ne sais parler que de Jésus, quand? Oh! je le voudrais, oui, je voudrais que mes yeux n'eussent de regards que pour Jésus ; que mon cœur ne palpitât que pour Jésus, et que Jésus fût seul à régner en moi. Mais, au contraire, que de choses en ce moment me reproche ma conscience ! Et souvent, très souvent, j'ai l'audace de prier Jésus de m'emmener vite en paradis! Qui pourrait dire où je finirai par en arriver si je continue à marcher de la sorte! Mille promesses de me corriger de mes nombreux défauts, de ne plus commettre tant de péchés ; mais toutes ces protestations ne sont que du bout des lèvres, et je n'en viens jamais à la pratique.
Paradis, paradis, oh ! si je pouvais le mériter un peu et y aller sans retard! Je m'ennuie de vivre encore en ce monde, loin du ciel : c'est pour moi une peine si amère de vivre et de rester ici-bas, séparée de Jésus, que je ne puis presque plus y tenir. Quelle est aussi mon inquiétude à la pensée qu'à tout moment je puis perdre Jésus! Je ne saurais l'exprimer ; eeux-là seuls me comprennent qui l'aiment éperdu Dieut. Jésus, lui dis-je souvent quand je sens qu'il est là, Jésus, je n'aspire
<ju'àvous seul ; vous pouvez me donner tout ce que vous voulez ; donnez-moi donc le paradis. Et puis... je rougis de moimême... Le paradis, patrie glorieuse où, en récompense d'un peu d'amour donné à Jésus sur la terre, on sera infiniment aimé de lui! Me sera-t-il donné, à moi aussi, d'aller voir Jésus pour toujours?... J'ai peur; ma vie passée me fait trembler. Je me recommande de nouveau à vos saintes prières.
Je voudrais maintenant répondre à un point de votre lettre. Tout ce que vous me recommandez me tient grandement à cœur, et j'aurais un vif désir de vous satisfaire promptement {si je pouvais), et en tout. Mais ne croyez pas que mes faibles prières y puissent quelque chose; car elles sont toujours demeurées sans aucun fruit. Serait-il possible que Jésus exauce une âme ingrate envers lui? Hier matin, il me fit lui-même ce reproche après la communion : « Ma fille, tu es encore ingrate envers moi. » Et il ajouta un peu après : « Mais tu m'es bien chère. » Et moi, de peur que mon ingratitude ne le fît s'éloigner, je m'attachais à lui, je suppliais, je pleurais. Vive mon bon Jésus! Il me consola en disant : « Ma fille, ouvre-moi largement la porte de ton misérable cœur afin que je puisse y entrer. Ne crains pas; mon amour ne souffrira pas que je me sépare de toi. Ne vois-tu pas que ce matin cet amour pour toi m a fait descendre du ciel et venir là, sur la terre, pour m' unir à toi? »
Ma chère Mère, que répondre à de si tendres et si douces paroles de Jésus?... « Jésus, lui répétais- je, vous ne me quitterez donc plus jamais?... » Quels heureux moments, quelle paix, quel repos n'éprouve-t-on pas alors ! Quel amour, et quel amour pour Jésus! N'est-il pas vrai, ma Mère, qu'en ces précieux instants on se sent consumer par la puissante flamme d'amour apportée par Jésus? Vous êtes heureuse, vous qui pouvez, en ces circonstances, redire à Jésus tant de choses; pour moi, ignorante que je suis, je reste muette et me sens mourir.
Pauvre cher Jésus! il en agit tout à fait comme vous. Il ne rougit pas de se salir les mains dans le misérable fumier que je suis, comme vous ne rougissez pas, vous-même, de me rester unie dans la prière, et de répondre par de belles lettres à mes insipides propos. Vous n'en rougirez pas non plus à l'avenir, . n'est-ce pas? Par vos rapports toujours plus fréquents avec le
Père, vous finirez par mieux me connaître ; et je crains qu'alors vous ne m'écriviez plus. Mais non ; vous continuerez, n'est-ce pas? Si Jésus n'a pas honte, vous n'en aurez pas davantage. Je travaille beaucoup à devenir meilleure, croyez-le; mais je réussis peu, et à grand'peine.
Priez beaucoup, beaucoup; moi, je prierai pour toutes vos affaires successivement, l'une après l'autre. Vous, en retour, après avoir rappelé à Jésus ce qui manque le plus à mon âme, offrez-lui vos supplications pour le nouveau monastère. A la vérité, il y a dans l'air une foule de projets : nous verrons ce qu'il en sera. Tout le monde promet d'agir et d'y penser: mais je ne vois personne qui s'empresse de contenter Jésus et de prendre la chose au sérieux. Jésus, je l'espère, y pensera de lui-même.
Vous plairait-il qu'à nous deux nous fassions échange d'une communion par semaine ? Si vous êtes de cet avis, choisissez le jour, et puis dites-le au Père, ou bien écrivez-moi tout de suite. Comme je serais heureuse que vous m'écriviez de nouveau ! Bénissez-moi du fond du cœur à tout instant. Vous le ferez, n'est-ce pas? Dites à Jésus que j'ai réellement la volonté de devenir meilleure : qu'il vienne à mon aide. Prions ensemble, demeurons toujours ensemble; allons ensemble à Jésus, et que la première de vos pensées soit la pauvre Gemma.
P.-S. — Me prendrez-vous au couvent avec vous? Je me comporterai bien; contentez-moi... Vive Jésus!
3. — Elle désire se trouver parmi les premières communiantes auxquelles elle voudrait dire de nombreuses et belles choses sur Jésus et Marie.
Ma Révérende Mère, — Ilya peu de temps, j'ai reçu votre lettre avec une autre venant du Père. Elle m'a fait grand plaisir. Le crohez-vous? Je suis tellement négligente que je ne me décide jamais à écrire; et, néanmoins, je voudrais beaucoup le faire, je voudrais vous dire bien des choses sur Jésus, je voudrais vous parler de sa bonté si grande qui va jusqu'à m'admettre chaque jour à la fête de l'amour1 et à nourrir
i. La sainte communion était pour Gemma In fête de l'amour.
ainsi de sa chair sacrée une vile créature. Mais suis-je digne de tant d'honneur? Oui, grands mérites que j'ai pour jouir de telle félicité! Je m'y perds, ma chère Mère, je me confonds... Oh ! que trouve-t-il donc en moi, Jésus, pour tant désirer ma présence? Un fruit de péché (comme m'appelle mon confesseur) ne peut de lui-môme attirer Jésus. A Jésus, à Jésus seul toutes nos affections ! A Jésus toute notre reconnaissance! Je me réfugie en lui; sachez-le, ma chère Mère, son affection m'est grandement nécessaire. Et ce bon Jésus, oh ! comme il se montre affectueux pour cet être avili ; il veut que je lui parle en toute confiance. Mon Dieu !...
Aujourd'hui même je commence à recommander à Jésus les enfants qui doivent faire la première communion. Heureuses sont-elles ! Je leur recommande aussi ma pauvre âme. Si j'étais avec elles, que de choses je voudrais leur dire sur Jésus! Je leur dirais qu'il est si bon, si affectueux, si aimable, si gracieux, que lorsqu'il dit une seule parole il fait éclater notre cœur. D'un mot il captive notre amour. Un seul de ses regards remplit notre âme de suavité. Je voudrais leur dire qu'il a une Mère extrêmement bonne, mais aussi un Père très sévère, dont le regard nous fait trembler1. Je voudrais leur dire que Jésus habite un palais dont nous ne pouvons nous imaginer la royale magnificence; je voudrais leur dire que ce Jésus a, pour exécuter ses ordres, une multitude innombrable de serviteurs, et que ce sont les Anges. Je prierai d'ailleurs Jésus pour qu'il vous fasse dire à ces enfants beaucoup de belles choses.
Mrae G... écrit aujourd'hui au Père pour essayer d'activer l'affaire du couvent. J'ai bon espoir. Que Jésus daigne donc me cacher, moi aussi, en quelque endroit. MmeC... n'attend que le moment de me remettre entre vos mains. Elle ne me quittera, dit-elle, que lorsque je serai avec vous. Vive Jésus! Si cela doit arriver, demandez une grande patience à Jésus, parce que avec moi il en faut beaucoup. Je tâcherai, néanmoins, de bien me comporter; et vous, quand je souffrirai, vous ne m'abandonnerez pas, n'est-ce pas? Le Père vous expliquera tout.
i. Gemma ne parle pas avec la rigoureuse précision de l'école, mais selon sa coutume, avec la simplicité enfantine de l'amour.
Dans votre dernière lettre de juin, vous me disiez de prier pour une infirme; je l'ai toujours oublié, et je vais commencer aujourd'hui. Quant à (celui-là1) il me tient grandement à cœur, et je ne l'oublie pas. Si vous voyiez, ma Mère, combien Jésus souffre à cause de l'indifférence des religieux ! Je réserve pour vous la communion du vendredi. Mon bon Ange ne vous l'a-t-il pas déjà dit?
Je m'arrête afin d'expédier immédiatement cette lettre très pressante. Il y en a une aussi pour le Père et pour plusieurs autres personnes. Restons unies devant le T. S. Sacrement, et que Jésus nous bénisse toutes les deux ensemble, n'est-ce pas? — La pauvre Gemma.
4. — Elle se confond de nouveau à la pensée de ses misères et de l'amour que Jésus lui porte ; elle se croit indigne de participer à l'union spirituelle convenue avec sa correspondante.
Ma chère Mère, — Je réponds enfin à vos deux dernières lettres. Ne concluez pas de mon silence que je n'ai aucun désir de vous écrire. Ne croyez pas non plus que je suis une paresseuse comme dit le bon Père. Oh ! non; je suis plutôt inapte à m'exprimer. Voilà la raison; mais mon Jésus m'enseignera.
Vous souvenez- vous du jour où le Père m'envoya son avantdernière lettre? Eh bien, ce jour-là, précisément (je ne me rappelle plus lequel), devant aller à la communion comme à l'ordinaire, il me sembla que Jésus me donnait un grand désir de la faire pour vous ; mais je ne correspondis pas à cette inspiration et je communiai pour un prêtre. Environ une heure après nous reçûmes votre lettre. Vive Jésus! Hier, je recevais l'autre ; comme je suis contente quand vous m'écrivez !
Vos désirs paraissent conformes aux miens. Et pourquoi ? Mais si vous me parlez de la sorte, que devrais-je, moi, penser de moi-même? Que fera donc Jésus? Il voudra qu'un être avili (tel est mon nom) comme Gemma s'unisse à vous qui êtes bien différente devant Dieu. Jésus, Jésus, oui; oui, je parle de Jésus. Bien qu'il soit fatigué de moi, jamais il ne me refuse son amour. Il m'aime, il m'aime beaucoup, beaucoup (d'ailleurs il
i. Le prêtre auquel fait allusion la première lettre.
aime tout le monde). Il m'aime parce que je n'ai plus ni père ni mère; il m'aime parce que je suis une pauvre créature, et puis, enfin, il me veut du bien parce que je suis une petite méchante, car les méchants1 sont mieux accueillis en sa présence que les bons. C'est la pure vérité. Le croyez- vous? Pour moi, je suis contente; Jésus me rend heureuse, me comble de perpétuelles délices, bien que je me récrie en lui disant que je ne veux pas de ses douceurs parce que je ne les ai pas méritées. Je veux son amour, son pardon et je voudrais...; le Père le sait ce que je voudrais encore. Redites-lui qu'il le réalise vite, très vite, tout de suite \
Mais ensuite il me semble que Jésus soit inquiet parceque3..- Oh ! dites-moi, vous aussi, quel besoin a-t-il de mon amour languissant, lui qui est si ardemment aimé des Anges, de sa divine Mère et de son Père céleste?... Mais je sais, je sais; Jésus demande mon amour, Jésus me comble de faveurs et de grâces si continuelles parce qu'il veut répandre sur le monde entier les libéralités de son cœur. Qu'il est bon Jésus, et que n'a-t-il pas fait pour moi !
La nuit de Noël nous ferons ensemble la communion malgré notre éloignement. Oh ! pourquoi ne dites-vous pas au Père qu'il nous la fasse faire tout près l'une de l'autre, et ensemble de corps comme d'esprit (au couvent)? Il peut tout, lui, ce papa vénéré, mais... Dites-lui qu'il me contente et contente Jésus; je me comporterai bien et je m'efforcerai de le satisfaire en tout. Qu'il fasse vite, ce bon papa.
Pour le moment, je n'écris pas davantage. Bientôt, après Noël, je vous écrirai de nouveau. En serez-vous contente? Mes lettres vous font-elles plaisir? Pour moi, quand je reçois les vôtres, c'est une grande consolation. Bénissez- moi du fond du cœur, et à tout instant. — Je suis la pauvre Gemma.
1. S'entend les faibles et les misérables; nullement les mauvais vouloirs et les obstinés.
2. Habituel refrain de Gemma, jusqu'à ce que Dieu lui eut clairement fait comprendre que son plus grand sacrifice allait être de ne pouvoir dévenir Religieuse Passioniste.
3. « Parce qu'il lui demandait constamment de l'aimer ». P. Germain.
Elle lui manifeste quelques supercheries du démon et se réjouit de les avoir déjouées.
Ma Révérende Mère, — Vive Jésus ! Que Jésus soit remercié! Sovez tranquille, ma chère Mère, car mon âme n'est plus en péril. Le Père est venu et ses paroles m'ont éclairée... Sans m'en apercevoir, j'avais longtemps marché parmi les ténèbres, et je me trouvais prise dans les filets du démon ; mais à présent, grâce à cette direction, je m'avance éclairée par la divine lumière.
Le bon Jésus vous avait fait tout comprendre, n'est-ce pas, ma chère Mère? Et, grâce à vous, grâce à vos prières dont mon âme a continuellement ressenti les effets, j'ai tout révélé. Comme je m'en trouve bien ! J'avais perdu absolument toute confiance dans le Père. Mon ennemi, ce malotru de démon, dont la fourberie est inépuisable, me faisait voir si clairement chez mon directeur l'intention de perdre mon âme que j'en étais pleinement convaincue. Jésus m'a éclairée, je me suis connue moi-même et je me suis rendue compte de mon état. Mais je m'aperçois que le démon se démène encore et travaille à ma perte. Je me recommande à vous; demandez à Jésus de mettre ce monstre en fuite et de l'exterminer avant que je n'en sois dévorée. Faites cette prière à chaque instant et moi je ferai pour vous ce que vous désirez. Demandez encore que le démon ne trouve jamais en moi de satisfaction, mais toujours des tourments et que Jésus soit glorifié sans cesse.
Enfin, j'aurais grandement besoin d'une prière toute spéciale, car il faudrait que je témoigne à tous ma reconnaissance, et je ne sais pas. Je veux me guérir du mal de l'ingratitude qui déplaît tant à Jésus. Que ferai-je pour Jésus qui m'a préservée de l'enfer? Si je suis encore en vie, je reconnais que c'est par un pur effet de sa miséricorde. — Je suis tellement heureuse et en paix que je ne saurais l'exprimer. Vive Jésus! Jésus est vérité, tandis que moi je suis mensonge; Jésus est parfait, moi, je suis remplie d'imperfections, Jésus est pur, moi je suis impure et me roule toujours parmi ce qui est immonde; Jésus est la sainteté môme, et moi, au contraire, je suis un fruit de péché. Et avec tout cela j'oserai m'entietenir avec
Jésus ! Oh ! si les Anges tremblent en sa présence, que devrais-je éprouver, moi qui suis couverte de péchés, lorsque je me trouve devant lui! Mon Dieu, Seigneur, que votre très sainte volonté soit faite! Bénissez-moi. Bientôt je vous écrirai de nouveau. Je suis la pauvre Gemma.
Elle l'invite à faire la sainte communion à une intention qui lui est très chère.
Ma Révérende Mère, — Vive Jésus! Qu'en serait-il de mon âme si la sollicitude de Jésus ne m'avait cherchée? Je ne sais. Si la pitié de Jésus ne vient à mon aide, ma misère me condamne. Ma bonne maman le sait bien1.
Demain, samedi, nous ferons ensemble la sainte communion ; je vous enverrai mon Jésus pour vous communiquer ce que je voudrais vous dire à présent. Il s'agit de cette affaire qui lui tient tant à cœur : la fondation. Vive Jésus! Si notre bon Père se décidait et faisait ce que veut Jésus (il le sait bien), tout serait fini. Prions afin que Jésus donne au Père de vaincre sa timidité, de prendre courage et d'agir. Vive Jésus!
Bénissez-moi, et quand ma bonne maman reviendra envoyez-moi votre meilleure bénédiction. Adieu, à samedi. Je suis la pauvre Gemma.
7. — Elle insiste de nouveau pour être admise au couvent. Elle est dans l'angoisse parce que son examen de conscience ne lui découvre pas les fautes qu'elle croit avoir commises.
Ma Révérende Mère, — Vous attendiez-vous à recevoir aujourd'hui une lettre de moi? Je sais que le Père passe à Corneto et j'espère qu'il vous la portera bientôt lui-même. Parlezlui beaucoup pour moi ; dites-lui qu'il me mette au couvent avec vous. Je me comporterai toujours bien, j'obéirai et n'agirai jamais à ma tête. Je vous communiquerai tout et ferai ce que vous voudrez. Dites au Père qu'il me contente. Je
i. Sa mère adoptive qui suivait alors les exercices spirituels au monastère de Corneto.
suis bien mal dans le monde, ma chère Mère, n'importe où je me trouve. Et bien que ma bonne maman s'efforce de me faire oublier mon isolement par toutes sortes de bontés, je suis mal à l'aise. Dites au Père de prier beaucoup, beaucoup, et puis de se décider; car sous peu il ne sera plus temps1. Qu'il prie, et puis qu'aussitôt il obéisse à Jésus. Pauvre Père! qu'il ne craigne rien : qu'il exécute ce que Jésus désire de lui; après beaucoup de sacrifices il sera content.
Ma chère Mère, priez continuellement pour moi; je suis tellement aveugle que je n'aperçois même plus les péchés dont ma conscience est chargée. Si Jésus ne me les pardonne dans sa miséricorde, je me damnerai, et alors nous serons séparées pour toujours. Mon Jésus, ne le permettez pas! Priez particulièrement Jésus de me faire voir clair dans ma conscience. J'espère que mon Jésus si généreux m'accordera mon pardon, ainsi que la grâce de me corriger de tous mes manquements et de toutes mes erreurs. Jésus, l'unique témoin de toutes mes fautes, voit tout. Aux yeux des autres je puis me cacher, mais aux siens, nullement.
Je viens maintenant de faire mon examen de conscience pour aller à confesse. A la pensée de tant de confessions et de communions mal faites, comme je suis confuse! Mon Jésus, quel abîme d'iniquité! Et néanmoins Jésus vient, il vient continuellement à moi; il préfère une vile créature à un Ange du ciel ; il choisit pour demeure un cœur immonde et souillé, au lieu d'aller en paradis où les Anges lui prépareraient un reposoir en pierres précieuses.
Hier, quelques heures après la communion, je me perdais dans ces réflexions. « Comment Jésus avait-il pu préférer la terre au ciel, le monde au paradis? » Et Jésus me reprit doucement en disant que ma bassesse et mon ignorance ne pouvaient arriver à le comprendre. Lorsque, ensuite, il daigna m'éclairer, je compris : il en a agi de la sorte afin de me montrer comment il m'a donné tout ce qu'il possède, et comment je dois me donner toute à lui. Oui, il en sera ainsi; au momie je ne donnerai rien au delà de ce qu'il est en droit d'attendre; je livrerai tout à Jésus, non parce qu'il en a besoin, mais pour répondre à son désir de me combler de ses grâces.