HUITIÈME LETTRE
Ghartreft , 50 mai*s 1842.
Voici la conclusion des trois Lettres que j'ai eu rhonneur de vous écrire. Elle renferme des éclaircissemens nécessaires sur des ob* jections qu'on a faites, et en même temps quelques observations et quelques vues qui me semblent d'une conséquence infinie. La célébration des fêtes ^ qui a été, ces jours derniers , la plus chère et presque la seule occu-* pation des Chrétiens , m'a seule empêché de vous communiquer plus tôt ces réflexions.
1<» Il est très-certain 'que l'Université a adop* lé un écrit (1) composé par un de ses membres les plus accrédités elles plus célèbres, oii il est formellement déclaré qu'on n'a point
(1) Préface ùe&E»qai$»es de philosophie morale^
prouvé jusqu'ici et qu^on ne peut même à présent prouver que uou8 ayons une âme. |]n journal a prétendu que cet écrivain avait eu rattention de remarquer que la croyance d'un principe spirituel résidant en nous manquait seulement de cette certitude métaphysique, mathématique, qui est telle que les aliénés seuls peuvent la méconnaître. Malheureusement , il n'y a pas un mot de tout cela dans l'opuscule doht il s'agit ; et^ comme c'est dans ses conclusions qu'un auteur explique sans nuage toute sa pensée , qui peut douter de celle de l'écrivain que j'ai en vue, quand on le voit se réduire à avancer qu'on n'a pas encore recueilli assez d'observations sur les faits internes (sources où l'on peut puiser , suivant lui, et non ailleurs (1) , tout ce qu'il y a de certain en philosophie) pour pouvoir affirmer l'exis^ tence de nos âmes ! Il prononce que la doc-r trine qui place dans l'homme un principe immatériel , n'est qu'une hypothèse (21 ; que la question qui s'y rapporte est ét^idemment pré" niaturée (3) ; qvCil faut la laisser dormir (4) ; qu'elle intéi^esse^ il est vrai, notre immortalité (5) ; mais qu'enfin , de quelque importance qu'elle puisse, être, il n'en est pas moins constant que la science n'est pas en mesure , mjême pçur Ù ABORDER (6). Quoi de plus significatif et de plus fort ?
Et remarquez que ce n'est point ici un passage isolé , mais le soinmaire d'upe dis$<?i*tation de plus de 150 pages.
Or, je soutiens que , daps aucqn tenips , n\
(1) Préface des Esquisses de philosophit , pa^r. viil.
(2) P. Cl XI H. (3) P. ex. \ XVI.
[!\] Ibtd, (5) iWri. (6) ma.
chez aucun peuple ^ on n*a ru un corps ensei^ gnant adopter et consacrer de pareilles maximes » autoriser les kommes , même provisoirement , et pendant le prétendu sommeil de la yérité la plus éclatante et la* plus nécessaire, à se régler surFopinion des matérialistes, c'est-à-dire sur une doctrine qui fait de la ▼ertu une conduite de dupes ; et qui , toutes les fois qu'on n'a rien à craindre de la part des hommes, permet, pi^scritméme de se satisfaire par les actes les plus criminels , les plus propres à bouleverser , à mettre en feu la société humaine.
J'ajoute que le corps universitaire, en se rendant garant des principes que je viens d'indiquer , eh y mettant son attache , ^est montré sceptique , disposé à sceller , à accréditer^ par son approbation solennelle , les plus désastreuses erreurs. D'après cela ^ comment ne pas voir qu'il est destiné, si l'on ne s' aveugle à ce sujet, à imprimer son nom fatal sur de grandes calamités futures , et peut-être sur les ruines fumantes de notre patrie ?
2* L'éûrivain si connu qui est, à proprement parler,le père de ia philosophie nouvelle , a décidé que Bieu rCa point tiré C univers du néant , mais quHi Va tiré de lui-même, (1) On mot suffira ici , et je l'ai déjà dit : il n'y a point de milieu entre le néant et l'être. Si l'auteur de toutes choses n'a point tiré le monde du néant , il est donc visible qu'il l'a tiré de sa substance, et que toutes les créatures sont une portion de cette substance immortelle. Cette conséquence est si palpable, que, malgré les vaines subtilités qu'on a alléguées en désespoir
(1) Cinquième leçon , paQ^. 2<).
de cau^e, il serait ridicule d'iasisler-là-de^^^ sus. Ce que je veux surtout faice observerv c'est que cette opinion , aussi bizarre qu'impie, est devenue dans les écoles un dogme et une tradition classique. L'auteur du Cours de phiiosophie dont j'ai parlé , et qui jouit d'une grande faveur dans les collèges » adopte et soutient avec force €ette doctrine de son maître sur la création, (â) 11 est vrai qu'à la fin de cette discussion , il témoigne que son inten*^ tion a été d'éviter l-écueil où les panthéistes viennent beuiier. Mais à quoi sert le désaveu d'une erreur y au moment même 0(1 on la professe avec une clarté qui exclut tout doute ? Voilà donc le panthéisme bien authentique^ ment établi et perpétué avec zèle dans TÉniversîté.
On produit en faveur de Foribodoxie de cet auteur un discours sur l'immortalité del'àme» qu'il prononça il y a quelques mois. Ce discours, que j'ai lu presque dès son apparition, ne prouve rien. Il renferme iriusieur« paradoxes contraires à la foi chrétienne , et d'aiHeurs je ne nie point que nos philosophes qe mêlent des vérités à un très-grand nombre d'erreurs capitales. Du reste, quant à l'orthodoxie de ce célèbre professeur , )e me contente de demander : Est-il vrai , ou non , qu'après avoir écrit dans l'ancien Giobe que Dieu a dû se rapprocher de l'homme et se révéler à lui , il ait ajouté ces propres mets : Non qa'i^ cet effet il ait pris visage et corps et se soit incamé sous quelque forme ; tout ce qu'on a dit de semblable sur cette matière est figure et poésie. Qu'on lisQ le Globe et qu'on prononce.
il] Cours de obiloâ. psychoL ,Uu, p. 274 et suÎTantes.
(51 ) 3* Que dirai -je du fameux éclectisnie?
Qu'est-ce que ce système de date très-récen»te ? Sans doute il ne consiste pas à dire qu'on doit choisir dans chaque doctrine ce qu'elle a de meilleur. Ce serait 1^ uneyériié fade, palpable, et sur laquelle on Siérait prévenu par un villageois et par un enfant. Ge mot a un sens plus profond et plus caché. On prétend, dit-on , par ce système , harmoniser les con^ traires. (1) c'est-à-dire apparemment obliger à s'embrasser et à marcher ensemble , le oui et le non, le pour et le contre , la vérité et Tei^ reur. Cette conception, il faut l'avouer; a quelque chose de nébuleux et de fort difGcile à saisir. Cela ressemble fort, qu'on meper-^ mette ce mot , à la grammaire de la tour de Babel. Laissons ces idées si hautes et si suhr tileâ à ceux qui peuvent y atteindre. Mais voici le grand danger; qu'on y prenne garde ! C'est qu'il se trouvera des gens qui« par une analo* gîe fort naturelle > se croiront en droit d'/itar-* monisert dans la pratique, la vertu avec le crir* me, une espèce de probité avec les perfidies, les conspirations , une bonne conduite civi-^ que avec le renversement des trfiiies et l'as-» sassinat de ceux qui les occupent. Ceci va loin , trèsrloin , surtout dans le temps où nous vivons.
. /!t" Eiifin j'ai rapporté la manière inouïe dont le chef de la nouvelle école s'est exprimé en désignant la raisoapar les termes de^MééUa^ ieury de Verbe fait iUutir^ de Dieu et homme tout ensemble. J'aurais pu .ajouter ces mots du méoie auteur : La raison est le Dieu du genre^
(!) Treizième leçon , p. 20.
. {2J Fragoi. philos. , piéf. p. XLiii.
humain {^Y, ce qui rappelle la déesse Raison et la réhabilite. Pour éblouir le public sur ces malheureuse» assertions , on a cité des parole9 de nos plus grands docteurs catholiques , lesquelles n*ont aucun rapport avec ces blasphème». Ces sa van s hommes n'ont fait qu'exposer une doctrine reçue de tout temps, savoir : que notre intelligence est unelmage et comme un rejaillissement de l'intelligence divine , des elartés du Verbe immortel , principe de toute lumière. Ils n'ont dit et n'ont voulu dire que cela. Mais, je le demande, de ce que Dieu est la raison incréée , peut-on en conclure que notre raison créée est Dieu ? De ce que le Verbe éclaire tout homme venant en ce monde , s'en^uit-il que cette même raison est le Verbo incarné ? Non, non, ni Bossuet , ni Fénélon , ni» Mstlebranche n'ont jamais conçu de telles pensées. Ils en auraient eu horreur ; et c'est faire à leur mémçire la plus sanglante injure de prétendre autoriser de leurs grands noms ces sacrilèges systèmes.
Ce n'est pas tout. Hien de plus certain que.
ce que >'ai avancé dan^ ma troirième Lettre.
On n'emploie ce« mots de Médiateur, de Ferbe fait chair, que pour confondre le Christ avec la raison naturelle. Par une horrible profanation , ou fait du Sauveur des hommes l'emblème du rationalisme. J'aimais à voir dans cet abus destermes l'effet d'un enthousiasme aveugle plutôt que d'un*dessein arrêté. Mais, puisqu'on le veut, je reconnais que j'ai poussé la charité trop loin. Peu importe ; car cette erreur , dont on ne peut me savoir mauvais gré , n'altère en rien la vérité des faits. Oui , Ton se sert de ce nom devant lequel tout fléchit
le genou dans le Hel\ sur la tefre et dans les enfers , ppur en faire le plus abominable u^age, pour déguiser le projet de renverser la religion dont il fait la gloire , et par là même la société qu'il proté^<^. Telle est la clé de ces e](pressions sorties de la plume d'écrivains universitaires: Le Verbe seferachose^ le Christ ^ victime d'une seconde passion , ressuscitera de nouveau , et des locutions anaflogiies qui se trouvent dans l'Histoire de la Philosophie (1) , par un des trois auteurs que j'ai cités plusieurs fois. Oq donne à entendre parla que \ts rêves du rationalisme Qe tarderont pas à se réaliser; et, tout à la fois, on flatte, sciemment ou non , les vœux des communistes qui vivent dans Tattente prochaine d'un âge d'or, lequel inondera de félicité cette terre dont tous les habitant Seront devenus des niveleurs , des boutè-fevnç et des athées. • '
Voilà les germes de paix et de bonheur à venir que I^Université nourrit dans son sein. Un professeur, qui s'est érig'é tout-|i-coup en tribun audacieux , a fait éclater le^ secret de ces doctrines depuis longtemps ensej|;;nées ; Ci ce ne sont point quelc^ues censures fort bénignes et fort légères qui pourront les étoulTêr.
Je finis par quelques inflexions jetées sente ordre ^ niais qui n'en sont pas ^ je pense, moins
dignes d'attention-
Si nous avions des Descartes, des Bossuet^ des Fénélon, des Newton, des Pascal, des hommes d'un esprit admirsfble elt supérieur , je conçois qu'une nation comme la nôtre leur donnât une confiance sinon aveugle du moTUsS Irçs-étendue. l^Iais que la France compro-»
(1) École théol, ,art. Lumctinai.s, p, 2A0ctsuiT,
mette ou même sacrifie soq ayenir , qu'elle s'exposeàdeveoir la risée, le scandale et peutêtre la proie des autres peuples » par suite d*uoe déférence sans bornes pour trois ou quatre idéologpues, gens d'esprit» sans doute» mais qui ne s'élèvent guère au-dessus du médiocre , soit cliez les uns par le dérèglement visible d'une imagination forte et brillante, soit chez les autres par une trempe d'esprit peu distinguée ; que la France en use ainsi » )e n'aurai pas 1^ témérité de dire que c'est r^et d'une cécité vengeresse. Je dirai seulement que cela me surpasse et me confond.
Autrefois, quandl'bérésie s'emparait d'une nation » Téducation y était changée » mais la morale de l'Evangile restait et servait de rè-* gle. La société avait toujours un point d'appui. Aujourd'hui la jeunesse , livrée à un enseignement philosophique, ou inintelligible ou cor* rupteur, parce qu'il ôte tout frein aux passions, passe du premier pas et d'ua&eul élan de la foi catholique à l'extrémité la plus oppo-< sée , c'est-à-dire au scepticisme le plus orgueilleux etle plus complet Plus de croyance, plus de contiction; la société se trouve donc suspendue en Tair et sur un profond abîme»
^vant 1^ mot souvent répété d'un ancien.
Le philosophe Garnéade, envoyé à Rome en qualité d'ambassadeur de la Grèce, se permit de rassembler des jeunes gens et de leur débiter dans un style enchanteur des doctrines philosophiques fausses et,perverses. Remarquez bien ; il ne fut pas question de lui donner à lui et à ses disciples la direction de toutes les écoles de l'empire romain ; et cependant les sénateurs , sur l'avis du plus sage d'entre'
eux » dé Caioa , se hàtèreat de provoquer ses lettres de récréa nce. La sagesse des Romains était graude-; l'Esprit saint lui-méiue l'a louée. (1)
Le fameux Frédéric, roi de Prasse, disait que 9 s'il voulait infliger un châtiment terrible à l'une de ses provinces qui aurait encoinru sa juste indignation , il lui enverrait des philoso; phes pour la gouverner. Or , ici il fautobserver deux choses : d'abord , que les pbiloso* phes que ce prince avait en vue, les plus habiles du moins , étaient déistes à la vérilé , mais n'allaient point jusqu'au panthéisme, au rationalisme athée , à l'éclectisme tel qu'on Fentend aujourd'hui ; et de phis , qu'un ensei- . gnement exclusif et universel qui enlace tout un royaume et enveloppe jusqu'au dernier hameau , agit bien plus efficacement sur la destinée d'un peuple que l'autorité publique et le gouvernement lui-même.
Je réclame toujours avec conûance l'exa*
men des chambres , en attendant que je vous
envoie quelques autres observations «t «i lei
travaux de mon ministère me le permettent.
t GLâUDE-HlPPOLYTE, évéque de Chartres*
NEUVIÈUE LETTRE.
Chartres, 24 décembre I8il2.
On vient de publier dans les journaux im écrit ou Extrait d'ouvrage , qui est répandu en
(1) I. Machab. \uu
te moment dans tout le royaume ,' et qui intéresse essentiellement la religion et le clergé de France. Cette pièce détachée a pour but de représenter, comme digne d'une vive approbation « ^et surtout comme trës^rtihodoi^e , la philosophie du xiv. siècle ; elle en fai^ Tapo* logie , et en même temp» elle en porte Tempreinte très-marquée par les choses nébuleuses , vagues , mêlées de nombrfijuses citations de noms , bien ou mal appliquées , qui éblouissent les gens superficiels , mais ne laissent au fond aucune idée nette et précise. En as&em^ blant vingt opinions qui se choquent, en entas-r sant les noms les plus disparates , ceux de Platon et de saint Thomas, de Descartes et de M. de Lamennais , d'Occam et de Malebranche , Tautenr semble vouloir persuader que le partage des esprits a été tel ^ que npus mjirchons à tâtons dans une obscurité profonde , qui avait besoin d'être éclairée par le génie de nos philosophes contemporains. ^ suis bien loin d'entrer dans cette pensée, et je montrerai trè&r-clai rement 5 si je ne me trompe, que la philosophie chrétienne ofTre'et offrira toujours ûe^ principes simples, mais kimineux et parfaitement liés , qui mettent l'homme en possession de la vérité , %i procurent par là à son esprit un repos entier et très-légitime.
J'ai remarqué dans ce} écrit une particularité qui m'aurait causé le plus vif étonnement, si les ouvrages de l'auteur m'étaient moins connus. Il répèle , il inculque sans cesse dans sps livres, que, la création est nécess(iire {i) , qu'en Die à" La puissance de produire est toa-
(!) Pragm. tome 1 ; Avcrtiss. , page xxii. — Préf. de la 7' ôdiï» pugc 20.
i jours en acte ; et il va jusqu'au point d*em*
i ployer ces mots d'une énergie incomparat^:
I II iCy a pas plus de Dieu sans monde , que de
monde sans Dieu (1). (H n^en- main tient pas
moins que Dieu crée librement ; comprenne
cela qui pourra ! )
Or , dans l'Extrait ^ il revient* là^dessus ; et il se réduit à dire ce que tout le monde dit et pense , que , puisque 0ieu a créé , il faut bien qu'il y ait^u convenance dans cet usage da«a puissance et de sa fécondité ; ri«a de mieux. Mais ce' qu'il y a ûe fort remarquable , c'est qu'il ajoute qu'en parlant ainsi il ne fait point de amcession , ni par conséquent de rétractation , que le sentiment qu'il vient d'énoncer n'est que le développement régulier de ses pen* sées précédentes » de celle-ci par exemple : // n'y a pas plus de Dieu sans monde ^ que de monde sans 'Dieu. J'ai bien reconnu les évolutions continuelles , ou, pour parler saps détour, les incroyables contradictions dont ses ouvrages sont remplis.
Je ferai donc quelques réflexions sur cet écrit ; c'est poui' moi un devoir partieulier. A une époque peu éloignée , j'ai soutenu devant le public que les nouvelles doctrines philosophiques étaient toutes teintes ^.toutes pénétrées de panthéisme. Si ce que VExtrait renferme était exact, }é serais un calomniateur ; j'aurais imprimé à mon. caractère une llétiissure véritable. Je ne puis donc me taire, ml je dois prouver que je n^ai point encouru , grâce-à Dieu , une pareille tache.
Cette pièce contient d'autres reproches enveloppés contre le clergé. Je le sais, messieurs,
(l) Fragm. tome 1 ; Préf. de la 2» édit. page 20.
voujt attendez de moi une justificaUoQ qiii nous sera commune. Je partage TOtre sentiment; une défense est nécessaire» et je vai$ Fentr«prendre.
Et d'abord Fauteur de VExtr€Ut se récrie sur ce qu'on a taxé sa doctrine de panthéisme. U assure, du ton le plus ferme et le plas.tranciiant ^ qu'il l'a , au contraire, too|ours com* battu. Ce premier différend est aisé à vider par l'inspection de ses ouvrages. Consultons ses Fragmems ( PréL page XL , 1" édition ) ; Toici ses paroles pour lesquelles je demande une grande attention-: « Le Dieu de la cons-r » cience n'est pas un Dieu abstrait, un roi » solitaire , relégôé par delà la création , sur » le trône désert d'une éternité silencieuse et » d'une existence absolue qui ressemble au n néant même de l'existence : c'est un Dieu à » la fois vrai et réel , k la fois substance et » cause , toujours substance et toujours oauT » se, n'étant substance qu'en tant que cause , » et cause qu'en tant que substance , c'est-àr » dire étant cause absolue, un et plusieurs, » éternité et temps, espaceet nombre, essence » et vie, indivisibililé et totalité, principe, » fin et milieu ; ati sommet de l'être , et à son » plus humble degré ; infini et fini toutensenir > bte ; triple enfin ^ c'est-à-dire à la fols Dieu, » nature et humanité. En effets si Dieu n'est » pas tout , il n'est rien ; s'il est absolument » indivisible en soi^ il est inaccessible, et par » conséquent il est incompréhensible > et son » incompréhensibilité esLpour nous sa des- » troction. »
Pesons tous les mots de cette période , à l'exception des premières paroles qui sont
tfSBBi^
presque énigmatiques et surtout fort suspec-tes. Les membres de phrase suivans^ qui sont parfaitement clairs « nous dispensent de cet examen. Dieu est temps, espace et nomtnre. On le décide avec beaucoup d'assurance ; quelle preuve en donne-t-on ? Aucune. Mais^ comme le temps , l'espace et le nombre sont limités , et ne peuvent entre)* dans une substance simple » on commence à déclarer par là le pan-* théisme qu'on à dans l'esprit.... Dieu est au sommet de Vétre , et à son plus humble degré. Peut-il donc y avoir divers degrés d'être, les uns supérieurs aux autres dans la perfection souveraine ? D'une autre part^ quel est le plus humble degré de l'être? C'est évidemment celui qu'occupent les corps grossiers et matériels répandus dans l'univers. Ces corps -font donc partie de l'être divin. Même erreur... I>i>tt est fini, et inflnitout ensembte.XoWk assurément Fall lance de mots la plus monstrueuse et la plus révoltante dont il y ait peut-être d'exemple ; car il est évident qu'un être fini sous un rapport , n'est point infini dans son essence. Mais, quand on prétend que Dieu est engagé dans la matière « et qu'elle fait partie de son essence , l'union de ces mots parait» au pre- » mier coup d'œil » un peu moins choquante.
Aussi , est-ce à cet état que Fauteur réduit la divinité. Suivent des expressions si hardies , qu'on n'en croirait pas à ses yeux , si la netteté et la précision des termes ne rendaient pUsIa méprise impossible : Dieu est triple enfin , e^està-dire, à la fois Dieu , nature et humanité: La doctrine du Dieu-univei^s {aillit de ces paroles d'une manièfe si vive et si saisissante, qu'elle ne demanderait pas un commentaire, même
CCO)
pour un enfanU Le premier être est à la fols .Dieu, nature et humanité. Gomment mieux expliquer que toutes les choses existantes ne font qu'un tout unique ? Cependant Tauteur sait trouver de nouvelles expressions pour rendre la même pensée. Si Dieu rCest pas tout, il n'est rien. C'est là comme la devise et le mot d'ordre des panthéistes. Oui» si Dieu n'est pas reptile, tigre, panthère, il n*est rien.bétestable blasphème, qlie doit pour^tant nécessairement proférer celui qui soutient l'opinjon dont il s'agit ici. — Vincompréhensibilité de Di/eu est pournous sa destruction. Or, c'est précisément tout le cônlraii^e , de l'aveu de tout homo^e capable de la plus légère réfle^on.
Quel esprit eja effet n'est frappé de cette vérité 5 que ^^s vues finies comme les nôtres sont trop courtes poui; pénétrer toutes les profondeurs ^e l'infini ? Doù il suit que, si Dieu était compris par nous , il ne serait pas infini, Une serait pas. pieu. Mais non^j l'auteur des Fragmens , comme on le voit dans tous ses livres, ne veut point qu'il y ait de mystères pour la raison humaine.' 11 soutient qu'elle peut embrasser Tiàfini tout entier. Hélas I que résulte-t-il de là ? C'est qu'il égale notre intelligence à la sagesse incréée , qu'il en fait l'apothéose , et que , sans y songer sans doute^ il relève l'exécrable* autel de la déesse Baison.
Voilà donc le sens Lien clair dans tous ses détails de cette longue période. J'affirme avec confiaqce que jamais on n'a énoncé lë panthéisme d'une manière plus explicite, plus nette , plus catégorique. 11 n'a pu échapper à aucun lecteur , que notre philosophe était insatiable de répétition s et de figures pour mettre
plus vigoureusement eil relief cette déplorable doctrinCà Aioutôus fort inutilement quelque autre prietivc. ^
Dieu, suivaiitlQ même écrivain, tire te monde non 4u néant qui n'est pas , mais de luî qui est Inexistence absolue^ (1) Puisque Dieu ne tire pas lé monde du néant par la rajson qu*il n*est pasy il le tire donc d*une chose qui est , (C'est-à-dire d'une substance effective , réelle. Or, dans l'instant quia précédé lacréation^il n'y avait d'autre substance que la substance divine. Il s'ensuilqueDieqa lire toutes les choses créées de sa substance ; et,c(jmme celtef substance adorable est simple, indivisible, immuable, inaltérable, incapable, en ml mot, de se transformer, il^faut nécessairement en conclure que toutes les choses produites par lui participent à sa, substance, sàntsa substance même ; de sorte que tout es^ Dieu dans l'univers.
Qu'on indagine toutes les subtil^és qu'on voudra > on n'échappera jamais à cette conséquence.
Finissons sur cet article4)ar un indice trèsfrappant. Personne n'ignore 'que Spinosa a donné son nom au panthéisme moderne. Or , le chef de Técole philosopniqâe actuelle montre pour ce Juif hollandais une prédilection ou plutôt un enthousiasme qui marque une vive sympathie. Il porte sur cet homme un jugement qui ne peut qu'exciter une extrême surprise. 11 ne lui trouve , ce semble^ d'autre défaut que d'avoir été trop religieux : Loin d'être un athée, dit-il , Spinosa a tellement le sentiment de Dieu, qu'il en perd le sentiment de
(1) InirocU à l* Histoire delà philosophie, v*. )cçon> p. 27.
C homme} c*cst un excès dont oii ne l\iuraît pas çrù capable. Notre écrîTain ajoute : Son livre est au fond un hymne mystique, un élan et cm soupir de l'âme vers celui qui , seul , peut dire légitimement i Je suis celui qui suis. Oui ^ sans doute, Spinosa chsinie celui qui est ^ maïs qui est à la manière des panthéistes ; quand il s*agitde Dieu, le Juif d'Amsterdam n'en con-^ naît point d'autre. Il semble évident que celui <{ui est flatté» presque ravi par ce chant mystique, ne peut être qu'un philosophe attaché à la même école. Enfin , voici les paroles les plus extraordinaires , je crois , que j'aie ja-* mais lues ; assurément il y a peu de personnes qui ne puissent en dire autant. Le même écrivain, en parlant de Spinosa^ s'exprime en ces termes : V auteur auquel ressemble le plus ce prétendu athée ,. est l'auteur inconnu de l'Imitation de Jésus-Christ (1). Quoi ! cet homme si vénérable^ si pieux, et en même temple d'une âme et d'un esprit si élevés , sur lequel Fontenelle a dît un mot connu de tout lé monde , que Leibnitz admirait , était donc tomme une image et un portrait anticipé du Juif apostat I Peut-on porter plus haut la gloire de cet impie, abhorré depuis deux siècles de tous les peuples civilisés? Et comment se refuser à croire que celui qui le loue avec une elTusioa si yive et de si singuliers transports , approuve et même partage ses sentimens ?
On. dira peut-être qu^il a plusieurs fois désavoué ce système du Dieu-univers. Mais d'àbord , dire le pour et le contre , n'est pas sc^ rétracter » surtput quand on persiste à dire le pour et le contré sur le même sujet. Je don-
[lyPraffiiL lomc ii , pages lô4 , lOfi.
herai, dans un instant» plus de ioaràcetté remarque. Il s^est rétracté» mais comment?
Qui le croirait ? Quelquefois» même en pré* tendant désavouer sa professioa de croyance panthéiste, il la renouvelle et la confirme. EU voici un exemple propre à piquer vivement la curiosité. Dans une des préfaces qui sont en tête de la 3* édition, p. 19 , le philosophe gui nous occupe repousse d'abord avec uoa extrême vivacité Taccusation de panthéisme.
11 jette en passant ces mots qui nous ont tris* tement frappé , savoir que son Dieu n*est pas le Dieu mort de la Scolastique ( comme si l'Ecole avait jamais reconnu un a^tre Dieu que le Dieu vivant de£ Chrétiens ) ; et , après une ex*-
Î^lication pleine de chaleur , en forme d'apo* ogia , il fait une horrible rechute , c*est-à* dire qu'il rappelle la grande période citée plus haut» qu'il s'appuie sur ce passage; qu'il l'a* voueauthentiquement de nouveau. A la véri^ té , par iin demi-remords « il ^'arrête avec ces expressions fatales : Triple enfin , c'est-à-dire à la fois Dieu^ nature et humanité ; mais il cite toiU ce qui précède.* Ov, quand on dit que Dieu est temps , espace et nombre , qu'il est fini et mfini^ etc. , on exprime surabondamment la doctrine du panthéisme. Ce«t ainsi qu'il retombe dans l'ablme auquel il* prétend avoir toujours échappé , etqU*ily est rfentralné par un engagement de système , et par l'impérieax ascendant de sa sécrète et profonde pensée.
Voilà , il faut en convenir , une bien étrange manière de secorriger. Les autres rétractations de l'auteur ,. lesquelles ne méritent guère ce nom , sont, il est vrai , d'un autre caractère; wiais elles sotu vagues , indirectes , mal aj)^
( 64) puyées. nullement concluaDtes. De làquo s'eDsuit-U ? C'est que,« si ces modifications éneryent ud peu la force de la grande période, p^r exeiqple, que f ai citée plus haut, et où le panthéisme est professé avec tant de précision, de solennité et d'éclat; d'une autre part, cette période, avec la lucidité extrême et la vigueur de ses expressions ^ détruit toute la valeur de ces désaveux pâles et incomplets, dans lesquels on a dès lars le droit de ne plus voir que des piilliatifs , des palinodies coacertées et tr^-peu dignes de confiance.
Cette observation est, ce me semble , d'un fort grand poids : et,. lors même que les deux termes opposés de ces^contradictio^is seraient d'upe égale énergie^ qu'en résulterait-il ? C'est que l'auteilr laisserait à chacun le choi]i^ des deux partis divers oi^ contraires. Mais n'est-il pas évident qu'entre deux doctrines, dont l'une blesse toutes Tes passions et l'autre les flatte , entre le théisme . par exemple , qui place suc pps têtes un maître , un juge formidable , et le panthéisme qui montre uq Dieu engagé dans la matière , et par là même impgis^antet comme^ stppide ^ n'est-il pas évident que , dans cette alternative , un grand nombre d'hommes , ou livrés aux illusions de la jeunesse , ou peu instruits j ou peu touchés de ce qui a rapport 1^ pipu et âii salut de l'âme, laisseront le système qui les contrarie , et embrasseront ayec ardeur celui qui lâche la bride à (e^rs inclinations , etjen autorise tous les excès^^ tous les emportemens , tous les caprices ?^
Il est donc incontestable que le panthéisme domine toutes ces doctrines qu'on veut bien
appeler philosophiques; et«ce qui ajoute beaucoup à la prépondéraoce donnée à celle doc-, trine dans les livres de T auteur, c'est une circonstance qu'il est très-essentiel do remarquer. .En effet , s*il avait abjuré celle monstrufjuse opinion , il semble au'il serait étonné lui-même d'avoir pui'embrasser et la défendre , qu'il aurait gémi profondément à, la vue de ces lignes qu'il aurait eu ie.mtalhçur d'écrire dans celte vue , qu'il aurait voulu les. effacer de ses larmes , et qu'il se serait hâté d'en faire disparaître toutes les lraçes« Mais c'est précisément le contraire qiji est arrivé : il a fait réimprimer, la grande période ciéià, mentionnée, dans toutes les éditions de ses œuvres ; elle se trouve du molps dans la 2i*, édition qui a paru douze ans après la première , et que fai sous Iqs yeux. Jll n'y a pas touché , il n'y a pas change un seul mot > une seule syllabe. Gomment concilier sa résipiscence avec ce soin si' persévérant de remettre sois les yeux du public un texte qu'il aurait du attacher tant de prix à lui dérober, et à lui faire , s'il était possible , oublier pour jamais ? • <
On VjOit ces Choses., on les rapprpché , et on en tire de bien tristes inductions ; n'est-il pas visible, en effet, que Timpression produite par ces livres est mesurée sur toutes ces cir-r constances ? Et combien il est dîflicile qu'un, jeune .homme surtout,' qui les a lus de ]x)nne foi , et qui les prend pour règle de ses juge; mens et de ses croyances , ne sorte pas dé celle lecture avec le panthéisnie dans le cœur, ou du moins a^ec une prédilection marqué^ pour ce système détestable ?
Celte conséquence est désolante ; mais ellQ
Test bien plus encore , quand on considère que le panthéisme est , dans un sens » plus dangereux et plus funeste à la société que l'athéisme lui-même. L'athée se borne à. regarder le crime comme indifférent; son aveuglement ne va pas plus loin : mais l'opinion du panthéiste , qui croit être une portion de féternelie essence , rend respectables, k ses yeux> tous ses actes; elle consacre ses erreurs , elle sanctifie tons ses excès , elle divinise ses attentats les plus odieux et les plus noirs. Qui ne frémirait ici , qui ne verrait an effroyable danger dans ces impressions reçues partant de lecteurs ? Et comment calculer les maux qui attendent une société au sein de laquelle les doctrines dont je viens de parier seraient , même avec quelque déguisement , répandues par mille canaux, à fabi4 d'un titre spécieux et honorable? Qu'on y réfléchisse; j'ai fait mon devoir , j'ai parlé en éréqae , c'est-à-dire en gardien et en défenseur par état de la morale publique.
Si les vérités les plus hautes , les plus révérées , ont été si dangereusenient , si &udacieusement attaquées par les philosophes du jour, ai-je besoin de dire qu'ils n'ont pas plus iuénagé d'autres vérités dont les premiiéres sont la source ? aije besoin de montrer de quelle manière ils traitent le Christianisme ? Il est aisé d'en juger par ce qu'on a déjà vu. L'article le plus auguste de notre foi, la Trinité tlans l'unité de laquelle nous adorons le Père , le Fils et le Saint-Esprit , qu'est-elle pour eux ? Je vous Tai déjà dit , ils n'y voient que le Dieu triple , qui est tout à la fois Dieu , nature et humanité. Que devient après celal'in-
càraaiion de la seconde personne, la réderoptipa , et notre religion tout entière ? Ce n*est pas tout*
Quel disciple de l'Erangile ne gémirait profoadéBDient en lisant les paroles suivantes : La phUo90phie est patiente; heurease devoir les masses entr^ les bras du Christianisme ; elte se contente de lui tenâte doucement ta main , et de l'aider à s'êieoer plus haut encore. (1) Quelle comr compassion insultante et dérisoire l Vous le voyez, il reut bien jeter un regard dMntérêt sur la religion chrétienne ; il se proportionne , il se ^apelis^e pour descendre jusqu'à elle ; il daigne prêter son appui au Christianisme si digne de piUé> qui a produit si peu de vertus éclatantes , qui aété défendu par si peu d*homssias d'an génie éminent » qui a fait si peu de conquêtes dans r«nivers. 11 lui tend la main doucement, avec bonté, avec une touchante condescendance : et pourqutn ? pour l'élever pimiuMut. fit jusqu'où doiic veut-illefaîre monter? on le présume assez : jusqu'à la hauteur de sa philosophie. Hélas! vous la connaissez déjà, ftut-on se jouer avecunou(bli si incroyable de tome retenue «d'une religion crue et révérée 4ans le monde entier ^
Faisons-nous vloience pour continuer un examen si (tonioureux et si blessant pour notre foi. A les en*^ croire , la révélation véritable , c'est la raison , c'est le spectacle de la nature et l'impression qn'ilfait sur nos âmes. (2) La raisom , disent-ils , est à La lettre une ré^
(1) Introduction à l'Uistoire de la philosophie ,2\\eçon page SS.
. ^) Enai sur- l'Hèêtoire de ta phitoiopiiie in France au xi\* siècle par M... professeur de philosophie.
( 68 ) véiation ; elle est le médiateur nécessaire entre Dieu et l'homme; elle est ce Verbe fait chair , qui sert d'interprète à Dieu et de précepteur à C homme; f^ommeàla fois et Di^u tfiut ensemble.,, le Dieu du genre humain^ Or , il oe peut pas y avoir deus^ médiateurs divins (1) (leur duplir cité serait inutile , et ils s'embarrasseraieot en quelque sorte Tun l'autre) : il ne peut pas y avoir deux verbes faits chair ; l'empire du ge^re humain, ne peut pas être partagé entre deux différensDieux. Il s'ensuit que la raison est tout, qu'elle supplante Jésus-Christ^ et que le culte de. ce Dieu sauveur n'est plus qu'une allégorie^ une fiction, wn mythe. Celte déification de la raison , et l'anéantissement du Christianisme, qui en est la suite» voilà le fon4 de tout leur système. On retrouve: partout dans leurs livres cette intention bien ou mal déguisée... ils s'efforcent donc de cacher , du moins à depai , ces imaginations monstrueuses... Qui, ils ont dans ce but in^vepté uu stratagème , mais bien grossier , le voici : •
Sous le nom de mysticisme , terme convenu par lequel ils désignent la croyance au surnaturel et 2i\ix my stères j et qu'ils étendent au culte protestant, parce qu'on y a la faiblesse de croire en Jésus -Christ; sous le voile de cette dénomination ils insultent la religion du Christ , fis la jouent , ils la nient, ils l'avilissent, ils lacaiomnient» ils l^ relèguent dans le peuple et dans les masses ; ils en font le terme opposé à la raison ^ à la réflexion; ils dé» cident qu'elle a fait son temps (d'où il faudrait
(1) Il n'y a qu'un Dieti , ;„ ^a nn médiateur enlrc Dleii et Phommc : Unus Deus, unusmediator Dei et hominis^ 1. TiM. 11 , 5.
conclure que Jésus-Christ , qui lui a prouiiss' iioedurée sans (in , a trompé le monde) ; en^ fia , quand ils veulent lui faire le plus d'honneur « ils déclarent avec faste qu'elle est Ta-r vant-coureur » la figure vide » l'enveloppe de leur propre philosophie , laquelle bientôt triomphante ouvrira une ère fortunée de 11^berté sans entrave , de bonheur sans mélange , et formera la seule religion véritable. (1) Je m'abstiens de qualiiier cette présomptipn et ce délire.
Comment envisagent-ils ce qui a rapport à l'existence , à l'immortalité de notre âme ?
Avantde répondre, iedois remarquerqu'ils ont inventé une méthode qu'on a nommée psychO" logique* Cette v^ine et pernicieuse nouveauté consiste à transporterie grand moyen de connaître que Di^ nous a donné , de l'esprit au cœur et de l'entendement à la conscience. Us ont ipierverti par là l'ordre et la destination des facultés dont le Créateur nous a pourvus^ Dieu venge son ouvrage quand on y touche ;' ils ont demandé des lumières à cette méthode, et ils n'en ont obtenu que des mépris^ , des erreurs et d'é(|ais nuages* Un exemple dér cisif^ i'ose le dire, et qui a rapport ^ la vérité dont il s'agit en ce moment, c'est-à-dire à la
(1) M. le professeur de philosophie, dont 4'ai déjà indiqué Jifi passage , annonce avec une assurance risible et tr&9-afiligcante à la fois, la domination universelle de rcclectisme quMl croit très-rapprochéc. Suivant lui , notre Christii^uismefera place à son idole. Hélas! il ne verra point ces beaux Jours ; lui et tous les hommes qui se succéderont jusqu'à la fin sur la terre , auront fermé les yeux quand le Christianisme se transformera pour n'être plus que la vision pure et le feu de réteruclla charité. Voy. sou Essai sur L'histoire de la Philosophie en franco au xiv siècle , tome I , page 142 et suiv.
^pirîtuaiité de i'ftme, confirmé cette observa* tioD. Le philosophe reDommé » dont on déplore la perte récente, a confessé ouTertement que le dogme dont nous paHoos ne trouvait ni preuve ni a^pui dans la science philosopha que actuelle. On n'a pu , sans une assurance iucroyable , nier ^ comme on Ta fait » la réa-* lité de cet aveu conçu dans des termes aussi formels qae ceux-ci : // faut IcUsser dormir cette (luestion (celle de Timmatérialité et de l'imwortalité de Tâme) ; dans l'état présent de la science, on ne peut pas même Cabchrder. (1) Nous eu savons bien plus aujourd'hui , et des rêvé* lations faites après la mort de l'auteur que je >iensde désigner, nous oui appris que cette méthode psychologique n'avait pu le retenir , ou même qu'elle l'avait placé sur la pente d'un pyrrhonisme universel, au sein duquel s'est éteinte cette vie toute de méditation et d'étude. ' Parlerai-je de la morale ? Qu'en fooi^its ? quelle base lui donnent-Us ? Ahl ils lui enlèvent toute force, toute sanction. Ainsi dé^ar* mée , quelle vertu peut*elle faire éclore ? quels vices peut-elle réprimer ? quel excès est-elle en état de prévenir ? |}n horrible fléau désole notre France ; c'est le suicide. Opposent-ils ^quelque digue ^ quelque préservatif à cet acte affreux de désespoir ? Non, ils le facilitent, ils l'encouragent au contraire. Avec leur panthéisme , leur matérialisme^ ou, si l'on veut, avec leur spiritualismi^ qui n'entraîne aucune obligation morale , ils meUent le poignard dans la main djii malheureut qui déchire son sein « poussé plutôt par leur fatale doctrine
(1) E»qui$8. de pMU morale ; Prtîf. du Iraducl. page