G-2 LETTRES ET NEGOCIATIONS
monseigneur d'Argenton ajouta (mais comme si cela venait de lui), que si l'affaire était remise à Sa Majesté seulement et qu'on lui adjoignît le roi d'Angleterre, encore que Sa Majesté ait beaucoup d'entreprises qui l'occupent, elle aurait peut-être accepté cet arbitrage dans l'intérêt de la ligue ; mais qu'elle ne pouvait voir d'un bon œil l'intervention d'un légat de l'Empereur et deMaximilien. Il s'ensuit que l'artifice de nos adversaires qui cherchaient à aliéner ainsi à la ligue l'esprit du roi, (surtout s'il avait accepté la coopération de l'Empereur et du duc Maximilien, ses ennemis déclarés), se trouve déjoué. Il faut convenir aussi que leur point d'appui était bien faible et que tout se réduit à de véritables arguties scolastiques et puériles. Ils se bornent à dire que les ambassadeurs de la ligue, sans le moindre égard pour l'honneur de Sa Majesté, ont refusé d'accepter le compromis ; mais ils reconnaissent eux-mêmes que ceux-ci ont donné l'excuse la plus légitime et la plus péremptoire, à savoir qu'ils n'ont nullement mission de le faire. On a fait valoir tout cela auprès de monseigneur d'Argenton, afin qu'il le fît passer sous les yeux de Sa Majesté et lui fît bien comprendre que ce n'est pas parce que les ambassadeurs de la ligue se défient de Sa Majesté et ne la regardent pas comme leur spécial protecteur, mais uniquement parce qu'ils sont sans pouvoirs pour conclure. Bien qu'il soit aisé de voir où veulent en venir nos adversaires, c'est-à-dire surtout à la restitution des places conquises, nullum omniîbo verlum. Il faut chercher à rester en possession et attendre d'autres circonstances, car si l'affaire est remise, on la mènera comme on voudra. Les ambassadeurs de la ligue ont rendu à Sa Majesté de grandes grâces pour l'affection qu'elle montra envers la ligue, notamment on faisant ouvrir le bref et les lettres en question par eux-mêmes , et ils lui ont fait dire qu'on verra maintenant ce que répondra la ligue, qui montrera. affirment-ils, la confiance et l'espoir qu'elle a dans Sa Majesté. I! me semble que monseigneur d'Argenton a parfaitement compris le tout, et il s'en va aujourd'hui trouver Sa Majesté pour le lui expliquer.
DE 00MMINB8. 203
Le courrier du Pape, porteur du bref et des lettres, vint chez
monseigneur d'Argenton lui demander une réponse : on lui répondit qu'on n'avait rien à écrire ; puis il demanda une attestation de la remise des pièces, ce qui lui fut accordé.
Il est aussi à remarquer que les ambassadeurs du roi écrivent qu'en cas de divergence, on leur adjoindra, s'il plaît à la ligue, l'Empereur et le duc Maximilien ; que si cela ne lui plaît pas, Sa Majesté le roi d'Angleterre et le légat seront seuls en cause. Mais le Pape ne déclare pas , dans le bref, si dans le cas où les arbitres adjoints ne conviennent pas à la ligue, il consent à les exclure : c'est pour faire retomber sur la ligue tous les affronts et toutes les colères qui pourraient venir, du côté du roi, si la ligue accepte, du côté de l'Empereur, si elle n'accepte pas. C'est le seul motif pour lequel le Pape, sans l'exprimer lui-même dans son bref, a fait écrire au roi.
Sa Majesté doit s'acheminer dans quatre ou cinq jours vers la Bourgogne, à ce que m'a dit monseigneur d'Argenton. Nous cherchons à savoir par lui le bon plaisir de Sa Majesté relativement à ce que nous devons faire : rester ou partir. Il nous a promis de nous le faire savoir, pour que nous puissions agir d'un commun accord. Mais depuis, comme je vous l'ai écrit en dernier lieu, afin d'expédier l'envoyé du comte Jérôme qui venait d'exposer une foule de choses à charge du magnifique Laurent, on fit chercher François Gaddi, qui est ici pour le dit Laurent, et, aprèfl avoir été entendu, il est venu nous rejoindre et se trouve encore avec nous. S'il arme que Sa Majesté ail l'intention de tenir ces magnifiques ambassadeurs dans un lieu éloigné d'elle, je verrai, aver le concours et les conseils de monseigneur d'Argenton, si je ne puis me rapprocher si«f oflensione ejus aniw i . afin de me conformer i votre désir. J'j réussirai mieux, je pense, quand je serai seul ici, etje pourrai agir plue adroitement, mais pour Le moment, le rpi nous a faii dire â tmis, sans exclure personne, que nous allions d'un ,-ôté ou de l'autre. Le roi, comme il en a bien Le droit, veuf, qu'on aouc garde à vue loi et qu'on épie non-seulement nos paroles, mais
même nos intentions. Chaque jour il devient plus solitaire* il ne veut voir que qui lui plaît , et bien souvent si vous voulez une chose, il ne la veut pas, et si vous montrez que vous ne la voulez pas, cela suffit pour qu'il la désire ardemment. Comme tous les vieillards qui touchent à leur déclin, il devient de jour en jour magis olnoxius iracundiœ. J'agirai le plus adroitement que je pourrai, pour éviter le scandale ; et que Votre Seigneurie ne se figure point au moins que je sois heureux de vivre éloigné du roi, et dans une grande ville plutôt que dans une petite, car il n'est aucun lieu qui ne convienne à ma petitesse.
Le comte Bofillo a pris la charge d'insinuer à Sa Majesté que vous pourriez envoyer un des vôtres devers l'Empereur pour l'entretenir, etc. Il disait bien qu'il fallait prendre la chose à temps, parce qu'on craignait de remuer la bile de Sa Majesté, en lui en parlant dans un moment peu importun ; mais il n'a jamais pu saisir ce moment convenable, et maintenant il chevauche vers le Luxembourg par ordre du roi. Celui-ci fait mine d'envoyer bon nombre de ses gens d'armes, des canons, des espringales et toute sorte d'artillerie sur cette frontière ; mais je crois qu'il le fait pour se retourner ensuite contre la ville de Cambray et la surprendre à l'improviste. Monseigneur d'Argenton est d'avis qu'il faut bien se garder de parler à Sa Majesté d'envoyer quelqu'un à l'Empereur en votre nom, car rien ne pourrait lui être plus désagréable. Il conseille, si vous avez quelque chose à faire dire à l'Empereur, soit pour le remercier ou autrement , de le faire par l'entremise de l'ambassadeur vénitien , qui est auprès de l'Empereur.
On dit que don Frédéric est parti de Tours pour rejoindre le roi. J'ai ouï dire que la reine en avait fait autant, mais que le roi l'avait fait retourner. Monseigneur d'Argenton assure que Sa Majesté a dit à don Frédéric que pour rester bien avec elle, il devait aimer ses amia et haïr ses ennemis, et ne pas suivre les traces de son père, auquel Sa Majesté ne veut aucun bien. Don Frédéric doit avoir répondu qu'il était venu dans l'intention d'obéir à Sa Majesté en toute chose, quand même
elle lui ordonnerait d'agir en faveur de la ligue ou de qui que ce soit, contre son propre père; et en disant ces mots, il s'agenouilla. Sa Majesté le releva en souriant. Les gens sensés sont d'avis que Sa Majesté se lassera bientôt de ces cérémonies de don Frédéric et que celui-ci se repentira, avant que l'année ne soit écoulée, d'être venu dans ces parages , et qu'il n'aura pas non plus toutes les belles choses qu'on lui a promises.
Il est arrivé ici des ambassadeurs liégeois, fort effrayés des apprêts que fait Sa Majesté sur cette frontière, la supplier de se souvenir qu'ils sont neutrjs : ils n'ont pas oublié les calamités que leur ville a essuyées pour n'avoir pas su, dans le temps, naviguer entre Charibde et Scylla. Ils ne sont pas encore expédiés , et on ne sait quelle décision prendra le roi.
Monseigneur d'Argenton dit encore que Sa Majesté, lorsqu'elle fit venir monseigneur de Bresse avec don Branda pour le différend que vous avez avec les Suisses, ordonna au premier d'user de tous les moyens et de toutes les menaces qu'il jugerait à propos pour que l'accord eût lieu. Je crois qu'il se fera plus facilement aujourd'hui que Sa Majesté possède la Franche- Comté ou au moins la plus grande partie. Je me recommande liujnMrniont à Vos Excellences.
Donné ■ l';ins, le 20 juin 1479.
De Vos Excellences le très-fidèle serviteur, (ii.\i;i.i:s Yisconti ',
Cagnola mande le même jour à la duchesse de Milan : Illustrissimes et exeellentissimes seigneurs,
Sa Majesté Très-Chrétienne esl allée en pèlerinage dans un endroit, qui s'appelle Notre-Dame de la Victoire, â <IK limes environ d'ici, où elle a coutume de se rendre quand elle a remporté quelque victoire : elle s'y rend cette lois à l'occasion de ses succès en Frniiclie-Comté. Ne pouvant prendre une autre route, elle est passée par ici, mais elle n'entra poini en ville, et s'arrêta dans un très-beau château éloigné d'une lieue envi-
1 Archives de Milan (trad.).
ron, où elle passa la soirée; le lendemain, elle alla entendre la messe à Saint-Denis, qui est aussi éloigné d'une lieue et demie d'ici, et la messe finie, après avoir dîné^sans permettre que personne l'approchât, elle se remit en route pour son pèlerinage. Monseigneur d'Argenton logea en ville ainsi que toute la cour : j'eus un entretien avec lui, puis tous les ambassadeurs furent admis ensemble près de lui. Sa Seigneurie était encore ici (où elle est restée trois jours après le départ du roi), quand arriva un courrier envoyé par le Pape et par les ambassadeurs du roi qui sont à Rome. C'était jeudi, 17 de ce mois : il apportait des lettres du Pape, du Collège des cardinaux et des dits ambassadeurs, adressées au roi. Elles furent remises à monseigneur d'Argenton, qui nous fit immédiatement prévenir, et, en notre présence, il ouvrit les lettres des dits ambassadeurs et nous les fit voir. Ils écrivent à Sa Majesté touchant la résolution prise par le Pape de remettre les différends d'Italie à Sa Majesté, au roi d'Angleterre et à un légat à latere qu'on enverra ici. En cas de désaccord, l'Empereur et le duc Maximilien seraient adjoints à ces arbitres. Ils témoignent que cette convention leur plait beaucoup et ils l'approuvent fortement, faisant un grief aux ambassadeurs de la ligue de ne l'avoir point acceptée. Sa Seigneurie nous pria de vouloir bien n'en point parler, voulant d'abord faire remettre les dites lettres au roi, qui certainement les lui renverrait pour nous les communiquer. C'est en effet ce qu'a fait Sa Majesté , et monseigneur d'Argenton nous a réunis aujourd'hui pour nous montrer le bref du Pape et la lettre des cardinaux au roi. Ces documents étaient encore scellés, le roi n'ayant pas voulu les ouvrir et désirant que nous le fissions nous-mêmes. Il avait seulement décacheté les dépêches de ses ambassadeurs, qu'il renvoyait également. Les dites lettres lues en présence de monseigneur d'Argenton, celui-ci nous dit que Sa Majesté lui avait écrit de nous informer qu'elle avait pris connaissance de ce que lui mandaient ses ambassadeurs à propos de l'arbitrage remis à Sa dite Majesté, au roi d'Angleterre et au ïégat apostolique, etc., mais qu'elle est en ce moment trop cnga-
gée dans les guerres présentes, qui absorbent toutes ses pensées, pour trouver le moyen et le temps d'examiner les contestations soulevées de ce côté, d'autant plus qu'elle ne voit pas dans cet arbitrage et dans cette charge le profit et l'honneur de la ligue. Monseigneur d'Argenton en conclut que Sa Majesté n'entend en aucune façon accepter cette mission, et il nous recommande d'écrire en ce sens chacun à notre souverain respectif. Nous lui rendîmes grâces , en ce qui touche Sa Majesté, de la bienveillance qu'elle nous avait témoignée en nous communiquant ces lettres, l'assurant que nous en donnerions sur-le-champ avis aux illustres princes confédérés. Nous lui fîmes ensuite remarquer la malice de l'auteur de ces lettres, qui ne cherchait qu'a semer la discorde entre Sa Majesté et la ligue, sous prétexte que les ambassadeurs de celle-ci n'avaient pas adhéré à la résolution du Pape, car ils n'ont pu s'occuper de cette nouvelle proposition, puisqu'ils n'ont aucune commission à ce sujet, et, par conséquent, ils ne pouvaient l'accepter. Nous représentâmes que l'adjonction de tant de collaborateurs ne paraissait pas chose bien honorable pour Sa Majesté et que, dans la constitution de l'arbitrage, il n'était point question de la restitution des prises, condition dont la réalisation doit précéder tout accord. Les ambassadeurs ayant doue i\<>* motifs plausibles pour hésiter, il n'y avait pas lieu à un grand grief contre eux, ajoutâmes-nous, pour ne pas avoir accepté immédiatement; mais il était bien certain que les princes confédérés, tant pour montrer leur attachement et leur affection envers Ss Majesté qu'à cause de leur éminente . prendraient à cet égard telle résolution que
semblaient devoir leur Inspirer et leur amour de la justice et la malice de leurs adversaires. .Nous eûmes le bonheur de voir monseigneur d'Argenton, qui est fort au courant de tout et qui pénètre le mystère de cette résolution aussi Pieu que nous ; il nous répondit qu'il ne lui paraissait pas honnête de proposer
ci ai!)it i-i-r" .ni roi sans restituer les prises, et qu'il ne fallait
pas remettre cette affaire à deux princes éloignés l'un île l'autre par la situation de leurs Etats et plus encore parleurs senti-
ments, car toute l'affection qu'on suppose, ne règne pas entre eux ; qu'on n'en finirait jamais de notre temps , surtout si le légat pontifical intervenait, puisqu'il prendrait toujours le parti de Sa Sainteté. Autant que nous avons pu en juger par ses discours, nous avons cru comprendre que le roi s'est mis en colère de se voir adjoindre les arbitres prénommés, surtout ceux avec lesquels il est engagé dans une guerre sérieuse. D'après ce que nous a dit monseigneur d'Argenton , le roi craint que l'envoi d'un légat n'ait pour but de susciter quelque nouvelle guerre entre lui et le roi d'Angleterre. Nous avons prié monseigneur d'Argenton de vouloir nous donner copie du bref en question et de la lettre du collège des cardinaux, ce qu'il nous a accordé. Je vous les envoie pour votre gouverne. On dit que Sa Majesté ne veut pas y répondre davantage, et le courrier qui les apporta a été congédié avec un simple bulletin constatant qu'il a remis les lettres tel jour. Le Pape envoie aussi la copie d'une réponse faite aux ambassadeurs de la ligue : cette réponse est trèsprolixe et nous l'avons vue. Je ne vous en envoie pas de copie, sachant que vous l'avez reçue de messer Jean Angelo. Nous attendons avec impatience la nouvelle de la résolution que prendra la ligue à ce sujet, pour la transmettre à Sa Majesté qui, d'ailleurs, ne fait pas grand compte des lettres dont il s'agit. Il n'y a rien de nouveau pour le moment. Sa Majesté concentre toujours tous ses efforts sur la Picardie : elle y envoie la plus belle artillerie qu'on ait jamais vue et une armée innombrable qui s'élèvera bien, dit-on, à cent mille hommes. On ne sait, encore quelle direction prendra le roi, et nous sommes dans la même incertitude quant à notre séjour ici. Nous suivrons les ordres de Sa Majesté, qui se trouve à cette heure éloignée d'ici de vingt lieues. Mardi, elle commencera à se mettre en route dans la direction qu'elle veut suivre. Nous en serons, je pense, informés par monseigneur d'Argenton, qui nous l'a promis. Je me recommande humblement à Vos Altesses.
Paris, le 20 juin 1479.
Je an- André Cagnola L
1 Archives de Milan (trad.).
DR COMBINES. 269
Commines écrivait aux ambassadeurs de la Ligue :
Magnifiques ambassadeurs,
Je me recommande à vous autant que je le puis. Je n'ai reçu qu'avant hier un de vos courriers qui apportait une grande quantité de lettres ; j'ai compris qu'il apportait les mêmes nouvelles que Sa Majesté a déjà reçues de Rome et que vous me les faisiez savoir incontinent.
Aujourd'hui est arrivé devers Sa Majesté le secrétaire qui était allé à Rome avec les ambassadeurs du roi d'Angleterre, lequel n'a rien apporté de nouveau si ce n'est ce que je vous ai dit moi-même et montré à Paris. Sa Majesté a été fort joyeuse que la ligue n'ait point accepté la commission. Je pense que vous aurez déjà mandé à vos secrétaires que Sa Majesté ne s'est point décidée à prendre le parti que le Pape lui proposait, par les motifs que je vous ai expliqués : si vous ne l'aviez pas encore écrit, je vous prie de le faire en toute diligence.
Je n'ai demandé qu'avant hier à Sa Majesté si elle était contente que vous rendissiez auprès d'elle. Elle m'a chargé aujourd'hui de vous faire dire que vous ne quittiez pas Paris avant que Sa Majesté vous l'ait fait savoir, parce qu'elle n'est pas encore sûre de l'endroit où vous pourrez la rencontrer. Il pourrait se faire que Sa Majesté se rendît dans le duché de Luxembourg ; il pourrait aussi arriver qu'elle allât en Picardie. Mais il règne encore une grande pestilence dans ces contrées, et Sa Majesté uo voudrait pas, à cause de cela, que vous y vinssiez sans y être mandés. Toutes les nouvelles que vous recevrez et que vous voudriez lui faire tri, if, vous pouvez me les faire savoir par Giauetto ou par François de Gaddi : je crois qu'ils resteront ici à demeure '•! vous pourrez les leur adresser.
j'ai dit au roi, monseigneur l'ambassadeur de Venise., ce «pi,' vous m'avez exposé : il m'a répondu que, si ce légat vient de la pari du Pape pour p 1er contre la Seigneurie, Sa Majesté saura lui répondre comme L'exige l'honneur de la dite Seigneurie et
comme le roi voudrait qu'on répondît s'il s'agissait de lui. Messeigneurs, je prie Dieu qu'il vous accorde tout ce que vous désirez.
Écrit à Vitry, le 26 juin.
Le tout vôtre,
Philippe de Commines.
A messeigneurs les ambassadeurs de la ligue d'Italie l.
Citons encore quelque dépêches milanaises. Cagnola écrit le 18 juillet :
Illustrissimes, excellentissimes et très-espéciaux seigneurs,
Quoique je n'aie rien de bien important à vous mander d'ici, je profite du retour du courrier pour ne pas le laisser partir tout à fait dépourvu de lettres : vous saurez ce que je compte faire. Monseigneur d'Argenton se trouve toujours ici, il n'a pas quitté la ville depuis que je vous ai écrit la dernière fois. Sa Majesté Très-Chrétienne lui a envoyé quelques lettres du Pape, du cardinal de Saint- Vital et les instructions données à un messer Raphaël Ballarino, frère de Zanetto, qui est allé à Rome avec les ambassadeurs de Sa Majesté et en est revenu avec cette commission. Le roi l'a chargé de nous communiquer le tout, le désir de Sa Majesté étant, à ce que nous a dit monseigneur d'Argenton, que nous sachions tout ce qu'on lui écrit ou tout ce qu'on lui dit, principalement en ce qui concerne la ligue. Sa Seigneurie, ayant examiné le tout, a daigné nous en remettre copie à tous, et je vous envoie la mienne pour ' que vous sachiez ce qui se passe. Je vous envoie aussi la copie du message écrit communiqué par le dit Raphaël, pour que vous teniez le fil complet de l'histoire. D'après ce que nous dit monseigneur d'Argenton et ce que j'ai appris d'ailleurs, Sa Majesté put à peine lire les lettres de créance. A peine Raphaël eut-il ouvert la bouche et prononcé moins du quart de sa harangue, que le roi fit demander don Frédéric et se mit à parler du Pape
1 Archives de Milan (trad.).
et du roi Ferra ml, s'étendant beaucoup, m'a-t-on dit, sur ce sujet, en paroles de mala natura, se montrant toujours favorable à la ligue, de manière que don Raphaël ne trouva pas moyen de placer un mot '. Bref, il ne lui répondit rien, sinon que monseigneur d'Argenton lui ferait la réponse de sa harangue. Don Raphaël lut ainsi congédié, de façon qu'il eût mieux valu qu'il ne vint pas avec cette commission qu'il a, croyons-nous, sollicitée là-bas. L'ambassadeur de Florence a eu assez de chagrin, à cause de son frère Zanetto, qui est cependant l'homme du magnifique Laurent. Je crains qu'il n'en éprouve quelque inconvénient. Les écrits et les commissions seront, je suppose, annulés et resteront finalement sans effet. Les ambassadeurs d'Espagne sont encore ici : ils n'ont pas encore eu d'audience et ils attendent de jour en jour que Sa Majesté les appelle. Leur arrivée ici a un double objet : faire ratifier par Sa Majesté l'alliance et l'accord qu'ils ont fait ensemble et obtenir que le roi jure en personne, comme l'a fait le roi d'Espagne, ce qui est d'usage, parait-il, entre les princes ; en second lieu tâcher d'arriver à un bon appointement concernant les affaires du comté de Roussillon, afin que les princes puissent vivre avec plus de charité et d'amour et que tout levain de discorde disparaisse entre eux. Don Frédéric suit la cour et Sa Majesté affecte de lui l'aire grand accueil. Il se passe même peu de jours que le roi, à lalile surtout, ne revienne sur les actes de son père et ne prenne le parti de la ligue. Quand monseigneur d'Argenton est là, c'est lui (jui engage l'escarmouche et qui se fait le champion de la ligue. D'après ce que m'a dit ce seigneur, ledit don Frédéric se comporte avec beaucoup de sagesse, et il ne s'avance jamais soit '•a affirmant, soit en niant ceci ou cela. Jusqu'ici il n'a encore reeii aucune provision, Baufle comté de Valence, comme je tous l'ai écrit précédemment, et Use trouve déçu dans ses calculs.
1 Thomas Basiq rappelle cette bizarre babitude de Louis XI, du parler avec ni •• h ile prolixité qu'il ne laissait rien à dire à celui <(ui
le haranguait, (j'/ist. de L0UÙ XI, t. III, p. 177).
JVaprès ce que j'ai ouï dire à ses gens, il n'a pas trouvé ici le cinquantième de ce qu'il comptait y trouver, de sorte qu'il n'est pas extrêmement satisfait. Il a congédié plus du tiers de sa maison : je me rappelle vous avoir écrit dans le temps que les grands feux ne brûlent pas longtemps dans ce pays ; c'est bien cela et le mot tend de plus en plus à se vérifier. Messer Antonio d'Alexandro, arrivé avec lui, est allé à la cour demander la permission de s'en retourner : je crois que Lancelot de Macédoine, qui a aussi été ici, en fera autant. La guerre de ce côté reste stationnaire. En Picardie, notamment, chacun reste chez soi, et personne ne prend l'offensive. Toutefois, le roi cherche à compléter la conquête de la Franche-Comté, qui est d'ailleurs réduite à l'obéissance : il ne restait plus que la ville de Besanço", où il a rencontré quelque difficulté. Aujourd'hui l'on est tombé d'accord : le roi maintiendra les ofïîciaux , mais ils ne pourront s'assembler et se réunir en conseil qu'avec le congé de ses propres officiers. On croit que Sa Majesté se rendra dans ce pays. A ce que nous a dit monseigneur d'Argenton, elle a été du côté de Montargis il y a quelques jours. Quant à notre séjour, s'il doit se prolonger ici, nous nous conformerons aux ordres de Sa Majesté, ne pouvant faire autrement, comme je vous l'ai écrit dans le temps. Monseigneur d'Argenton a dit à tous les ambassadeurs de la ligue, que vous eussiez à tenir tous les passages fermés pour empêcher qu'on n'aille à Rome, comme on l'a fait par le passé, et que si Sa Majesté avait quelque chose de particulier à mander à l'un de vous, elle le ferait connaître par des lettres spéciales à vous et aux seigneurs de Florence.
J'ai lu vos lettres du 29 du mois dernier et du 4 de ce mois, ainsi que les copies qui y étaient jointes, en ce qui touche le compromis, la réponse faite aux ambassadeurs français, les lettres de Jacques Guicciardin sur l'heureuse nouvelle de la déroute de l'ennemi à Pérouse. J'ai de suite fait connaître le tout à mes collègues d'abord, puis à monseigneur d'Argenton. On a beaucoup loué le tout, et quant au compromis on approuve surtout la décision prise par la ligue, quoique cela ne fût pas bien néces-
saire, puisque, comme vous l'avez vu par mes dernières lettres, le roi ne veut pas accepter cette commission. Cela n'a pu toutefois être que très-utile, pour que Sa Majesté soit bien convaincue ries bonnes dispositions de la ligue. Si nos adversaires voulaient faire un compromis du même genre, je crois que Sa Majesté n'accepterait qu'en faveur de la ligue. J'ai remis les lettres des ambassadeurs français à monseigneur d'Argenton, pour qu'il les fasse parvenir à Sa Majesté, et il l'a fait sur le champ. Cependant il lés ouvrit auparavant et nous les fit voir. Ils exposent toute la suite de l'affaire, comment le compromis a été fait et ce qu'il renferme ; ils se montrent très-favorables à la ligue, en particulier à Vos Excellences. Nous avons appris avec un extrême plaisir la nouvelle de la déroute : outre le mal fait à l'ennemi, j'en vois résulter un grand bien en faveur de la ligue et une vive défaveur pour ses adversaires et leurs adhérents. Nous avions appris cette heureuse nouvelle quatre jours avant que je reçusse vos lettres, par un courrier florentin expédié en toute hâte, qui se rendit d'abord auprès du roi et lui remit les lettres de monsieur Laurent à ce sujet. Le même courrier m'a dit que Sa .Majesté en manifesta une si vive allégresse qu'on ne saurait l'exprimer, qu'elle s'agenouilla sur le plancher et rendit grâces à Dieu comme c'est sa coutume quand il lui arrive quelque heureuse nouvelle. J'espère que Nôtre-Seigneur Dieu, qui favorise toutes les causes justes, daignera bénir vos succès.
N'ayant rien de plus à vous mander en ce moment, je me recommande à Vos Altes
Donné à Paris, le 18 juillet 1479.
Vôtre humble serviteur,
Je w- \\:>i:i' CaGNOLA.
oola < ■ < • i ■ i t de îiniiYcaii ;ui duc et â la duchesse de Milan, le l,r abftt :
Ulostrissimea, excelleatiasin^ea i 'a\ Baigneurs,
Le président oe Toulouse qui a été ■< Rome comme ambassa-
deur de Sa Majesté Très-Chrétienne , ainsi que vous le savez , a rejoint ces jours derniers Sa Majesté qui l'accueillit très-mal, m'a-t-on dit, de sorte que toute l'audience se borna aux plaintes que le roi fit de lui, j usqu'à lui dire qu'il était un fou. En sortant de là, il ne laissa pas de se rendre chez monseigneur d'Albi, qui se trouvait là, et chez monseigneur du Lude, qui exhortèrent si bien Sa Majesté qu'elle finit par l'écouter et qu'il put lui présenter le compromis rédigé par la ligue, en ajoutant une foule de choses pour sa justification. Il engageait Sa Majesté à écrire quelque chose au Pape, tant pour l'exhorter à faire un compromis analogue à celui de la ligue, que pour faire quelque réponse aux lettres de Sa Sainteté, particulièrement à celles que ledit président remettait au roi en même temps que les lettres du cardinal de Saint-Pierre ad Vincula, (je vous en envoie la copie) ; il assurait le roi que le Pape ne résisterait pas à ses exhortations et à ses prières. Or, d'après ce que nous a rapporté François Gaddi, qui assistait à l'audience, Sa Majesté semble incliner à accepter le compromis, par déférence surtout envers la ligue , et est résolue à répondre au Pape ; mais elle a déclaré qu'elle voulait qu'on vînt conférer avec nous de ces questions, en présence de monseigneur d'Argenton. Le roi voulut aussi que ledit François Gaddi se rendit près de lui. Il lui remit toutes lesdites lettres du Pape et du cardinal, encore closes, pour les porter au seigneur d'Argenton, afin qu'il les ouvrit en notre présence et conférât avec nous sur la réponse à faire au Pape. C'est ce que fit ledit Francesco, et voilà cinq jours qu'il est venu ici avec ledit président. Le lendemain de leur arrivée, nous nous sommes réunis avec ledit seigneur d'Argenton, ledit président et François. Les lettres ouvertes et lues, le président s'efforça, dans un long discours, de nous faire comprendre qu'il avait fait là-bas tout le bien du monde, et en outre il nous dit qu'il lui paraissait utile que Sa Majesté engageât, par ses lettres, le Pape à faire un compromis dans la même forme que celui qu'avait fait la ligue, et il nous pria de vouloir bien y réfléchir sérieusement. Nous remerciâmes d'abord Sa Majeur
d'avoir daigné nous faire part de toutes les affaires avec autant de libéralité qu'elle le fait constamment, et nous déclarâmes ensuite que, vu l'importance de La .lio.se et faute d'avoir reçu d'autres ordres des seigneurs confédérés, notais n'oserions rien faire dans une autre forme; mais, que si Sa Majesté se décidait à écrire dans un sens ou dans un autre, nous la priions de daigner avoir la bonté de faire en sorte que Les lettres ou leurs copios lussent vues à Milan ou à Florence, et qu'elles fussent ou ne fussent pas expédiées, selon ce qui semblerait le meilleur aux seigneurs de la ligue. Nous rappelâmes néanmoins que dans l'intérêt marne de Sa Majesté, il vaudrait peut-être mieux temporiser quelque temps , jusqu'à ce que l'on sût à quoi s'est décidé le Pape, relativement à son accession à la forme dudit compromis. Si le Pape l'accepte, Sa Majesté pourra '•rire mieux et plus longuement, tout en en retirant plus d'honneur : ce qui ne serait pas possible si Sa Majesté écrivait 8B ce moment et que le Pape n'acceptât point la formule.
34 monseigneur d'Argenton a fait connaître que le roi écrira, comme l'indiquait le président, et que les lettres seront envoyées à Milan ou à Florence, selon nu;,, proposition. La forme de la lettre sera celle-ci, à ce que croit le président : le roi écsira qu'il a eu connaissance d .• la forme du compromis l'ait par la ligue ; qu"< lie lui parait honnête, puisqu'on n'y tient compta que des controverses actuellement soulevées, depuis le jour qu'a été inaaguré le nouveau régime là-l.a-, comme an peut
air 'l.wis le compromis ; et qu'a pause du désir.que Sa Majesté éprouve de \,,ir ritalic pacifie.-, elle souhaite que Sa Sainteté
•• le même compromis, afin que toutes COfl -noires soient
(•mais oubliées. Telle >< i:. < m somme, la substance êtes h*ttne*< d'après ce que m'a .... ledit président : je ae sais si
Majesté > tara quelques changements, mak je Dense que amplement jnfdmeB. Je efoia bien toutefois qui le l'''i" a anlêté es qu'il veut faire, et nous l'attendons avec le ,|i'v|'' de le - -.voir. le, lit président est venu me roir okea moi,
'Il particulier, par respect pi) 111 \ os Ia ■ ■. •! I. -liées, . •! il ui'a (|j|
merveilles des honneurs dont il a été comblé, en portant Vos Excellences jusqu'au ciel et en se plaignant beaucoup du peu d'accueil qu'on nous fait ici. Il a, m'a-t-il dit, mis le roi au courant de tout, lors de sa seconde audience, en présence de François Gaddi, qui m'a confirmé la vérité de son récit. Je le remerciai avec force caresses, et je lui dis que, en fils trèsaffectueux de Sa Majesté, vous vous plaisiez à rendre toujours honneur non solum simili homini mais aussi à tout autre personnage, quel que fût son rang, par respect pour Sa Majesté Très-Chrétienne.
Il n'est rien arrivé de nouveau ici, si ce n'est que le duc Maximilien est venu en personne dans une grande ville de Picardie, nommée Saint-Omer, avec un grand nombre de gens. En attendant, il augmente ses forces et menace de faire merveilles. Il n'en est rien résulté jusqu'à présent. Cependant les o-ens du roi sont toujours là dans les environs , examinant tranquillement ses mouvements, au nombre de deux mille cents lances et d'environ quatorze mille archers. Sa Majesté ne veut pas, dit-on, que ses gens se portent en avant et en viennent aux mains avec l'ennemi, mais elle exige qu'on se tienne simplement sur la défensive. Il lui semble qu'elle fait suffisamment cette année en réduisant la Franche-Comté à son obéissance. Sa Majesté est allée à Dijon, nous laissant ici monseigneur d'Argenton, qui doit s'acheminer demain matin vers Tours : nous devrons songer encore une fois à faire de même, quand nous apprendrons que Sa Majesté a pris le chemin de cette ville, comme nous en a prévenus monseigneur d'Argenton. Les ambassadeurs d'Espagne suivront Sa Majesté, qui n'a jamais consenti à les écouter et qui veut qu'ils aillent jusqu'à Dijon, où elle leur a fait promettre qu'elle les recevrait : je ne sais ce qui en est résulté. Sa Majesté a aussi craint un peu qu'il n'arrivât du côté de l'Allemagne des secours audit duc Maximilien ; mais elle vient d'apprendre que l'empereur, malgré toutes les instances qu'il a faites aux seigneurs allemands de la Diète, n'en a obtenu pour tout résultat qu'un refus d'intervenir, attendu
te roi ne revendique que ce qui lui appartient et ce qui est de droit dévolu à la couronne par la mort du duc de Bourgogne ; mais si Sa Majesté voulait aller plus loin qu'elle n'en a le droit, ils se déclarent prêts à prendre les armes. Donné à Paris, le 1er août 1479.
Votre serviteur, Jean-André Cagnola *.
Commines se trouvait auprès de Louis XI quand arriva la nouvelle de la douteuse victoire obtenue le 7 août 1479 par Maximilien à Guinegate. « Le roy en fut très-dolent, car il « n'avoit point à.coustume de perdre2. »
Sur un autre champ de bataille où étaient également aux prises le droit et la force, mais où il s'agissait non pas d'intérêts généraux mais d'intérêts particuliers, non pas de la liberté et de la paix des peuples, mais du respect du patrimoine de la famille, et où l'on ne rencontrait, à défaut d'hommes d'armes que des hommes de loi, Louis XI luttait avec une énergie au moins égale ; et tandis qu'il menaçait ses capitaines, s'ils faisaient « du floquet ou du rétif, » de leur ôter la tête de dessus les épaules, il ne traitait guère mieux dans l'arène des démêlés judiciaires, les magistrats qui ne se Ii.'i (aient point de sanctionner les usurpations du seigneur d'Argenton.
Le Parlement n'avait jamais cessé de se regarder comme saisi des réclamations de la maison de la Trémoïlle contre Connûmes, et il maintenait noblement, son indépendance et
-<>n dévouement à la justice et à l'équité. Il avait fallu l'exilera Noyôta ei en expulser Értois de set membres pour obtenir
* Artihiveti <Ie Milan (trad).
' Mémii t. il, p. 208.
la condamnation du duc de Nemours; il n'en résistait pas moins aux volontés du roi en ce qui touchait la spoliation des héritiers de la Trémoïlle, lorsqu'au mois de juin 1479, Louis XI, recourant de nouveau à l'intimidation, écrivit aux conseillers qui demandaient la réintégration de leurs collègues : « Je pensois que veu, que vous estes subjets de « la sainte couronne de France et y devez vostre loyauté, « que vous ne voulussiez approuver qu'on deust faire si « bon marché de ma peau : par quoy sera bon que je « mette remède à deux choses , la première expurger la « cour de tels gens *. » Le même jour peut-être, Louis XI fit appeler Jean Chambon, qui avait accompagné Commines à Thouars et qui seul sans doute (car nous ne croyons pas qu'il ait été aidé par le seigneur de Bressuire) avait retiré du feu les lettres détruites plus tard par le roi. Cette fois, il lui donna l'ordre de se rendre au Parlement pour hâter un arrêt inique : « Ha ! sire , » répondit Jean Chambon avec. un courage dont l'histoire doit lui tenir compte, « vous sçavez bien que c'est grant charge de con- « science d'avoir bruslé les lettres qui servoient à ceste « matière pour les povres enfants de la Trémoïlle ! Coni- « ment pourrois-je faire honnestement la poursuite ?» — « Allez , allez , ne vous chaille , » répondit Louis XI 2< Cette pression ne produisit que des résultats incomplets. Le 20 juillet 1479, le conseil de la grande chambre du Parlement, statuant sur le procès de Louis de la Trémoïlle et de Philippe de Commines dans lequel le procureurgénéral du roi intervenait comme garant du sire de Com-
1 Commines, éd. Lenglet, t. III, p. 571. * Mém., t. III, pr. pp. 109 et 118.
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mines, déclara approuver et enregistrer les lettres royales du mois d'octobre 1472 en ce qui touchait les domaines de Talmont, de Chàteau-Gonthier et de Berrye, mais il les infirma toutefois pour les terres d'Olonne, de Curzon et de la Chaume, données en dot à Marguerite d'Amboise l.
Louis XI , résolu à ne pas manquer à ses engagements vis-à-vis de Commines, fait proposer alors à Louis de la Trémoïlle de lui céder en échange des terres d'Olonne, de Curzon et de la Chaume, l'île de Rhé, les domaines de Marans, de Mauléon et de la Chaise-le-Vicomte, qui venaient de la maison de Thouars, et de plus les seigneuries de Vierzon et d'Issoudun en Berry. Mais Louis de la Trémoïlle refuse, et c'est sans doute d'accord avec lui que ses fils, dans une
1 Commines, éd. Lenglet, t. IV, p. 2, p. 135. Un érudit quia publié des notes intéressantes sur Commines, M. de la Fontenelle de Vaudoré , se livre à ce sujet aux réflexions suivantes : ( L'arrêt du Parlement qui accordait aux enfants de la Trémoïlle quelques bribes de l'héritage de leurs auteurs maternels, tout en conservant à Louis XI la vicomte de Thouars et à Commines la principauté de Talmont, causa encore un vif déplaisir tant au roi qu'à son confident, qui ne voulait absolument rien perdre de ce qu'on lui avait donné. Celui-ci surtout fut piqué au vif. Cette sorte de souveraineté maritime qu'il voulait se créer en Ras-Poitou et qu'il s'était plu à représenter à son maître comme pouvant formel- par le commerce et les dessèchements, une nouvelle Flaudre, était de beaucoup réduite. N'avoir pas Olonne et la Chaume était se priver de ce port où il comptait attirer tant de navires et où ils ne tardèrent pas en effet à arriver par centaines; perdre Bran et Brandois, ancienne vjguerie du moyen âge, c'était renoncer à dessécher des marais productifs ; restituer Curzon, était remettre un point qui offrait les deux avantagea BÏgnalés. La fabrication du sel était encore une industrie dont la part affectée au seigneur offrait de bien grands avantages sur ces divers, peints. Ce n'était plus, du reste, l'exécution complète et sans équivalent, des promesses faites. »
protestation du 8 mai 1480, déclarent que Thouars, Talmont, l'île de Rhé et Marans forment au même titre leur légitime héritage. Ils ajoutent « que de présent, le roy,à la « requeste et poursuite de messire Philippe de Commynes, « seigneur d'Argenton, et aultres, les veut contraindre à « faire aucun appointement et à renoncer aux droits qui « leur appartiennent et pour ce les faire pourvoir d'un « curateur, combien qu'ils soient en la garde du seigneur « de la Trémoïlle leur père... Protestent à l'avance contre « ce qui pourra estre fait1. »
Telle était, en effet, la voie adoptée par le roi pour atteindre le but qu'il se proposait, et ce système fut appliqué avec une audace qu'explique l'autorité absolue qui y avait recours. Robert de la Fouille, frère d'un serviteur de Commines et lieutenant- général du gouverneur d'Orléans, déclara qu'il y avait lieu de nommer aux enfants de la Trémoïlle un curateur, qu'il désigna en même temps. C'était le bâtard du Maine, à qui le roi avait fait épouser leur sœur et à qui il donnait une pension de quinze cents livres, pour être assuré de ses services. Le bâtard du Maine avait déjà, comme nous l'avons vu ailleurs, poursuivi Louis de la Trémoïlle de ses obsessions dans l'intérêt du roi. Dès qu'il fut nommé curateur, il céda au roi la Chaume, Olonne, Curzon, Bran et Brandois, en échange de quelques domaines déjà cités et notamment des terres de Vierzon et d'Issoudun, dont la remise n'eut jamais lieu. Cet acte fut rédigé par Robert de la Fouille, qui obtint de ce chef un siège au parlement de Paris. De là une autre protestation, dictée par Louis de la Trémoïlle, au château de Sully, le 18 mai 1480, où il rap-
1 Archives dulchâteau de Thouars.
DE COMMIMES. 3W
pelle qu'on n'a (tapie un curateur à ses enfants mineurs que pour passer, immédiatement après, des actes préjudiciables à leurs droits l. Ce fut le lendemain 19 mai 1480 que Louis XI réitéra le transport qu'il avait déjà octroyé à Philippe de Commines, des domaines de la Chaume, Curzon et Olonne 2.
Après avoir l'ait la part de ce long et triste procès dont nous aurons encore à nous occuper, nous revenons aux documenta qui, à côté de questions personnelles où dominent l'égoïsme et la cupidité, nous montrent dans une sphère plus vaste et plus élevée l'influence prépondérante d'une habileté consacrée de plus en plus par le succès et l'expérience
Nous rencontrons d'abord une lettre qui est peut-être d'Angelo Cato, relative au mariage du jeune duc de Savoie, qui était alors revenu en Dauphiné :
.Monseigneur d'Argenton,
Je me cecofnande à vous tant que, (aire puis, de bon ouer. 11 a esté, [au temps que] feu madame [la duchesse de Savoye vivoit, < 1 1 s i ] que bien L'ayez entendu, tracté ei conclus par ma dit.' dame et feu le duc de Millan mariage de monseigneur de Savoye ei madamoyselle de Millan, à quoy ont esté prorn»
1 Archives du c Tbouar».
* Commines, éd. Lenglet,, t. IV, p. 2, p. 136; Recueil des ordon»., Mil, p. 543. Tout ce qui s'était passé , se trouvait étrangement ure dans i Depuis lequel arreat (celui du par-
lement) en Palsanl certain traictié et appoinctement avec quels nos féauh cou Jehan ei Jacques de la Trémollle, par
l'auctorite* 'I" aosttrs cher • -t féal cousin . I u*d «lu .Maine, leur
curateur donné par justice, avons entre autres choses recouvert les dites terres d'Aulonne, la Chaume et t'ur/on. »
m LETTRES ET NEGOCIATIONS
et seurtés amples, et telles que en tel cas donner et faire se peuvent. Despuis, Tune partie et l'autre ont continué longtemps en ce propos, et du costé de Millan n'y prenent point de meffîance que ledict mariage ne doyve sortir* à effect.
Cependant a estet traicté, comme savez, mariage de Charles monsieur à madamoyselle de Montferra, et après bons progrès eu ceste matière , refusant monseigneur le marquis de Montferra, audict mariage fut esmeu par aucuns là où tractoit pour Charles monsieur, comme dit est, la demander pour monseigneur le duc, à quoy madite dame, pour observer ses dictes promesses touchant Millan , ne voulsist oncques condescendre. Toutesfoys après sa mort, la chose a esté mise fort avant : si ont esté envoyés, à ceste cause, lettres et ambassadeurs tant de par le roy, comme monseigneur le cardinal de Foys, vers monseigneur le marquis, lequel en effect contredit y assentir pour les raisons que vous envoyé encloses. Dient néantmoins aucuns que se feroit, pourveu que Ton feist tout ce que vous envoyé par escript avec lesdictes raisons.
Monseigneur d'Argenton, je tiens la chose bonnement pour désespérée. D'autre part, au XIIe jour du moys prochain d'aost, mondit seigneur le duc sera de eage et hors de tutelle, et selon que j'entens, la forme de droit est que passé ledict jour, s'il ne renonce incontinent audict mariage, il luy consent, et à l'advenir quant bien le vouldroit, ne le pourroit refuser. Ceulx de Millan, comme dit est, ne se mesflent point, et par foys leur ambassadeur, qui est cy résident, m'en parle. En oultre, ceulx du pays de Piémont, faiLiant audict mariage de Montferra, pour la contingente des segnories et aultres pluseurs raisons, aymeront plustoust le parti de Millan que nul autre, et par ainsi, selon l'oppinion de pluseurs, seroit bien fait de entendre.
Mes, pour ce que la matière est d'importance, touchant laquelle désire fort , comme bien est raisonnable , entendre le vouloir du roy, je vous prie veuillier luy remonstrer toutes les ehoses dessusdites , et sentir sur ycelles son bon plaisir et le moy signifier, affin che incontinent le mette à exéquution. Et
se chose voulez que pour vous puisse, la fera y de bon vouloir. Not: :r. .. qui, monseigneur d'Àrgenton, vous doint
bonne vie et longue.
Escript à Vienne, le XIe jour de juillet *.
Retournons aux dépêches milanaises.
Charles Visconti écrit le 1er septembre 1479 :
Monseigneur et madame, Vos Seigneuries n'ont pas reçu mes lettres par le dernier courrier, parce que, selon ce que je vous écrivais dans ma dernière lettre, Cagnola voulant revenir à Paris, je résolus de me rapprocher le plus possible du roi, afin que s'il arrivait que vous eussiez quelque message à me transmettre, je pusse m'en acquitter plus promptement. Je me retirai donc dans une petite ville qui se nomme Chàteauneuf, entre Lamotte d'Esgry, où se rendit le roi en quittant Lorris où nous lui parlâmes, et Orléans où il était tous les jours sur le point de se rendre. Le grand chancelier et toute la chancellerie, ainsi que plusieurs membres du Parlement, se trouvaient dans les environs,, la plupart même au lieu où j'étais. Deux jours après, ils reçurent tous l'ordre de se rendre à Orléans, ce qui
• ■ut lieu. Monseigneur du Lude y vint , ainsi que presque tous les seigneurs de la cour, s>uuf monseigneur d'Argenton, qui avait rejoint la cour depuis peu. Le lendemain, ga Majesté vint a quatre lieues d'Orléans, et ayant appris qu'on avait vu dans !i eampagne un grand sanglier, elle retourna sur ses pas jusqu'à Pluviers, à neuf lieues d'ici, où (die demeura quatre jours. Le roi étant parti , je mYloi-iiai , ee qui fit que le courrier ne me vit pas et no me parla point : il n'en avait peut-être pas reçu commission, la chose ne paraissant pas nécessaire.
■ rri\.i ici le dernier jour du mois, de grand matin, ayant couché la veille a trois lieues d'ici. Elle s'occupa tout ce
1 Archives de Milan. Cotte lettre est sans date d'année; mais comme
• •lie est écrite pendant la minorité «lu duc Philibert de Savoie et à l'époque où il résidait en Dauphiné,il y a lieu de croire qu'elle est de 147(J.
jour à expédier les ambassadeurs d'Espagne, auxquels on a fait de grandes réceptions et des cadeaux précieux. Monseigneur d'Argenton avait précédé le roi de trois jours. Me trouvant avec lui, je lui expliquai ce qu'il me paraissait convenable et urgent de faire , relativement à ce que nous avions , Jean- André et moi, exposé à Sa Majesté, touchant le démêlé des Suisses : je lui demandai si Sa Majesté avait récemment parlé de cette matière et s'il croyait que quand bien même on ne s'accorderait pas avec les Suisses, qui réclament si malhonnêtement une somme qu'ils devraient payer et non recevoir, Sa Majesté s'en inquiéterait beaucoup et en voudrait à Vos Seigneuries. Il me répondit qu'il arrive bien quelquefois à Sa Majesté de s'exprimer librement sur une question , mais qu'il n'est pas à craindre néanmoins qu'elle change de dispositions à votre égard et qu'elle cesse de vous favoriser de tout ?on pouvoir ; que d'ailleurs il sait bien que le roi verrait avec beaucoup de plaisir s'arranger cette affaire ; qu'il était persuadé qu'on calmerait tout avec quarante à cinquante mille florins du Rhin au plus, et que, puisqu'on en avait déjà offert vingt mille, la différence n'était pas si grande. Je répliquai que je croyais savoir que si ce n'avait été pour complaire à Sa Majesté, vous n'auriez pas même eu la condescendance de proposer ces vingt mille florins, que vous seriez fort au regret de payer après avoir été injuriés et insultés de la manière la plus injuste et la plus déshonnête ; que d'ailleurs Vos Seigneuries sont à bout de ressources; qu'elles sont épuisées par tous les frais qu'elles ont déjà eu à supporter, sans compter ceux que les circonstances peuvent encore leur faire subir; que si vos ressources étaient affaiblies, vous pourriez mal soutenir votre Etat, Il me répondit que feu votre illustre père, de glorieuse mémoire, passait pour avoir un immense trésor. Sur quoi je repris qu'il était de moitié moindre que ce qu'on croyait, mais que Son Excellence aimait à entretenir cette opinion, pour maintenir et fortifier le zèle de ses amis, pour exciter le dépit de ses rivaux et pour confondre et épouvanter ses ennemis ; et que je pouvais affirmer en toute
certitude qu'il ne vous en restait rien ou du moins bien peu de chose ; que vous connaissez exactement vos dépenses et quelles sont deux l'ois plus grandes qu'on ne le croit en général ; que les revenus ont été diminués de plusieurs milliers de ducats annuellement, par la suppression ou la réduction des gabelles, octroyées à vos peuples et à vos sujets. Je vis bien qu'on pense toujours ici que nos puits sont remplis d'or. Je crus aussi ne pas devoir lui < -;ie!ier que vous seriez d'autant moins disposés à débourser -•vnt, que vous n'avez pas oublié que Sa Majesté vous blâma dans le temps, d'en avoir payé aux Suisses, disant que vous n'aviez fait que leur exciter l'appétit, qu'ils n'auraient que plus soif de votre argent et qu'ils en exigeraient de nouveau un peu plus tard, et que la faute en retomberait sur monseigneur Cicho. J'ajoutai que vous aviez maintenant fait de grands approvisionnements et de grands Irais pour leur résister et pour mettre monseigneur Guillaume et d'autres en état de les combattre, de sorte que leurs prévisions pourraient bien se trouver déçues. -Monseigneur d'Argenton ne répondit rien quand je lui rappelai ce qu'avait dit le roi naguères, sinon que depuis lors bien des rhoses ont changé; que c'était tant mieux si l'on avait pris de bonnes précautions, et que leur réclamation était d'autant plus injuste que la somme était plus îbrlo. Il nie fit observer aussi de lui-même qu'il ne restait plus qu'un mois ou un peu plus pour laire la guerre. Il me parut vouloir indique*? par là que quand ini me r.'ieconuiiodenieiii n'aurait pas lieu et que vous auriez le moyen de leur résister, le roi s'en contenterait plus facilement peut-être (|ui| ne V(.ut |,. Laisser voir, aiiu de calmer et d'entre- 'miir tes S l.'n ni,i,.nir des hommes, peut-être bien aussi
pour les emperlhT <]r se réunirai! dUC .Ma .\i III i I ieil , afin île lie
point ;i\«.irde> \oj>jus trop puissanis, maintenant qu'il a conquis
""'•• Il dit encore qu'il n'était pas à arajndre que I KCôUej&cofl ■> aucune somme determi, ni qu'il proiHM.-.ii contre vous aucujae sentence.
Quand .Jean-Alain- et moj UOU6 comparoir fcpUS nos souvenirs,
nous somme tentés de i poire on • Sel que le roi ne nous s ian