COMMINES AU SERVICE DU DUC CHARLES DE BOURGOGNE
Philippe Vanden Clyte \ plus connu sous le nom de Philippe de Commines, appartenait à une famille dont l'illustration n'était pas ancienne.
A plusieurs reprises, les Vanden Clyte avaient figuré parmi, les échevins de la ville d'Ypres, mais presque toujours comme les adversaires du parti communal. Ainsi Jean Vanden Clyte siégea parmi les juges de Zannequin, et fut successivement envoyé vers Charles le Bel après la paix d'Arqués, et vers Philippe de Valois après la bataille de Cassel, pour s'incliner devant des princes profondément hostiles à la Flandre 2.
Un demi siècle plus tard, Colard Vanden Clyte est bailli de Gand, quand Louis de Maie extermine les tisserands 3. Rentré à Ypres quelques années après, il y signe la charte qui confisque les franchises de ses concitoyens 4.
1 Les Vanden Clyte devaient leur nom au hameau de Clyte, à Ileninghelst, près d'Ypres.
2 Inventaire des archives d'Ypres, par M. Diegerick, t. II, pp. 3, 9 et 50.
3 On conserve aux archives du royaume un compte de Colard Vanden Clyte, bailli de Gand, du 23 janvier 1351 au 21 mai 1352. Il y prend le titre de chevalier et de seigneur de Nieuwenhove. Une branche de cette famille semble être restée assez obscure. On y trouve un peintre et un procureur au grand Conseil.
4 Charte du 9 août 1377, aux archives de Lille,
A Colard Vanden Clyte remontait l'élévation de sa famille. Louis de Maie le créa son conseiller, et de plus, il lui donna la main de l'héritière de la maison de Wazières qui avait recueilli la terre de Commines des nobles seigneurs de ce nom, cités dans notre histoire dès la première croisade. Lorsque Philippe le Hardi se montra si ingrat envers Jean Vander Zickele, à qui il devait en grande partie le traité de Gand (le Jean de la Faucille, « moult renommé « homme et sage, » de Froissart), ce fut Colard Vanden Clyte qui fut chargé de présider à la confiscation de ses biens l. Son crédit était si grand, que les bourgeois de Nieuport, désirant entourer leur ville de murailles, constituèrent une dot d'un revenu de trois cents livres à la fille du sire de Ghistelles qui allait épouser son fils , en s'engageant à renoncer à toutes dispenses de papes, d'empereurs et de rois 2. Il y eut toutefois dans sa vie un incident que les chroniqueurs ont passé sous silence. Un chevalier nommé Gaymar lui reprocha nous ne savons quel méfait et le défia en combat singulier. On les sépara, mais peu après ce chevalier périt, et Colard de Commines, soupçonné d'avoir été l'auteur de sa mort, fut banni du pays, où il ne tarda pas à rentrer, grâce à la faveur du comte 3. Voici en quels termes
1 Charte du 14 octobre 1386, aux archives générales du royaume.
2 Charte du 8 janvier 1388 (v. st.), Archives générales du royaume. Au mois d'août 1391, Colard de Commines plaidait contre le bailli d'Yprea au sujet de la juridiction - de la grande rue de Zillebèke. » 11 succomba dans sa prétention (Archives du royaume.)
3 Lepippre. Une. charte de Louis de Maie, donnée en llamand à lîiuges le 7 octobre 1366, révoque le bannissement perpétuel prononcé par la loi d'Ypres, contre Colard Vanden Clyte, chevalier, pour un fait qualifié mobrtervaert, commii àSteenwerck Le comte lui remet
i! figure dans la généalogie de la maison de Commines : « Ce messire Colart de la Clite fut en son tans bailly de « Cassel, gouverneur de Lille, mestre d'ostel et lieutenant « général du conte Louys de Flandres II ans durant que « ledit conte de Flandres fut en quelque voyage, comme « appert par mandemens, depuis l'an 1370 jusques en « l'an 1372, et aussi appert par les rolles des contes de « toutes les villes de Flandres et d'Anvers et de Malin es « qui y sont avec les autres villes de Flandres. Fut encores « conseillier et chamberlan du duc Philippe le Hardy, « comme tout appert par mandemens. Il enclouyt la ville « de Nieuport de murailles l. »
Les fils de Colard Vanden Clyte furent Jean de Commines, chevalier de la Toison d'or et souverain baiili de Flandre, et Colard de Commines, qui succéda à son frère dans cette dernière charge. Sous Philippe le Bon, on les
aussi tous les méfaits qu'il pourrait avoir perpétrés auparavant en Flandre, sous la réserve de faire paix avec les parties. L'acte ne désigne ni les parties, ni la date du crime commis à Steenwerck. (Archives de Lille.)
1 Généalogie de la maison de Commines (manuscrit de la bibliothèque de Tournay). J'ai sous les yeux cette généalogie de la maison de Commines, composée au commencement du xvie siècle par Georges d'Halewyn, seigneur de Commines. Georges d'Halewyn avait, au château de Commines, une belle bibliothèque que son arrière-petit-fils, le duc Charles d'Arschot envoya à Beaumont. Il écrivait fort bien eu latin, et ce fut à lui que Jean Despautère dédia, en 1510, son Art rersifleatoire. On lui fit. cette épitaphe :
Munera qui sprevil aulss fuinosa siiperbai Pro dulci Aonidum ludo el suilore Miuei'i Ncc tarnen abstenuit rcgaiu, si quand» vocatifs, Consiliis, gravibus consultons publics dictis, >>ec patria; duros sudanli Marie labores Del'uit.
DE CdMMïNEg; 43
rencontre partout, dans les camps comme dans les conseils. En 1423, le duc de Bourgogne leur confie le gouvernement de la Flandre. Ils sont à Troyes quand les Bourguignons offrent la couronne aux Anglais ; ils sont à Compiègne quand les Bourguignons mettent la main sur la Pucelle, qu'ils leur livreront aussi. Plus tard, il est vrai, on les retrouve au siège de Calais, mais les communes de Flandre leur reprochent de les y avoir trahies et les condamnent à l'exil. Les sœurs mêmes de Jean et de Colard de Commines sont enveloppées clans ces proscriptions, car elles ont épousé Roland d'Uutkerke, Guillaume d'Halewyn, Maurice de Varssenaere.
Cependant le duc de Bourgogne soutient ces favoris, dont le dévouement paraissait alors si sincère ; mais voici que les princes joignent leurs griefs à ceux des communes, et les accusations qu'ils font entendre ne sont ni moins graves, ni moins énergiques. C'est le duc de Bourbon, beau-frère du duc de Bourgogne, qui demanda è poursuivre Jean de Commines comme auteur du meurtre d'un de ses parents, et qui s'étonne de la protection sous laquelle il s'abrite : « Se j'ay « fait poursuite contre ledit Commines, écrit-il au duc Pince lippe, ne vous en devriés merveillier, ne estre mal con- « tent, car vous estes plus tenu à mondit cousin, dont Dieu « ait l'àme, et aux siens que audit de Commines l. » Le
1 Quelques pièces officielles de ce procès existent aux archr CJand ; la plupart nous ont été conservées par le manuscrit de Bruxelles n" 16735, <iui, en 1C81, faisait partie de la I [ue <le
François Kervyn. Ce manuscrit est fort précieux, niais il n'éclaircit pas complètement les circonstances de ce procès. Lorsqu'on entend Gerson raconter que Jacques dés Préaux fut assasiné par les parents d'une femme qu'il avail ■ in lui cachant ses doubles \i"u\ de
procès fut étouffé x : tel fut toutefois le retentissement de cette plainte, que Jean de Commines se vit réduit à renoncer à ses fonctions de souverain bailli de Flandre 2, mais il les transmit à son frère Colard de Commines 3. Celui-ci, de plus en plus puissant 4, se venge des Brugeois, lorsque le
célestin et de cordelier, on arrive à se demander si cette femme était une parente du sire de Commines, et comment celui-ci se trouvait à Plaisance vers 1425 ou 1430. Tout ceci mériterait quelques recherches. Je me borne à faire remarquer que Jacques des Préaux possédait, en Artois, les terres de Combles et de Puiseux, et que les deux valets par lesquels il fut frappé en Italie, étaient nés l'un et l'autre dans les Ardennes Jean de Commines avait épousé la veuve d'Archarnbaud de Croy.
1 Deux fils de Charles de Bourbon entrèrent dans la carrière des honneurs ecclésiastiques. L'un fut cet évêque de Liège, contre lequel s'élevèrent des séditions si cruellement punies par le duc de Bourgogne. L'autre, qui eut l'honneur d'être le parrain de Charles VIII à qui il donna son nom, ne fut qu'un des joyeux compères de Louis XI, et il oublia les griefs de son père contre la maison de Commines pour vivre dans l'intimité du sire d'Argenton. Louis XI offrit en plaisantant « ce bon compagnon » pour confesseur au roi d'Angleterre, Edouard IV. (Commines, t. I, p. 376.)
2 A sa mort , il n'était plus que capitaine de Rupelmonde , et Bertrand de la Broquière lui succéda. (Quittance de Jean de Commines, le. tuteur de Philippe de Commines, du 19 juillet 1445, aux archives du royaume.)
3 Colard de Commines avait été précédemment bailli de Gand, mais il avait été déchargé de ces fonctions le 9 mai 1435. (Archives du royaume.) Un sauf-conduit du roi d'Angleterre, Henri VI, nous apprend qu'au mois de juillet de la même année, il se rendit en pèlerinage à Canterbury avec une suite nombreuse : Cuni viginti et quatuor personis in comitiva, ac equis, jocalibus, boffeis, manticis, neenon hemesiis quibuscumqtte .
4 Comme seigneur de Waten , Colard de Commines avait, fait établir un pont sur la rivière qui coule de Saint-Orner vers Waten et
duc lui remet, en 1437, les clefs de leur ville et le constitue leur juge. Moins heureux à Gand, il est le premier qui soit réduit à fuir lors des troubles de 1451. Deux ans après, il ne vivait plus.
Colard de Commines , mort le 11 juin 1453 \ avait épousé d'abord Catherine d'Haveskerke, veuve de Matthieu de Lisques, dame de Waten, puis en secondes noces, Marguerite d'Armuyden, qui lui donna des enfants, dont un seul vécut assez pour occuper dans l'histoire de son temps une place que rien ne pourra lui enlever : ce fut Philippe de Commines.
Tous les biographes rapportent que Philippe naquit aux bords de la Lys, au château de Commines, mais cette assertion paraît peu vraisemblable : le château de Commines n'appartenait pas à Colard de Commines, mais à son frère Jean qui fut chevalier de la Toison d'or et qui le laissa à son fils nommé Jean comme lui. C'est ainsi que la terre de
Oravelines. La ville de Saint-Omer et les quatre membres de Flandre s'y opposèrent; mais le duc se rendit lui-même à Saint-Omer, au mois de mars 1439 (v. st.), pour évoquer l'affaire devant son conseil. (Archives du royaume.)
1 D'après d'autres douments, il mourut le 8 mai 1453. L'épitaphe donnée par Mlle Dupont, Mém. de Comines, p. xvi, mérite peu de confiance. Inexacte en ce qui touche l'année de la mort dti père de Philippe de Commines, elle donne à sa mè.-e un nom qui n'est pas le sien. Marguerite d'Armuyden ou d'Arnemude, était la fille aînée de Gilles, seigneur d'Arnemude, et de Marie de Chabot, dame de Semeries au pays de Liège. Ce fut Marie, sœur de Marguerite, morte en 1469, qui épousa, en 1435, Anselme de Hamal, seigneur de Trazegnies. (Note communiquée par M. Goethals.) Anselme ou Anceau de Hamal, mort en L189, prit les armes de sa mère Anne de Trazegnies, fil].- d'Anceau de Trazegnies et de Mebaut de LalaÎDg.
Coramines passa successivement aux sires d'Halewyn et à la maison de Croy.
Colard de Commines habitait le château de Renescure près d'Aire, et à ce séjour se rattachait l'un des plus sombres épisodes de sa carrière si agitée. Vers 1426, étant alors bailli de Cassel, il crut pouvoir modifier les vieilles coutumes du pays et accroître en même temps les amendes qui étaient payées au prince et dans lesquelles le bailli avait sa part, ce qu'il fit dans une proportion énorme, car dans certains cas, elles furent sextuplées. Les habitants protestèrent près de Henri VI, roi de France et d'Angleterre, et près du parlement de Paris, et l'on remarquait parmi eux presqu'au premier rang ceux du village de Renescure où le sire de Commines avait son château et qui pouvaient moins que d'autres échapper à ses exactions. Une insurrection éclata : elle eut pour chef Jean Gaymar, probablement le fils de celui qu'on accusait le père de Colard de Commines d'avoir fait périr, et des haines personnelles se seraient mêlées ainsi aux murmures populaires. En vain, la bannière de Bourgogne fut-elle arborée par le lieutenant du sire de Commines : le château de Renescure, conquis par les insurgés après une courte résistance,. fut détruit et rasé. Cependant la répression du duc Philippe fut prompte. Les insurgés furent réduits à faire deux fois acte d'amende honorable, d'abord devant le duc, ensuite dans l'église de Renescure en présence du bailli, et une indemnité considérable fut payée à celui-ci pour qu'ii fît reconstruire ce qu'un chroniqueur appelle « la belle place de Renescure \ »
1 Voyez un travail tout récent de M. Desplanque, archiviste u département du Nord, Annales du comité flamand de France , t. VIII,
Le château du sire de Commines continua, après ces troubles, à lui servir de résidence, et ce fut à \ . ies,i ure qu'il fut inhumé près de sa femme Marguerite d'Àrinuyden.
Les derniers biographes de Philippe de Commines le font naître en 1447 et cette date semble également ne pouvoir être admise. En effet, sa mère mourut le 12 octobre 1447, et il ne fut pas le dernier de ses enfants, puisque, dans un compte du 16 mai 1454, on l'appelle le fils aine de feu messire Colard de Commines l. La date de sa naissance reste donc incertaine, comme l'indication du lieu où il vit le jour, mais nous savons qu'il eut pour parrain le duc Philippe de Bourgogne qui lui donna son nom2.
Cependant , les rêves d'une brillante fortune qui avaient mré son berceau, ne tardèrent pas à se dissiper. Il avait à peine cinq ou six ans quand il perdit son père et re u1 pour tuteur son cousin germain Jean de Commines. La fortune paternelle était délabrée, chargée de dettes considérables \ en butte à #es revendications nombreuses. D'une part, les dépenses de Colard de Commines avaient eié excessives ; d'autre part, i! n'avait pas rendu compte de toi
p. 218. On remarque encore aujourd hdi au-dessus té du châ-
teau de Reneseure Pécusson des Birea de Connûmes. ÇNêtiM SU seigneurs de Reneseure, par M. Imbert de la Phalecqui . Société des antiguair es dç la Moriniè.) La terre an ,-. .. ■ ., i dé Montmorec
1 );,'„r i i mmines, no hpont, p. wm
- Philip] hfïêïhè
prénom nue lui, el de plue deux so ura mi'.
r' Au mois d'avril L451, le duc de Bourgogne paya les dettes de Colai mmines dans la châtellenie de Saint-Omer. (Archives
du royaumi .)
les confiscations auxquelles il avait présidé '. La seigneurie de Saint-Venant qu'il avait achetée, en 1443, au bâtard de Seveuse 2, n'avait pas été payée : il fallut l'abandonner. La terre même de Renescure fut saisie par l'ordre du duc de Bourgogne et mise aux enchères comme garantie de certaines grosses sommes dont Colard de Commines était resté reliquataire 3, et si Jean de Commines la racheta pour son pupille, ce ne fut qu'après avoir renoncé, en son nom, à l'héritage paternel , afin de la dérober aux poursuites des créanciers. Ce que le jeune Philippe recueillit de sa mère, se réduisit aussi à peu de chose : elle avait longtemps plaidé au sujet de ce qui lui revenait dans la terre d'Armuyden, engloutie par les flots en 1438, et n'avait pas réussi dans ses prétentions.
Telle était la situation des choses qu'il fut constaté par un inventaire, que Philippe de Commines ne recueillit, après la mort de son père, que 2,424 livres 16 sous 6 deniers tournois. Deux cent cinquante livres servirent à payer les funérailles de Colard de Commines : on employa le double, c'est-à-dire cinq cents livres, « à l'entretenement, nourriture « et accoustrement de son fils Philippe, pour le temps qu'il « estoit mineur4. » On comprend aisément qu'au milieu
1 Sur les procès de confiscation qu'il dirigea en 1440, voyez l'inventaire des archives générales du royaume, t. III, p. 249.
2 Le bâtard de Saveuse avait épousé Jeanne de Néelle, dame de Saint- Venant.
r> En ce qui touchait notamment la recette des exploits pour l'exécution des criminels coupables de la mort de Jean de Hornes, il était resté reliquataire de 2,424 livres 16 sous 6 deniers.
4 Pr. de Commines (éd. Dupont), t. III, p. 180. Dans nos renvois, nous ferons toujours usage de l'édition publiée pour la Société de ÏHistoire de France, par M1,e Dupont.
de ces embarras l'éducation de Commines fut fort négligée . Il se plaint lui-même de ne jamais avoir appris le latin, tandis que les jeunes gens de son rang et de son âge allaient étudier la langue de Cicéron et de Virgile aux écoles de Louvain, de Cologne et de Paris l. La terre de Renescure resta, pendant plusieurs années, frappée de séquestre. Enfin au mois de juin 1464 , 1298 florins ayant été payés sur les 2,000 qui formaient le reliquat dû par son père, le jeune sire de Commines obtint d'être remis en possession du château de Renescure.
Philippe le Bon, se souvenant des services des ancêtres de Philippe de Commines, paraît, dès cette époque, l'avoir admis parmi ses jeunes écuyers, car Lepippre assure qu'on lisait dans la charte par laquelle il l'attacha à la maison de son fils : « Nostre très-chier et bien amé escuyer et filleul. » Mais Commines, à ce qu'il nous apprend lui-même, ne vint résider à la cour de Bourgogne qu'à l'époque de la réconciliation du duc Philippe et du comte de Charolais à Lille, c'est-à-dire dans les premiers jours de novembre 1464 2.
1 Voyez la lettre de Jean de Lannoy. Ms. de la bibliothèque de Bourgogne 21523.
2 C'est à Lille et probablement peu après l'arrivée de Commines à la cour de Bourgogne, qu'il faut placer l'anecdote qui lui valut, dit-on, le surnom de tête bottée. Le récit le plus vraisemblable est celui de Schoondorp : « J'ay ouy conter avec plus d'apparence à un ancien gentilhomme qui disoit de l'avoir appris de son père, que retournant un jour de la chasse fort fatigué et las, il s'endormit en la chambre demi courbé et appuyé sur le lict du comte qui l'y surprit , de quoi messiro Phelippe tout honteux se cuyda excuser, quand le comte luy dit : a Non, a non, demeure, je ne veux pas que tu bouges, mais tu n'es pas à ton « aise avec tes bottes, car il faut que je te les oste, » et demy par force, et jaçoit que l'autre contesta au contraire, il le débotta; puis prenant
COMBINES. — I. 4
C'était à l'époque où le comte de Charolais répondait si fièrement au message de Pierre de Morvilliers. Il avait en ce moment près de lui sept ou huit cents chevaliers ou écuyers, et il n'était point de maison illustre en Flandre ou en Hainaut qui n'eût voulu témoigner, en cette occasion , son dévouement à l'héritier de la maison de Bourgogne. Au milieu de ces fêtes, le comte de Charolais préparait les alliances et les complots d'où allait sortir la guerre du Bien public , et ce fut ainsi que le jeune Philippe de Commines, dès son arrivée à la cour de Bourgogne, se trouva mêlé à des mouvements politiques dirigés contre le roi de France qu'il devait servir plus tard; il raconte lui-même qu'il combattit aux côtés de son jeune maître à la bataille de Montlhéry l. Son langage n'indique pas d'aillés bottes luy en donna contre la teste, avec ceste reproche : « Va, « coquart qui permets à ton souverain te débotter. » Lepippre ajoute : « Soit ce qu'il fut, si est-il certain que Ton en fit une chanson à son blasme et dérision en la cour qui lors estoit en ceste ville de Lisle. » Lepippre, Inst. mor. cm. et mil., pp. 256 et 263.
1 La lettre suivante sur la bataille de Montlhéry est inédite , mais elle a déjà été signalée par M. Gachard :
« Nostre très-redoubté seigneur, tant et sy humblement comme fayre poons, nous nous recommandons à vostre bonne grasce, et pour che, nostre très-redoubté seigneur, que sommes certains que désirés de scavoir des nouvelles de l'armée et estât de nostre très-redoubté seigneur monseigneur vostre fils et que nous sommes tenus de nous en aquitter meismes en matères qui touchent, il est vray que mardi passé XVIe jour de che mois fumes présent du commencement jusques en fin de la bataille que monsigneur vostre fils a eult contre le roy et sa puissanche qui estoit de XXIIe lances ou environ , les mieuls en point que onques François furent veus en le royalme comme l'en dit , laquelle bataille après che que mondit seigneur vostre fils fut consilliés de aller querre et envahir le roy et sa puissance au lieu où ils estoient qui
leurs une trop grande ardeur belliqueuse. S'il n'abandonna point la bannière si glorieusement déchirée du bâtard de
estoit moult fort et avantageux pour eulx, commença entre ung et deux heures après midy , et que ensievant le dit conseil fu fait aussy vaillamment et aussy fièrement et d'aussy hardi corage que l'en ayt veu faire en journée de bataille passé lonc tamps, comme il samble à cheus qui le virent d'ung costé et d'autre, ayant congnoissance de ces matières, et tellement que lesdits Franchois se mirent en fuite et desroy. Ils estoient comme nostres se l'une des esles de nostre bataille ne fut desmarchiée pour quider venir joindre avecques cheux de l'autre bout de nostre dite bataille qui estoient les premiers entrés en ycelle des dits Françoys avecque ungne bon ne compaingnie, et vindrent fuiant les ungs parmi les aultres, et par ch e moyen se partirent et mirent en fuite dedans le boys que nous avions à dos ungne partye de nos gens. Pendant la dite fuite, mondit seigneur vostre fils qui riens ne scavoit, tousjours poursievant et chassant ses enemis, s'en vint environner la plache dudit Mont-le-Herry où estoit le roy et sa garde avecques luy, et rentra par l'autre bout dudit Mont-le-Herry à bien petit nombre de gens, tuant et détrenchant tout che que il trouvoit en son chemin, et après s'en vint rapasser devant la porte de la ditte plache où, comme on dit, estoit le roy et sa ditte garde, et là fut mondit seigneur vostre fils en très-grand danger et doubte de sa personne se n'eust esté sa vaillance, conduite et bonne vertu, mais par l'ayde de Dieu il en escappa, et tantost après s'en revint planter sur les champs de la bataille à mains d'ung trait d'arc devant ses enemis où il fut longuement ralyant ses gens qui estaient en bien petit nombre, ses dits enemis ralyés devant luy en leur fort en beaucoup plus grand nombre que nous ne seyons sans comparison. Fat la chose dès lors jusques vers soleil couchant en tel estât que nul ne sçavoit qui devoit estre le maistre, à laquelle heure le roy et ses ■e partirent confusément en laissant son artillerye, et demora la plache à monseigneur vosfiv fils ensi. Là il coucha et demora toute la nuit et lendemain jusques à midi qu'il s'en vint loger audit lieu du Montlhéry pour refreschir ses gens et leurs chevaux, lesquels estoyent travilliés. Et combien que la victore et journée soit belle et grande, toutesvoies, veu le premier assaut des dits François de tel corage et bar-
Bourgogne, il fut néanmoins « en très-grant doubte. » — Je « veis telle demy heure, dit-il, que nous qui estions demourés
dément que dessus est dit, ycheux François eussent eut plus grant perte et desconfiture si n'eust esté la fuite de aucuns des gens de mondit seigneur vostre fils qui se partirent de la plache, comme dessus est dit, desquels plusieurs ont esté prins à Paris , qui de premier fuyr ont donné cause ou exemple de quider que le roy enst eu la victore en taist a la fuite des gens du roy qui fut trèsgrande et principallement de M. du Maine, de M. l'Amiral, de M. de la Barde, Sallasaert et antres et avecques leurs routes, lesquels , comme nous avons sceu , s'enfuyrent tondis et encore fuient, comme on dit, à bien grand desroy. Ainsy, nostre trèsredoubté seigneur, grasce à Dieu, la journée a esté pour vous, et monsigneur vostre fils est nettement demoré en la plache comme dessus est dit, au grand honneur de vous et de luy, et par conséquent de tous vos pays et seignories, car véritablement monseigneur vostre fils s'y est aussy vertueusement conduit et gouverné que se toute sa vie il n'euist fait aultre chose que de conduire, ordonner et ralyer batailles. Et de sa personne s'est aussi chevalereusement porté que corps de noble homme poroit faire et tellement que luy seul a esté cause, par sa vaillanche et bonne chevalerie, d'avoir gaingnietla dite journée, tousjours soustenant à piet ferme la dite bataille sans oncques desmarchier pour chose qu'il veyst, que toutefois il a esté ung petit blechiet vers la gorge d'un cop d'espée, mais, Dieu merchy, che n'est chose dont il doye avoir dangier. Et en vérité, nostre très-redoubté seigneur, il a bien monstre que il est vostre fils, car il a grandement entretenu vos ensengnemens, les mours, vertus et noblesse que vous luy avés apprins en cas semblable. Et certes tout bien considéré il a gaingnet la plus belle journée qui a esté veu en Franche passé lonc tams sans guerres grand perte de gens, veu que la chose dura bien longuement ainsçois que l'on peult bonnement congnoistre à qui l'onneur et la victore demoroit. Aucuns des gens monseigneur vostre fils ont esté mors en ladite bataille et les aultres prins les ungs en combattant et les aultres en fuyant un peu outrageusement. Il est mort M. de Hammes, M. Phelippe de Lalaing, Phelippe d'Ongies , vostre bailly de Courtray, qui portoit le puingon
« là, n'avions l'œil que à fuyr, se il fust marché cent « hommes l. » L'aspect de ce champ de bataille nommé si justement « le champ des pleurs » l'émut profondément ; il ne pouvait comprendre que l'on remît à des chances si cruelles et si incertaines la solution des différends politiques, et ce jugement, il le résume en ces mots: « On doibt bien « craindre de se mettre au hasard d'une bataille , qui n'y « est contrainct 2. » Peu après, il suivit le comte de Charolais au sac de Bouvines (août 1466) 3, et là aussi la
de monseigneur vostre fils et le frère de M. de Hallewin et aultres; et des prisonniers M. du Boys qui portoit la banyère de monsigneur vostre fils, M. de Cryèvecœur et aucuns aultres. Et au regart des Frauçoys il y eut beaucop de leurs capitaines et gens de grant fachon mors et prins, desquels nous n'avons encore parfaite congnoissance, mais entre les aultres est mort M. de Maulevrier, grand séneschal de Normandie, dont ch'est dommage, et pareillement est mort Phelippe de Louans et bien grand nombre d'aultres, tous gens de nom, et trop plus grand nombre que des nostres sans comparison, et avecque che avons grand foysson de leurs prisonniers, entre les aultres le fils du comte de Vendosme. Nostre très-chier et redoubté seigneur, plaise vous à nous commander vos bons playsirs pour y obéyr et les accomplir de très-humble cœur à nos pooirs moyennant l'ayde de Nostre- Seigneur qui par grasce vous donne bonne vie et longue et accomplissement de tous vos très-nobles désirs. Escript à Estampe- le XIX'1 jour de juilliet l'an M.LXV.
i Vos fn'-s-humbles et obéissans Rubgès Jehan seigneur deCréqi \ kt Jehan bastard de Saint-Pol.
<( Mon très-redoubté seigneur, depuis ces lettres escriptes est tout à caste heure arrivé M. de Berry ri, M. de Bretaigne et sa compaignie, et sommes logiet les angs aveoques les aultl
(Collection de '/. Goethals, à Courtray.)
1 Mém., t. I, p. 44.
* 31cm., t. 1, p. 148.
s Mém.y t. I, p. 117.
guerre se révéla à lui avec toutes ses horreurs et avec ses. impitoyables vengeances.
Mieux valait sans doute, à l'avis de Philippe de Commines , la discussion calme et sérieuse des intérêts des princes et des nations ; mais il comprenait plus que personne que si dans les combats tout bras a ses coups à porter, il faut dans les négociations des esprits d'élite, et la première fois qu'il parle des ambassadeurs qu'il a vus, (c'étaient ceux du comte palatin du Rhin), il ne manque point de les blâmer de l'absence de toutes les qualités qu'il désirait rencontrer chez eux. On les estimait moins « que avant les « congnoistre I. »
Commines jouissait de toute la faveur du comte de Charolais, et lorsque celui-ci succéda en 1467 à son père, il l'accompagna à Gand, et il fut même l'un de ceux qui négocièrent avec les Gantois et qui furent réduits à leur faire au nom du duc des concessions qu'il devait leur retirer plus tard en se vengeant de leurs exigences par une si complète humiliation : il reçut à cette occasion un don de quarantehuit livres 2. Né dans un château où ses regards avaient été
1 Mém., t. I, p. 169.
- « A Phelippe de Comines, escuïer, eschansson de mondit seigneur, la somme de quarante huit livres, dite monnoye (monnoye de Flandre) que mondit seigneur luy a aussi de sa grâce, donné pour une fois à sondit partement de la ville de Gand, pour soy aidier à deffrayer de ladite ville, en considération des services qu'il lui fait journelement. Pour ce, par sa quictance faicte ledit jour, ladicte somme de XLVII1 livres» . Second compte de Barthélemi Trottin (1er janvier 1466 au 31 décembre 1467, f° 95 verso. Archives de Lille.) Le 8 octobre 1467, le duc fît remise à Commines d'une somme de 568 florins sur ce qu'il devait encore du chef du reliquat de son père. Deux ans après, le 1er octobre 1469, le duc lui en accorda décharge complète.
frappés dès son enfance par la trace encore toute récente des agitations communales, il éprouva ce jour-là un sentiment qui était l'écho de vieilles rancunes héréditaires : « A dire « la vérité, s'écrie-t-il, après le peuple de Liège il n'en est « de plus inconstant que ceulx de Gand \ » Et il ajoute : « Je ne puis penser comment Dieu a tant préservé cette « ville de Gand dont tant de maux sont advenus et qui est « de si peu d'utilité pour la chose publique du pays où elle « est assise 2. » Il ne trouve à cette question d'autre réponse que la volonté de Dieu d'attacher à la maison de Bourgogne un aiguillon qui la maintînt en crainte et en humilité. Que ne fût-il donné au duc de Bourgogne de comprendre que la puissance des communes flamandes, rude aiguillon qu'il souffrait impatiemment au faîte de la prospérité, aurait pu un jour devenir un rempart inexpugnable à l'heure des revers et du malheur 3 !
Commines, après les troubles de Gand, eut le spectacle de l'insurrection des Liégeois. Il assista à la bataille de
D'après Lepippre, le domaine de Renescure avait été saisi par le duc Philippe pour une dette de 2,000 florins. Il était dû encore 702 florins quand, en juin 1464, Commines obtint qu'on lui rendrait l'administration de la terre de Renescure. Le 8 octobre 1467, le duc Charles lui donna 508 florins; mais, d'après Lepippre, il devait encore 134 florins, quand il passa en France en 1472. Lepippre ne paraît pas avoir connu les lettres du 1er octobre 1469.
< Mém., t. I, p. 144.
« Mém., t. II, p. 131.
■"• Molinet >■]{,- comme proverbe le mot : Cœur de Flandre, en l'appliquant au courage que montra la Flandre , après la mort de Charles le Hardi, en repoussant Louis XI. On disait à la même époque : Foi de Bourgogne. La Bourgogne, aussi bien que la Flandre, se montra fidèle et dévouée à la malheureuse héritière d'une maison naguère si ante.
Brusthem, ce fut la seule fois qu'il vit Charles le Hardi « donner bon ordre de soi \ » Il fut placé avec le sire d'Humbercourt à l'avant-garde qui devait prendre possession de la cité de Liège et qui y réussit « en amusant 2 » les bourgeois : ce qui démontre, comme il s'empresse de l'observer, « que aucunes fois avec tels expédiens et habille- « tés, qui procèdent de grant sens, on évite de grans périls « et de grans dommaiges et pertes 3. » Quelques mois plus tard 4, devenu chambellan et chevalier, il signe comme premier commissaire du duc , les comptes de la ville de Courtrai. En 1468, le duc le charge de la même mission près des magistrats d'Ypres en lui donnant pour collègue le sire d'Humbercourt 5.
Rappellerons-nous qu'au mois de juillet 1468, le sire de Commines fut l'un des vingt-cinq chevaliers qui joutèrent
1 Mém., 1. 1, p. 127.
2 Mém., t. 1, p. 135.
3 Jfâ».,t.ï,p. 137.
1 14 janvier 1467 (v. st.).
5 Le compte porte la date du 8 février 1458. (Archives générales du royaume.)
Dans les actes suivants, Commines intervient comme capitaine du château de Ruhout :
1467, 1er janvier (v. s.) à Termonde. Commission de sergent es bois de Ruhoult, en faveur de Colard Dubuisson. L'acte de prestation de serment entre les mains de Philippe de Commines , chevalier,^ conseiller et [ chambellan du duc de Bourgogne, et capitaine de Ruhoult, se trouve au dos.
1468, 8 août, à Bruxelles. Commission de portier du châtel de Ruhoult, près Saint-Omer, donnée par Charles, duc de Bourgogne, à Andrieu Stelenart, serviteur de messire Philippe de Commines, conseiller et chambellan dudit duc, seigneur de Renescure. (Archives de Lille.)
avec le duc de Bourgogne au tournoi de l'Arbre d'or l ? Des soins plus importants allaient l'occuper, et des circonstances imprévues devaient le conduire à la fois aux succès et aux tentations d'une plus haute fortune.
Lorsque le roi Louis XI commit l'imprudence d'aller chercher un gîte à Péronne dans la tour qu'avait occupée jadis Charles le Simple de fatale mémoire, Philippe de Commines couchait dans la chambre de Charles le Hardi 2, et pendant la nuit, il se promena plusieurs fois avec lui, « car « telle estoit sa façon quand il estoit troublé 3. » Si Louis XI parvint à l'apaiser, ce fut, selon une relation anonyme, parce qu'un mignon de monseigneur de Bourgogne, nommé le sire de Commines, « lequel estoit secrètement serviteur « et amy du roy, avoit embouché le roy 4. » Et Philippe de Commines rapporte lui-même que le roi avait quelque ami « qui l'avertissoit. » Il remarque , d'une part , qu'il adoucit le duc « à son pouvoir, » de l'autre, « qu'il plut au « roi de lui faire cet honneur de dire qu'il l'avoit bien servi « à cette pacification 5. »
Commines fut-il gagné à Péronne par l'or de Louis X1 1
1 Olivier de la Marche, Mém., 1. II, ch. 4.
- Pour lors estoye encores avec ledict duc, et le servoye.de chambellan et couchoye en sa chambre quant je vouloye; car tel estoit l'usance de ceste maison. Mém. t. I, p. 161.
3 Mém., t. I, p. 17!*.
1 Mém., pr. t. III, p. 233. J'ai publié, Œuvres de Chastcllain, t. VII, p. 312, une nouvelle relation de l'entrevue de Péronne.
5 Louis XI raconta au président d'Oriolo qu'à Péronne Commines i l'avoit mis hors, sans danger de morl i . Mém., t. III, pr. p. 1 13. Dès « son jeune eage, » Commines aima le i<>i do France :. c'est Louis XI qui le déclare dans ses lettres du 28 octobre 1472.
Y mania-t-il, selon l'expression de Lepippre, telle sorte de limon qu'il n'en eut plus jamais les mains nettes? Nous croyons qu'il y eut des promesses,» mais rien de plus : « Le « roy, dit-il, faisoit parler à tous ceulx qu'il povoit penser « qui luy pourroient ayder, et ne failloit pas à promettre, « et ordonna distribuer quinze mille escus d'or; mais celuy « qui en eut la charge, en retint une partie et s'en acquitta « mal, comme le roy sceut depuis l. »
Commines accompagna le roi de France et le duc de Bourgogne à l'expédition de Liège. Tandis que s'organisait l'armée qui devait combattre les Liégeois, le roi de France, heureux d'être sorti de Péronne, se rendait à Aire pour saluer la duchesse de Bourgogne, et ce fut là, selon toute probabilité , que fut représenté un mystère composé par Georges Chastellain et destiné à célébrer la paix récemment conclue entre les deux princes 2. Cmif et louche y avaient chacun un rôle, mais nous ne savons s'ils étaient complètement d'accord lorsque le roi et le duc échangeaient sur la scène de poétiques promesses d'affection et d'amitié. Le roi interrogeait le duc :
Or Charles que nous direz-vous?
Comment vous va de nous à nous?
Le cœur vous est-il bien à paix?
Charles, je suis vray vostre amy.
Après quelques pompeuses protestations , le duc répondait :
Ne sçay qu'après en avenra, Ne qu'en sera.
1 Mém., t. I, p. 171.
- Voyez mon édition des Œuvres de Chastellain, t. VII, p. 423.
Tel était le langage que l'auteur du mystère prêtait aux deux personnages qui y figuraient ; mais que se passait-il, en ce moment, entre les princes eux-mêmes ? Louis XI, rapporte Commines , disait au duc « que s'il avoit affaire « de luy, il ne l'espargnast point. » Et le duc restait toujours « un petit murmurant l. » Quelques jours après, Louis XI criait : « Vive Bourgogne ! » en aidant le duc à avoir raison des Liégeois 2.
Lors de la sortie des héros de Franchimont, Commines couchait de nouveau dans une petite chambre où se trouvait le duc de Bourgogne , et à peine eut-il le temps de donner à son maître sa cuirasse et sa salade. Ils descendirent aussitôt l'escalier pour sortir, mais le désordre était si grand qu'ils ne purent y parvenir. Enfin les archers se rallièrent, le duc s'avança à la lueur de quelques torches, les Franchimontois furent repoussés, et l'hôte de la maison occupée par le duc de Bourgogne, qui avait été leur guide, fut tué, « mais il ne mourut pas si tost, dit Commines, et « l'ouys parler 3. »
Le duc était résolu à donner l'assaut à la ville, ce qui mettait le roi « en grant doubte * ». Si l'assaut réussissait, ce résultat pouvait n'être atteint qu'après un combat où le duc eût forcé le roi à combattre au premier rang ; s'il échouait. on aurait pu le rendre responsable de cet échec, et on aurait
1 Mém., 1. 1, p. 108.
* Rex Francorum signum Sancti André» suscipiens cum suis omnibus, evaginato gladio, donec in medio fori venisset, clatnavit in signum victoriaj : Vive Bourgogne ! tille gang nid! (Chronique manuscrite d'Adrien de But.)
7' Mém., t. I, p. 191.
*'Mém., 1. 1, p. 192.
peut-être mis la main sur lui. « Le roy, pour s'oster de ces « doubtes, manda aucuns des prochains serviteurs du duc, « auxquels ces doubtes furent très -agréables. x » Ils les rapportèrent à leur maître, en présence de Commines, mais il ne dit point s'il appuya leur avis. Il était près du duc à la prise de Liège et l'accompagna à la grande église de Saint-Lambert, menacée par des pillards, dont il y en eut un que le duc tua de sa main 2.
« Quatre ou cinq jours après ceste prinse, commença « le roy à embesongner ceulx qu'il tenoit pour ses amys « envers le dict duc, pour s'en pouvoir aller 3. » Louis XI déclara plus tard que l'un de ces amis était Commines.
Philippe de Commines était à Arras au mois de mars 1469, lorsque le duc Sigismond d'Autriche s'y rendit pour céder au duc Charles ses prétentions sur le comté de Ferette, qui devaient ouvrir une voie si fatale à son ambition 4. Il avait suivi son maître à Saint-Omer quand y arriva, quelques jours après, le célèbre comte de "Warwick, qui fut plus tard l'irréconciliable ennemi de la maison de Bourgogne ; mais à cette époque il recevait une pension du duc. « Jamais « homme ne tint plus grant desloyaulté. 5 » C'est Commines qui porte ce jugement sur Warwick!
Commines parle à plusieurs reprises des entretiens qu'il eut avec le comte de Warwick. On comprend aisément que cet étrange personnage, si justement appelé le faiseur de
1 Mém., t. I, p. 192.
« Mém., t. I, p. 196.
rois, ait excité tout son intérêt et toute sa curiosité. D'ailleurs, en ce moment, Charles le Hardi se préoccupait vivement des affaires d'Angleterre ; Commines fut chargé par lui de divers messages vers les Anglais et notamment vers sir John Wenloch, à Calais, et il put ainsi admirer tout à l'aise ce beau port vainement convoité par Philippe le Bon, qui était « le plus grand trésor de l'Angleterre et la plus « belle capitainerie du monde depuis qu'on y avoit transféré <■<■ l'étape des laines l. »
Sir John Wenloch était depuis fort longtemps gouverneur de Calais. Jean de Wavrin, racontant ce qui se passa en 1459, le peint comme étant à cette époque « ung très- « sage chevalier 2. » En 1459, Wenloch était gagné par Philippe le Bon 3. En 1464, Louis XI avait voulu le corrompre à son tour, « d'abord en maniant de belles paroles, » ensuite en lui faisant quelques dons et surtout de grandes promesses. Wenloch, sans s'engager, « usoit de tous les « beaux mots dont il savoit bien que user il convenoit au dit « lieu 4. » — « Jean Wanneloc, dit Chastellain, estoit un « homme double et variable, ployant et vaucrant merveil- « leusement à tous vents, sans fermeté, ne arrest, fors
1 Mém., t. I, p. 235.
2 Jean de Wavrin, t. II, p. 204.
3 Letters of hing Henri the VI*h published by Dr Stevenson.
itellain, t. V, pp. 23 et 24. Wenloch devait tout au comte de Warwick; il ne l'accueillit pas moins à coups de canon, quand il fut «•liasse de l'Angleterre et vint lui demander an refuge. Le ni 1470, Charles Le Hardi écrivait au bailli de Lombardzyde que 1" comte de Warwick, se voyant refuser l'entrée du port de Calais, s'était retiré dans lea Dunes d'où il menaçait lea navires
flamands # (Archi raies du royaume.)
« au plus fort. Honneur et franchise n'avoient point tant « de lieu en luy comme cauteleux temporisement l. »
Pendant deux mois (juin et juillet 1470), Commines vit Wenloch à diverses reprises « pour l'entretenir. » Wenloch reçut de Charles le Hardi mille écus de pension et jura entre les mains de Commines de rester fidèle à Edouard d'York 2. C'était, dit-il, « un très-sage homme 3 » et il ne sait s'il doit appliquer à sa déloyauté le nom de tromperie ou d'habileté, « car elle fut très-sagement conduite 4. » En effet, pendant trois mois, l'envoyé du duc de Bourgogne « n'entendit point sa dissimulation 5, » et ce fut seulement lorsque Commines, en ce moment à Boulogne près de son maître 6, apprit la fuite d'Edouard IV en Hollande, qu'il reconnut combien il avait été trompé, mais ce qui put le consoler, c'est que Wenloch lui-même avait été dupe des ruses d'une femme qui portait des messages au duc de Clarence : cette fois il n'avait pas été assez soupçonneux. « Pour telles raisons n'est pas honte d'estre soupeçon- « neux, mais c'est grant honte d'estre trompé 7. » Reste une dernière excuse, c'est « que les plus saiges errent « aucunes fois 8. » Wenloch était devenu l'un des complices du comte de Warwick qu'il avait un instant repoussé ; il trahissait le roi Edouard auquel il avait promis de rester tou-
1 Chastellain, t. V, p. 488.
2 Mém., t. I, p. 236.
5 Mém., t. I, p. 236.
* Mém., t. I, p. 237.
5 Mém., t.l, p. 240.
« Mém., t.l, p. 251.
7 Mém., t. I, p. 242.
8 Mém., t. I, p. 124.
jours fidèle. Afin que rien ne manquât à ce triste tableau des vissicitudes et des infidélités politiques, ce fut le sire de Commines que Charles le Hardi renvoya vers Wenloch pour féliciter le roi Henri de Lancastre sur ses succès. a II me commanda ce qu'il vouloit* que je feisse avec ce « monde nouveau et encores me pria bien fort d'y aller, « disant qu'il avoit besoing d'estre servi en ceste matière l. » On lisait dans les pouvoirs remis au sire de Commines :
C'est la substance de la crédence donnée par le duc de Bourgogne à messire Philippe de Commines, chevalier, pour dire et déclarer à monsieur de Wenloch, gouverneur de Calais.
Primo, que le duc croit le sieur de Wenloch estre assez adverti de la bonne amour et entière affection qu'il a toujours eue au roy d'Angleterre, le royaume et subjets d'icelui, et que pour icelle entretenir et garder, et que n'a guères il advint le roy Henry le sixiesme estre démis de son royaume et les subjets d'icelui prendre et accepter le roy Edouard pour leur roy et souverain seigneur, ledit duc fit alliance par mariage avec le roy Edouard.
Item touchant l'entrecours de la marchandise, non pas seulement pris avec le roy, mais si bien avec le royaume et subjets d'icelui, mondit seigneur le duc, pour le bien tant d'une part que d'autre, le veut de sa part entretenir et garder, si à ce on veut entendre.
Item que Dieu a voulu le roy Henry estre remis, pris et accepté roy du royaume, monsieur le Duc en est très-joieui et content, comme nature le requiert, car comme il est évidemment cognu, il est on des plus proches de son sang aujourd'hui vivant, extrait de la maison de Lancastre, et que pour ce tous ceux qu'il plaira au roy prendre et accepter ses loyaux subjets, que le duc les prendra et cognoistra ses amis.
Item Et que pour de ce et autres choses bien à plein advertir
« Mém.,t. I, p. 251.
là bonne grâce du roy, ledit duc est délibéré d'envoyer son ambassade par devers lui, priant ledit sieur de Wenloch leur faire avoir passage *.
Coramines s'était avancé jusqu'à Tournehem et n'osait continuer sa route. Les Anglais couraient le pays. Ayant coutume d'aller librement à Calais et d'y être honorablement accueilli, il se voyait réduit à demander un sauf-conduit à Wenloch. « Tout ceci dit-il, m'estoit bien nouveau, car « jamais jen'avoye veu si avant des mutations de ce monde; « ce fut la première fois que j'eus jamais congnoissance « que les choses de ce monde sont peu estables 2. »
Commines, sans apprendre au duc qu'il avait demandé un sauf-conduit, lui fit savoir pendant la nuit par un messager quel danger le menaçait. Le duc lui envoya « une « verge qu'il portoit au doigt pour enseigne et lui ordonna « de passer oultre. » — « Il ne craignoit point fort, ajoute « Commines, à mettre en péril ung sien serviteur, pour s'en « ayder, quant il en avoit besoing 3. » Heureusement le sauf-conduit lui avait été remis avec des lettres très-gracieuses de "Wenloch qui le reçut avec moins d'honneurs à Calais, mais qui néanmoins l'invita à dîner. Wenloch ne lui dit que « parolles honnestes. » Ceux qui jadis avaient le plus flatté le roi Edouard, étaient ceux qui criaient le plus pour l'insulter. Commines, pour les mettre à l'aise et les rassurer sur les chances d'une nouvelle révolution, affirmait que le roi Edouard était mort. « Je respondoye, dit-il, que « j'en estoie bien assuré, nonobstant que je savoye bien le
1 Mém.t. III, pr.,p. 271.
2 Mém., t. I, pp. 252 et 254.
5 Mém., t. I, p. 253.
« contraire. » Tout allait le mieux du monde lorsque les marchands de Calais apprirent qu'on saisissait leurs biens à Gravelines par l'ordre de Com mines pour répondre des dommages causés par les coureurs anglais. Ils voulaient qu'on arrêtât Commines lui-même, malgré son sauf-conduit, mais ils finirent par s'entendre avec lui et par appointer \
Commines, qui venait de féliciter Wenloch sur les victoires de Henri VI, se trouvait au château de Saint-Pol quand le duc de Bourgogne y reçut Edouard IV, proscrit et fugitif. Quelques jours plus tard, il se rendit à Bruges où s'étaient réunis les plus illustres défenseurs de la Maison d'York. Il les y trouva plus pauvres que les mendiants qui vivent d'aumônes, puisqu'un duc d'Exeter, beau-frère du roi, allait, pieds nus, de maison en maison, implorer un peu de pain2. Ce fut alors qu'il connut plusieurs des princes de sang royal qui, depuis, moururent l'épée à la main, et qu'il put interroger, sur les révolutions d'Angleterre, les seigneurs anglais qui avaient suivi Edouard IV dans sa fuite 3. Edouard IV raconta lui-même à Commines ses aventures et ses dangers 4 .
Commines (il le rappelle dans ses Mémoires) devait voir tour à tour également malheureux, également frappés d'exil, les princes de la Maison d'York et ceux de la Maison de Lancastre, et lorsque ce souvenir se présentait à lui, mêlé aux tristes images des flots de sang versés autour du trône si glorieux naguère d'Edouard III el de Henri V, il ne pou-
1 Afém., t. I, pp. 254 et 255 ' Mém.t t. ï,p. 231.
* Mém., t. i. p. 70.
J i/o//., t. I, pp 24 I ei 2 1
COMMINES. — I. v
vait s'empêcher de trouver, dans ces vicissitudes, le jugement de Dieu frappant ceux qui avaient usé trop cruellement de leur autorité en ce monde \
Cependant Edouard IV avait quitté Bruges, et, à l'aide d'un subside secret du duc de Bourgogne, il avait réuni quelques navires qui l'avaient ramené aux bouches de l'Humber. Le 11 avril, il rentrait à Londres, et les sanglantes journées de Barnet et de Tewksbury assuraient son triomphe.
Si Charles le Hardi avait favorisé Edouard IV, c'est qu'il espérait trouver en lui un allié fidèle et non moins hostile que ""lui-même à Louis XI ; mais Edouard IV était d'un esprit faible, et il fallait s'assurer le dévouement d'un de ses conseillers qui lui imposât la direction d'une influence absolue. On jeta les yeux sur lord William Hastings, comte d'Huntingdon et grand chambellan d'Angleterre, qui avait été le serviteur le plus zélé d'Edouard IV, et Commines, qui avait fait accepter à Calais l'or bourguignon par sir John Wenloch , fut chargé de se rendre à Londres 2 pour offrir une pension de mille écus à lord Hastings, « saige chevalier et le plus grant en auctorité « avec le roy 3. » Les lettres du duc de Bourgogne qui la confèrent, portent la date du 4 mai 1471.
Ce voyage de Commines eh Angleterre, qu'il ne rappelle que par une seule phrase, a laissé dans ses écrits des traces profondes. Il y admira d'antiques et vivaces libertés, et fut
' Mém., t. I, p. 232.
2 Mém., t. II, p. 168. Cf. t. I. p. 3G0 (note). Commines vit alors en Angleterre un marchand florentin, nommé Gérard Quanvese. qui avançait de grosses sommes à Edouard IV. Mém., t. II. p. 337.
5 Mém., t. I, p. 244.
le témoin de l'intervention des populations représentées par le parlement dans tout ce qui touchait la guerre et la levée de l'impôt, a ce qui est chose très-juste et saincte, et en « sont les rois plus forts l. » 11 ne vit jamais, dit-il, aucun pays « où la chose publique est mieulx traictée , où règne « moins de violence sur le peuple 2. » Néanmoins, il y a quelque ombre aux lumières qu'il répand dans ce tableau, et , porté par sa longue expérience à douter de toutes les bases sur lesquelles reposent l'honneur des hommes et la puissance des États, il ne ménagera pas les traits satiriques qu'iJ se plaît à lancer aux Anglais, sur ce double caractère de méfiance et de simplicité qui domine tour à tour chez eux, soit pendant la guerre, soit pendant la paix, sous la tente ou dans le conseil. Voyez les Anglais qui abordent on France : « Il n'est riens plus sot, ne plus maladroict, « que quant ils passent premièrement ; mais en bien peu « d'espace, ils sont très-bonnes gens de guerre, saiges et « hardis 3. » On peut rire rie Falstaff, mais ses compatriotes senties vainqueurs de Cvrry et d'Azincourt.
Ce qui rend les négociations difficiles à entreprendre avec les Anglais, c'est qu'ils sont soupçonneux d'abord, puis portés à s'enflammer dans la discussion ; mais ils usent de franchise et de droiture, et c'est ce qui faisait leur faiblesse quand ils avaient «à traiter avec Louis XI. Au résultat, les traités sont pour eux des défaites qui contrebalancent leurs victoires. Commines dit à ce sujet : « Le roy Edouard, ne « sesgen^ u'avoienl fort praticqué les faicts de ce royaulrae,
1 Mém., t. ], p. 314.
* Mém., f. II, p. 142.
■ Mém., t. I. p. 337.
« et alloient plus grossement en besongne , par quoy ne « peurent sitost entendre les dissimulations, dont l'on use « deçà et ailleurs ; car naturellement les Anglois, qui ne « sont jamais partis d'Angleterre, sont fort coîéricques, si « sont toutes ces nations de pays froit l. » Et ailleurs : ce Les Anglois ne sont pas si subtils en traictés et en « appointements comme sont les François , et , quelque « chose que l'on en die , ils vont assez grossement en « besongne ; mais il fault avoir ung peu de patience et ne « débatre point colèricquement avec eulx 2. »
Commines reproche aussi aux Anglais « d'estre trop gros « et trop gras, de trop aimer à boire 3. » Edouard IV resta fort beau jusqu'à ce qu'il commençât à engraisser '. Sa nonchalance, son incapacité s'expliquent : « c'estoit ung homme « pesant et qui fort aymoit ses plaisirs 5. »
Le peuple anglais, remarque Commines, souffrait moins qu'aucun autre des luttes des grands ; mais aussi jamais sang plus noble ne fut versé que dans les guerres des Deux- Roses. Tous ces princes qui se disputaient le pouvoir, s'envoyaient impitoyablement à la mort sans se souvenir qu'ils étaient également issus d'Edouard III.
Il semblait que les liens du sang ne comptassent plus chez les grands égarés par l'ambition. Commines en eut un autre exemple, quand il vit à Doûllens le duc de Bourgogne appeler devant lui le vieux duc de Gueldre et son fils qui l'avait enfermé dans une tour. Il les rencontra plusieurs
1 31cm., t. I, p. 344.
! Mém-, t. I, p. 308.
3 Mém., t. I, p. 363.
* Mém., t. I, p. 374; t II. [.p. -281 et '282.
■" ;>' m., I II. p. 171.
fois dans la chambre du duc; il entendit le vieillard offrir le gage de bataille à son fils, et ayant lui-même été chargé par son maître, de chercher à apaiser le jeune prince non moins violent et plus coupable, il n'en obtint que cette réponse : « qu'il ajmeroit miéiix avoir gecté son père la « teste devant dedans ung puis, et de s'estre gecté après, « que d'avoir faict cest appoinctement, et qu'il y avoit qua- « ranto et quatre ans que son père estoit duc, et qu'il estoit « bien temps qu'il le fust l. »
Ce n'était plus, hélas! seulement en Gueldre et en Angleterre que le duc de Bourgogne devait trouver le triste spectacle des liens du sang violés et méconnus : il était lui-même menacé d'un fratricide. Cette même année, peu de mois après un manifeste où Louis XI, rappelant au duc de Bourgogne que ses ancêtres avaient dû à la victoire de Charles VI à Roosebeke la possession de la Flandre, déclarait en termes altiers que la maison royale de France, la plus haute qui fût sous le firmament, était une sainte et très-chrétienne lignée 2, ce même roi Louis XI corrompait le bâtard Baudouin de Bourgogne pour qu'il assassinat l'héritier légitime de Philippe le Bon 3. On le vit recueillir les conspirateurs après l'insuccès de leurs tentatives , les protéger et les récompenser comme s'ils eussent réussi 4. Bien plus, à ces
1 Mém., t. I, p. .'308.
* Histoire générale de Bourgogne, t. IV, p. 263. Ce manifeste important ne se retrouve plus aux archives de L'empire , mais il est analysé dans le trésor des chartes. (Amboise, 17 m;ii I 170.)
* Un chroniqueur contemporain voit dans ce complot, l'origine des trahisons qui suivirent : Quo facto plures de curia ducis Burgundise de< lin.r erunl a I partem régis Fran
: Le bâtard Baudouin recul de Louis XI i:i terre d'Orbec, qui avait appartenu autrefois à Robert d'Artois.