‹ Lettres et négociations de Philippe de Commines (volume 2)Chapitre 5 sur 22 · FORCE · texte numérisé non relu

FORCE

Jadis es vouloirs mananymes

Fus envoyée demeurer,

Par toy, Dieu, qui les cueurs anymes ;

Mais maintenant me fault plourer,

Car celuy-là qui honnourer

M'a voulu dessoubs ta puissance,

A perdu le royaulme do Franco,

ParAtropoa «jui l'a deflfcuct,

Las ! Francoys, pour vous quel meffaiot !

Il cognoissoit mieux l'Ytallye

Que nul qui nous soit demouré, Et en luy si n'avoit follie, Dont de là estoit honnouré. »

Au roy servir eust labouré, Si sa vie de tous prisée Eust pieu à Dieu que demeurée Luy fust; mais son plaisir n'est tel, Dont avoir devons deul mortel.

Or avons-nous perdu sans doubte Cil qui de force avoit soutyns Adversité que chascun doubte, Où l'avoient mis pluseurs mutins, Qui ne demandoient que hutins, Comme apparu a à leurs faicts, Dont ils sont trouvés imparfaicts, Et Dieu qui en a cognoissance, Si leur monstre de sa puissance.

Monstrant celuy que regretons La vertu de force en luy estre, Du temps que, contre les Bretons, Menoit guerre le roy son maistre ; On ne l'eust veu en riens démettre Pour gouverner, ny esmouvoir.

Combien que sus tous prospéroit Et de chascun fust obéy, De nully il n'estoit hay.

Hay, las ! Et qui eust esté Celuy si meschant et si lasche, Qui ung si plain d'honesteté Eust voulu accuser de tasche?

Celuy bien à mal faire tasche, Qui de tel homme vouldroit dire Chose qu'à vertus contredire On peult en luy tant qu'a vescu, Car de tous biens c'estoit l'escu.

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