ECCLES. V. 15. (2) ROM. I
sans rencontrer jamais aucune borne. Lai plé« uilude de Texistence est son partage ; il trouve en son fonds , sans mesure et sans lin , tout ce qui agrandit l'être • l'embellit et le perfeclionne> c'est-à-dire ses attributs infinis et adorables. L'harmonie de la nature , les merveilles du monde visible , proclament à leur tour ces vérités. Enfin » la foi du genre humain et ses cantiques d'adoration les consacrent et les pei'péluent. Dès que je tiens ce premier anneau , je parcours aisément tous les autres; j'avance de clarté en clarté (1) ; les vérités en foule se développent à mes yeux , et je n'ai plus à craindre que mon aveuglement volontaire.
Arrivé à ce point de vue immens.e et majestueux , je m'arrête un instant pour tourner mes regards sur le chemin que j'ai déjà fait. Je savais que ma nature avait été pour moi un guide fidèle et sûr : mais enfin j'admire la richesse des dons départis à l'homme > quand je reconnais que la véracité divine donne une nouvelle autorité à l'évidence et aux autret^ motifs légitimes de croire ; puisque ces impressions y qu'un Dieu souverainement vrai a mises en moi , ne sauraient être un piège ni un instrument d'erreur.
Dieu nous est connu , il est la source de toutes les vérités ; il n'en est aucune de nécessaire > qui ne vienne pour ainsi dire d'ellemême s'offrir à nous.
Y a-t-il une vie à venir ? Oui , parce quil est impossible que 5 sous un Dieu juste, la vertu j toujours persécutée et nourrie de lar-
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mes , ait à la fin le même sort que le scélérat toujours heureux. — Noire monde moral est un horrible tableau : pour qn'il soit digne de Dieu , il faut que ce grand Être le retouche, le rectifie > raclièye» en un mot^ dans une vie future.
Le Christianisme est-il divin? Oui, parce que, si des prophéties nombreuses accomplies , des miracles avérés , d'autres raisons qui ont converti le monde ^ et qui ont par conséquent tant de proportion avec mes lumières naturelles , me trompaient , j'aurais le droit d'imputer à Dieu mon erreur ; ce qui ne peut être.
Enfin l'antique religion de notre patrie mé^ rite-t-elle le respect et l'amour d'un si grand peuple ? Il n'est pas permis d'en douter. Car, que nous dit-on ? Que la véritable Église du Sauveur est tombée peu de siècles après sa naissance , et que depuis long-temps la catholicité n'est qu'un christianisme déchu , corrompu et dénaturé. Mais , je le demande »
comment concevoir qu'un Dieu ait été un architecte assez malhabile pour bâtir un édifice ruineux qui devait crouler peu de temps après s'être élevé sous sa main adorable? D'ailleurs mille indices attestent que rien d'essentiel n'a été changé ; et la suite des successeurs de l^ierre , qui remonte sans contestalion jusqu'à l'origine , ne suffit-elle pas pour nous garantir que tout nous a été transmis par ce canal , et l'autorité de la parole > et la I émission des péchés ^ et la grâce des sàcremens , et en générai tous les biens spirituels apportés au monde par l'IIomme-Dieu ? Ou comprend aisément que je ne prétends pas
entrer daos le fond des preuves , et que tout mon dessein est ici de montrer d*iiDe manière très-rapide l'enchaînement des idées qui composentla philosophie des vrais chrétiens et en-
. suite tout Tensemhle de leur croyance.
Concluons» La raison est un magnifique vestibule , mais où l'on désirerait plus de majesté j d'élévation et d'étendue. Quand je considère l'élan de notre nature vers l'infini , je
. trouve que l'homme est trop grand pour être retenu dans cette première enceinte. En effet , s'il use bien de ses lumières , il en franchit le seuil , et ce portique où il a d'abord arrêté ses pas , l'introduit dans un sanctuaire révéré^ qui est la religion. Dès qu'il y est entré, sa vue s'étend mille fois plus loin; de ses regards il pénètre le ciel , il y aperçoit
. son trône. Ce sera lé terme de sa course et le prix de ses vertus. Oui , la religion est cette
maison de Dieu , cette porte du ciel (1) qui nous conduit à notre fin» c'est-à-dire au repos après les fatigues « à la joie après la tristesse > à l'immortalité et au vrai bonheur.
Heuneux', j'ose le dire , celui qui sait se pénétrer de la doctrine que je viens d'exposer ! Elle a toujours été celle de l'Ëglise ; et j'ajoute, en me servant des termes de saint Paul , qu'elle a les promesses de la vie présente et celles de la vie future ; promissionem habens vitœ qua nunc est , et futurce (2) .
(1) GeS. XXVn. 17. (2) 1. TiM. IV. 8.