‹ Lettres et négociations de Philippe de Commines (volume 2)Chapitre 3 sur 22 · PRUDENCE · texte numérisé non relu

PRUDENCE

Prudence suys, descendue des cieulx,

De par Dieu mise en celuy que mes yeulx

Ne povent voir en si piteux estât

Comme de mort, dont mon cueur presque; mat

Si se complaint, me disant : plus de joye

Certes n'auras , car cil où te logeoyc

Est décédé ; par quoy tu es tenue

Ses fais monstrer, puis que cy es venue,

Avoir esté par toy tousjours conduis

En quelque part que ait esté jour et nuys.

Doncques affin que tout en soyt savant,

Je vays parler de l'homme tant prudent :

C'estoit celuy que partout l'on disoit

Estre prudent sur tous, tant qu'il vivoit;

C'estoit celuy qui, par sa grant prudence,

A si très-bien servy troys roys de France ;

C'estoit celuy qui par prudente guyse

Fut si longtemps embassade à Venise.

Ne fusse luy que le roy Loys print

Près de Pigny, quant à parler emprint

Au roy angloys, là où chascun n'avoit

Q'un home seul, comme es croniques voit

Chascun liseur; par quoy plus je n'en dits,

Mais m'en rapporte aux anciens escripts.

Ne fut-il pas, par son très-grant sc^voir,

Cause de faire aux Fleurentins avoir

Paix à celuy que pape on appelloit

Alexandre, qui guerre leur menoit ?

Impossible seroit, sans nulle doubte,

Toutes descripre ses vertus, somme toute;

Mais tant veulx dire qu'oncq nul si n'atint

A tels biens faire que ceulx où il parvint.

0 doncques vous, mes troys seurs etcompaignes,

Justice, Force et Atemprance, ensaignes

Donnez chascune aux vivans demeurés

De celui-là, qui ses fais décorés, '

A par nous quatre, tant en euvres que dits.

En gloire soit son âme en paradis !

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