‹ Lettres et instruction pastorale de monseigneur l'évêque de ChartesChapitre 7 sur 15 · TIT. I · texte numérisé non relu

TIT. I

et qu'étant chargés par les lois divines et bumaines de défendre la religion et la morale , nous remplissions ce devoir parla raison bieo simple que c'est notre devoir, et que notis serions des prévaricateurs et des lâches si nous 'désertions une obligation si capital^ ? Cette explication de notre conduite suffit ; ei| chercher uu autre, c'est une supposition maligne et gratuite , c'est du dénigrement , ou plutôt c'est un artifice mis en œuvre pour écarter des vérités qui embarrassent et un zèle qui incommode. On prétend que nous agissons par intérêt. De quel intérêt parle-ton? Je Hgnore ; mais ce qui est certain*, c'est que nous ne saurions en avoir un comparable à Celui qui fait désirer ardemment à nos philosophes , placés si haut et si commodément en toute manière, de maintenir atout prix leur position présente. Où va plus loin ; on s'efforce d'attirer sur nous la dérision et le mépris. Le para* prêtre est une injure vieillie, usée : on en met aujourd'hui une autre à la place, qu'on croit pouvoir tenir lieu de justice, d'esprit et de raison. On trouve fort p»iquant de ne vair en nous que des hemmes de sacristie : on se garde bien de montrer les prêtres à l'autel, où ils offrent l'adorable victime; dans la chaire, où ils enseignent les seules vertus solides fondées sur la foi ; an chevet du malade , qu'ils encouragent et qu'ils coos<^ lent ; sous la chaumière du pauvre , où ils vont répandre l'espérance et l'aumône ; au milieu des épidémies , où ils bravent la mort avec joie; enfin sur le théîUre de leurs travaux apostoliques et lointains, qui, pour prix de leur application à èiviliseret à sanctifier les

peuples, ne leur offrent que des fatig;ue$ incroyables et quelquefois d'horribles supplices , dont ridée seule fait frissonner nos philosophes : on n'a garde de les montrer dans ces situations , on les représente toujours comme sortant d'un lieu que le monde regarde avec dédain. Toutes les parties de la maisoa de prière sont honorables à nos yeux. Oui , oui, nous sortons delà sacristie; mais bien d'autres en sont sortis avant nous , les Féné- Ion , les Bossuet , les François de Sales , les Augustin y les Ambroise, les Chrysostôme ont paru aussi fréquemment dans ce lieu. En remontant plus haut, on y a vu les Pierre , les Paul , tous ces apôtres qui ont conquis le monde; c'est de là qu'ils sont partis pour aller à cette conquête : ce souvenir adoucit un peu l'humiliation qu'on veut nous faire subir* D'autres trouvent plus agréable de nous traiter de moines; cette épigramme sans sel et sans pudeur leur plaît inQniment. Nous leur ferons une réponse analogue à la précédente* Nous ne rougissons pas d'un titre qui n'est pas le nôtre, mais qu'ont porté tant de grands hommes. Nous nous mettons devant les yeux un Grégoire deNazianze , un Basile-le-Grand« un Jérôme , un Bernard , un Suger , un Las- Casas , un Bourdaloue. Nous nous glorifions d'une injure qui nous est commune avec eux.

Mais non, le monde leur conserve encore une haute estime; et, tandis que le nom des faibles génies de nos jours , qui les avilissent pour nous insulter, sera complètement oublié dans cinquante ans , celui de ces moines que j'ai npmmés , et d'un grand nombre d'au« tres, passera à une postérité reculée, entouré

de la vénération générale et d'ua lustre immortel.

Enfin , on nous accuse d'être les ennemis de la philosophie , et presque de la raison ; mais vous savez, Messieurs, que, cette science étant étroitement liée à la Religion, puisque noire /bt^ suivant r Apôtre , doit être raisonnable (1) , c'est-à-dire appuyée sur la raison , nous devons incessamment faire notre étude de cet objet si grand et si important.

Oui , nous sommes , par devoir , versés dans ces matières ; et nous prouverons , du moins je l'espère , que nous ne sommes pas entièrement étrangers à ces connaissances , quand nous aurons exposé les vrais principes sur la manière de les acquérir et d'en faire usage.

J'ai renfermé cette exposition dans le supplément que je joins ici : je l'ai détaché de cette Lettre , parce qu'il n'en est point l'objet immédiat. Je suis informé que beaucoup de jeunes esprits désirent vivement connaître le plan de la philosophie chrétienne. Je me fais une joie de le leur offrir. Quef les défenseurs de la nouvelle école l'attaquent; qu'après l'avoir examiné et sondé de tous côtés > ils y cherchent un endroit faible; qu'ils multiplient les difficultés et les objections : nous n'en serons nullement effrayés ; avec le secours de Dieu, nous saurons leur répondre.

Vous connaissez la considération et l'attachement avec lesquels j'ai l'honneur d'être » Messieurs , votre très-humble serviteur.

t CLAUDE HIPPOLYTB , ^^^ac deChartres.

(1) Rom. xn. 1.

( 80 ) Plan de la Philosophie Chrétienne,

Considérons un insxant un grand spectable, c'est-à-dire Tensembie et Je cercle immense des vérités si nobles , si utiles , si consolantes, en un mot si variées , que Dieu nous fait connaître par les simples lumières de la raison ; jetons les yeux sur la philosophie chrétienne. J*en indiquerai rapidement le plan , et Texacle proportion avec les convictions essentielles à Thomme et avec les principes (le son vrai bonheur. Vous jugerez s*ii y a rien de mieux lié , de plus clair , de plus inébran- Jable.. Cette doctrine, je rappelle chrétienne, parce qne la substance et le fond en ont été religieusement conservés dans T Eglise du Sauveur depuis son origine. Elle se compose ^essentiellement des grandes vérités sur Dieu et sur l'homme. Or, malgré toutes les subti* lilés du moyen-âge , ces vérités se sont toujours maintenues sans atteinte, à l'abri de la foi. Le novateur, assez téméraire pour oser y. toucher « aurait été exclu aussitôt de la société sainte, et on ne l'aurait plus écouté.

Il est visible que celui qui veut pénétrer dans la science philosophique , doit chercher avant tout, où est -la certitude , ce qui constitue la certitude, ou > si Ton veut, les moyens de s'assurer de sa présence. On bâtirait un édifice en l'air , si l'on ne posait ce fondement. 11 ne faut pas aller bien loin pour trouver ces indices frappans qui distinguent les choses dont on ne saurait douter. Ces traits et ces caractères sont gravés profondément au fond de notre nature. Je m'explique ; pour

Délaisser aucun nuage sur use aussi grande' question^ je yeux employer les termes les plus clairs et les exemples les plus sensibles.

Quand on. dit en ma présence : Un cercle iCest pas un triangle ; le soleil se lève à C orient et finit sa course à l'occident; Home ou bien Constantinople existe; quand: on énonce devant moi ces propositions » je sens dans mou Sime une impression profonde et invinciblo qui exclut tout doute de mon esprit. Je ne dis pas que ma nature me dispose , m'incline à croire. Non , non , elle me donne une impression tout autrement vive etfoKe ; elle me rend impossible toute hésitation ;£lle emporte malgré moi et comme sans moi mon consentement! Voilà sans doute un motif légitime de mon acquiescement ferme et absolu. On a yu, dans les exemples que je viens de citer , la puissance irrésistible de l'évidence, du rapport des sens , et dans mille circonstances du témoignage des hommes. Les autres principes de certitude , au nombre de deux ou trois, se découvrent aisément par une épreuve semblable. Qui oserait demander une base plus ferme pour asseoir ses jugemens? Quel aveuglement de se méfier de ces appuis ! il nous serait plus aisé de nous dépouiller de notre être , que de ne pas croire sur de tels garans» puisqu'ils règlent les vues et les déterminations des savans. et du peuple , et qu'un homme qui les méconnaîtrait serait regardé unanimement comme ayant plutôt besoin des soins d'un médecin que, des raisonnemens d'un philosophe.

Non , la certitude ne va pas plus loin icibas , et cette lumière nous suffit. Ne pas s'en

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contenter, c'est prendre en cTégoûîTc soleil , et prétendre qu'on ne voit rien , parce que d'autres rayons , partis de je ne sais quel monde chimérique^ ne viennent point frapper nos yeux.

C'est ce que l'école allemande , qu'on suit beaucoup trop parmi nous , n'a point considéré. Comment ne voit-elle pas que cette séparation du mol et du non moi , dont on fait tant de bruit, est comblée par la nature, la* quelle rend inutile le pont imaginaire qu'ils ont inventé , et qui n'est qu'un vain et ridicule travail ? Ah ! on peut bien appliquer ici ces paroles de l'Ecriture au sujet de certains esprits : Ils enfantent laborieusement des iu'^ ventions que le vent emporte (1) ; et encore : Ils se sont évanouis dans leurs pensées, (2)

J'ai donc d'incontestables moyens de m'as« surer de la vérité. Mais quel est le premier tisage que je dois faire de ces lumières et de ces ressources? Quiconque a un cœur, et sent qu'il ne s'est pas donné l'être à lui-même ^ peut-il balancer? Entraîné par le sentiment de sa dépendance et de sa gratitude , ne s'élèvet-i! pas d'abord vers son Créateur pour se pénétrer de la réalité de son existence, de ses grandeurs, de ses bienfaits, de ses perfections infinies? La connaissance de Dieu , quel tré* sor , quelle ineffable conquête ! On puise aisément cette connaissance dans l^a considération de la cause première ^ de l'Être existaùt par lui-même. Que voit-on , en eifet , dans cet abhne de vie et de gloire ? On voit l'Etre qui se déploie , qui s'étend de toutes parts ,

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