‹ Lettres et instruction pastorale de monseigneur l'évêque de ChartesChapitre 10 sur 15 · TREIZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TREIZIÈME LETTRE

Chartres , le 15 aTril 18&3»

Il in*68t impossible de De pas répondre à une remarque qu'on a faite , avec beaucoup d*amerUime « sur la vivacité peu mesurée»

a-t-on dit, que j'ai mise dans mes observations sur le corps enseignant. On m'a reproché de n'avoir pas assez réfléchi que l'Dniversilé est une institution reconnue par l'État, et que ce caractère d'établissement public et protégé par la loi impose une circonspectron et des ménagemens particuliers* Enfin , on a été jusqu'à dire qu'attaquer l'Université , c'était attaquer l'Etat lui-même. Une accusation $i grave, partie d'un organe de ce même corps , aurait de quoi m'effrayer , si elle n'était pleine d'illusions et d'équivoques quHl est aisé de faire évanouir.

L'Université, il est vrai , s'applique avec un soiil infini à persuader au public qu'elle est unie à l'Etat par des nœuds dont l'intimité est toute spéciale, toute privilégiée^ A^l'en croire, elle se confond presque avec l'État; son enseignement , sa philosophie , sont i'^seignemeni , la philosophie de CÈtai. Ses leçons, ies doctrines tirent de là une sorte de consécration qui ne permet pas d'y toucher. En un mot , elle prétend commander à son égard presque le même respect qu'inspire la pour-<

pre sacrée el la majesté inviolable du Sou* verain.

Qui ne voit d*un seul coup d'œrl le faible do cette prétention ? Non , cette confusion ambitieuse que rUniversité se plaît à établir entre elle et TÉtât, n'est qu'une chimère. A la vérité , le pouvoir public autorise à enseigner ; mais il n'enseigne pas par lui-même, comme il n'administre point ses provinces par luimême , et ne lève point les impôts de ses propres mains. Le plus grand roi et les meilleurs ministres seraient presque toujours de fort mauvais professeurs de collège ; et rien de plus seixsé que le mot d'un artiste célèbre, lequel, contredit avec peu de connaissance et de mesure sur des choses de son art par un puissant prince, lui répondit : A Dieu ne plaise^ seigneur y que vous sachiez ces clioses-tà mieux que moi ! On doit un profond respect au Souverain : mais on peut relever les erreurs de ses agens , qui certes ne sont pas les siennes; et il est incroyable que, dans un État constitutionnel surtout, on croie pouvoir disputer aux citoyens cette faculté qui est le grand ressort et le caractère essentiel de cette sorte de gouvernement.

De plus , l'Université se flatte-t-elle de faire oublier au monde entier ces paroles solennelles : La liberté d'enseignement sera accordée dans le plus bref délai possible ? Ne voit-elle pas qu'en faisant valoir !es raisons qui doivent engager à supprimer enfin son monopole , on ne fait que se rendre l'interprète des auteurs de la Charte, et développer les motifs qu'ils avaient eux-mêmes dans J'esprit ? Ne voitelle pas que, d'après l'estimation commune

des hommes» et suivaut toutes les règles du langage , une réyoluiion de treize années doit avoir usé son existence provisoire et précaire? Dans le plus bref délai possible 1 Quel avertissement pour elle ! Et commeni ue comprendelle pas que sa conduite à Tégard des justes plaintes dont elle est Tubjet, doit être plutôt mesurée sur la fragilité de ce litre que sur ridée fastueuse et fantastique d'une domination inaliénable et sans ternie ?

Mais quoi ! s'écrie-t-on ; vous ne croiriez pas pouvoir vous permettre de traiter ainsi l'institution la plus humble , le dernier corps de la société. Vous montreriez à son égard plus de modération et de réserve,... Étrange rétlexion ! Contre quelle classe , contre quel corps aurions-nous donc sujet de former des plaintes ? De quel autre côté nous viennent des sujets d'affliction ou d'alarme ? Ne serions-nous pas des insensés ou des ingrats de nous élever contre ceux qui respectent comme nous la fol dont nous sommes les gardiens ?

Oui, tout nous laisse en paix autour de nous , ou favorise i>os fonctions. La magistrature française protège les droits légitimes de l'Église ; les administrations supérieures traitent avec les premiers pasteurs d'une manière pleine d'équité et de bienveillance ; les administrations d'un ordre moins élevé facilitent aussi notre ministère , et, s'il s'élève de loin en loin quelque malentendu , il n'en résulte que des discussions locales et passagères, qui ne font ni à la foi ni au culte aucune blessure sérieuse. Que dirai-je enfin de nos guerriers? Ah ! ils prouvent en toute occasion que la valeur et l'héroïsme rapprochent de Dieu ; ils

se foDt an devoir et une foie de rendre ses fêles plus imposantes et plus pompeuses , en y étalant tout Féclat de l'appareil militaire , en abaissant leurs armes invincibles devant la majesté du Dieu qui les bénit ; et à l'exemple de Turenne , qu on voyait les genoux dans la boue et la pluie sur la tête adorer, après la victoire, le véritable auteur de son triomphe^ nos soldats comprennent quel est celui qui enflamme et soutient leur courage, et ne demandent qu'à rbonorer. L'Université seule, je Tai démontré , creuse un abîme sous Tédifice du Catholicisme. Le Christianisme luimême , au moins pour ce qui touche nos contrées , et en y comprenant les diverses? comuuinions qui le partagent, est violemment allaqué par des enseignemens funestes ; il chancelle , il a tout à redouter , il est menacé d'une complète ruine. Faul-il s'étonner, après cela , si nous dirigeons de ce côté tous les traits de notre zèle , si nous tournons vers ce point unique l'ardeur du dévouement que l'intérêt de la foi , confiée à noire fidélité, nourrit dans nos âmes ? Faut-il en être surpris ? Et à la vue du malheur immense que je viens d'in* diquer» qui se croit en droit de blâmer la vivacité de nos efforts qui le repoussent , et le feu de nos paroles qui le conjurent ?

Je vais donc , sans m'arréler à ces vaines récriminations, poursuivre la tâche que je me suis imposée comme évêque, comme chrétien, comme citoyen français; et, après avoir montré les vices énormes de l'enseignement philosophique de l'Université, je vais prouver que son enseignement secondaire n*est ni moins vicieux ni moins funeste.

(il2)

On peut dire , en modifiant un peu le motd'un de nos rois , qu'en supposant même qu'il, fût permi» aux autres hommes de négliger la Divinité j la religion devrait se réfugier dans le cœur et sur les lèvres des instituteurs de la jeunesse. Qui peut ignorer en effet que Tâme des maîtres se réfléchit le pi us souvent et reste comme empreinte dans Tâme neuve et confiante de leurs disciples ? Une génération formée par des hommes que les circonstances rendent peu propres à lui transmettre les divines croyances, que peut-elle donc devenir ? Sans Dieu et sans foi , quel spectacle offrirat-elie an monde ? Appliquons cette remarque au très-grand nombre des établissemens universitaires.

Il existe à Paris une école normale d'où sortent presque tous les professeurs qui vont enseigner sur les divers points du royaume. Cette école est encore pleine des enseignemens de ces philosophes, éclectiques (1) dont les livres^ comme je l'ai démontré, respirent le panthéisme , le scepticisme et l'anti—

(1) Quoique, pour nous confoitner à l'usage , nous nousservioMS de termes d'éclectisme ^ (i'éciecti^ue, quand nous parlons de la philosophie du jour , nous sommes assurément fort (éloignés de penser qu'elle remplisse la siguificalioQ de ees mois. Loin d'Otre nn choix des inei Heures choses répandues dans les écrits phUosophiques , dont on aurait fait un tout régulier , elle «Vst qu'un assemblage , en général fort incohérent , de déplorables paradoxes qui lui appartiennent en propre, ou qui sout \enus d'ailleurs , et le plus souvent de l'Allemagne. Les auteurs les plus orthodoxes ne se sout lamais fait un scrupule d'appeler gnostiques [intelligens ou penseurs) ^ ces rêveurs si décriés du premier siècle. On désigna par le nom de cathan>s [purs ) »ne secte de manichceus. On pourrait citer mille exemples semblables.

(113) christianisme. La fortune, dont ils n'ont point dédaigné les éclatantes faveurs , les a retirés de cette modeste retraite : mais on ne peut s'empêcher de croire que le souvenir de leurs leçons et de leurs talens y exerce encore une grande influence ; et sans doule leurs systèmes toujours vivans y sont comme ces images et ces monumens de famille qu'on aime à honorer en conservant les sentimens et les maximes dont ils sont le type et le symbole.

Les écrits de ces philosophes sont sans cesse dans les mains des maîtres et des élèves que renferme l'Université. Des historiens non moins fameux , qui lui appartiennent , qui sont ses annalistes attitrés , qui remplissent ouontrempli ses chaires les plus renommées, y sont aussi fort exaltés et crus sur parole par la jeunesse. Or , que trouve-t-ori au fond de tous les livres de ces écrivains ? quel est leur but? qu'y énoncent-ils, tantôt avec finesse et précaution , tantôt ouvertement et sans crainte ? Ah ! ils apprennent aux jeunes Français que Jésus-Christ n'est qu'un législateur humain et un mythe (1) ; que sa religion est semblable à celle de Sérapis et de Mithra (2) ; que le Christianisme est mourant , qu'il doit être prochainement enseveli (3), tant on s'abusait en lui assignant une source immortelle; que la primatie du Pape ne date que du iv* ou du V siècle (k) ; que l'institu-

(1) Essai sur l* histoire de la philosophie en France au XU* siècle t tome ii , page 223.

(2) introduction à l'Histoire unioerselle , par M. Iff. , p. 32. 50.

{?) Histoire de France , par le mâme , tome il , page 5d7, et 698.

[fk) Ibid, tom. 1 , page 112.

( 114 ) tion divine des sacremens est une pureinvenlion des liommes (1) ; enfin que les défenseurs du vieux dogme , que les prêtres sont des corrupteurs de la vérité, des trafiquans de mensonges, des ignorans et des fanatiques (2). Voilà le fond de ces écrits : tout y tend à l'avilissement et à la ruine de la foi. Or , telle est l'autorité et l'immense faveur dont ils jouissent dans le corps qui nous occupe ici , qu'il est impossible que les idées dominantes et la substance de ces ouvrages ne pénètrent point de toute part dans l'enseignement historique de l'Université. Aussi, à parler en général, en est-il tout empreint et Toffre-l-il aux yeux les moins clairvoyans. Ces narrations brillantes où l'esprit et l'eutbousiasme se mêlent à l'impiété et au roman , séduisent, enivrent des professeurs spirituels eux-mêmes et sans aucun principe arrêté. Us sont libres d'ajouter à des Précis d'Hisloire classiques , qui ne sont guère que pour la montre , leurs commentaires, leurs réflexions personnelles, leurs traits irréligieux et satiriques. Les uns , jeunes et fougueux, pousssent cette liberté jusqu'à l'excès , presque jusqu'au délire; par la folle audace de leurs paradoxes désastreux^ ils excitent l'indignation de tous les gens de bien, ils soulèvent des villes entières. Le plus grand nombre d'entre eux montrent plus de circonspection ; mais un mot , une raillerie .,

(1) Histoire de France , tome i , page 388 , et tome il , page 145.

(2) Mélanges philosophiques , par J. , p. 5 , 26. Nous n'avons cilé que fort peu de passages : il nous serait aisé d'en transcrire ici un grand nombre qui reproduisent les mêmes erreurs ou qui en renferment d'autres qui ne sont ni moins graves, ni moins pernicieuses.

an sourire dévoile leur pensée et la fait pénétrer dans de jeunes cœurs , où elle fait souvent une éternelle blessure. Qu'arrive-t-il de là ? C'est que les enfans reçoivent des impressions d'autant plus funestes et plus profondesquMIs sont moins défendus par la faiblesse de leur âge. Ils rapprochent Thisloire de Jésus- Christ des fables puériles dont, la veille presque , on les avait bercés. Ils mettent au même rang ces divers récils, ils y attachent la même autorité et la même valeur. Les ministres de Dieu peuvent seuls soutenir leur religion , Féclairer, raffermir; mais le prêtre ne leur apparaît plus que sous les traits de ces êtres odieux et fantastiques dont naguère on leur faisait peur. Tout dans la foi finit par soulever leur aversion. Celle haine mûrit et s*enracine ; elle devient plus lard une disposition arrêtée, presque invariable. Souvent elle se tourne en passion ardente et en fanatisme ; et c'est ainsi qu'on prépare l'apostasie des peuples , Tathéisme des générations , l'ignominie et l'effroyable chute des sociétés.

Où en est réduite l'enfance, si faible contre ces penchans honteux et déréglés , quand elle a perdu ainsi tout frein , toute crainte de Dieu cl de sa loi? On peut aller l'apprendre dans un très-grand nombre de maisons universitaires. Les choses lamentables qu'on raconte à ce sujet sont trop répandues et présentent un caractère trop marqué d'authenlicité, pour laisser des doutes. Du reste , les incrédules peuvent prendre à cet égard des informations qui ne se feront pas longiemps attendre.

Il est vrai, dira-t-on, rien ne peut compenser h perte de la foi et des mœurs. Mais il est au

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moins permis de remarquer que la France doit à roniversité un véritable accroissement de lumières , un enseignement plus fructueux, des études plus fortes. Voilà ce que Ton dit et que Ton fait répéter de toute part. Mais , je Tavance sans hésiter , il n'y eut jamais un préjugé plus vain ni plus aisé à détruire.

En effet, en quoi consiste cet enseignement secondaire dont on fait tant de bruit ? Outre les cours d'histoire , dont j'ai parlé , on enseigne dans les collèges le grec, le latin , le» élémens des mathématiques ; et Ton joint à ces branches de connaissances l'étude d'une langue vivante. Apprécions tout cet appareil d'instruction à sa juste valeur. Premièrement , il parait qu'on donné au grec un peu plus de temps et de soin qu'on ne i'iivait fait jusqu'à nos jours ; mais , outre aué celte extension n'exige qu^un bien faible surcroît d'efforts et de savoir , on considérait sans doute autrefois qu'on ne pouvait prendre dans les collèges que des notions très-imparfaites de la langue grecque , laquelle demande à être étudiée seule pendant plusieurs années pour être possédée à fond ou même avec une utilité réelle et notable. On pensait donc qu'il suffisait d'ouvrir la route et de donner la clef de ce bel idiomei à quelques esprits que leur aptitude spéciale et d'autres circonstances mettaient en état de porter cette connaissance à sa perfection. Celte vue n'était point dénuée de motifs au moins très-apparens. On ne voit pas en effet aujourd'hui que les grands et profonds hellénistes soient plus nombreux en France que dans les siècles précédens* Le nombre en est même plus restreint.

' Il est iaconicslablement à soahaiter que le latin soit cultivé arec beaucoup d'application par la jeunesse qui se voue aux études , et qu'il lui devienne familier. Cette langue^ bien plus accessible pour nous que celle d'Athènes, a été la nourrice de tous les grands esprit»

que la gloire des lettres a élevés si haut dan» ce royaume. Quand on demandait à Pascal (1),

(1) Le nom de Pascal , que nous citons ici , nous engage à dire un mot sur le livre que le chef de la nou' velle école philosohigue a publté en dernier lieu concernant les Pensées de ce grand écrivain. Le dessein, la prétention qui a dicté ce livre nouveau , est tout-àfait extraordinaire. L'auteur croit pouvoir conclure de quelques hôtes informes et souvent indéobilTrables qne Pascal avait lai&sces , que cet homme céfèbre était pyrvbonien ; que , 'suivant lui « il fallait , pour ainsi dire , fermer les yeux , se rendre stupide , en un mot s'aM* //r, pour devenir chrétien. Il aurait pu ajouter que Pascal ne croyait pas à la divinité , puisque dans uu grand tableau- oîi quelques-unes des notes sont transcrites lisiblement, et que notre philosoplie a pris sain d'étaler au milieu de son volume, l'auteur des Pen^ sées prononce , c» termes assez formels , qu'on ne saurait prouver que INeu existe. Je ne crains pas de dire qu'on ne pouvait choisir une Uiése pius malencontreuse ni former des cotijecture» plus diimériques. N'est-il pas évident que ces notes, jetées ci la bâte sur le papier par Pascal , renfermaient des idées et en quelque sorte (les énigmes dont lui seul avait la clef; qu'elles contenaient, avec des assertions conformes à ses scntimeus, des objections qu'il se proposait de combattre ; en un mot qu'elles n'étaient qu'une ébauclte , uu mélai^ de diverses choses dont tout autre que lui ne pouvait pénétrer le sens ni tirer la moindre conséquence ? Esl-il donc rare qu'un homme qui prépare un écrit un peu important , en exprime , pour son usage particulier , les traits principaux par quelques mois ou par quelques signes intelligibles pour lui seul; et ne sait-on pas, n'avons-nous pas peut-être no us-mômes éprouvé que, dans ce cas , on emploie les termes les plus négligés, quelquefois des expressions triviales , outrées , grotesques même , parce qu'il y a un mécanisme secret et

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oui a purgé parmi n^us le style de la roidlle des âges moins polis, où il avait appris à écrire si biea eu français , il répondait que c'était dans Gicéron. Or , il est avéré qu'en général l'étude du latin est fort déchue dans rUolversité.

Rien de plus facile que de montrer aux jeunes gens l'arithmétique et quelques principes de géométrie , et il Test encore bien plus de louer un maître d'anglais ou d'espagnol , chargé de donner à Jour ûxe ses leçons dans un collège.

Voilà donc de quoi se compose l'enseignement secondaire dans nos écoles. Or, cet enseignement, dans ce qu'il a de vraiment utile, a été donné depuis plusieurs siècles ; il peut» sans le secours de T Université , être donné encore ; on peut le distribuer à la jeunesse comme elle , aussi bien qu'elle , et j'ajoute sans crainte , mieux qu'elle , à cause de Ten-

comme un caprice de mémoire qui fait qu'en attachant une idée ou une nuance d*idée à un mot singulier et bizarre , nous sommes plus sûrs de la retrouTcr ? Biais laissons là ce livre étrangle, et, quoiquMl puisse faire quelque illusion à des esprits légers ou très-faibles, je ne veux pas. cependant m'y arrCter plus qu'il lie convient. Ou y cherche à déprécier les Pensées de I^ascal , parce qu'Arnaud , Nicole , le duc de Roannez , qui possédaient à fond le secret des sentimcns de leur a^mi, y firent des corrections ou des changemens indispensables , ces fragmens ne pouvant paraître tels qu'ils étaient. Mais on essaie en vain de rabaisser un ouvrage si utile et si glorieux à la religion. <)ucllcs que soient les mains qui l'ont retouché pour le mettre en état de voir le jour , il n'en est pas moins vrai que ce recueil est un monument très-précieux élevé à la foi par le génie, et que nulle part les preuves de la vérité du Christianisme ne sont présentées avec plus de force , d'originalité , de relief et d'évidence que dans cet admirable abrégé.

tassement des connaissances qu'elle fait marcher ensemble , et dont la multiplicité est in ruine de toute véritable et solide instruction. En voici une preuve qui doit frapper tout le monde : Il y a trente-cinq ans que l'Univers silé a été créée par Napoléon. Or , dans Tespace de près de quatre siècles qui s'est écoulé depuis la renaissance des lettres , je demande qu'on assigne une période de trente-cinq ans, plus pauvre que les sept derniers lustres en écrivains transcendans , en ouvrages supérieurs, dignes des regards de la postérité , et en même temps plus féconde en écrits et en poésies dont la barbarie aurait révolté au sein même de la barbarie , et qui sont l'opprobre du goût, le fléau de la langue et le contre-pied de ce qui a été goûté, approuvé , admiré, depuis le commencement du monde.

Voilà une démonstration de fait. En est-il de plus convaincante ?

On comprend bien que je mets à parties sciences exactes dont la gloire se soutient dans ce royaume par les travaux et par les Inmières de s a van s célèbres dont les brillantes découvertes et les succès sont assurément fort indépendans de leur moderne agrégatioQ à l'Université. Il n'est pas moins évident que ma remarque sur notre médiocrité présente, ne peut atteindre plusieurs grands hommes qui honorent en ce moment la France > et dont un en particulier la couvre , depuis près de cinquante ans , de l'éclat de son génie et de sa renommée lesquels ont trouvé dans des écoles , antérieures à celles qui existent de nos jours , le secours de leurs talens nats<sans et la culture des riches dons que leur

avait prodigués la nature. Je constate avec joie ces exceptiODs; Fhonneur de moa pay»

me les rend douces et sacrées.

Mais d'ailleurs que conclure de ce que )'ai dit sur l'état présent des études dans l'Univeri^ité ? On le voit aisément. A la différence de» dispositions peu exigeantes et de la vie retirée qui distinguaient autrefois les maîtres ha* biles et laborieux de la jeunesse, aujourd'hui roniversilé remplit sa mission à grand bruit; liors même des enceintes témoins de ses fonctions > elle se montre avec éclat , elle est mêlée au siècle, on la rencontre partout. Le royaume est incessamment sillonné par se»

agens , par ses inspecteurs % et par ses sous*inspecteurs. De plus , en même temps qu'elle est gratifiée amplement par le trésor public , elle tire des particuliers des contribution»

fiscales et onéreuses. Or , je le dirai sans détour y tout cela y à l'argent près , n'est qu'une ▼aine fantasmagorie , qu'on me passe ce terme; tout cela n'est qu'une illusion, une grande inutilité. Oui, qu'on donne la liberté de l'enseignement , les études ne seront pas moins fortes , elles le seront même davantage , par les raisons que j'ai indiquées et par d'autres que je supprime. Surtout leur bienfait s'étendra à tous, au lieu de se borner au petit nombre des sujets les plus capables et les plus spirituels, comme on assure que cela arrive constamment dans l'Université. Enfin on aura éminemment et sans frais pOur l'État , comme aussi à un faible prix pour les familles , ce qui coûte de grands sacrifices aux familles et à l'État, sacrifices dont le résultat est, d'une autre part, de détruire la foi et de perdre: ta France.

Mah le baccalauréat tombera à Taspect de cette liberté si impatiemment attendue , si justement réclamée.... Ah ! nul événement ne pourrait être plus désirable ni plus avantag^eux à la nation. Le baccalauréat ^ tel qu'il est , aurait étouffé le siècle de Louis XIV. Il y en avait un autre* avant nos troubles j qui était nécessaire et pleinement conforme à la raison. Le jeune homme qui se destinait à Fart de guérir était interrogé sur la médecine. Celui (Jue sa vocation tournait vers la magistrature ou le barreau , était examiné sur la jurisprudence. Tout se bornait là ; et cette mesure était si simple et si clairement dictée par Je bon sens , qu'il n'y a pas même sujet d'ea faire honneur à nos pères. Que sert eu eiTet à un homme destiné à plaideur toute sa vie dans une petite ville de province , de savoir rallemand ou l'astronomie ? Quel besoin peut avoir un médecin de connaître les équations des degrés supérieurs et le calcul intégral ? Mais cette institution » inouie chez tous les peuples , ne peut qu'accélérer l'invasion de la barbarie. C'est depuis quinze ans jusqu'à vingt que le talent se déclare, se fait jour, prend son essor. Si^ dans cet intervalle décisif, une vive intelligence , emportée vers un ordre de connaissances et d'idées qu'il lui appartient d'une manière spéciale de pénétrer ou d'embellir , si cette intelligence se trayaille^ se tourmente, se partage, s'épuise pour saisir et s'approprier vingt sciences différentes , dès-lors son feu se dissipe et s'éteint , et les espérances qu'elle avait données avortent et s'évanouissent. Que Ton continue, que Ton condamne obstinément notre jeu-^.

nesse à ce travail , qu'en résulfera-l-il ? La France ne produira plus rien de grand , d'élevé ; déchue de sa gloire , elle se précipitera dans les voies d'une décadence honteuse où elle ne s'arrêtera plus que lorsqu'elle sera dépouillée de tous les dons heureux de l'esprit que lui a départis si libéralement la Providence.

Quoi! pour être admis dans une carrière libérale, il faut savoir le grec , le latin, la philosophie, la littérature avec ses différentes branches , ï histoire ancienne ri romaine, V histoire du moyen âge et V histoire moderne, la Géographie y les mathématiques , la physique ^ l'astronomie et la clUmie{l). Le jeune Français doit subir sur toutes ces choses un examen qui aurait effr^^yé le fameux Pic de la Mirandole. Il faut qu'il soit un phénomène ou un ilote. Ah ! une telle épreuve pourrait convenir à des intelligences pures; mais en vérité la faiblesse de notre nature ne peut la soutenir.

Les lettres sont pleines de charmes , elles sont d'un fort grand prix ; mais si on les cultive seules , et qu'elles nuisent à l'acquisition d'autres connaissances plus hautes et plus pratiques , elles sont plutôt la source d'une vanité dangereuse que d'un vrai mérite. L'empereur Eugène , qui avait été professeur de rhétorique, se croyait propre à tout. 11 pensait que ce ne serait pour lui qu'un jeu de vaincre son compétiteur, vaillant homme de guerre , mais de peu de littérature ; il ne doutait pas que , par ses harangues savamment cadencées, il ne fit sur ses troupes une vive

(1) Manuel du Baccalauréat, contenant plus de 1,000 pages d'un petit caractère , par If. Lcfranc.

impression » ga^c assuré de la yicloire. Mais les champs voisins d'Aquilée furent témoins ' de la vanilé de ses espérances , et de son désastre. Abandonné par les siens et fait prisonnier, ses illusions et son orgueil allèrent expirer aux pieds de Tbéodose.

On allègue qu'on veut écarter des carrières qui mènent aux fonctions publiques^ une foule de sujets qui serviraient plus utilement la patrie dans des professions mécaniques et laborieuses. Mais faut-il donc, pour supprimer un abus , en faire naître un autre mille fois plus funeste ? D'ailleurs , cet expédient réussira mal. Faites fleurir la religion ; elle seule inspire aux hommes la modération des désirs , et leur ôte même la pensée de sortir de la sphère oii les a placés le souverain maître.

Je ne puis finir sans dire un mot du liappart concernantrenseignement secondaire, inséré au Moniteur du 8 mars. Je Tai lu avec beaucoup d'attention , mais je n'y ai presque vu que des chiffres. Rien n'y détruit , n'y affai-* blit même les grandes considérations qui montrent dans l'Université une institution mortelle pour la France. On y Fait remarquer avec soin que des aumôniers sont attachés aux collèges. Il est vrai ; mais ceux-ci , d'un bout du royaume à l'autre, déclarent presque unanimement leur impuissance à faire le bien dans ces maisons. Ils luttent en vain contre le torrent^ et ils en sont réduits à dévorer les larmes dont leurs yeux se remplissent à la vue de la grandeur des obstacles et de l'inutilité de leurs efforts pour les surmonter, t CLAUDE HIPPOLYTE , évéque de Chartres.

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