PRUDENCE
Prudence suys, descendue des cieulx,
De par Dieu mise en celuy que mes yeulx
Ne povent voir en si piteux estât
Comme de mort, dont mon cueur presque; mat
Si se complaint, me disant : plus de joye
Certes n'auras , car cil où te logeoyc
Est décédé ; par quoy tu es tenue
Ses fais monstrer, puis que cy es venue,
Avoir esté par toy tousjours conduis
En quelque part que ait esté jour et nuys.
Doncques affin que tout en soyt savant,
Je vays parler de l'homme tant prudent :
C'estoit celuy que partout l'on disoit
Estre prudent sur tous, tant qu'il vivoit;
C'estoit celuy qui, par sa grant prudence,
A si très-bien servy troys roys de France ;
C'estoit celuy qui par prudente guyse
Fut si longtemps embassade à Venise.
Ne fusse luy que le roy Loys print
Près de Pigny, quant à parler emprint
Au roy angloys, là où chascun n'avoit
Q'un home seul, comme es croniques voit
Chascun liseur; par quoy plus je n'en dits,
Mais m'en rapporte aux anciens escripts.
Ne fut-il pas, par son très-grant sc^voir,
Cause de faire aux Fleurentins avoir
Paix à celuy que pape on appelloit
Alexandre, qui guerre leur menoit ?
Impossible seroit, sans nulle doubte,
Toutes descripre ses vertus, somme toute;
Mais tant veulx dire qu'oncq nul si n'atint
A tels biens faire que ceulx où il parvint.
0 doncques vous, mes troys seurs etcompaignes,
Justice, Force et Atemprance, ensaignes
Donnez chascune aux vivans demeurés
De celui-là, qui ses fais décorés, '
A par nous quatre, tant en euvres que dits.
En gloire soit son âme en paradis !
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